Je suis ravie de vous rencontrer aujourd'hui pour parler numérique, pour parler d'éducation
et numérique.
Je suis la directrice d'une société qui s'appelle CVDL, CVDL ANIM, un réseau de consultant
qui s'appelle Mouquet Compagnie, une agence de réalisation de produits de formation en
ligne et qui accompagne également les organismes de formation dans la digitalisation de leur
formation.
Donc le numérique, on est tombé dedans il y a déjà quelques années et puis c'est bien
quand même une fois de temps en temps de se poser la question mais au fait pourquoi? Pourquoi
est-ce qu'il faut numériser la formation? Après tout, vous avez certainement vos raisons
mais il y en a qui reviennent un peu plus souvent que d'autres.
Alors je voudrais juste déjà parler de ça quelques instants, il me semble qu'il y a
deux raisons principales, enfin qu'on voit apparaître souvent.
La première c'est l'entrée par l'outil, il y a un nouvel outil, il y a des plateformes,
il y a des plateformes de MOOC, il y a des MOOCs en eux-mêmes, etc.
Il faut absolument y aller, ça a l'air tellement bien, etc.
L'entrée par l'outil c'est un petit peu limité je dirais parce que vous serez toujours
en retard d'un outil, il y a toujours quelque chose de nouveau, surtout dans les techno,
le rythme de l'innovation c'est considérablement amélioré donc ce qu'on est condamné à
courir derrière en permanence, donc à changer en permanence et on sait que le changement
coûte extrêmement cher dans les organisations et pour les individus qui mettent en œuvre
ce changement.
Donc l'entrée par l'outil est peut-être pas celle que l'on va privilégier aujourd'hui.
En plus je dirais que contrairement à ce qu'on peut penser, un outil n'est jamais
neutre, un outil modifie votre façon de considérer les choses toujours.
Un ami depuis qu'il y a Facebook, c'est plus un ami sans Facebook, le sens de ce
terme-là a changé et c'est pas nouveau.
Il y a déjà une centaine d'années, Mark Twain disait si vous n'avez qu'un marteau
dans la main, tous les problèmes que vous rencontrerez ressembleront à des clous.
C'est ce qu'on fait avec un marteau, on tape sur des clous et donc si on voit le
monde à travers son smartphone, le monde change de configuration n'est pas le même
que si on le regarde principalement avec ses yeux et si on apprend sur un écran derrière
un écran, eh bien ce n'est pas tout à fait la même chose que si on apprend comme ça
dans une interaction, bien que toutes les interactions en face à face ne soient pas
extraordinaires, je pense que vous pourrez trouver facilement un exemple rapidement
de cours dans lequel vous vous êtes endormie.
Oui, ça y est, c'est revenu, il ne faut pas longtemps, pour penser au cours auquel
on s'est endormi.
Donc le présentiel n'a pas toujours l'avantage sur le distanciel mais néanmoins l'outil
modifie nos façons de voir les choses.
Alors le deuxième courant je dirais de raison, pour adopter le numérique en éducation
et en formation, c'est bien sûr le business.
Si nous ne le faisons pas, d'autres l'ont fait avant nous, d'autres ont compris et
on saisit l'occasion, nous n'apprenons plus aujourd'hui comme avant, nous ne l'aujons
plus comme avant, nous nous déplaçons plus comme avant et donc certains ont compris
ça, les petits malins ils ont trouvé des circuits plus courts, plus efficaces, qui
mettent plus facilement en contact le producteur et celui qui va consommer et donc si nous
on y va pas on va mourir, on va mourir, on va perdre nos parts de marché, c'est terminé
pour nous des entreprises antiques et solennels qui existent depuis 50 cent ans voire davantage
se disent ah on va disparaître et ils transmettent ça à l'intérieur et il faut avancer, il
faut avancer, c'est pas très engageant de dire qu'on va juste sauver sa peau pour
quelques années supplémentaires, que tout ce qu'on a investi dans son travail depuis
des années, des dizaines d'années pour certains ne sert qu'à survivre, que l'épanouissement
n'est pas au rendez-vous et on sait très bien qu'en créant du stress, en créant
en incitant à la dévalorisation de soi, je ne mérite peut-être pas d'être là
puisque je n'ai pas saisi la révolution numérique, alors peut-être que je ne vaux
rien, eh bien on crée du retrait, des gens qui se retirent, qui se désengagent et qui
ne vont pas et après on tempête sur la difficulté d'installer le changement, ben oui mais le
changement là, il correspond à la réponse à une menace et avoir la menace au-dessus
