Pour introduire mon propos, je vais vous parler d'un article paru il y a maintenant
60 ans, en novembre 56, un peu plus de 60 ans, dans leur vue américaine, Armie.
Le lieutenant-colonel Robert Rigg faisait une description de ce qui serait, selon lui,
le soldat américain du futur. Dans son esprit, le futur, c'était l'année 1970,
c'est-à-dire à peine 14 ans plus tard, ce qui dénote déjà l'idée d'une évolution très rapide
des choses, d'une perception de l'évolution rapide des choses, et le soldat, dans son esprit,
était associé à fantasins. Vous noterez que c'est également l'idée implicite de exprimer par la
fiche qui a annoncé cette séance, c'est-à-dire que quand on parle du soldat du futur, on ne pense
pas véritablement aux pilotes de chasse du futur, aux tantquistes du futur, aux sapeurs du futur,
qui sont pourtant des soldats évidemment, mais à celui qui combat au plus près,
les yeux dans les yeux, même si ça arrive en réalité très rarement, et qui mériterait donc
depuis les duelistes de Lillade, qui mériterait en priorité ce titre de soldat. Donc on va
admettre cette limitation du propos, ce qui m'arrange d'ailleurs, parce que c'est ce que je connais
finalement le mieux. Donc revenons à notre colonel Rig et qui décrit dans son article un homme
bardé d'une armure, un mélange d'acier, de plastique, il a un casque rempli de connectiques
de l'époque, il est protégé, il combat en ambiance forcément nucléaire, il a un masque à gaz,
il est protégé des pluies radioactives par un imperméable en plastique, il peut creuser des
trous avec un petit bazooka, il est capable de communiquer avec ses voisins, une petite radio,
il peut voir la nuit grâce à des lunettes à infrarouge qui met sur son casque,
il détaille intéressant, l'auteur ajoute que grâce à cette vision nocturne, je cite,
ce sera le coup de grâce pour la guerre hyacomuniste dans la jungle, comme s'il s'agissait simplement
d'un problème de combouflage. Son armement est étrangement peu décrit, mais il ressemble
sensiblement à un fusil d'assaut à longue portée, bien évidemment il se nourrit de pilules,
de comprimés, mais on ne le voit pas bien sur la photo, mais il a aussi une pochette,
petite poche pour mettre son paquet de cigarettes, car il fume, il fume toujours bien évidemment dans
le futur, on ne fume pas. Ce combattant, ce soldat du futur, il est projeté à grande distance,
en réalité c'est un parche utiste de la 82ème Airborne en gros, qui est utilisé,
qui est projeté à très grande distance grâce à des avions atomiques, des hélicoptères géants
atomiques et des avions qui servent de base dans le ciel, à partir duquel d'autres petits
véhicules volants voient mener les groupes de combat directement au sol. Alors cette image du
futur, qui date donc je le rappelle de 1956, elle est très partagée à cette époque en réalité,
on la retrouve dans un certain nombre d'ouvrages de science-fiction, Starship Troopers pour citer le
plus connu, qui date de 1959, qui décrit pour la première fois des soldats en exosquelette,
on la retrouve aussi dans les bandes dessinées de l'époque, dans les films d'espionnage aussi,
donc il y a une toute une imagerie qui se développe, très haute technologie sur l'image,
effectivement que l'on a du sol là de demain, donc des années 70 à l'époque. Bon, en réalité,
cette image, le fantasme 1970, vous le voyez au Vietnam, donc en 1970, il est globalement la
plupart sont au Vietnam, il n'a pas considérablement changé, son aspect n'a pas fondamentalement
changé, à part qu'il est doté d'un fusil d'assaut, le M16, et encore il a fallu pousser
quand même très largement l'US Army pour ça, qui dispose des premiers gilets de protection,
ce qui est déjà considérable. Il faudra en réalité attendre 40 ans, voire 50 ans après
l'article de Rig pour avoir quelque chose qui ressemble un petit peu au super combattant,
au soldat augmenté, au super fantasme, mais on est quand même encore très loin du fantasme
volant. Alors, comment on peut expliquer cette erreur de perception de la part d'un officier
qui est certainement un bon officier? Par en réalité, les erreurs de prévision sont
extrêmement communes, et pas simplement dans le domaine militaire. Dans le domaine militaire,
