les grottes. Longtemps objet de terreur et de superstition dans l'inconscient de l'homme,
lieu de passage vers l'au-delà ou entre de quelques démons, leur exploration n'a
réellement commencé que depuis peu de temps. Le courage et parfois le sacrifice de spéléologues,
de scientifiques et de plongeurs, permet aujourd'hui de mieux comprendre le fragile équilibre du
milieu souterrain. Un équilibre souvent menacé par l'activité de l'homme, tant en surface que
souterre. Car les grottes sont un milieu conservatoire qui permet de préserver pendant des milliers
d'années un patrimoine essentiel qui se lit comme un grand livre d'histoire de notre terre.
C'est dans les grottes que l'on trouve les plus belles oeuvres parietales,
les plus importants vestiges paléontologiques mais aussi les plus beaux ensembles de cristallisation
naturelle. Avec son équipe de cinéastes et de spéléologues, Philippe Axel part à la recherche
de ces endroits extraordinaires pour mieux comprendre cette face cachée du continent européen.
C'est sur le plateau de l'Ardèche en France que l'équipe de l'Europe souterraine
commence sa recherche des plus belles concrétions. C'est immense plateau calcaire à la végétation
aride et sauvage et parsemée de gorge et de gouffre qui en font d'une région touristique très prisée.
Philippe Axel a choisi la veine d'Orniac car cette grotte dont une partie est ouverte au
public est décorée par un concrétionnement très varié et particulièrement exceptionnel.
Le site d'Orniac fait partie des grandes découvertes spéléologiques du début du 20e siècle.
C'est le 19 août 1935 qu'une équipe de spéléologues entame la descente d'un gouffre
connu des habitants de la région sous le nom du Bertra. Le premier à s'engager dans la veine est un
personnage hors du commun. Président de la société spéléologique de France, inventeur de l'échelle
de cordes, il se nomme Robert de Jolie et vient de faire ce qu'il considéra comme sa plus belle
découverte. La grotte est aménagée juste avant la seconde guerre mondiale par la municipalité
d'Orniac mais de nombreuses autres salles sont découvertes par la suite pour porter l'étendue du
réseau à 4 km. L'équipe entame la descente de la veine par l'entrée historique. De nos jours,
cordes et descendeurs remplacent avantageusement les échelles souples inventées par Robert de Jolie.
Le terme aveine est souvent utilisé pour des grottes situées sous un plateau calcaire dont
l'horifice s'est ouvert par effondrement de la voûte au plafond d'une grande salle que l'on
pénètre verticalement.
Le comble des bullies situé à la verticale de l'entrée est le résultat
d'effondrement successif. Curieusement, la première salle de la veine d'Orniac ne contient
pratiquement pas de stalactites mais elle est recouverte d'une véritable forêt de
stalagmite géante dont les formes évoquent celles de pommes de pain, troncs de palmiers ou
piles d'assiettes. Bien que peu fréquents, ce phénomène s'explique assez simplement. Les plafonds
sont proches de la surface, à peine une dizaine de mètres. La roche n'a pas le temps de régulariser
le débit des gouttes d'eau qui varient en fonction de l'intensité des pluies. Comme les salles sont
très hautes, les gouttes s'écrasent à grande vitesse sur les stalagmites donnant des têtes
planes dont le diamètre varie en fonction du débit de l'eau. Quand ces stalagmites géantes se
forment sur des ébouillies instables, leurs poids provoquent des mouvements de sol qui peuvent
casser les concrétions ou simplement les incliner. Plus bas dans la salle, Jean-Marc et Florence rencontrent
un immense buffet d'orgues. Ici, les plafonds épais permettent la formation de stalactites qui
finissent par rejoindre les stalagmites pour devenir des colonnes. Elles se soudent entre elles grâce
au ruissellement de l'eau à l'extérieur de la concrétion. Peut-être que dans quelques milliers
d'années, l'urne d'argent où repose le cœur de Robert de Jolie fera partie intégrante de cette
immense barrière de calcite. Cette forêt de stalagmites est entièrement composée de
calcites. La calcite, c'est tout simplement du carbonate de calcium cristallisé par précipitation
d'une solution, c'est-à-dire de l'eau contenant ce carbonate de calcium. Les éclabouchures des
gouttes d'eau vont déposer la calcite non seulement au centre de la stalagmite, mais aussi en
périphérie créant ces écailles qui rappellent des troncs de palmiers. L'eau qui ruisse l'autour de
la formation développe des coulées donnantes à la stalagmite une forme de choufleur. Contrairement
à ce que l'on raconte souvent dans les visites touristiques, les concrétions n'ont pas une
croissance régulière et mesurable. En réalité, il n'existe pas deux concrétions au monde qui
poussent à la même vitesse. Leur croissance est essentiellement lié aux conditions climatiques en
surface, à la fissuration de la roche, mais aussi à l'atmosphère de la cavité. Pour emporter avec
elle le carbonate de calcium contenu dans la roche calcaire, l'eau doit devenir acide. Cette
acidité se forme grâce au gaz carbonique présent dans les couches supérieures du sol.