de la tête en permanence n'est pas le meilleur moyen sans doute de motiver et de créer
de l'enthousiasme, donc je me disais quand on a créé Mouke et compagnie avec mon excellent
collègue Thierry Lafont qui n'est pas là ce soir mais qui aurait vraiment mérité
de l'être, on ne répondait pas à ça, on n'avait pas la fascination de l'outil,
on n'était pas non plus sous la menace de quoi que ce soit, on n'avait pas de boîte
avant donc on l'a créé à ce moment-là et on s'est dit qu'on voulait surtout répondre
à un besoin de sens, nous on est dans la formation, on a vu nos grands âges, n'est-ce
pas depuis de nombreuses années et que c'est jamais le nouvel outil ou la menace ou l'envie
d'avoir des parts de marchés supplémentaires qui nous menaient, mais l'éducation on y
croit quoi, on y croit non pas comme on croit un dieu etc mais on se dit c'est un peu un
pari si on fait de l'éducation, si on fait de la formation, c'est qu'on estime que
tout le monde est éducable, le pari de l'éducabilité de tous qu'ont défendu de nombreux pédagogues
et philosophes depuis très longtemps et le nôtre, le dernier, enfin le dernier j'espère
que ce n'est pas le dernier mais le plus récent de ces défenseurs de l'éducabilité
de tous c'est Philippe Merieux pour ce qu'est de la France au moins, Philippe Merieux donc
vous avez peut-être déjà entendu parler qui est professeur de sciences de l'éducation
à Lyon 2, ma bonne ville de Lyon, c'est peut-être pour ça qu'on croit à l'éducabilité
de tous mais il dit c'est un pari et c'est le principe postulat sur lequel c'est fondé
l'école et donc l'école publique, tout le monde est éducable, tout le monde est digne
d'aller à l'école et de profiter du bonheur d'apprendre mais en même temps l'école
elle a un rôle social, elle a un rôle d'épanouissement de l'individu en pariant sur l'éducabilité
mais elle a un rôle social qui est de maintenir la hiérarchie sociale parce que comme disait
un des étudiants qui parle avec Philippe Merieux si tout le monde va à la fac qui va ramasser
les poubelles, il faut bien trier parce qu'on va pas changer la société comme ça, qu'est-ce
qu'on deviendrait si chacun prenait sa part de toute l'étage désagréable, s'il n'y
avait pas des gens qu'on peut désigner pour les faire et comment est-ce qu'on les désigne
par l'éducation, tu es moins éduqué que moi donc tu es un bon service, tu ramasses
mes poubelles et c'est le rôle de l'école et c'est le rôle de l'université de conserver
ça en même temps et la schizophrénie n'a jamais fait peur à personne apparemment
qu'elle dit tout le monde est éducable tout le monde a sa chance et l'enseignant il est
entre les deux et il est là et il doit à la fois maintenir la structure sociale, la pyramide
qui n'est certainement pas tombée, contrairement à ce qu'on pourrait dire, les enquêtes
PISA nous montrent que notre école est de plus en plus inégalitaire, que c'est de
la reproduction sociale, que ceux qui ont déjà tout au départ continueront à avoir
tout et encore plus et que ceux qui n'ont pas grand chose, et bien tant pis pour eux,
ils ne sont pas nés bien dotés et continueront à avoir pas grand chose. Alors qu'est-ce
qu'on fait avec ça? Et bien effectivement comme le disait la personne avant moi on va
voir un peu ailleurs pour se dire mais mince alors mais on est obligé de faire comme ça,
on est obligé d'accepter ça et on trouve des exemples absolument inspirants dans le
temps et dans l'espace. Je n'en citerai qu'un parce qu'après il va falloir quand même
que j'arrive au coeur de ma présentation c'est celui de Bunker Roy en Inde. Bunker
Roy c'est un indien d'une famille extrêmement privilégiée qui a fait ses études dans les
meilleures universités d'Inde et d'Angleterre qui était donc premier à une carrière extrêmement
confortable et prestigieuse et puis qui à ce moment-là au moment d'entrée dans la
vie active s'est senti mourir avec tout ça. Il s'est dit, il le dit lui-même, il dit
j'ai failli mourir de mon éducation. Alors dans un sursaut de conscience et de pour sauver
sa peau peut-être, il a dit à ses parents non j'ai pas trop envie de rentrer à la
banque machin là, moi j'ai envie d'aller creuser des trous et puis creuser des puits
dans un village. Il est allé et puis là il a pris conscience de ce que c'était que
son pays et puis comme c'était Paul dernier des imbéciles non plus quand même il a créé
une université qu'il a appelée le Barefoot College donc l'université des Vanupiers
et il forme des personnes donc sur lesquelles personne n'aurait rien parié à devenir des