il y a quelque chose qu'on appelle la zone de responsabilité, et puis la zone d'intérêt,
donc on reçoit une mission. La zone de responsabilité, c'est là où on doit agir. La zone d'intérêt,
c'est ce qu'il y a autour de la zone dans laquelle on agit. On n'y met pas les pieds,
mais c'est très important de savoir ce qui se passe, parce que savoir une influence sur ce
que l'on va faire. Une erreur commune consiste à se concentrer sur ce qu'on sait faire,
sur sa zone de responsabilité, mais en négligant l'environnement, en négligant ce qui se passe
autour. Et c'est comme ça qu'on arrive à des erreurs de prévision depuis la préparation de
l'exposé, qu'on en va estimer pendant deux heures, qu'en fait il en faudra six, jusqu'à la loi
de programmation militaire qu'on va calculer à l'euro près sur cinq ans, en estimant que
rien ne va se passer globalement dans le reste du monde, que le modèle économique ne va pas changer,
qu'il ne se passera pas de révolution arabe, qu'il ne se passera rien. Donc on peut prévoir ce qu'on
appelle les inconnus connus, vous lancez un dé, vous savez, vous savez pas ce qui va vous allez
obtenir comme résultat, mais connaissez la liste des résultats. Donc là on est dans le connu. Mais
il y a les inconnus inconnus qui viennent de l'environnement et qui arrivent fatalement. C'est des
choses qu'on ne peut pas prévoir et qui viennent perturber les planifications, les anticipations
les plus précises. Alors, gardons tout ça en tête parce que, bien comprendre que ce n'est pas
parce que c'est dans l'air du temps que ça a l'air séduisant, que c'est joli que ça va être
efficace. La grande majorité des innovations, en réalité, une grande majorité, pardon, des
inventions ne deviennent pas des innovations. Et on peut même s'en tâcher d'une certaine façon
pour des choses qui, au bout du compte, vont s'avérer non seulement peu utiles, mais même
contre-productives, en sacrifiant, parce qu'on aura sacrifié autre chose pour s'endotter. Dans les
années 60, les soviétiques mettent en place un véhicule, le premier véhicule de combat qui est capable
de franchir les rivières. Panique. Panique dans les armées occidentales. On se dit, ou là,
en Europe, on est foutu, ils vont pouvoir passer partout. Et donc, en France, on décide de se
doter à notre tour de véhicules amphibiaires, donc on dote toute notre infantry, des véhicules qui
flottent. Bon, le problème, c'est que très rapidement, ça perçoit qu'il n'y a que 10%
à 15% des rivières, enfin des berges des rivières dans lesquelles on peut passer et utiliser les
engins, ce qui réduit considérablement l'intérêt de cette innovation, et surtout que pour parvenir
à faire flotter un engin, on l'a rendu beaucoup plus léger et on a réduit considérablement le
blindage. Et au bout du compte, on se retrouve avec des engins moins performants globalement que
qu'avant, qu'on aurait pu imaginer. Donc d'une manière générale, les anticipations qu'elles
proviennent des organes institutionnels ou des écrivains ont beaucoup de mal aussi, surtout à
estimer la vitesse des choses. Très empirique, comment on peut considérer que environ 80% des
phénomènes se déroulent plus lentement que prévu, et que 20% en range déroulent à peu près comme
prévu, et il y a une petite pincée qui va beaucoup plus vite qu'on l'imaginait. Le début du 21e siècle
que nous vivons, j'ai oublié ce détail, c'est que l'époque de rig, voilà, on était en vivant
plein dans l'antôme, on voyait de l'atôme partout. Un peu plus tard, dans les années 60, on voit,
ça se sont des photos, des images de l'an 2000, telles qu'on l'imaginait en 1900, c'est la photo
du haut, et un peu plus tard. Bon, en bas, vous avez la réalité, c'est-à-dire qu'en réalité,
vu du ciel, ça ressemble beaucoup à ce qui se passait dans les années 70. Il n'y a pas énormément
de changements à ce détail près, que si on regarde d'un peu plus près, vous voyez plein de gens
avec des smartphones ou des tablettes, des ordinateurs portables, ce qu'absolument personne n'avait
prévu d'avoir anticipé ou presque, parce qu'on a toujours bien évidemment des gens qui voient