Le professeur Michel Bakalowicz, du laboratoire souterrain de Moulis, explique ce phénomène.
Toujours étonnant de voir ces grandes grottes dans un calcaire qui est massif et absolument sans trou, on en fait d'ailleurs des marbes de cheminée, c'est complètement imperméable, on y passe ça.
Pour qu'elle passe l'eau il faut des fissures et le calcaire est très fissuré, il n'est pas c'est l'eau et cette eau en fait elle a traversé le sol, elle a dit sous le gaz carbonique qui est produit par la végétation et ensuite ce gaz carbonique et cette eau c'est un acide et l'acide se met à élargir les fissures et alors on a, on voit apparaître d'avoir des petites roues comme ceci et puis certain de ces
petites roues deviennent beaucoup plus grands en profondeur et on se retrouve avec ces grandes salles qui représentent une continuité, une rivière souterraine et l'eau puisse circuler très librement.
Ce gaz carbonique, il existe dans toutes les fissures entre le sol et la grotte dans des tonneurs quelquefois très importantes et puis quand l'eau arrive dans la grotte et bien brusquement, cette eau va se retrouver dans une atmosphère qui est pauvre, qui est nettement plus pauvre en gaz carbonique puisque le gaz carbonique s'en va vers l'extérieur.
Et elle va perdre son gaz carbonique mais comme c'était le gaz carbonique qui avait permis la dissolution du calcaire, l'eau va perdre aussi son calcaire et le calcaire va se déposer.
Alors si l'eau sort tout doucement de la roche, le dépôt va se faire au plafond ou sur la paroi et puis on aura à ce moment-là une stalactite ou une draprie.
Si l'eau coule assez vite, le calcaire ne va pas être perdu au plafond parce que l'eau n'y sera pas restée assez longtemps et ça va se déposer au sol.
Et à ce moment-là au sol, on aura par exemple des stalagnites qui sont des constructions qui montent comme ça au dessus du sol.
Mais si le débit est très important et qu'on a une abdo qui ruisselle sur le sol, et bien l'eau va construire un plancher stalagnétique,
on va avoir des petits gourds qui sont des bassins avec des petits barrages qui se construisent petit à petit.
Et puis dans les gourds, l'eau va perdre progressivement encore du CO2 et du calcaire.
On va voir apparaître à la surface de l'eau un petit voile de calcite flottante.
Cette calcite flottante va couler au fond du gourd et va faire un sable.
Quelques fois, on a des gouttes qui tombent du plafond, qui viennent perturber l'eau de ce gourd, ça va faire tourner des grains de sable qui vont construire des couches concentriques de calcaire.
Et à ce moment-là, on va voir apparaître des perles.
Franchissant un rideau de drapris géante, l'équipe descend de plus en plus bas dans la grotte pour rejoindre les salles rouges.
Le sol de ces salles est entièrement recouvert d'une glaise épaisse de couleur rouille,
une glaise qui était sculptée par les gouttes d'eau pour former cet étrange paysage.
Au fond de la salle, le sommet d'une immense talagmite s'est affaissé sur la glaise,
et des concrétions plus jeunes ont poussé sur ses flancs.
Il n'est pas possible de mesurer avec précision l'âge de cette concrétion, car les datations à l'uranium thorium ne peuvent remonter au-delà de 400 000 ans.
Mais au vu de la formation géologique de la salle, on peut estimer que cette talagmite a commencé sa croissance il y a plus de 20 millions d'années.
