Travailler sur la prostitution m'a énormément appris parce que j'ai essayé de prendre
le problème toujours sous un autre angle que celui qui est habituel.
On s'est focalisé pendant des décennies sur les personnes prostituées, ce qui est
un sujet passionnant, très poignant, dont on ne voit pas beaucoup de solutions parce
que la misère est la misère, et les violences sexuelles infligées à des personnes qui
en viennent à se prostituer ensuite, ça c'est un sujet fantastiquement complexe.
Alors je l'ai pris de notre façon parce qu'il y a deux réalités en place, les hommes
qui achètent un acte, la geste sexuelle qui paye pour ça et les personnes qui vendent.
Alors c'est des personnes qui vendent donc c'est là-dessus qu'on se concentrait.
J'ai voulu travailler sur les personnes qui achètent, en grande majorité des hommes.
J'ai étudié ce sujet pendant des années et des années et ça m'a révélé l'ampleur
de l'illusion des hommes parce que ce que les hommes croient tenir dans cet acte de
prostitution, c'est quelque chose qui s'en fait aussitôt, c'est le temps de payer,
c'est l'illusion du pouvoir, mais après quand ils sont dans la réalité d'un rapport
sans amour, d'un rapport où la personne prostituée n'a qu'une hâte, c'est que
ça se termine le plus vite possible et que l'homme éjouit ou pas, elle dit non,
ça y est, c'est bon chéri, t'es venue et donc c'est aucun plaisir pour les hommes
en majorité, parce que j'ai entendu ce qui est la prostitution la plus courante et en
tout cas pour tous les hommes que j'ai entendu, ils sont déçus, ils ont l'impression d'être
floués parce qu'on en fait toute une mythologie de la prostitution.
Alors déjà ça, ils n'osent pas le dire en général et ils y retournent souvent comme
une drogue en espérant au moins à s'ouvir ce besoin de puissance, ce besoin de domination
qu'ont dans notre société les hommes à leur disposition, même les plus dominés des hommes
peuvent dominer encore quelqu'un, c'est-à-dire des femmes, c'est une chaîne de domination
et là quand on parle de la misère sexuelle des hommes, c'est vraiment une imposture
parce que s'il y a éventuellement misère sexuelle, l'expression que je conteste, elle
est très largement répandue et aussi bien chez les femmes, en particulier les vieilles
femmes, mais c'est pas de ça que les êtres humains ont besoin en priorité, c'est avant
tout de chaleur, d'estime, de reconnaissance et ça, ça ne s'achète pas et en tout cas
pas en trois secondes, mettons même trois minutes de rapport fait à la va-vite.
Alors après avoir travaillé des années sur ce sujet totalement démoralisant, mais enfin
assez pour j'espère avoir permis de comprendre, de faire comprendre par mes articles et mes
conférences que de misère était en présence et qu'elles étaient sans commune mesure et
sans possibilité de se compenser une personne qui a désespérément besoin d'argent et
qui est démoli à l'intérieur d'elle-même, ça c'est la personne prostituée et quelqu'un
qui a un mal être, un mal de vivre, qui n'est pas bien dans sa peau, qui a des problèmes
de fin de mois, mais qui surtout globalement n'a pas sa place, c'est à satisfait, est
emmerdé avec ses traites, sa femme, ses enfants parce que la majorité des personnes qui
payent sont des hommes mariés ou au ménage, il n'y avait pas de commune mesure, pas
de rencontre possible.
Donc j'ai pris à une autre partie qui était d'étudier les hommes qui sont la majorité
et ça on ne le sait pas, les hommes qui ne payent pas pour ça, les hommes qui n'ont
pas recours à la prostitution parce que contrairement à ce qu'on nous fait croire,
les fantasmes des hommes n'aient plus pas nécessairement le recours à une personne
prostituée comme si c'était le fin du fin de l'erotisme, mais oui, incroyable, comme
la publicité nous le fait croire, comme les films pornographiques tendent à nous le
faire croire, les hommes peuvent aussi avoir un imaginaire qui ne comporte pas nécessairement
de violences et de mépris, mais oui c'est possible, plus de la moitié des hommes n'ont
jamais payé pour ça, pour un tas de raisons très intéressantes que j'ai étudié avec
des dizaines et des dizaines d'hommes qui ont bien voulu me raconter ce qui se passe
dans leur tête par rapport à l'argent et à la sexualité et pourquoi ça ne marche
pas pour eux.
Si on entendait plus ces hommes là, on comprendrait que la prostitution est réservée à une toute
petite minorité d'hommes et que cette minorité là malheureusement, c'est elle qui fait
fonctionner ces flux, ces trafics de chers humaines, c'est pour cette petite minorité
c'est 5 à 10% d'hommes que des millions d'êtres sont prostitués dans le monde et
c'est monstrueux et c'est quelque chose dont on n'a pas assez conscience.
Les hommes qui ne payent pas s'ils l'affichaient comme ça, là ça veut dire je suis engagée
contre la violence machiste, s'ils affichaient eux aussi je ne paye pas pour ça parce que
ce n'est pas de l'amour et moi c'est de l'amour dont j'ai besoin, c'est l'amour
de l'estime, du respect, de la tendresse, du plaisir mais en aucun cas d'avilir un autre
être en lui donnant de l'argent pour un rapport sexuel si des hommes prenaient la
parole et le disaient, la face du monde changerait.