les choses. Quand on regarde dans le passé, on lit toute la science-fiction, on s'aperçoit qu'il y a
des gens qui ont vu. Bon, le problème, c'est qu'au moment où ils écrivent, personne ne sait quels
sont ceux qui voient, et donc ça ne sert pas, qui voient bien les choses, et donc ça ne sert pas
fondamentalement à grand-chose. Les choses évoluent d'autant plus lentement dans une armée que l'on
dispose de ressources finies. Voilà, c'est-à-dire que tout ça, c'est bien joli, mais il y a des budgets,
et au passage, je serais curieux de savoir combien auraient écouté les hélicoptères géants
atomiques que d'écriver Rig ou les bases volantes atomiques. Il faut donc arbitrer en permanence,
avec des ressources finies, entre maintien en état de ce qui existe déjà, l'investissement dans le
futur, et dans l'investissement dans le futur, il faut faire des choix, il faut faire des arbitrages,
et il est très rare qu'on puisse investir dans tous les champs possibles, avec ce problème aussi
particulier, que les champs actuels de conception, d'acquisition des équipements modernes sont
extrêmement longs. Développer un équipement majeur, ça prend 20 ans, et puis ensuite,
cet équipement majeur, on va le garder pendant 40 ans. On va parler du félin, le système félin,
il y a 96, je commandais une compagnie d'infanterie de marine, on faisait des expérimentations déjà
sur félin, il y a plus de 20 ans. Et donc, on se retrouve effectivement à garder des matériels
très anciens. Dans les années 70-80, on a choisi d'investir prioritairement pour l'infanterie
française sur l'anti-chart. La priorité, c'était combattre les divisions blindées et du pacte
de Varsovie, donc on l'a investi dans tout un tas de missiles, le Milan, puis le missile
AirX, des lance-roquettes de tous les côtés, enfin le missile Haute, enfin tout un arsenal. On l'a
investi une grande partie de notre budget sur ça, et pas par exemple sur les capacités
antipersonnelles. La moralité, on se retrouve bardé de missiles au moment où les cibles disparaissent.
C'est-à-dire qu'à partir de 1990-1991, l'URSS s'est fini, Pacte de Varsovie s'est
fini, la menace a disparu. Et moi j'ai vu arriver, en 1991 dans mon régiment, j'ai
vu arriver des missiles AirX qui étaient destinés à détruire des chars qui eux-mêmes avaient
disparu. Et ces missiles, on les a toujours. Alors il faut bien comprendre qu'il y a une
inertie, une inertie des choses, et globalement on est toujours doté de véhicules, vous voyez
sur les photos. Derrière moi, on est toujours doté de matériel en réalité des années 70.
Le Vab, le véhicule d'avant-blendé qui avait un peu la bête de somme, le véhicule à tout
faire de l'infanterie française, il est contemporain de la Renault 16. Donc imaginez
qu'on soit encore doté de Renault 16. C'est exactement ça. On a un renouvellement des
équipements qui s'est fait à partir des années 80, mais qui a été ralenti par les
réductions budgétaires, qui ont été, on a étalé, ralenti tout ça. Et au bout du
compte, l'armée de terre française, comme beaucoup d'autres armées en réalité, c'est
globalement, c'est de l'entien, c'est des années 70. Bonne masse maintenant d'équipements
des années 80 et on continue à acquérir des matériels des années 80. C'est-à-dire
comme si c'était une machine à remonter le temps, on va arriver des choses qui étaient
destinées à combattre l'ennemi soviétique, le véhicule blindé de combat d'infanterie,
qui est en dotation actuellement depuis quelques années seulement, il a été pensé dans les
années 80. Il a été pensé pour en champ de bataille européen l'avion Rafale, il a
été conçu au départ pour combattre des avions migues au-dessus de l'Allemagne, pas
pour aller bombarder un placard de l'Afrique. Et donc ce que je veux dire par là, c'est
qu'on a une petite pincée de matériel du XXIe siècle. Et alors tout ça, ça s'élargit,
il y a des grands programmes qui effectivement sont en cours d'arrivée, il y a une recapitalisation,
mais les choses sont tellement inertes, sont tellement lentes que on peut d'ores et déjà
donner, dire à peu près quel sera à peu près le profil à quoi ressemblera l'infanterie
française en 2040, voire en 2050. On peut déjà à peu près avoir une petite idée.
