Bonjour et bienvenue dans ce nouveau numéro Parole d'Experts.
Aujourd'hui, nous avons choisi de nous intéresser à la bienveillance au travail.
Alors bien évidemment, cela s'accompagnera d'une réflexion sur sa compatibilité ou non,
avec un objectif de performance. De plus en plus, les acteurs du monde du travail,
entre autres, sont appelés à davantage de bienveillance,
alors bienveillance envers leurs collaborateurs, envers la planète, mais aussi envers eux-mêmes.
Car oui, c'est prouvé, on peut développer la qualité des relations dans son entreprise,
donner du sens au travail de chacun, sans rogner sur sa réussite.
Encore faut-il avoir une bonne définition de la réussite.
Sur ce sujet, un expert Jean Mathieu, fondateur d'une entreprise noéthique BIS,
l'entreprise qui veut poléniser la philosophie, bonjour.
Bonjour, enchanté.
Première question, je mets les pieds dans le plat.
Est-ce qu'on peut performer dans la bienveillance?
Alors je suis tenté de dire que oui, bien sûr,
mais que du coup, derrière votre question, se pose la question de savoir ce que c'est évidemment la bienveillance.
Comment le manager fait pour être légitime, en fait, aux yeux de son manager?
Je pense que c'est ça la question qui se pose derrière la bienveillance.
Parce qu'au fond, la question se pose, bon, comment je fais autorité auprès de mes managers?
Alors, il y a le charisme, c'est-à-dire le don naturel, la faculté en bal est la foule.
Il y a, je dirais, l'expertise.
Et puis, autrefois, j'ai envie de dire,
et là où ça devient intéressant dans votre question, c'est qu'autrefois, il y avait le statut.
C'est-à-dire, j'obéis parce que t'es mon manager, quoi.
Comme autrefois, je provoque, j'obéis parce que c'est papa qui dit ou c'est maman qui dit, quoi.
Et finalement, là se pose une question, c'est qu'est-ce qui a remplacé le statut, surtout?
Parce que, bon, l'expertise existe toujours, le charisme aussi, mais finalement, le statut,
on voit bien comment ça marche plus pour un tas de raisons que peut-être on ébrecera ensemble.
Le statut marche plus.
Du coup, la question se pose, comment on fait?
Et bien, il y a ce fameux mot de bienveillance.
Et à mon avis, ça a quelque chose à voir avec, et bien, moi, manager,
je vais t'obéir, je vais t'obéir toi, manager, je veux caricature.
Et bien, si tu es bienveillant avec moi, si on le dit autrement,
si tu me montres que tu me veux du bien, si tu me fais grandir, voilà, dis rapidement.
Donnant, donnant.
Donnant, donnant.
Et je pense que c'est quelque chose de cet ordre-là qui se cache derrière le mot de la bienveillance,
en fait, qui est devenu, à mon avis, un concept, plus qu'un mot.
Alors, est-ce que vous considérez aujourd'hui que les aspects émotionnels sont du coup suffisamment pris en compte
dans les réflexions managériales aujourd'hui?
C'est une bonne question.
Nous, les philosophes, on s'intéresse beaucoup, beaucoup au sentiment,
qui est un tout petit peu plus structurant si vous voulez que l'émotion.
La personne humaine a le sentiment parfois d'être jeté comme ça, là dans l'existence,
sans l'avoir voulu, et devant une sorte d'absurdité.
Et bien, des collaborateurs et des managers en particulier qui ressentent ça.
Tout l'enjeu pour la hiarchie et pour les consultants, surtout que nous sommes,
de les reconfirmer dans leur positionnement, dans leur identité professionnelle,
pour qu'ils trouvent du sens et qu'ils ne soient pas confrontés à l'absurde.
Alors, pour ceux qui sont en tête de pyramide, quelle analyse vous en faites?
On est en train de quitter un monde, aller pour aller vite, là aussi, je vais dire, industrielle, pour aller vite.
Exigeant.
Et très exigeant, tout à fait.
Normais, très normatif.
Et on va vers de la, comme dirait Michel Foucault, on va plus vers de la normation.
Alors il faisait la différence entre normativité, si vous voulez, top down,
et puis une normation bottom-up, comme disent les managers.
Et allant vers là, en fait, les dirigeants sont bousculés eux-mêmes.
Donc victimes de leur temps.
Victimes de leur temps.
On a le sentiment quand même que les générations, justement Y, Z,
sont naturellement plus ouvertes aux initiatives, aux management plus collaboratifs.
Je pense que les jeunes générations, en fait, elles sont conscientes que le monde est de leur responsabilité.