techniciens du photovoltaïque, à devenir des dentistes, à faire de l'adduction d'eau,
de l'assainissement et il a choisi, il a ciblé comme étudiant les femmes de préférence
âgée et un alphabet. Pourquoi? Parce que s'il prend les hommes déjà un peu éduqués
et en forme, qu'est-ce qu'ils font ces hommes-là? Ils font de la formation et puis après
ils se barrent. Ils partent, ils vont dans les villes, pourquoi? Parce qu'ils vont
chercher du travail, ils vont gagner de l'argent, voilà, ils travaillent pour eux. Ces femmes-là
elles sont très peu mobiles, elles sont dans les communautés, elles y restent et qui
est-ce qui tient les communautés? Ce sont ces femmes-là. Qui est-ce qui reste quand
tout ce qui avait de la force productive est parti? C'est elle. Donc très logiquement
il s'est dit bah on va travailler avec ces dames et comme ça on peut espérer que les
innovations, la compétence, l'intelligence resteront dans les communautés et c'est
ce qui s'est passé. Il y a des tas de villages qui maintenant ont de l'adduction d'eau et
du solaire et ont des dentistes, etc. Grâce à ces femmes-là et du câbilité de tous,
il a trouvé les moyens de former, de donner envie et de former ces personnes avec des
cours d'une manière tout à fait particulière. Elles sont un alphabet donc déjà on fait,
on n'utilise pas le texte donc c'est déjà un peu compliqué. Mais beaucoup parlent
à pratique et en y allant, étape par étape et à chaque petit étape, une réalisation
et finalement là où existe le BRFOOT COLLEGE, ça marche. Alors c'est des gens comme ça,
moi qui m'inspire un peu je dirais en me disant mais si lui il a réussi dans des conditions
si extrêmes avec une population qu'on estime si éloignées de toute ambition éducative,
nous avec quelques ordinateurs, on doit quand même réussir à faire quelque chose. Et c'est
ce qui nous a vraiment motivé à créer MOOC et compagnie et à faire ce qu'on fait, c'est-à-dire
des MOOCs, des SPOCs, des COUCs, on peut dire des PLUFs, enfin tout ce que vous voulez.
Bref, tous ces nouveaux formats de cours qui sont je dirais un e-learning beaucoup plus
ouvert, on va y revenir tout à l'heure, et qui s'adressent à des grands groupes, surtout
les MOOCs, on a un passage à l'échelle que permet le numérique, à travailler sur
la culture, la culture scientifique, la culture artistique en disant vous voulez venir, ça
vous intéresse, ben venez. Et c'est pas à l'école du Louvre, c'est pas à tout ça
qu'ils sont des institutions merveilleuses mais réservées quand même à un certain public,
il n'y a qu'à regarder qui il va, à travailler en privilégiant la formation professionnelle
plutôt que la formation académique, et de préférence des métiers disons qui ne sont
pas placés extrêmement haut dans la hiérarchie sociale, d'accord, et puis à faire de la
formation de formateurs, à travailler avec les centres de formation qui veulent digitaliser
leur formation, non pas seulement pour ne pas mourir dans quelques années mais parce
qu'ils y croient quoi. Alors si vous y croyez on leur a dit ben venez, hein, et ça on le
voit assez vite, après avoir passé un jour de jour dans le centre de formation en question,
on voit très vite et avec quelques techniques simples, se réveiller cette envie qui fait
la valeur du métier de formateur. Pour travailler, on va s'appuyer sur cinq postulats,
cinq et seulement cinq, que je vais vous présenter rapidement. Le premier, c'est que
nous sommes tous indispensables. Il n'y a rien acheté, justement. Non, on ne va pas
sélectionner, on ne va pas raffiner comme une raffinerie, là, jusqu'à avoir un produit
pur en arrivant en haut, tout le monde a sa place dans les cours. Donc on fait des cours
ouverts sans préoccupation, d'accord. On a abaissé un certain nombre de barrières
de langage, on a mis des médias qui sont les médias de notre environnement, la vidéo,
etc. Mais voilà, c'est tout. Tout le monde a sa place. Ceux qui vont faire le cours
jusqu'au bout, ceux qui vont en faire seulement un petit peu, ceux qui sont là seulement
pour regarder les vidéos et puis ceux qui ne font rien. De toute façon, il y a quelque
chose qui est clair, on commence à savoir comment ça marche les groupes. Si vous enlevez
ceux qui font rien, dans le petit groupe qui va rester, il y en a à nouveau la moitié
qui ne vont rien faire et encore moins et encore moins. Donc autant garder tout le monde
parce que la proportion de ceux qui font, c'est toujours la même, dans un groupe toujours.