Au fond de la salle nord, Miloud, un guide de l'Aven d'Orniac, ouvre la porte blindée qui mène vers les nouveaux réseaux que Florence et Alain vont visiter.
Ces salles, découvertes en 1965, représentent la plus grande partie de la grotte.
Depuis les premières explorations, elles ont été protégées par les municipalités d'Orniac et d'Icirac, propriétaires des terrains en surface, qui en ont interdit toute visite.
Un classement ministériel a permis de renforcer cette protection.
On comprend aisément les motivations de cette protection lorsqu'on découvre ces plafonds ornés de concrétion en forme de sable, fragile comme du verre, un vrai régal pour les yeux.
Autre forme étrange, les disques de calcite. Ici le disque est prolongé par une draperie et surmonté de quelques belles perles.
Ces disques créés par un gédot sous pression peuvent avoir un diamètre à l'an jusqu'à 3 mètres.
Parfois, les disques sont imbriqués sur la paroi et contiennent d'autres formes de cristallisation.
A l'intérieur de ce goût, aujourd'hui à sécher, des concrétions se sont développées sous l'eau. Elles ont pris la forme de petits sapins. Encore une forêt de calcite, mais en miniature.
Les radicels, immenses comme toutes les salles d'Orniac, un talu d'argile permet d'approcher le plafond.
Les radicels qui semblent pousser autour de ces carottes de calcite sont des excentriques. Des excentriques que l'on retrouve sur toute la superficie du plafond.
On appelle ces petites concrétions excentriques car ils poussent dans tous les sens, au mépris des lois de la pesanteur.
Les hypothèses ont été émises sur l'origine de leur formation, depuis l'influence des courants d'air jusqu'à l'action de bactéries souterraines.
En réalité, c'est la conjonction de plusieurs phénomènes physiques et chimiques qui développent ces formes si fines et si pures.
Ce qui dépend de conditions extrêmement précaires que l'homme peut perturber sans même s'en rendre compte.
Dans cette petite niche, les excentriques sont tellement fines qu'elles prennent la forme d'aiguilles de cristal.
La présence de ces milliers de petites concrétions au plafond témoigne d'une grande fissuration de la roche.
Toutes ces gouttes d'eau marquent également le sol.
Cette peau de léopard est une coulisse talagmétique dont les tâches sont provoquées par cette pluie incessante.
Pour ne pas salir cette surface parfaitement lisse, Florence a retiré sa combinaison.
Les coulées de calcite se superposent pour devenir d'immenses massifs.
Derrière l'un de ces massifs, Florence et Alain découvrent une salle tout à fait exceptionnelle.
On y retrouve pratiquement toutes les variétés de concrétions de calcite connues.
Pour plombant de longs sierges aux formes classiques, les excentriques se sont développés sur des centaines de mètres carrés.
Même si leurs formes évoquent une vie végétale, les excentriques ne sont que des cristaux de calcite qui croissent un peu au hasard en fonction des forces capillaires.
L'eau qui s'insinue très lentement par des ports microscopiques ne peut plus former de gouttes.
Elle n'est donc plus soumise à la gravité et les dépôts se construisent dans toutes les directions.
La croissance peut aussi être influencée par une impureté qui bloque le canal central.
L'eau cherche un autre chemin pour s'échapper et la cristallisation s'effectue dans un sens différent.
Dans certains cas, l'eau continue à circuler à la surface de la concrétion sous la forme d'un film invisible à l'œil nu.
Seul joue les forces de tension superficielle.
Comme toutes les concrétions, les excentriques peuvent être de différentes couleurs.
Les impuretés et le taux d'oxydation des particules métalliques qu'elles contiennent font varier leurs teintes.
Bien que relativement courante, ces concrétions ont toujours fasciné les visiteurs des grottes.
Elles sont devenues la proie rêvée pour les collectionneurs en tout genre.
Pourtant, une fois à la surface, elles perdent rapidement leur éclat et se dessèchent pour ne plus ressembler qu'un vulgaire morceau de calcaire.
Malheureusement, leur rendre visite trop souvent peut aussi les détruire car la présence répétée de l'homme sous terre modifie considérablement les conditions atmosphériques de la cavité.