Elles sont libres, vous voyez, le tournant libéral, c'est bien le réveil de la liberté
au sens vraiment de l'initiative de prendre le monde en charge.
Et ce temps-là, qui sert à reconfigurer à les joses le mot des utopies,
eh bien les jeunes générations sont hyper bien câblées, pour le dire vulgarement, pour ça.
Il y a du positif et du négatif.
Il faut avoir des racines pour avoir des ailes.
Et ces jeunes générations manquent de racines.
Donc, ça pose la question du transgénérationnel.
Un compromis à trouver.
Un compromis à trouver.
Alors vous êtes l'un des confous d'un temps d'une entreprise qui s'appelle Noéthique Biz.
Quelle en est la jeunesse et quelle est sa philosophie, surtout?
Alors la jeunesse, en fait, c'est assez particulier.
C'était qu'au départ, en 2013, quand nous avons fondé cette société,
il s'agissait de prendre soin par la philosophie.
Et donc, on s'appelait Counseling Philosophy pour reprendre un concept anglais.
Parce qu'à l'international, il s'est développé un mouvement autour de la philosophie pratique,
faire redescendre la philosophie dans la pratique,
et l'idée qu'on pouvait prendre soin par la philosophie.
On s'est focalisé sur l'idée que la philosophie, finalement, est une méthode,
une superbe méthode pour l'appropriation du changement des collaborateurs.
Et là, on a donc changé de nom, on s'est appelé les abeilles Noéthiques.
C'est en référence explicite à un penseur aujourd'hui
qu'on admire beaucoup, en tout cas pour sa pensée,
c'est Bernard Stiegler.
Notre vision de fond, c'était que dans toute période de transformation et de changement,
à chaque fois qu'on interviendrait,
on interviendrait pour rétablir deux choses,
l'esprit critique et la confiance.
On connaissait l'intelligence émotionnelle,
mais chez Noéthique Bisse, vous avez conçu une formation
qui s'appelle l'intelligence interactionnelle.
Oui, ça se complète largement avec l'intelligence émotionnelle.
Effectivement, c'est un autre prisme.
On a conçu une formation,
consiste à remettre dans le système sanguin de l'entreprise
et dans le système sanguin des collaborateurs surtout,
de la philosophie,
et plus largement, d'ailleurs, quand je dis philosophie,
c'est même des sciences humaines,
pour retrouver l'intelligence de l'interaction.
Alors, on l'a appelé comme ça, c'est au fond l'intelligence relationnelle.
C'est la capacité à nouer une relation de confiance
avec son client.
Du coup, comment il perçut ce type de démarche par vos clients?
Ils intuitionnent que c'est par le sens que la bataille va se gagner.
Donc, c'est bien reçu.
Ils sentent que c'est une bonne chose.
Ils nous disent comment vous faites?
Et là, on leur explique et là, ils sont convaincus.
Mais alors, du coup, cette culture du changement,
est-ce qu'elle se peut s'opérer sans impact
sur l'organisation de l'entreprise?
Je dirais que si elle ne le fait pas,
c'est qu'il n'y a pas de réels changements.
Et qu'on touche à la collectivité,
on touche forcément à la question de savoir comment être ensemble.
Et comment être ensemble, c'est la question, en fait, véritable de l'organisation.
Alors, je me fais volontairement la vocale du diable.
Comment on peut introduire une forme d'artisanat, finalement,
dans des logiques industrielles?
Nos clients sentent bien qu'il faut réintroduire cet artisanat humain,
ce sens de la facilitation humaine qui est un véritable artisanat.
Ça me fait penser, finalement, à Aristote, parce qu'il explique ça.
Il parle de l'artisanat et de l'art.
Et dit la chose suivante. Il dit, en fait, le bon artiste,
c'est celui qui montre combien la matière qu'il travaille a du génie.
Ça implique qu'on soit confronté à l'imprévisible de l'humain.
Mais l'artisan, il a aussi ses règles de l'art.
Il a aussi ses techniques artisanales.
Donc, c'est technique artisanale et accueil de l'imprévisible.
C'est ça, les recettes, on en accompagne moins, on réussit.
Et je crois que même que j'ai dépassé la philosophie en disant ça.
Quelles sont vos projets à courir moyen terme?
L'activité principale sur le métier de la facilitation.
Ensuite, on est en train de développer à la fois la formation
sur laquelle on est déjà.
Et à la fois le conseil sur lequel on est en train de se développer.
– Merci infiniment pour votre expertise et pour vos initiatives.
Merci à vous de nous avoir suivis.
On se retrouve bientôt pour un prochain numéro de Paroles d'Expert.