On peut donner cette image si rien ne se passe par ailleurs, si rien ne se passe dans l'environnement.
Or, il se passe toujours des choses dans l'environnement extérieur qui perturbe encore une fois les
plans les mieux conçus. Là, ce petit schéma, c'est en gros, j'ai classé l'émission principale
des forces armées françaises depuis 1815. D'accord, j'ai quatre catégories, la guerre
internationale, la guerre contre des groupes non-étatiques, des tribus, des organisations
armées plus récemment, enfin des groupes armées de manière générale, ce qui est un autre
type de conflit. Donc ça, on est dans la guerre. Et puis, il y a l'émission de police au sens
large, une maintien de l'ordre, une mission de sécurité intérieure, une mission de sécurité
extérieure, ce qu'on appelle aussi émission de maintien de la paix ou des opérations
de stabilisation. Très rapidement, ce qu'il faut bien comprendre, vous voyez, la priorité
qui est donnée, vous comprenez surtout que les choses changent et que les choses changent
très vite et qu'en gros, on change, pour simplifier, on change le mission principal
dans les armées environ pour tous les 15 ans, tous les 10, 15 ans. Moi, que je vais commencer
ma carrière comme sous-officier, je m'entraîne tous les jours à combattre la division du
Pacte de Varsovie. Et puis, je suis passé officier et puis, lorsque je suis rentré en
école d'officier, le Pacte de Varsovie existait. Je suis sorti, il n'existait plus et on était
partis sur toute autre chose. Et on est partis sur des années d'interposition de casques
bleus, de soldats de la paix, etc. Puis, on est revenus à un autre cycle, en particulier
à partir de l'engagement en Afghanistan, vers de la contrainte suraction, et on est
encore là-dedans, on porte plus beaucoup le casque bleu. Et donc, voilà, ces cycles,
ils existent toujours des cycles de 10, 15 ans à peu près, alors que, comme je disais
précédemment, on a des cycles de programmes d'armement qui vont sur 40, 50 ans, d'accord.
Donc, ça veut dire qu'il faudra faire avec, il faudra tordre tout ça. Et au bout du compte,
cet environnement influe sur ces grandes trajectoires, sur ces grandes inerties.
1918, la plus grande transformation de l'armée française a eu lieu de 1914 en 1918. L'infanterie
de 1918 a rien à voir avec celle de 1914. Une section d'infanterie de 1918 se débrouillerait
à peu près bien actuellement encore et serait capable de décraser complètement une section
de 1914. Bon, on n'a pas connu d'évolution plus importante depuis. Tout ça, ça a été
rapide parce qu'en réalité, il y avait un potentiel d'innovation considérable. Tous
les matériels sont pratiquement des prototypes qui existaient déjà. Ce qu'on vient de comprendre
surtout, c'est que la majorité des innovations ne sont pas des innovations techniques. Donc,
c'est bien, tous ça, les nouvelles des armes, etc. Mais une organisation, notamment une
armée, une force armée, c'est un mélange. C'est un mélange d'hommes et des matériels,
mais c'est des hommes qui sont dans des structures particulières, des équipes, des groupes, des
divisions, tout ce que vous voulez. Ils développent des méthodes particulières et ils ont des
façons de voir les choses particulières, une appréhension du risque particulière, etc.
