Donc pour moi, féminisme, c'est une pratique en fait, c'est quelque chose qui peut être
vraiment défini de différentes manières.
Donc pour moi, le féminisme, c'est un terme, c'est un mot que j'ai conquis,
qu'il a fallu conquérir. Donc évidemment, le féminisme, c'est une identité politique.
C'est un mouvement pour la justice sociale.
Je pense que pour moi, le féminisme, c'est toutes les démarches qui visent,
essentiellement à remettre la femme au centre des priorités.
C'est des fonds à cause des femmes. En même temps, parfois, c'est une notion un petit peu
abstracte, parce qu'il y a un dépendement d'être femme ou homme, on a des êtres humains.
Je trouve que c'est assez intéressant et puis même assez nécessaire que l'homme soit aussi
parti de prenant au débat puisque finalement, il y a deux identités qui participent à cette discussion.
Pour moi, le féminisme, c'est interroger le droit du plus fort, évidemment la question
de la domination des hommes sur les femmes, et aussi la question de la domination au sens
général dans notre société. Donc ça permet d'éclairer au fond toute la société.
Pour moi, il y a une lutte continue qui, malheureusement, j'ai bien peur de ne jamais s'arrêter,
parce que je pense que dans l'histoire, l'histoire a prouvé que les dominants
n'ont jamais voulu concéder aux dominés. C'est quelque chose qui n'est jamais fini,
contrairement à beaucoup d'idées reçues, que c'est un dogme qui est ancré dans une
période du 20e siècle, l'année 70. Parlerait peut-être de féminisme en rajoutant l'adjectif,
je ne sais pas, contemporain, rajouter une particule qui précise à quelle époque
on reproduit ce type de réflexion.
Pour moi, l'utilité d'être féministe aujourd'hui au 20e siècle, et notamment à Genève en
2020, c'est probablement une volonté de ne pas prendre des choses pour acquise.
Déjà, ça sert à éviter les retours en arrière, parce que je pense qu'à un moment
de nouveau dans l'histoire, la situation de la femme n'a pas toujours été celle qu'on connaît.
Donc je pense que ça évite des retours en arrière, c'est un garde-chou.
Ces héritages qui nous sont extrêmement équipes et les réactualisations dans notre
quotidien, pour moi, c'est une manière de se former en tant qu'individu, en se passant
sur des fêtes, des actions militantes, des théorisations.
Le féminisme aujourd'hui, ça sert à contrer de façon soit intellectuelle, soit concrète,
soit dans les actes de tous les jours, à lutter contre toutes les formes de pression qu'on
vit à peu près sans cesse, que ce soit dans la rue, que ce soit au travers de ce que nous
rapportent les médias, de ce qui se passe ailleurs.
Alors être féministe aujourd'hui, ça sert à beaucoup de choses et en particulier à
défendre la question des filles dans les écoles, puisque c'est mon travail.
J'observe qu'il y a beaucoup de violence contre les filles, beaucoup de violence aussi
dans les images qu'on véhicule sur les filles, la pornographie est devenue un véritable
fléau et elles ont une manière au fond de se situer dans la société très dévalorisée.
Justement, il y a ces préjugés sur le féminisme qui fait que beaucoup de gens ne veulent pas
se exprimer et dire oui, je suis féministe, parce qu'il y a des a priori, moi j'avais
aussi beaucoup ces a priori, comme les gros stéréotypes que les gens disent, ils disent
oui, les féministes, tout le monde pense que c'est des gens qui brûlent les soutiens
gorge, puis c'est ça, c'est des manhatings, des femmes en rejet contre les hommes.
Être féministe aujourd'hui me paraît essentiel, dans le sens qu'il y a des revendications
qui restent toujours en actualité, parce que j'observe au quotidien quasiment les
choses qui ont encore à régler, pour le dire très prosaiquement, dans les relations
hommes-femmes.
En même temps, le féminisme a permis de venir lesbienne, parce que ça, j'avais
jamais vraiment pensé, parce que c'est l'étonno-sexualité obligatoire, on n'a
pas d'autres modèles, surtout ma génération.
Pour moi être féministe, ça sert à essayer de produire ma définition de moi-même, c'est-à-dire
de pouvoir en tant que femme, dire qui je suis, dire ce que j'ai envie d'être, et
dire ce que c'est que ma féminité, ce que c'est pour moi d'être femme.