Donc si vous avez 100 personnes, vous allez avoir 5 personnes qui font. Si vous avez 1.000
personnes, vous en aurez 50. Si vous avez 10.000 personnes, vous en aurez 500. C'est
pour ça que les MOOCs marchent quand on laisse de la place à l'expression des participants.
Parce que vous avez beaucoup de personnes qui font parce que les groupes sont grands.
Si vous mettez des petits groupes, vous aurez peu de gens qui vont participer. C'est
comme ça, c'est observé. Donc on a tenu compte de ça et puis on dit, mais autant
mettre le plus de gens possible. Et puis ceux qui font rien ce coup-là, peut-être
que la fois d'après, ils feront les résultats de l'éducation et de l'apprentissage, c'est
pas question, réponse. On n'est pas tous des pavlov avec des chiens, des sucres, enfin
tout ça. On réfléchit, on a envie de faire, on va s'inscrire, on va pas faire. La fois
d'après, on va peut-être faire ou on va réfléchir un peu plus. On va être, ah ben non, là,
j'aurais vraiment dû faire. Donc la troisième fois, on va y aller. Les sons, chacun aller
à son rythme. On ne sait pas d'où va venir la bonne idée et on ne sait pas ce que va
produire l'engagement qui commence par une simple inscription. Et enfin, ce qu'on souhaite
avant tout, et ce qui va faire qu'un jour, ça va aboutir, c'est l'accroissement de
la curiosité. Le développement de cette envie, de cette appétence, c'est pas seulement
avoir un certificat. Il y a plein de gens, les certificats, ça ne les intéresse pas
tellement, quoi. Mais en revanche, éveiller la curiosité, il y a un pédagogue qui s'appelait
parce qu'il est mort, John Dewey, qui travaillait là-dessus beaucoup et qui a dit, mais la
valeur du savoir est à l'intérieur du savoir. Et il faut éveiller la curiosité pour ce
savoir-là et c'est ça qui va faire avancer les gens. Parce que si vous cherchez des
objectifs externes, l'employabilité, ou je ne sais quoi, vous allez toujours tomber
à côté, au moins, pour une partie de votre public qui, en ce moment-là, n'a pas envie
ou besoin de ça. La deuxième chose, notre deuxième postulat, c'est qu'on apprend en
faisant, ça, tous les partisans de l'éducation nouvelle le savent, on n'apprend pas en
restant passifs. Il faut bouger au moins dans sa tête, voir avec ses mains, enfin s'agiter,
etc. C'est être actif, apprendre, c'est être actif. Alors il y a des observations qui
font un peu mal à certains. On a mis des électrodes sur la tête de certains étudiants
et on avie que le moment où le cerveau était le moins actif, c'était souvent en cours.
En cours. En cours. Alors que la nuit, ça remue dans tous les sens. Parce que quoi? Parce
que le cerveau, il est en train de filtrer, de tout mettre en ordre, etc., alors que pendant
les cours, comme ça. Alors essayons de mettre de l'activité intellectuelle ou physique,
comme dit Cyrulnik, Boris Cyrulnik, l'école sélectionne les enfants sur leur capacité
à rester immobile. C'est super quoi. Mais c'est vrai. 6 heures, 8 heures dans la journée
sans bouger à sa table. Bravo. Pour mettre ça en haute, son CV, génial. Je sais rester
immobile et j'ai atteint les niveaux les plus hauts avec ça? Non. Il faut bouger.
Il faut bouger au moins dans sa tête et si possible, marcher, se déplacer, etc. Laissez
des traces. Si on agit, il faut que ça se voit. Et dans nos cours, tout ce que font
les gens est visible de tout le monde. C'est la fin des devoirs avec des noms, des trucs,
des choses. Je le miens, je le cache et je ne veux pas que tu regardes. Non, non, non.
On apprend. On ne sait pas encore une fois d'où va venir la bonne idée. Donc on montre
tout. Et on fait des travaux de groupe quand on est sur de la formation certifiante avec
des notes et tout ça. En plus, il faut se tromper. Comme on dit souvent, il n'y a que
ceux qui font rien et qui ne se trompent pas. Ça, c'est sûr. Mais se tromper, ça veut
dire qu'on a bougé déjà et qu'on est sur la route vers le succès. Si vous n'apprenez
pas de vos erreurs, si vous avez tout bon du premier coup, c'est que vous saviez déjà.