Toutes ces formes se développent dans la solitude et l'obscurité la plus totale.
Peut-être, vaut-il mieux les laisser ainsi?
À l'extrême sud-ouest du massif central, en France, les montagnes noires renferment de nombreuses cavités dont la plus importante s'ouvre près du petit village de Cabré-Spine,
a mis hauteur sur le flanc du roc de l'aigle. Philippe Axel et son équipe devraient trouver ici des phénomènes minéraux particulièrement rares, des fleurs et des cristaux d'aragonite.
Ils ont rendez-vous avec Emé Malet, un véritable passionné, qui connaît ce réseau comme sa poche et y consacre une grande partie de son temps.
Salut, comment ça va? Ça va être un peu chaotique. J'ai pris mon chien.
En prenant le chemin découvert par les premiers explorateurs, Laurent, Robert et le cameraman descendront avec lui sur plus de deux kilomètres.
Si c'est prêt pour vous, on peut y aller quand vous voulez.
L'entrée de la grotte fut découverte en 1968 par un groupe de jeunes lycéens de la ville de Carcassonne, toute proche.
Avant eux, comme en témoigne de nombreux vestiges, les hommes préhistoriques se sont abrités dans ce refuge naturel.
Ont-ils été au-delà des quelques premières dizaines de mètres dans ce réseau qui compte aujourd'hui près de 17 kilomètres? C'est peu probable, mais on ne le saura jamais vraiment.
Balou est intrigué par la préparation des lampes à carbure.
C'est curieux cailloux qui dégagent de l'acéthylène lorsqu'ils sont mis en contact avec de l'eau.
La simplicité et l'autonomie de ce système en font l'éclairage préféré d'espéléologues.
Sur la topographie, Emma Lé indique à Philippe Axel le chemin à suivre pour faire la jonction avec le niveau supérieur par une entrée plus directe qui facilitera la pose des câbles électriques pour les éclairages.
Puis, il lui montre par où il compte passer avec la caméra. Sur le papier, ça a l'air simple, mais en réalité, c'est une autre paire de manches.
Après avoir descendu une longue galerie, l'équipe rejoint la rivière souterraine de la grotte de Cabryspin.
C'est le point le plus bas de la grotte. C'est Olympide cool dans le réseau actif.
La rivière continue à se frayer un chemin plus profond dans la roche, profitant de chaque faiblesse du calcaire.
Dans quelques milliers d'années, elle aura creusé un nouvel étage inférieur et cette galerie sera sèche.
Le concrétionnement massif qui décore ce passage est provoqué par l'infiltration des eaux de surface à travers des millions de fissures microscopiques.
Il est essentiellement constitué de calcites, une cristallisation du carbonate de calcium. L'équipe quitte la rivière pour remonter une cheminée étroite qui mène vers la partie supérieure de la grotte.
C'est le point le plus bas de la grotte.
Ils émergent au fond d'une salle aux proportions gigantesques.
Profitant de cet instant de répit, Emé montre à Robert et Laurent le trajet qui reste à parcourir pour atteindre les plus anciennes salles.
Elle se situe 200 mètres plus haut au sommet d'un immense ébouli instable qu'il faut escalader.
Ce gouffre aux dimensions impressionnantes a plus de 250 mètres de hauteur. On pourrait illoger sans problème les deux premiers étages de la Tour Eiffel.
Des millions de mètres cubes de roche ont été excavés par la force tourbinaire de l'eau et par l'effondrement successif des couches du plafond dont les restes forment ce vaste amas de rocher de toute taille.
L'escalade est très dangereuse. Le moindre faux pas peut entraîner un éboulement des blocs qui emporterait les grimpeurs.
Au sommet de l'ébouli, l'équipe redescend le versant opposé qui mène vers les salles supérieures.
La physionomie de la grotte change complètement. Superbement décoré de centaines de concrétions, la première salle est entièrement recouverte par une coulée de calcite de couleur rouge.
C'est ici que la rivière pénétrait la caverne il y a des millions d'années.
Sur les parois de marbre bleu, des milliers d'excentriques aux formes délirantes se sont formés.
Les excentriques de cabres spin sont particulières. Elles sont formées à la fois de calcites comme celle d'Orniac mais aussi d'aragonites qui se développent en petits cristaux fins.
