On est donc en février 1999, vous vous trouvez à Florence devant cette vilaille palmerineau,
et là vous vous frapper à la porte. Oui, c'est ça. Je ne savais pas du tout qui allait m'ouvrir,
et j'ai rencontré les membres de la famille des familles Angélie et Paréthie qui m'ont
accueillie très chaleureusement. Il y avait la Carola Costa Angélie qui était alors très âgée,
qui avait été peintre, et qui avait acheté la vilaille palmerineau à la mort de Vernon Lee.
Son œuvre a fait récemment l'objet d'une rétrospective par sa petite fille Fédérica.
La Lola, qu'on l'a appelée, vivait avec sa fille Félène, qui est restauratrice d'œuvre d'armes,
très malade, et son gendre Alfio Paréthie. Une de mes premières interrogations lors de cette
rencontre était le lieu où Vernon Lee était enterré. Je m'étais rendue au cimetière à
l'Ori de Florence sans parvenir à repérer la sépulture de Vernon Lee parce que son nom
s'était effacé. Carola Costa avait donc à poser une plaque commémorative et au cours de la
discussion, elle m'a donné plusieurs pistes à suivre. Elle m'a parlé de Bertonoufflar,
peintre française post-impressionniste, élève de Jaquémie Blanche en me montrant une photo de
Vernon Lee âgée. À ce moment-là, je m'intéressais au texte plus précoce de Vernon Lee et je n'ai pas
exploité cette piste immédiatement. Je l'ai conservée en réserve. Alors il y a une autre
indication anecdotique mais intéressante, c'est que les deux femmes avaient eu le même médecin
traitant. Il a été aussi question de l'exposition organisée par la bibliothèque municipale de
Boulogne-sur-Mer, où Vernon Lee était originaire, et elle me conseillait d'entrer en contact avec la
bibliothécaire de Boulogne-sur-Mer. Et puis la dernière piste concerne Franck Duvenec, peintre et maître
de Federico Angeli, le mari de Carola Costa, dont elle me disait que c'était une piste à suivre
pour mieux connaître les relations personnelles de Vernon Lee. Il y a une cinquième piste proposée
par Alfio, par étit, qui était la villa Itati. Alors la villa Itati se trouvait tout près de là,
il s'agit de la villa de Bernard Berenzon, grand expert en art de la Renaissance, qui abrite
aujourd'hui le centre de recherche sur la Renaissance de l'université de Harvard.
D'accord. Et Berenzon et Vernon Lee se connaissaient? Oui, ils se connaissaient. Ils s'étaient
fréquentés au début de la carrière de Berenzon, et puis Vernon Lee et son amie Kit, c'est-à-dire
Clémentine Hansluther Thompson, avaient assisté souvent aux conférences et aux visites guidées
de Berenzon, ce qui d'ailleurs avait donné lieu à quelques tensions. Donc peut-être que la villa
Itati renfermait des informations par rapport à leurs échanges. Effectivement. Effectivement,
c'était mon espoir. Alors je m'y suis présentée en tant que spécialiste de Henry James, ce que
j'étais alors. J'ai indiqué à l'archiviste que j'aimerais savoir s'ils avaient des documents
sur Vernon Lee. Alors madame Fiori, la Joe Freddy Superby, m'a tout de suite installé dans une salle
où on m'a apporté une enveloppe assez ordinaire, marquée Henry James, qui contenait 11 lettres
signées de ce nom et en me demandant de les aider à identifier ces lettres étant donné que dans
la famille James plusieurs membres de la famille portaient ce prénom Henry. Ah oui, il y a un travail
inattendu alors? Ah oui, tout à fait inattendu absolument. Alors je me suis retrouvée bien
installée à six à côté de l'archiviste et c'était très émouvant d'avoir pour la première fois
entre les mains des lettres manuscrites de Henry James et cette étude m'a apporté un nouveau souffle
pour ma recherche, ma recherche sur Henry James dans un premier temps. Alors j'ai terminé en ce
travail d'à peu près un an en publiant un article dans cette revue, un article très long
d'une centaine de pages que j'ai envoyé bien entendu à la Vilaï-Palmé-Linot pour les remercier
et à la Vilaï-Tati. D'accord, vous avez donc eu vos preuves sur Henry James pour pouvoir avoir
