Constance Blanchard (1794-1871). Une femme à l'épreuve de la peinture d'histoire
Description
Cet article reconstitue, à partir des sources primaires — état civil, Archives nationales, Minutier central, collections du Louvre et du Centre national des arts plastiques —, la vie et l’œuvre de Jeanne Marie Constance Blanchard (1794-1871), peintre française formée auprès de Girodet et de François Gérard. Deux pièces concordantes — son acte de naissance et le dossier des Beaux-Arts — établissent qu’elle naquit à Clermont-en-Argonne, dans la Meuse, contre le « Paris » des dictionnaires et le « Châlons-en-Champagne (?) » des notices du CNAP. L’article établit surtout un catalogue documenté de plus d’une quarantaine d’œuvres, attestées ou probables — le seul Centre national des arts plastiques en conserve quinze — qui révèle une carrière de peintre officielle de commande : portraits des souverains, dont plusieurs d’après Gérard, tableaux de dévotion originaux ou copiés, dispersés dans les tribunaux, mairies et églises de France — et jusqu’aux États-Unis, où un Jésus chez Marthe et Marie offert par Charles X est toujours conservé à la Visitation de Georgetown. Au sein de cette production, Femmes grecques de Souli courant à la mort (Salon de 1838, musée des Augustins de Toulouse) fait figure d’exception : sa seule incursion dans la peinture d’histoire profane, le genre le plus prestigieux et le plus fermé aux femmes. Son testament olographe (1869) et son inventaire après décès révèlent en outre des œuvres de dévotion, vraisemblablement de sa main, léguées à des paroisses et à des proches, un patrimoine boursier inattendu, une foi catholique fervente traduite en actes caritatifs, et témoignent, avec son dossier d’indemnité, d’une fin de vie marquée par une cécité presque complète. Le présent article offre la première biographie suivie et le premier catalogue documenté de son œuvre, rendant à l’histoire de la peinture française du XIXe siècle une artiste injustement oubliée.
Abstract (English)
This article reconstructs, from primary sources — civil registers, national archives, notarial records, and public collections — the life and work of Jeanne Marie Constance Blanchard (1794–1871), a French painter trained under Girodet and Gérard. Two concordant documents — her birth certificate and her dossier at the Administration des Beaux-Arts — establish that she was born in Clermont-en-Argonne (Meuse), correcting the attribution to Paris found in some nineteenth- and twentieth-century reference works and the tentative attribution to Châlons-en-Champagne (marked with a question mark) in current CNAP records. The article assembles a documented catalogue of more than forty works, attested or probable, fifteen of which are held by the Centre national des arts plastiques: royal portraits, several of them after Gérard, original religious compositions, and copies after old masters, deposited across France in courthouses, town halls and churches — and as far as the United States, where a Jesus at Bethany given by Charles X still hangs at Georgetown Visitation. Among this output, Femmes grecques de Souli courant à la mort (Salon of 1838, Musée des Augustins, Toulouse) stands apart as her sole excursion into secular history painting, the most prestigious and most gender-restricted genre of the academic hierarchy. Her holograph will (1869) and post-mortem inventory further reveal several devotional paintings, probably by her hand, bequeathed to parishes and relatives, an unsuspected investment portfolio, a fervent Catholic faith translated into charitable bequests, and — together with her state allowance file — a final chapter of near-total blindness. This article offers the first continuous biography and the first documented catalogue of her work, restoring to the history of nineteenth-century French painting an unjustly forgotten artist.