En plus, ça sert à continuer à ne pas être paillasson, donc parce qu'on arrête
d'être féministe, on devient paillasson, c'est vieil du...
Moi je dirais, mon propre féminisme, il se traduit dans le fait que, par exemple, sur
mon lieu de travail, je peux dire que je suis féministe, et puis je peux entrer avec mes
collègues, femmes et hommes, dans des discussions autour de ça.
Et vraiment je pense que la question de féminisme, ça touche aux questions de genre, de comprendre
quel genre c'est un construit, c'est quelque chose qu'on peut changer, disons, on peut
comprendre une fois qu'on a compris, on est quelque part obligé de changer nos fonctionnements.
C'est-à-dire que tous les jours, je me lève avec quelque chose qui stimule mon désir de
me battre et de réparer des injustices, alors il y a quelque chose un petit peu messianique
sans doute dans cette idée qu'on peut agir, qu'on peut changer le monde, et qu'on doit
changer la condition des femmes, donc tous les jours je suis complètement investie par
ce désir-là.
Et donc c'est vraiment une manière de penser le monde, et je pense que si je n'avais
pas ça, si je n'étais pas féministe, je serais profondément déprimée.
Donc être féministe, pour moi, c'est de dire être féministe en acte, être féministe
tous les jours, c'est de pouvoir cultiver cette tonicité, cette vitalité, cette envie
et ce plaisir d'être femme, d'être féministe, et voilà.
Ma façon d'être féministe, ça prend pas mal de facettes, je crois, d'abord ça
a été de lutter au sein du MLF, bien sûr, c'est ce qui m'a fait des marins là-dedans,
et c'est toute une histoire qui me fait du bien par moments d'y repenser, puis en même
temps ça me fait un peu mal quand je vois toutes les régressions, ça c'est un peu triste.
Donc voilà, ma pratique artistique, je crois qu'elle parle beaucoup de ça, donc peut-être
au début elle parlait beaucoup plus directement des questions féministes, donc beaucoup plus
frontales, et puis avec le temps ça s'est un peu nuancé, mais ça ne veut pas du tout
dire que le fond s'est atténué.
Au contraire, je pense que j'ai réussi à complexifier, je me suis beaucoup intéressée au radicalisme
dans l'art, j'étais vachement fascinée par l'énergie des mouvements féministes,
radicaux, des années sceptantes, dans la performance, en art, enfin ce que ces femmes
ils arrivaient à donner, je dis, waouh, je suis encore toujours fascinée, par contre
je serais incapable de faire ça, parce que j'ai l'impression que ça a plus tout
à fait le même sens, vu que si on faisait ce genre de choses ça t'appréhait un petit
peu à côté.
Donc voilà, je pense que des meilleurs choses qu'on puisse faire c'est essayer de transmettre
ce questionnement qui doit être transgénérationnelle, qui doit se réadapter aux questions sociales
contemporaines.
Donc je pense que c'est une manière féminine de faire entendre une voix un petit peu différente
de celle qu'on entend habituellement.
Après, au travers de la livraison, de par les ouvrages qu'on propose, c'est clair qu'on
se positionne aussi d'une manière ou d'une autre.
Et voilà, je pense que c'était aussi ça, le but de livraise, c'est de créer un lieu
où tout le monde se sent bien que ce soit les hommes, les femmes ensemble, les femmes
entre elles, les hommes entre eux, et puis que pour moi d'exprimer mon féminisme c'est
aussi d'arriver à trouver une situation où on arrive à sortir de ce conflit-là et puis
se trouver ensemble, et puis que justement ici on essaie d'éviter des situations machistes
qui ont tendu, et puis qu'on soit bien ensemble tout en parlant, et puis en ayant des vecteurs
d'idées, des livres, et puis voilà.
Et puis après je pense que dans mon quotidien, bêtement, je me sens comme une femme consciente
de sa place, de ce qu'elle peut être, de ce qu'elle pourrait être, et puis de ce qu'elle
voudra pas être, de ce qu'elle sera jamais.
Et puis je serai féministe, je suis peut-être pardée, puisqu'on devient femme et on devient
féministe, mais féministe je mourrai.