Sous de superbes buissons d'aragonites qui pantent au plafond, Philippe Axel a accompagné de Claude Gragnet, spéléologue de longue date et rejoint par l'équipe.
Pour préserver cette grotte magnifique, Claude Gragnet a aménagé un balcon au sommet du couvre géant de cabres spin, d'où les visiteurs peuvent découvrir la profondeur de cet abîme.
L'aragonite, ces merveilleux cristaux dont les formes ressemblent parfois étrangement à du corail, sont extrêmement rares.
Ces concrétions n'existent que dans quelques dizaines de grottes parmi les centaines de milliers de cavités qui parsèment l'Europe.
L'aragonite est aussi composée de carbonates de calcium, mais sa cristallisation est différente, ce qui lui assure des propriétés distinctes et des formes très variées. Elle est moins stable que la calcite et particulièrement sensible au changement de climat.
Ce genre de cristaux ne se développe que dans des cavités fossiles, sur le point de disparaître. Ces salles extraordinaires sont condamnées.
Une double mort, provoquée par les éboulements, est parallèlement par le développement des cristaux qui bouche définitivement les galeries.
Plus les grottes vieillissent, plus elles s'embellissent. A la veille de leur mort, elles se partent de leur plus beau manteau.
Heureusement, cette agonie, brève à l'échelle géologique, représente de nombreux générations pour les êtres vivants.
Si l'homme ne provoque pas de catastrophes, ces descendants du troisième millénaire pourront encore longtemps admirer ces merveilles de notre terre.
Philippe Axel rejoint son équipe dans les Pyrénées pour filmer l'une des grottes les plus exceptionnelles du monde, dont l'emplacement exact est tenu secret.
Sur place, les techniciens se préparent à transporter le matériel d'éclairage et à dérouler plus de trois kilomètres de câble dans les galeries.
Découverte en 1981, cette grotte porte le nom de son inventeur, André la Chambre.
Ancien mineur dans les charbonnages de Lorraine, André la Chambre, que ses amis appellent Dédé, n'a commencé la spéléo qu'en 1973.
Mais son expérience de mineur fait rapidement de lui le spéléo le plus chevronné de toute la région. Il ne découvre pas moins de 94 cavités en quelques années, utilisant plus souvent la baramine et l'explosif que les moyens classiques de prospection.
Pendant des années, il est persuadé de l'existence d'une grande cavité dans cette partie de la montagne. Il découvre une mince fissure dans laquelle le petit doigt passe à peine.
A grand renfort d'explosif, il élargit le passage et en une seule journée, accompagné de Bruno Michaville, réalise près d'une dizaine de kilomètres dans cette grotte qui s'appelle aujourd'hui le réseau la Chambre.
L'entrée du réseau est protégée par une impressionnante porte blindée, une mesure de protection fournie par le ministère français de l'environnement.
L'équipe a installé un camp de base dans une salle située à deux kilomètres de l'entrée du réseau la Chambre pour déposer le matériel et bivouaquer. Au camp, Philippe Axel et Dédé retrouvent Patrick Cabrol, qui s'occupe au ministère de l'environnement de la protection des sites souterrains.
Dès le premier jour de la découverte, j'ai senti que c'était une découverte importante. Alors on a commencé par baliser le passage parce que la protection des cavernes, ça commence déjà par les actions des spéologues.
Et comme ça, ça a été fait. Alors là, j'ai prévenu l'inspecteur des sites, Patrick Cabrol, qui est venu et qu'on a discuté, savoir si le site pourrait être classé.
Et je suis venu visiter le réseau à peu près quatre, cinq mois après cette découverte. Et je me suis rendu compte immédiatement de l'intérêt patrimonial exceptionnel qu'il avait, du point de vue des concretions,
stalactiques talagmites, mais surtout aragonites, cristallisation est assez exceptionnelle. Et à ce moment-là, j'ai prévenu aussi les chercheurs des laborateurs souterrains de Moulisse qui sont venus faire une visite très peu de temps après.
Tous ensemble, nous avons pris conscience de la nécessité de mettre en place une protection beaucoup plus forte de cette grotte et nous avons envisagé à ce moment-là une protection juridique en accord entre les spéologues
qui avaient découvert la qualité, les propriétaires, les scientifiques et l'administration. Et c'est à ce moment-là que la procédure de classement a commencé.