Une des plus grandes innovations de la Première Guerre mondiale, c'est l'invention du groupe
de combat. C'est-à-dire qu'on crée une cellule tactique d'une dizaine d'hommes et qu'on confie
à un sergent. C'est-à-dire que c'est une innovation essentiellement culturelle. C'est-à-dire
qu'on change de perception sur le sergent. Jusque-là, on n'imaginait pas qu'un jeune
sous-officier d'une vingtaine d'années soit capable de prendre des décisions tactiques
de manière autonome. Là, on change de perception avec la guerre et ça révolutionne complètement
le combat d'infanterie et ça résout en problème tactique que l'on avait depuis plus de 50
ans. Et donc, voilà, on a une bouffée d'innovation pendant cette guerre, une transformation qui
n'était pas prévue. On en aura d'autres. Vous voyez, les soldats de la guerre de l'Algérie,
je ne suis pas sûr que dans les années 30, on imaginait vingt ans plus tard que l'infanterie
ressemblerait à ça, qu'elles éplaceraient un hélicoptère qui serait une infanterie
légère qui marcherait avec des tenues camouflées, avec un armement léger renouvelé. Ça m'étonnerait
beaucoup. Dans les années 90, on a une autre bouffée d'innovation. C'est-à-dire que là,
quand on change effectivement de contexte international, on multiplie l'émission de
21 de la paix, d'un seul coup, on s'engage, on s'aperçoit que l'effort que l'on a fait,
notamment en matière anti-chare, on a tapé à côté, avec de bonnes raisons. Et donc,
en catastrophe, il faut noter nos soldats de nouveaux gilets par balles, de casques,
de nouveaux armements, etc. Moi, j'ai connu ça à partance arrivant en quelques jours.
C'est quasiment au montant sur un bateau. On a touché des nouveaux équipements,
des nouveaux armements qu'on a appris à utiliser sur le bateau, en espèce de quelques jours.
Et puis, vous avez encore une autre bouffée d'innovation, de changements avec l'engagement
en Afghanistan. Les soldats français, la fantasie en français de 2012, c'est plus le soldat
français, le fantasien français de 2020, plus tout à fait. On a appris un certain nombre de choses,
on a transformé un certain nombre de choses, et sa physionomie même a considérablement changé.
Encore une fois, tout ça, ce sont des bouffées, des graves d'innovation, pour prendre le
terme de chumpetteur, qui n'étaient pas du tout prévus et qui relèvent donc de les improvisations.
Ce qu'il faut bien comprendre aussi, c'est qu'on peut avoir des dégradations. Alors,
je passe rapidement sur le cas de l'armée française. Je parlais du groupe de combat tout
à l'heure, mais le groupe de combat d'infanterie 1918, c'est quelque chose d'assez compliqué à
commander. Ça demande des gens de certaines qualités. Or, après la guerre, avec la débobilisation,
l'expiration des vétérans, cette qualité, on la part. On la part. Et on a une infanterie qui devient
en réalité plus rigide, moins compétente qu'elle n'était en 1918, même si elle touche des équipements
supérieurs. Autre exemple, on prend l'exemple du soldat américain de 1970, donc celui qui
imaginait rigue. En fait, le soldat américain de 1970, il est au Vietnam, il se drogue et il est
démoralisé et il n'a pas franchement envie de combattre. Les bataillons du manière générale,
les bataillons d'infanterie américaine de 1970, ils ne sont pas aussi performants que ceux de 1956.
Toutes choses égales par ailleurs et quelles que soient les équipements qu'on a pu ajouter.
Et puis, l'environnement militaire, il comprend un paramètre particulier qui s'appelle l'ennemi.
Et cet ennemi, il a la fâcheuse tendance à essayer de vous tuer, ce qui a aussi tendance à induire
une forte dose de stress dans les actions de combat. Vu du fantasin, le combat, c'est d'abord
un management de la peur. Bien comprendre ça et que cette peur transforme les individus. On l'a un peu
évoqué, j'y reviens, parce que c'est essentiel. Quand on parle de soldats, il faut imaginer,
ce soldat, c'est un hébride, des combats pas nus et il a tout un tas d'équipements avec lui,
mais c'est un mélange, c'est un homme multiplié par ses équipements. Si l'un est de ses facteurs
et qu'il voit zéro, l'ensemble vaut zéro. Or, encore une fois, un soldat, c'est quelqu'un
qui est soumis à la peur, qui est soumis au stress et ça a des effets considérables. Il est dominé par
la chimie, qui est développé par la middle, qui commence à lui donner une situation de danger,
