Alors bon d'abord je voudrais vous dire deux choses d'une part, en effet tu as parlé de la loi qui était passée en France,
la loi qui est passée en France s'appelle la loi sur les signes religieux ostentatoires, ça c'est son nom officiel,
mais tout le monde l'appelle la loi sur le foulard parce qu'elle a été faite uniquement à l'encontre du port du foulard islamique.
Et je vais dire tous les journaux et toutes les personnes en parlent comme de la loi du foulard, elle a été votée le 15 mars 2004.
Alors dans un premier temps et à cette occasion on a beaucoup parlé non seulement en France mais dans les autres pays de la laïcité française
qui serait une chose spécifique à la France, une des choses dans la France à l'exclusivité
et dont elle peut être fière comme d'autres spécificités comme du camembert par exemple,
et les Français ont souvent l'impression qu'ils ne sont pas compris quand ils parlent de leur laïcité,
ils ne veulent pas qu'elle soit confondue avec le sécularisme alors que de façon substantielle il y a peu de différences
et surtout de façon historique il y a peu de différences.
Donc comme cette loi a été faite soi-disant pour des raisons laïcites, elle a utilisé deux types d'arguments,
l'argument de la laïcité et l'argument des droits des femmes, on y viendra.
Mais d'abord pour juger de savoir si l'argument laïc était effectivement valable,
il faudrait savoir ce qu'est la fameuse laïcité à la française.
Alors la laïcité en fait n'existe pas dans le sens que dans la constitution qui prévoit actuellement,
qui est la constitution de 1958, votée après le coup d'État du général de Gaulle,
la France est dénommée un état laïc mais il n'y a pas de définition de la laïcité.
Donc quand on parle de la laïcité, on se réfère des facto à la loi de 1905,
loi de séparation des églises et de l'État.
Par cette loi donc les églises et l'État ont été séparées.
C'est-à-dire que cette loi de 1905 a mis fin au concordat mis en place par Napoléon Ier,
un tyran et un massacreur de peuple dont vous aurez entendu parler.
Je pense qu'il a porté le fer un peu partout et certainement aussi dans vos régions.
Ce concordat entre l'Église et l'État organisait en effet des relations organiques
entre l'Église et l'État par lesquelles il y avait une église française,
par lesquelles les prêtres et les évêques étaient nommés par l'État et en contrepartie rémunérées par l'État.
Donc les religions dites reconnues, il y avait trois religions reconnues,
la religion catholique, la religion réformée et la religion dite mosaïque,
c'est-à-dire la religion juive était en fait contrôlée par l'État de cette façon-là.
Donc cette loi de 1905, de séparation des Églises, et non pas de l'Église,
mais des Églises et de l'État, a mis fin à cela.
Elle a cessé évidemment de rémunérer les prêtres.
Et là en revanche, elle a pris possession, l'État a pris possession des bâtiments religieux,
en contrepartie il les entretient et l'État ne privilégie plus ces trois cultes
qui étaient reconnues par le Concordat et l'État est neutre par rapport aux religions,
c'est-à-dire que l'État n'y ne reconnaît ni ne condamne aucune religion ou croyance.
Tout est mis sur le même pied.
Donc la laïcité à la Française, c'est cela, c'est-à-dire c'est ni plus ni moins
que ce qu'on appelle ailleurs le sécularisme.
Mais les Français ne connaissant pas le terme sécularisme,
pensent qu'ils ont une chose unique et donc, je vais pas recommencer,
ils ont toutes les raisons d'être fiers, etc.
Alors, la loi 2004 a été présentée comme une espèce de réalisation
d'une laïcité qui aurait été imparfaites.
Mais ce qui est très curieux, c'est que ce qui a été considéré comme
attentant au principe de laïcité, c'était donc 200 ou 300 jeunes filles qui portaient le foulard
dans les lycées de la République, sans causer d'ailleurs aucun problème,
en particulier à leur, je ne sais pas comment s'appelle, leur co-enfant,
c'est-à-dire aux autres élèves qui défendaient,
qui ne comprenaient pas pourquoi on voulait les exclure,
mais à eux on n'a pas posé la question.
Et en revanche, il y avait depuis longtemps de multiples exceptions,
de multiples exceptions à la loi 1905, des exceptions qu'on aurait pu régler
en 1918 ou 19, après l'armistice de la Première Guerre, en 1945,
et qu'on aurait pu régler à tout moment, mais qui n'ont jamais été réglés.
Alors, de quelles exceptions je parle? Quand la loi 1905 a été passée en 1905,
l'Alsace et la Lorraine avaient été conquises par l'Allemagne.
Donc, on ne faisait pas partie de la France, donc la loi 1905 n'a pas pu s'appliquer.