La protection dont bénéficie le réseau la chambre est déjà très largement justifiée par la finesse et la fragilité de concrétion incroyable, comme ces filaments de cristaux, parfois plus fins qu'un cheveu.
La simple présence de l'homme peut modifier les conditions très délicates nécessaires à la formation de ces formes extraordinaires.
Quand au perle des cavernes, elles disparaissent bien souvent dans la poche d'un visiteur peu scrupuleux.
Ces concrétions ne résistraient pas longtemps à des visites fréquentes. Mais le réseau la chambre cache un trésor encore plus fabuleux.
Par une petite galerie supérieure, Dédé emmène l'équipe à la découverte de sa grotte secrète, qui l'a appelée les canyons blancs.
La progression est délicate. Il faut ramper entre les concrétions sans les toucher.
Dans cette première partie des canyons blancs, les concrétions classiques en calcite, stalactites, drapris et fistuleuses sont recouvertes de fins cristaux d'aragonites qui forment de petits ursins ou des fleurs d'une transparence extraordinaire.
La calcite et l'aragonite se développent en symbiose entre melons, filaments, bouquets de fleurs et cristaux parasites.
Ce sont des concrétions très jeunes, ne contenant que peu d'impuretés, ce qui leur donne une blancheur éclatante.
En s'agrandissant, la galerie se recouvre d'un véritable tapis de fleurs blanches d'aragonites.
A l'extrémité des aiguilles de cristaux, de petits flocons laiteux sont accrochés aux fleurs.
C'est de l'hydromagnésite.
Essentiellement composée d'eau et de fines particules blanches, l'hydromagnésite est une substance extrêmement rare, dont l'on ne trouve que des quantités de l'ordre du gramme dans la majeure partie des grottes qui en contiennent.
On en trouve près d'une tonne dans le réseau-la-chambre.
Les canyons blancs représentent le plus grand gisement d'aragonites et d'hydromagnésite du monde.
Ce sont des morceaux de calcite, comme on a vu tout à l'heure.
Il y en a des petites poils, il y a des aiguilles d'aragonites, elles sont bien étachées ici.
C'est là ce qu'il y a de spécial.
C'est creux. Il y avait une bulle et on voit qu'elle a éclaté.
Maintenant, c'est ici, ces aragonites, elles sont plus longues que celles qu'on a vues avant.
On y trouve aussi des concrétions uniques, comme par exemple des petites stalactites d'hydromagnésite qui n'ont jamais été observées ailleurs.
Un tel développement d'aragonites et d'hydromagnésite est dû à des conditions tout à fait exceptionnelles, liées au facteur physico-chimique et climatique de la grotte.
Cet équilibre extrêmement instable a été préservé pendant des milliers d'années. Il suffirait de peu pour le bouleverser.
Au fond d'une galerie, un goût, véritable petit lac, se nige dans un écrin de concrétion.
C'est le lac lise. Ce goût est rempli des eaux de ruissellement qui ont formé les cristaux qui l'entourent.
Car ici, rien ne vit. Toutes ces formes merveilleuses ont été formées par l'eau et la roche, sans aucune intervention d'un quelconque organisme vivant.
Toutes les variétés de concrétion du réseau sont représentées dans ce petit endroit. C'est en quelque sorte la grotte en miniature.
Sur les 17 km topographiés du réseau La Chambre, les canyons blancs font 2,5 km. Une fleur d'aragonie se vend 500 francs français sur le marché des minéraux.
Cette galerie en contient des millions. Aucun pays n'interdit la vente des concrétions. Chaque jour, des grottes sont pillées. Si quelques pays comme la France se sont dotés d'une législation permettant le classement de certains sites, dans la majeure partie de l'Europe, le patrimoine souterrain n'est pas protégé.
Grâce à la volonté des spéléologues, de l'administration de l'environnement et des propriétaires de grottes, des sites comme Lavendernyak, le réseau La Chambre, où le gouffre de cabres espine sont préservés. Mais qu'en est-il des autres merveilles de l'Europe souterraine?
Abonnez-vous à la chaîne d'Amara.org
Abonnez-vous à la chaîne d'Amara.org