un tour document sur Vernon Lee? Effectivement, on peut le voir comme cela. Je pense qu'ils ont été
satisfaits de mon comportement puisque l'année suivante, lorsque je suis revenue, cette fois-ci
on m'a confié de nouvelles lettres. Cette fois-ci signé William James, même travail, tout aussi
passionnant, tout aussi inattendu. Mais ce n'était pas les documents sur Vernon Lee, c'est un peu
désespérant. Alors effectivement, je me demandais quand j'allais avoir accès au fameux document,
mais je me demandais aussi s'ils existaient toujours. Après m'avoir expliqué que naturellement les
archives avaient voulu vérifier que je n'étais pas une journaliste en quête de sensations fortes,
ils m'ont apporté une enveloppe, une troisième enveloppe, sur laquelle était écrit de la main
de Vernon Lee, Please Burn, à brûler. S'il vous plaît brûler ceci. Et cet enveloppe contenait les
échanges entre Vernon Lee, Kit, Bernard Berenson et sa compagne Marie Corsello Berenson. Et cet
enveloppe contenait les preuves que Vernon Lee avait envoyé à Marie pour démentir les accusations de
Berenson qu'il avait accusé, elle et Kit, de plagiat. Mais ces preuves n'auraient pas dû être
disponibles puisque Vernon Lee avait souhaité que tout cela soit détruit par Marie après les avoir
lu. Oui, pour éviter un débat public. Oui, tout à fait. Berenson lui avait plutôt eu tendance à
étaler cette histoire alors que Vernon Lee cherchait à retrouver un climat plus amical pour protéger
en vérité, surtout pour protéger Kit. D'accord, donc elle partageait avec Berenson l'amour pour
l'art de la Renaissance. Oui, oui, absolument. En marge de ce travail à la villa Hittati,
je me suis rendue à Bologne, au conservatoire de musique de Bologne, pour y trouver l'origine de
l'histoire Fantastic Windtrop pour laquelle elle avait été inspirée en voyant un portrait de
Farinelli, représenté partition à la main. Donc j'ai cherché la partition maudite au conservateur
de musique, mais je dois dire sans jamais la trouver. J'ai fait cela dit énormément de
découverte qui m'ont permis de publier la voix maudite qui est ce recueil de nouvelles, de nouvelles
Fantastique. Donc petit à petit vous découvrez de plus en plus de choses par Vernon Lee. C'est vrai,
c'est vrai malgré tout ça avance petit à petit et la ville de Florence commence à parler de plus
en plus de Vernon Lee, qui était jusque-là presque une inconnue. Et la suite se passe à Londres
lors du premier colloque sur Vernon Lee, intitulé Literary Revenant, organisé par Catherine Maxwell
et Patricia Poulame, où là j'ai fait une intervention sur le prince au sang soupe, qui est
une pièce de théâtre transformée en récit, qui c'est de la comédia dell'arte, mais les personnages
devaient être interprétés par des marionnettes. Très originales, elle aimait beaucoup les marionnettes,
elle avait d'ailleurs organisé des spectacles de marionnettes à la villaille Palmerino. Et
c'était important ce colloque parce que j'ai rencontré des grandes spécialistes de Vernon
Lee et aussi David Rose, qui est un nierlandais spécialiste de la vie et de l'œuvre d'Oscar Wilde,
qui avait lancé le site internet The Oscarlers, qui s'est consacré à Oscar Wilde et à la
diaspora irlandaise. Et David m'a demandé de lancer une rubrique dédiée à Vernon Lee,
ce que j'ai accepté. Et c'est comme ça qu'est né la Sibyl grâce à David et grâce à Steven
Halliwell, l'éditeur de Rivendale Press pour tout ce qui concerne la partie technique. Et par
la suite la Sibyl est devenue un site indépendant. Comme je le souhaitais, il fait aujourd'hui la
liaison entre les différents chercheurs, les chercheurs sur Vernon Lee, les parpilliers dans
le monde. Et donc vous avez quand même gardé contact avec la villa El Palmerino? Ah oui,
oui, oui mes contacts avec eux se sont même renforcés et grâce à la Sibyl qui a permis à
Federica, la petite fille de Carola Costa, de me retrouver. Et je dois dire que tout ceci a vraiment
permis à mes recherches de prendre une toute autre dimension.