qui lui donne un surcroît de force, qui lui donne plus grande résistance à la douleur. Et puis,
même dans un deuxième temps, qui va stimuler ses capacités cognitives. Et puis, un deuxième temps,
effectivement, vous avez le cerveau qui prend le relais de la middle et qui va faire une analyse très
rapide de la situation. Et en fonction de cette analyse, si il considère que les choses vont bien
se passer, qu'il maîtrise, qu'il comprend et qu'il a les moyens de faire, on va se retrouver en
situation d'individus augmentés, de soldats augmentés, qui aura des capacités physiques,
intellectuelles, supérieures pendant longtemps donné. Mais il y a des effets de seuil, c'est à dire
qu'au-delà d'un certain stade, ce soldat augmenté va devenir un soldat diminué à partir de 120
pulsations minutes et commencer à perdre de l'habilité manuelle. Donc, ce n'est pas la peine d'utiliser
des trucs très sophistiqués, vous ne serez pas les utiliser. Et à partir de 140 pulsations,
vous commencez à avoir du mal à prendre des décisions. À partir de 160 pulsations,
vous, cardiace, vous suivez au mieux et au pire, vous êtes complètement paralysé. Donc,
on peut se retrouver en situation où vous aurez un soldat équipé des meilleurs équipements du
monde qui va se retrouver complètement paralysé, qui va se faire tuer. Bien comprendre qu'entre le
champ de tir, le temps de paix et la situation de combat, il y a des différences énormes. Il y a
une transformation considérable avec des différences énormes, des différences parfois positives. Vous
avez des individus qui font des choses extraordinaires et puis, globalement, plutôt une dégradation et
des conséquences plutôt négatives. Et tout ça, encore une fois, c'est en interaction avec les
équipements. Des choses qu'on ne pouvait pas voir sur le champ de tir en expérimentation, on le voit
sur le champ de bataille. On s'aperçoit, par exemple, que ceux qui ont des armes les plus grosses,
les plus lourdes, les grosses mitrailleuses, résistent mieux au stress que les autres. Pourquoi? Parce que,
ben, ça rassure. Voilà. J'ai des camarades pompiers qui me disaient qu'en face à un incendie, ils donnaient
cités bâtiquement des lances incendies plus puissantes que nécessaires. C'était essentiellement
pour rassurer. Il y a un effet psychologique dans les armes. Inversement, vous pouvez avoir des
armes trop délicates à utiliser, trop dangereuses qui n'auront aucune efficacité sur le champ de
bataille. Pendant la Première Guerre mondiale, les Allemands mettent au point un fusil, un très
gros fusil, 13 millimètres, qui perce les chars. Bon, les Français capturent ce fusil et se disent
de la panique. Ce char perce le FT-17, nouveau char léger qu'on est en train de mettre en place.
Et en fait, quand on regarde à la fin de la guerre combien de chars ont été détruits, ont été
percés par ce fusil, c'est pas compliqué. Il y a eu deux, deux en tout et pour tout. Pourquoi? Parce
que, ce fusil, il faut l'utiliser à 100 mètres. C'est délicat employé. Il faut l'utiliser à 100 mètres
face à un char qui n'est généralement pas tout seul, qui arrive vers vous. Et accessoirement,
ce fusil, il a une chance sur deux pour vous déboîter l'épaule tellement il est lourd.
En réalité, il n'a jamais servi à rien. Pas grand chose, on va dire. Deuxième facteur, c'est que
l'admire, il a une autre fâcheuse tendance, c'est qu'il va trouver des parades à toutes vos
innovations. Au début de la guerre du Kippur, vous avez des soleils égyptiens qui utilisent des
missiles anti-chars sagaurs et ils font coups au but une fois sur deux, ce qui une performance
vu l'emploi de cet engin qui est extrêmement délicat. Donc là, on se dit que c'est la bord du
char, c'est fini, extraordinaire. Et puis quelques jours plus tard, ce pourcentage au cohobute tombe
à zéro. Pourquoi? Parce qu'entre temps, les israéliens sont adaptés et que maintenant, les
tireurs, qui doivent pendant de longues secondes maintenir une visée sur un char, même piloter
d'ailleurs le missile, ils sont sous le feu, ils sont au but d'artillerie, sur des tireurs de
mitrailleuses, ce qui ne s'est passé pas avant. Et là, ça change considérablement les choses. Donc
l'augmentation de puissance, c'est une chose relative. La recherche du toujours plus loin, dans le
même sens, c'est fatalement une impasse. Prendre un exemple très ancien, les armées des diadoques.