Après l'armistice, elle aurait pu s'appliquer, mais on n'a pas souhaité l'appliquer.
À nouveau, au cours de la deuxième guerre mondiale,
l'Alsace et la Lorraine, en raison d'une malencontreuse position géographique,
ont été reconquies par l'Allemagne.
Et après l'issue de la guerre, la loi 1905 aurait pu être appliquée à ces régions.
Mais on n'a pas jugé opportun d'appliquer la loi 1905.
Ce qui veut dire qu'aujourd'hui, il y a deux choses.
La loi 1905 n'est pas appliquée dans ce qu'on appelle maintenant l'Alsace-Moselle,
c'est-à-dire trois départements français de l'Hexagone,
Lorraine, Lorraine et LaMoselle, qui sont des départements très peuplés.
Alors, elle n'est pas appliquée, ce qui veut dire que ce qui est appliqué,
c'est la loi précédente, soit le concordat de Napoléon Ier,
que je vous ai présenté précédemment sous un jour éminemment favorable.
Donc ce concordat fait que les prêtres, les pasteurs de l'Église réformée
et les rabbins sont payés, car ce sont trois, les trois cultes reconnus.
Évidemment, autant de Napoléon Ier n'y avait pas de musulmans en France,
donc l'islam n'est pas un culte reconnu.
Donc l'équivalent des pasteurs, des rabbins et des prêtres ne sont pas rémunérés, etc.
Il y a autre chose qu'il faut remarquer à ce propos,
et qui va m'amener à une autre des bizarreries françaises concernant la laïcité.
C'est que, par ailleurs, et indépendamment de ce concordat,
l'éducation religieuse est obligatoire en Alsace-Moselle.
C'est-à-dire elle est obligatoire, elle est prodiguée dans tous les établissements d'éducation,
y compris les établissements publics, mais on peut y échapper, il suffit d'avoir un mot des parents.
Mais enfin, si on n'a pas un mot de ses parents, vous excusez de l'éducation religieuse,
de son choix, on a le soir, on a la catholique, réformée ou juive,
on doit assister à des cours d'éducation religieuse.
Évidemment, je crois que la première chose, c'est une chose qui, de temps en temps, est dénoncée,
c'est comme un serpent de mer et à laquelle aucun politicien français,
ni de droite, ni de gauche, ni d'extrême droite, ni d'extrême gauche, ni du centre,
et pourtant en un très gros centre en France, personne ne veut toucher à cette question.
C'est d'une question tabou.
Un jour, il y avait un type qui a été ministre de l'Éducation nationale, Claude Alegre,
à qui, quand même, cette question a été posée une fois à la télévision,
et il a dit, oh, ne nous lançons pas là-dedans.
Ça dépend de traités internationaux.
On voit très bien pourquoi l'application du concordat,
dans des départements qui sont entièrement français,
pourrait dépendre de traités internationaux.
Oui, mais ça, c'est une habitude.
Aussi les politiciens français disent n'importe quoi.
Je ne sais pas comment sont les votes.
Les nôtres disent absolument n'importe quoi.
C'est la première chose à propos de laquelle on peut s'étonner.
Il y a un département que je n'ai pas mentionné,
parce qu'il est très loin, il n'est pas très important.
C'est la Guyane.
En Guyane aussi, la Guyane qui n'était pas un département avant la fin de la guerre,
qui était une simple colonie,
est devenue un département parce que...
Bon, c'était mal admis, l'écolonie après.
Et là aussi, elle a trois cultes reconnus.
Ce qui veut dire reconnus, c'est-à-dire leurs officions, rémunérées, etc.
Bon, donc on pourrait s'étonner de cette différence de traitement
entre les signes, des signes ostentatoires de religion
qui étaient manifestés par les jeunes filles, pourtant le fou là,
et l'existence de territoires entiers,
où le minimum minimum de la laïcité,
de la loi de séparation des églises et de l'État,
ne s'applique pas, ne s'applique pas sans qu'on sache pourquoi ça n'a jamais été impliqué.
Alors qu'on a eu des années et des années pour l'appliquer.
Il y a autre chose qu'il faut souligner sur lequel un silence pudique a été fait,
c'est que la moitié des élèves français, quand on prend l'ensemble primaire secondaire,
sont en fait éduqués dans des écoles privées, c'est-à-dire des écoles confessionnelles,
pour la plupart catholiques, et ils sont éduqués dans ces écoles privées,
grâce aussi au soutien de l'État, car aussi longtemps que ces écoles suivent
une espèce de trame éducative qui peut les conduire au diplôme d'État,
ils reçoivent des subventions de l'État, c'est-à-dire que les parents ont très peu d'argent à payer
pour les mettre dans les écoles privées.
