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Les réseaux du style : une double méprise

Jollin-Bertocchi, Sophie; Saint-Gerand, Jacques-Philippe

résumé
La réflexion sur le style comme expression spirituelle de l’art d’écrire développée en Allemagne à la fin du XVIIIe siècle, à laquelle renvoie le terme Stilistik, a été dévoyée en français sous la dénomination trompeuse de stylistique, qui – faux-ami – accrédite une conception matérialiste de l’application de procédés rhétoriques et grammaticaux. L’objectif du présent article est de montrer pourquoi et comment cette consciente méprise initiale a engendré au sein même de l’Université française des dernières décennies une seconde équivoque plus insidieuse au sujet de l’objet du style. Les travaux de Spitzer, Bally, Bruneau, Cressot, Riffaterre, Eco, Molinié, Bordas, Macé, montrent la nécessité de distinguer entre étude(s) de style et stylistique, mais cette dernière, devenue épreuve imposée des concours de recrutement de l’enseignement secondaire, a vu se démultiplier la publication d’innombrables manuels d’application aux fondements théoriques – grammaticaux, rhétoriques, linguistiques – largement hétérogènes. Ces ouvrages, que justifie la nécessité d’occuper une place du marché éditorial, ne concourent guère à l’approfondissement épistémique du style, notion susceptible de s’appliquer – hors de l’écriture – à bien des secteurs des activités humaines et des pratiques artistiques, mais manifestent l’existence d’un réseau d’intérêts pratiques et économiques dont la recherche ne tire malheureusement aucun bénéfice.

mots-clés
agrégation, CAPES, épistémologie, manuélisation, stylistique, rhétorique, sémiotique

abstract
Thinking about Style as the spiritual expression of the art of writing developed in Germany at the end of the 18th century, which was meant by the term Stilistik, has been misleadingly referred to in French as “stylistique”, which—false friend—gives credence to a materialist conception of the application of rhetorical and grammatical processes. The aim of this article is to show why and how this initial conscious misunderstanding has given rise in recent decades within the French University itself to a second, more insidious, equivocation about the object of Style. The works of Spitzer, Bally, Bruneau, Cressot, Riffaterre, Eco, Molinié, Bordas, Macé, show the need to distinguish between “style study(ies)” and “stylistics”, but the latter, which has become a compulsory test in secondary school competitive recruitment examinations, has given rise to a proliferation of textbooks whose grammatical, rhetorical, and linguistic theoretical foundations are highly heterogeneous. These works, which are prompted by the need for a place in the publishing market, do little for the epistemic deepening of Style, a concept that can be applied—outside writing—to many sectors of human activity and artistic practice, but they show the existence of a network of practical and economic interests from which research unfortunately does not benefit.

keywords
agrégation, CAPES, textbooks, epistemology, stylistics, rhetoric, semiotics

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