Published February 11, 2026 | Version v1
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De la mémoire humaine à la mémoire machinique

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Description

Cet essai propose une « cosmogonie de la mémoire » visant à clarifier un terme devenu mot-valise sous l’effet des transformations techniques contemporaines. Partant du constat que « mémoire » désigne indistinctement des phénomènes hétérogènes (trace neurobiologique, récit personnel, archive institutionnelle, stockage numérique, traitement algorithmique), l’ouvrage soutient qu’une telle indétermination n’est pas seulement sémantique : elle oriente les pratiques, les imaginaires et les politiques « du passé », à savoir les manières dont les sociétés sélectionnent, interprètent, commémorent ou effacent certains événements. Pour rendre ce territoire pensable, l’auteur construit un cadre analytique articulé autour d’un triptyque — trace, rappel, architecture — et d’un fil rouge : la mémoire ne relève pas d’un simple stockage, mais d’une opération qui organise la temporalité humaine.

La première partie décrit la trace comme condition incarnée de la mémoire : inscription fragile dans le corps, reconstruction, oubli, et articulation du temps vécu. La seconde partie analyse le rappel comme pratique située et socialement structurée : indices sensoriels, récit, discussion, désaccord ; la mémoire individuelle apparaît ainsi inséparable de cadres collectifs (institutions, rites, commémorations, conflits de récit). La troisième partie examine l’architecture de la mémoire à l’ère numérique : l’accès devient milieu, l’archive se transforme en agent, et la visibilité du passé est reconfigurée par l’indexation, la recommandation et les infrastructures de plateformes. L’ouvrage soutient que ces architectures ne se contentent pas de conserver des traces : elles modifient la distance temporelle, redistribuent les conditions du rappel et déplacent les régimes de responsabilité.

Dans ce contexte, le traitement de l’IA générative occupe une place structurante : l’essai distingue la production de discours à partir de traces de l’acte humain de se souvenir, en soulignant le risque d’une « parole sans garant » — récits plausibles sans expérience vécue, sans dette ni imputabilité. L’enjeu devient alors éthique et politique : gouverner les traces (droit, plateformes, États), préserver la confrontabilité des récits, et maintenir des conditions d’habitabilité de la mémoire dans un monde saturé de rappels automatisés.

La thèse générale se formule ainsi : la mémoire est un principe d’articulation du sens dans le temps. Elle transforme la succession d’événements en temporalité vécue, en continuité narrative, en identité (individuelle et collective). L’essai conclut qu’il ne s’agit pas d’opposer mémoire humaine et mémoire technique, mais de déterminer quelles configurations sociotechniques permettent de conserver une mémoire « vivante » — située, sélective, reconstructive, contestable et imputable — plutôt qu’une mémoire subie, opaque et déresponsabilisée.

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