Vous saviez déjà. Alors vous avez tout bon, vous avez rempli votre contrat avec l'école.
Qu'est-ce que vous avez appris? Rien. Si vous vous êtes trompé et que vous avez des
rétroactions sur cette erreur, la prochaine fois, vous ne la refrez pas. Vous en refrez
peut-être une autre, vous me direz. Mais au moins, vous allez apprendre quelque chose.
Donc l'erreur, le feedback sur l'erreur, ça a un rôle fondamental dans l'éducation.
Et dans notre cerveau, il paraît que ça marche comme ça, par essai erreur, par approximation
comme ça. Donc, profitons-en pour le mettre en œuvre. Et bien sûr, apprendre c'est
gagné en pouvoir de faire. Et là, on touche à la citoyenneté. Si je ne comprends pas
les choses, si je me laisse guider par ceux qu'on appelle les architectes du choix et
qui en tout temps me faisant croire que je suis libre, guide tout ce que je fais, je suis
quoi? Je ne suis rien, je suis un consommateur, je suis un mouton, je ne suis pas un citoyen.
Troisième postule-là, c'est la foule, la valeur de la masse. Et ça, c'est François
Tadéhi qui le dit. Il dit, aucun individu n'est plus intelligent que nous tous rassemblés.
Le groupe a toujours raison. Enfin, le groupe a toujours raison. Ce n'est pas en histoire
de raison ou pas raison. Mais ensemble, on n'est plus porteur de nouveauté, de progression
qu'un individu aussi bon soit-il. Tadéhi dit même un prix Nobel n'est pas meilleur
qu'une masse de gens qui réfléchissent ensemble à un problème. Évidemment, si vous allez
voir les marches de l'euro, ce n'est pas pareil. Mais si vous réfléchissez ensemble
à un problème, vous allez trouver, vous allez amener de la progression, vous allez découvrir
des choses plus que ne peut le faire une personne. D'ailleurs, on va toujours chercher vers
ses voisins. Quand on ne sait pas faire quelque chose, on va demander à son voisin. Sauf que
maintenant, les voisins, ils sont sur YouTube, ils peuvent venir de la terre entière. Ça
peut être ce aussi de l'appartement d'à côté. Il est aussi sur YouTube.
Quatrième postule-là, c'est que, finalement, apprendre, c'est un plaisir. Ça, c'est
quelque chose. On le découvre, je dirais, peut-être en vieillissant. Une fois qu'on
est sortis de la marmite de l'apprentissage obligatoire, quand on apprend plus, c'est
là qu'on commence à avoir envie. Regardez les universités du troisième âge. Mais les
gens sont, mais au taquet, quoi. Et je vais apprendre le coréen. Et tiens, si je commençais
médecine, le mec, il a 77 ans. Parce qu'apprendre, c'est un plaisir. Il n'y a que les jeunes
qui ne le savent pas. Parce que c'est obligatoire et c'est d'une certaine façon, en suivant
un certain modèle, etc. Après, dès qu'on est libérés de ça, et puis non seulement
apprendre est un plaisir, mais je vous le dis, quand les gens ont plaisir à apprendre,
vous avez plaisir à enseigner et plaisir à former et à accompagner. Et c'est cette
espèce de regard qui brille là, qui vous oblige, pas qui vous oblige, mais qui vous
stimule pour vous lever le matin. Et sur les forums des MOOCs, quand vous voyez à quel
point ça se passe bien, et comme les gens sont prêts à vous baiser les pieds, d'avoir
apporter la connaissance jusqu'à eux, vous vous dites, franchement, ça vaut le coup.
Je ne savais pas que je faisais un boulot aussi bien. Parce que la reconnaissance, qui n'a
pas besoin de reconnaissance. Alors, vous êtes dans une organisation, vous vous dites,
si tu ne bouges pas, tu vas mourir. Et puis, à côté, il y a des gens qui vous disent,
vous êtes à changer ma vie, quand vous prenez. Evidemment, celui, on vous dit que vous avez
changé la vie de quelqu'un. Donc voilà, on travaille sur le plaisir, on travaille sur
l'envie, sur le désir. Et enfin, la dernière chose, c'est que c'est
jamais fini. Et ça, c'est une phrase de Beckett. Vous avez essayé, vous avez raté,
et bien essayez encore et ratez mieux. C'est jamais terminé, on apprend en marchant, et
c'est ça qui est merveilleux.