C'est comme ça d'ailleurs que la moitié des élèves français sont dans des écoles privées.
Alors il faut bien voir que la loi dont on a fait tout un rame d'âme, c'est le cas de le dire,
cette loi ne s'applique pas aux écoles privées, cette loi s'applique uniquement aux écoles publiques,
et tout le monde en avait plein la bouche, oui, on les écoles publiques, et personne,
y compris aucun journaliste, ne s'est jamais demandé à quelle proportion de petites françaises et de petits français,
cette loi va-t-elle s'appliquer? Parce qu'il était question du principe de la laïcité,
des fondements de la République, de préserver des droits fondamentaux des femmes,
mais tout ça n'était valable apparemment que pour une moitié de la population,
l'autre moitié, celle qui était dans les écoles confessionnelles, elle pouvait rester plongée dans l'obscurantisme,
sans droits des femmes, celle-là, elle ne nous intéressait pas du tout.
Il y a une autre chose dans cette...
Disons, il y avait des absences, et il y a des absences très parlantes dans ce discours de la laïcité,
et puis il y a aussi le fait que cette laïcité, qui est tout simplement ce qui existe dans la plupart des pays,
c'est-à-dire que toutes les religions sont permises et sont mises sur le même pied,
et sont mises sur le pied de n'importe quelle autre croyance,
c'est-à-dire qu'on a le droit, par exemple, d'avoir une religion, d'avoir la religion qu'on veut,
mais on a aussi le droit de ne pas en avoir, et même de le clammer au effort.
Ça, c'est vrai dans la plupart des démocraties, en tous les cas d'une grande partie du monde,
que je ne vais pas délimiter aujourd'hui, car ça n'est pas mon métier d'être géographe.
Et donc, ça n'a rien de spécialement français.
Eh bien, cette laïcité, qui est en fait au départ quelque chose qui est un principe de tolérance,
et de non-préférence, devient pour, et devenu au cours de cette campagne,
qui était une campagne contre le port du Foulard, ce qu'on appelait déjà en 1905,
une laïcité de combat.
Cette laïcité de combat, c'est-à-dire une laïcité anti-religieuse, anti toute religion,
a perdu au cours de ce débat, et la position qui a gagné
était la position tolérante d'Aristith Briand.
Mais qu'importe, c'est celle qui est revenue au grand jour,
et finalement, quand on lit leurs littératures et quand on lit leurs invectives,
on sent très bien qu'il n'y a qu'une position qui soit valable,
c'est une position qui combat telle et telle religion,
mais qui combat en fait toute religion,
qui combat pas seulement l'expression de toute religion,
mais qui combat toute religion.
Je ne dirais pas qu'en mettant l'opium du peuple,
mais ça revient un petit peu à ça,
comme étant de toute façon mauvaise, etc.
Finalement, il n'y a qu'une position qui soit raisonnable dans ce discours,
c'est celle de la théisme.
Quand j'ai parlé de cette histoire du Foulard depuis 2003,
on m'a souvent dit que les religions n'étaient pas bien,
surtout dans les pays où la séparation de l'Église et de l'État n'est pas réalisée,
comme en Grèce, avec l'idée que ça serait bien
quand même s'il y avait un petit peu de poignes exercées.
Je ne pense pas que ça serait bien,
que ça serait à nouveau comme d'avoir une religion d'État,
si tout le monde était forcé d'être raté.
Si on est contre les religions d'État,
on doit être contre un athéisme obligatoire.
Pourtant, c'est ce qu'on trouve en France aujourd'hui,
dans les milieux hyperlaïques,
je ne sais pas à quel de vous deux me parlez hier du site Riposte Laïque,
et bien Riposte Laïque ne veut pas dire Riposte Laïque,
ça veut dire Riposte Intolérante,
qui est considérée que toutes les religions,
et peut-être même les gens qui y croient doivent être exterminés.
Après, nous avons une transformation du thème Laïque
dans ce qu'on a appelé historiquement une laïcité de combat
qui est, à mon sens, assez impossible à réaliser,
mais très dangereuse parce qu'elle nous met en place,
si elle arrivait à ses fins,
elle mettrait le pays qui la suivrait en porte à faux
avec l'ensemble des pays du monde,
où malgré tout, la plupart des gens ont une religion,
et où ce qu'il faut faire admettre, c'est qu'il y ait
que les autres religions soient traités sur un pied d'égalité,
mais ça va être très difficile de leur faire admettre
qu'eux-mêmes doivent abandonner leur religion
et tous devenir atés du jour au lendemain.
Je pense qu'on va avoir des problèmes diplomatiques importants
pour continuer dans ce volable.
