Rota compose 12 operats donc déjà il est hors du temps donc c'est vraiment quelqu'un qui
fait un monde tout seul. Ce qu'il y a chez Rota, ce qui est vraiment un grand tas, c'est la concisure.
Il faut partir de l'idée que Rota était un musicien très cultivé. Un savoir-faire de
compositeur vraiment extraordinaire, fin subtil, c'est un petit chef-d'œuvre le
Chapeau de Bray d'Italie, c'est vraiment un petit chef d'œuvre. Je trouve que Rota est un
merveilleux traducteur de la biche dans le monde ludique. Il a respecté à travers la musique,
la mécanique de la biche et le rythme assez très pidant de la pièce. Parce que c'est un rythme
en diable du début à la fin. Et miraculeusement, comme quoi cette partition est incroyablement
bien écrite, quand j'ai commencé à mettre le rythme avec le texte, ça coulait de sourd, c'était une évidence. Au début il a
cette excitation, cette joie intense d'être à quelques heures de son mariage et cette joie va
se transformer petit à petit en un drame absolu. La musique de Rota est drôle parce qu'elle
parodie, elle est drôle parce qu'elle cite, elle est drôle parce qu'elle nous emmène très très
vite dans les situations, mais elle est en même temps extrêmement éligante. Et il a cet amour vraiment
très grand pour la parodie. Parce que dans la parodie, lui il peut révéler son amour pour la
musique du passé, du présent et de sa propre musique.
Dans chaque opéra, ce qui fait c'est de jouer avec la mémoire du public et des musiciens. Dans le
chapeau de paille, cette mémoire est plutôt dans le passé, c'est-à-dire Rossini, Bellini,
mais parfois Kurt Weill aussi. Dans cette partition absolument géniale, il y a tout un tas de citations,
effectivement à Rossini c'est sûr. Il y a aussi des citations à Puccini, c'est un petit peu éloigné
de ce que je fais habituellement, mais on essaie de les assumer au mieux. Dans nos saisons, il y a toujours des
œuvres rares, et ce n'est pas seulement parce qu'elles sont rares qu'elles sont intéressantes,
c'est que ça vaut le coup de faire découvrir une autre façon de montrer et de monter l'opéra.
Ces deux metteurs en scène en cette qualité principale, ils sont des vrais metteurs en
scène d'opéra, qui tiennent compte également de la musique et du théâtre.
Dans le chapeau de paille qui manque, tout se détracque. Il faut raconter ce détracquage,
la manière la plus sérieuse possible, la plus rigoureuse possible.
Je n'en connais pas beaucoup d'autres qui ont cette capacité en aussi peu de temps, puisque l'opéra
en a peu de temps de répétition, de régler et vous le verrez dans le spectacle, les choses
d'une façon aussi précise et minutieuse. C'est surtout pour ça que je les aime,
ce sont des vrais directeurs d'acteurs et on fait du théâtre.
