En 2009, le délégué général au droit de l'enfant a mené un travail de consultation
des jeunes et des familles sur le thème de la pauvreté.
« J'ai pas toujours eu facile et j'avais envie d'exprimer parce que ça me fait de
la peine et je trouve qu'on a besoin d'un... »
Dans l'arrondissement de Marchand Famaine, un groupe de personnes a été constitué dans
cette optique à l'initiative du réseau à l'on de lutte contre la pauvreté.
L'objectif était d'alimenter la réflexion et d'apporter des témoignages.
« Ils savent bien combien on a de revenus, tout le monde le sait, les contributions
le savent bien, donc c'est pas la peine de nous casser la tête à chaque fois d'avoir
prouvé qu'on n'a pas l'argent, donc on ne demande pas à riche de prouver qu'il
est riche alors qu'on ne demande pas à un prof de prouver qu'il est pauvre.
»
Et depuis lors, pour rester dans le vif du sujet, le travail s'est poursuivi et d'autres
rencontres ont été organisées par le réseau pour prolonger cette réflexion.
Aujourd'hui, par exemple, avec Sandra et Véronique, deux mères vivent en seuls avec leurs enfants.
« J'ai quatre enfants dont un qui est déjà son con et si je m'occupe seul de mes trois
enfants, je suis maman en chômage, maman de sept enfants dont trois encore à la maison.
»
« La résonance du travail qui a été demandée par le délégué général au droit de l'enfant
a donné envie aux personnes de continuer à se retrouver, pour discuter ensemble de
comment traverser la vie dans leur capacité à gérer leur famille, mais aussi dans la
relation aux différents services avec lesquels elles établissent le contact ou bien le contact
est établi par la force parfois, pour les aider à réaliser leur rôle de parent.
»
« Des moments, l'air de dire que c'est pour le bien que je ne fais rien pour, que c'est
pour le bien des enfants, quand je dis qu'il y a quelque chose de souci avec un des enfants
à l'école ou quoi, on a l'air de ne pas prendre ça au sérieux parce qu'il y a eu
un souci avec l'école.
»
« Même si ça t'aide, tu ne sois pas nécessairement qu'au comprendre les hormones que tu peux
avoir, l'énergie que tu mets, le stress que ça peut être, tout ça.
»
« Je pense qu'on ne me comprenait pas.
»
« Les personnes du groupe qui participent découvrent des choses et nous on en découvre
aussi très fort par rapport à la prise de conscience de l'investissement des parents
dans la manière dont ils veulent exercer leur rôle par rapport à l'éducation de
leurs enfants et la responsabilité très forte qu'ils ont a priori dans cette volonté
de réussir cela et ça qui préexiste à n'importe quelle intervention de service.
« Ça demande beaucoup d'énergie, ça demande beaucoup de confiance envers les services
donc quand on y va régulièrement, c'est pas toujours facile pour une maman seule de
gérer tout ça.
» « On sent un petit peu diminuer, dévaloriser par rapport à la main qu'on a sur ses enfants,
ce n'est pas facile.
»
« Pourquoi? Dévaloriser? »
« Dévaloriser parce qu'on n'élève pas toujours ses enfants, j'ai eu de grands
enfants quand je n'ai pas élevé donc j'ai l'impression d'être dévalorisé dans mon
rôle de maman.
»
« Quand ils sont en contact avec des services, il n'y a peut-être pas encore suffisamment
la prise en compte de cette réalité là, qu'ils sont déjà largement en action acteur
et responsable.
»
« Non, qu'ils n'aient pas tous les outils, qu'ils ne disposent pas tous les moyens matériels,
qu'ils n'aient pas toute la connaissance, toutes les ressources, c'est tout ça, c'est
vrai et ça ils peuvent le découvrir à l'aide du service et je pense que cette articulation
là on doit travailler dessus absolument pour continuer à améliorer une relation qualitatif
durable qui permet aux gens de devenir des parents complètement autonomes.
»
« On sent seul au monde et à pardonner qu'il n'y a personne qui nous aide, il faut chercher
un service et puis où aller se renseigner par qui parce qu'on est seul, c'est seul
et alors une fois qu'un service est lancé, ça va, ça lance les autres services, mais
pour y arriver, c'est dur, dur, on sent vraiment abandonner si on ne sait pas où aller.
»
« Je trouve qu'ils placent trop vite les enfants sans connaître vraiment ce qui se
passe et séparer un enfant, ça m'amène, pour moi c'est la pire des choses, que si
on fait une boutade, quelque chose de bêtise, ben hop, directement, le juge placer les enfants,
mais il faut savoir déjà pourquoi, je pense qu'en premier ce serait la mère à voir
avant de juger pour les enfants. »
« Maintenant on apprend aussi quand même que tout n'est pas brillant et que tout n'est
pas brillant parfois avec des services du secteur de l'aide à la jeunesse, mais aussi
parfois avec le monde associatif, mais aussi avec le monde scolaire et tout n'est pas
brillant dans la mesure où la prise en considération du contexte socio-économique et socio-culturel
dans lequel évoluent les familles et d'une complexité énorme aujourd'hui, et que ce
n'est pas encore suffisamment pris en compte et en considération par un ensemble d'acteurs
associatifs du monde de l'animation institutionnel du monde scolaire, etc., pour donner une place
réelle aux parents en tant que telle.
Il y a quand même toujours le prisme du regard, on leur apporte une aide ou un accompagnement
qui correspond à besoin qu'ils ont, mais finalement qu'ils apprennent quand même à
évoluer comme tout le monde dans la société avec cette aide, etc., mais on oublie que
l'ensemble des contagions dans lesquelles ils vivent sur le plan matériel, accès à
la connaissance et au savoir n'est pas celle de tout le monde, de pouvoir se voir un certain
temps et peut-être encore parfois pour longtemps.
Donc là il y a une réconciliation encore à travailler très forte et les gens parlent
énormément de ça. »
Pour la suite, les femmes qui constituent ce groupe souhaitent agir et sensibiliser
les acteurs professionnels en mettant en évidence une série d'éléments qui ont
été pour elles des leviers ou des blocages dans leur relation d'aide avec les services.
« Je pense qu'il y a à travailler énormément sur le type de relation.
Est-ce qu'elle doit être égalitaire au sens que tout le monde est au même niveau
avec le même niveau de savoir? Non, mais je dirais plus comment est-ce que la relation
peut devenir réellement complémentaire? Et réellement complémentaire, dans un but
de laisser les gens devenir responsables, autonomes, indépendants, de la manière dont
ils vont conduire leur vie de famille.
Et donc on voudrait rassembler ces leviers et ces blocages, pas dans le but de dire les
familles savent mieux à elles toutes seules tout ce qu'il y a à faire, dans le but de
dire ce qui fait partie de la complémentarité c'est ça, ce qui fait partie de l'impression
d'être quand même dans une relation d'accompagnement qui est dominante et qui aurait l'air de dire
le bon chemin c'est celui-là et on va vous l'aider dedans, c'est ça qu'on fait.
