Je pense que moi, je remontrais d'abord à la langue.
Dans la langue vietnamienne, il y a le mot qui signifie « la personne humaine ».
Ce mot n'est pas « gérée », disons.
Donc la personne humaine, c'est une personne humaine.
Elle n'est ni homme, ni femme.
Pour dire « homme », il faut un mot particulier.
Pour dire « femme », il faut un autre mot particulier.
L'être humain n'est pas sexué dans la langue.
Et il y a aussi beaucoup de traces dans la langue,
y compris ce mot « genre » que j'ai trouvé dans ce nom de la première revue féminine et féministe vietnamienne.
Il peut indiquer le genre masculin ou le genre féminin.
Donc il y a une certaine égalité, y compris dans les sources profondes linguistiques.
La place traditionnelle, je pense que les femmes vietnamiennes ont toujours travaillé,
ont toujours participé à la production parce qu'il y a la culture irriguée du riz
qui demande beaucoup de main-d'oeuvre, donc qui ne peut pas se passer de la main-d'oeuvre féminine.
Les femmes vietnamiennes n'ont jamais chômé, elles ont toujours travaillé.
Comme le pays est resté quand même très agricole,
cette place n'a pas été balayée par l'histoire, ni par les techniques,
les évolutions scientifiques et techniques, rien.
Donc la participation active à la production,
la place souvent reconnue comme égale de la mère par rapport au père,
il y a beaucoup de proverbes de chansons populaires.
Il faut savoir que les chansons populaires dans le folklore vietnamien,
c'est quelque chose qui vit encore très fortement.
On ne peut pas parler vietnamien sans citer de proverbes, d'expression toute faite,
de chans populaires, et dans ces chans populaires qui servaient à l'époque de berceuses,
dans les chans, dans les risières et dans plusieurs autres occasions,
ça s'appelle les chans alternés.
Donc c'est souvent alterné entre les filles et les garçons.
Dans ces chansons populaires, dans ce folklore,
et je connais des ethnologues français d'origine vietnamienne
qui ont travaillé sur les comptes qu'on raconte aux enfants, c'est pareil.
Dans toutes ces manifestations littéraires du folklore,
il y a cette égalité et cette reconnaissance de la mère,
non seulement égale, mais parfois qui prévaut sur l'importance du père dans la famille.
Il ne faut pas oublier que le système matrilinaire,
si ce n'est pas un matriaca qui ne faut pas comprendre au sens, disons,
trop simpliste du terme,
le système matrilinaire a prévalu dans la culture sud-asiatique
pendant très longtemps et laisse encore des traces très vivantes.
