Analyse de la durabilité des pratiques cynégétiques villageoises dans la Boumba-et-Ngoko (Région de l'Est au Cameroun)
Authors/Creators
- 1. Département de Géographie, Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines, Université de Yaoundé 1, Cameroun
Description
Résumé
La gestion de la faune est une préoccupation majeure dans le monde entier. Au Cameroun et dans le Département de la Boumba-et-Ngoko (Région de l’Est au Cameron) en particulier, la faune sauvage fait l’objet d’une exploitation intense qui s’observe à travers le volume de produits fauniques commercialisés dans les marchés. La question qui se pose est celle de savoir si les pratiques cynégétiques villageoises sont de nature à contribuer à la préservation des ressources fauniques. En effet, ces pratiques sont-elles durables ? L’objectif de ce travail est d’évaluer la durabilité de ces pratiques, en partant de l’hypothèse qu’elles sont dominées par l’illicite qui entraîne la raréfaction et la disparition des espèces animales. Des données ont été collectées dans huit localités au moyen des Interviews semi-structurées, des observations directes et des questionnaires, auprès d’un échantillon de 187 ménages. Ces données ont été traitées à travers les logiciels SPSS 12.0, Microsoft office et Adobe Illustrator. Les résultats montrent la prédominance des techniques interdites, notamment les pièges en câble d’acier qui sont utilisés par 98% des chasseurs et des armes à feu qui sont utilisés par 32% des chasseurs. L’importance du piégeage et de la chasse au fusil se situe aussi au niveau des captures qui en résultent. Ces deux techniques assurent respectivement 56% et 41% des captures. Le spectre biologique des prélèvements montre que de nombreuses espèces protégées sont capturées: les femelles (45% des captures), les espèces des classes A et B qui représentent respectivement 22% et 24% des captures. Huit types d’infractions fauniques ont été jugés au Tribunal de Première Instance de Yokadouma de 2004 à 2019 : le défaut de permis de chasse (22%), la capture des animaux intégralement protégés (19%), le défaut de permis de collecte (19%). On observe également l’intensification de la chasse entre les mois de mai et octobre, période de fermeture de la chasse. Ces pratiques illégales entrainent des conséquences telles que la raréfaction de la faune et l’éloignement des zones de chasse, obligeant les chasseurs à parcourir des distances plus longues pour trouver du gibier. Ainsi, les espaces lointains fournissent 48% des captures, principalement de grands et moyens mammifères comme le buffle et le gorille. Quant aux espaces proches, ils n’assurent que 8% des captures en majorité constituées de petits mammifères comme les rongeurs (porc-épic, hérisson). Ces résultats confirment l’hypothèse que les pratiques cynégétiques villageoises dans la Région de l'Est au Cameroun sont dominées par l’illicite et ne sont pas écologiquement durables.
Abstract
Sustainable wildlife management is a major concern around the world. In Cameroon, and particularly in the Boumba-et-Ngoko Subdivision (East Region of Cameroon), wildlife resources are subjects of an anarchic exploitation which can be observed through the high volume of wildlife products marketed. The question that arises is whether the village cynegetic practices are likely to contribute to the preservation of wildlife resources. Indeed, are these cynegetic practices sustainable? The objective is to assess the sustainability of these practices, on the assumption that they are dominated by the illicit which leads to the scarcity of animal species. To this end, data were collected in eight localities, using semi-structured interviews, directs observations and questionnaires, from a sample of 187 households. Data was processed using SPSS 12.0, Microsoft office and Adobe illustrator software. The results show the predominance of prohibited technics, in particular steel cable traps which are used by 98% of hunters and firearms used by 32% of hunters. The importance of trapping and hunting with gun is also based on the resulting catches. These two techniques provide respectively 56% and 41% of the animals captured. The biological spectrum of the samples shows that many protected species are caught: females (45% of the catches), species of class A and B which represent respectively 22% and 24% of the catches. Eight types of wildlife offenses were tried at the Yokadouma court of first instance between 2004 and 2019, including the lack of hunting license (21% of cases tried), the slaughter of fully protected animals (19%), the lack of collection license (19%). We also observe the intensification of hunting, in particular trapping, between the months of May and October when hunting is closed. These illegal practices lead to consequences such as the depletion of wildlife and the remoteness of hunting areas, forcing hunters to travel longer distances to find game. Thus, distant spaces provide 48% of catches, mainly large and medium mammals such as buffalo and gorillas. As for close spaces, they only provide 8% of catches, especially small species such as rodents, foremost among which is the porcupine and the hedgehog. These results confirm the hypothesis that village hunting practices in the East Region of Cameroon are dominated by the illicit and therefore are not ecologically sustainable.
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Art. Mbatchou D. pp60-70 RSTFEBC-RIFFEAC-Volume 15.pdf
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