Les diadoques, c'est les successeurs d'Alexandre, c'est des armées grecques, macédonien, qui ont
hérité du modèle macédonien avec les grosses phalanges et les grands, ce qu'on appelle les
sarices, ces grandes lances. Et bien ces armées qui se combattent entre elles, elles trouvent rien de
mieux que d'allonger systématiquement les lances au fur et à mesure pour essayer d'avoir l'avantage
sur l'autre. Et on se retrouve dans une situation où, au bout d'un certain temps, les lances qui sont
utilisées dans les phalanges sont tellement longues que ça devient extrêmement lourd et que la phalange
l'a perdu toute mobilité. Il devient quelque chose d'assez énorme, d'extrêmement rigide. Et à ce
moment-là arrive la Légion romaine, qui a des souples et qui va en faire qu'une bouchée. Voilà,
donc ce que je veux dire par là, c'est qu'il faut se méfier de la haute technologie. Quand un système
fait l'un, un système français fait l'un, donc d'augmentation des capacités du soldat,
actuellement il coûte 69 000 euros, pièce. Bon, il finit par coûter 68 000 euros pièce. Donc on
peut se demander déjà si avec ces 69 000 euros on n'aurait pas mieux fait d'investir ailleurs,
d'avoir des choses beaucoup plus classiques, simplement à changer, adopter, acheter un
fusil d'assaut plus moderne, etc. Mais voilà, surtout on a une situation où cette recherche
de documentation des performances aboutit à ensemble, on va dire, à ce qu'on appelle la loi
d'Augustine, c'est une loi qui était, enfin c'est une pseudo loi qui était établie pour les avions
de combat, où Augustine, c'était le patron de l'UQID, qui disait, voilà, au rythme ouvrant les choses,
en 2050, le budget, avec le but, tout le budget américain de défense américain, on peut se payer
un seul avion en tout et pour tout. Et voilà, en trois jours il sera pour l'US Air Force, trois jours pour
l'US Navy et le dimanche pour les Marines. Et voilà, c'est-à-dire qu'on aurait une situation
d'augmentation des coûts qui fait que, au bout de moment, ça aboutit à des effets, des effets pervers,
en une rare effaction et à des effets contradictoires. Donc le soldat augmenté, le super fantasin,
le soldat du futur, c'est globalement, mécaniquement, un soldat rare. Pour le prix d'un soldat d'entre eux,
avec 62 000 euros, vous pouvez vous payer plusieurs dizaines de militiaires, ça doit correspondre à
peu près à la solde d'un bataillon afghan pendant un moins, un bataillon complet d'infanterie afghan
pendant un mois. Donc voilà, avec ça, vous pouvez vous payer tout un tas de choses. La section
d'infanterie française qui est tombée dans l'ambuscade en 2008, dans la vallée du Sbine,
à Navagistan, elle a été combattue par des rebelles, des combattants du HIG ou Talibans,
qui n'avaient pas de gilets par balles, qui n'avaient même pas de casques, qui étaient équipés de matériel
des années 60, de Kalachnikov, de RPG7 essentiellement. Et même si sept de ces combattants sont tombés pour
un soldat français, pour chaque soldat français tombé, le combat est considéré par tous comme une
défaite française parce que la supériorité supposée s'en rend aussi plus inacceptable l'échec, même
relatif. Alors, est-ce que, dans cet embuscade, les soldats équipés de système félin auraient pu
éviter ce qui s'est passé? Rien n'est moins sûr. C'est-à-dire qu'au lieu d'un homme toujours plus,
d'une sorte de chevalier avec des armures à plate que l'on ajoute, il sera peut-être plus
utile d'avoir deux hommes, tout simplement. Et ils rentrent plus, ils pourront se relayer,
maintenir la vigilance sans avoir usé de drogue ou de produits quelconques. Une section simplement
un peu plus nombreuse dans la vallée du Sbine, avec un peu plus de munitions, auraient été plus
efficace et auraient pu certainement s'en sortir beaucoup mieux que la même section équipée très
certainement de félins. Donc, en réalité, loin des projets futuristes encore très aléatoires,
l'élement le plus novateur en matière de combat d'infanterie de ces dernières années réside
plutôt dans l'élargissement, la démocratisation, je dirais, la capacité à produire des soldats. Dans
le cycle science-fiction de Roger Zelazdi, qui s'appelle les Princes d'Ambre, on décrit
quelque chose qui s'appelle le Logrus. Logrus, c'est quelque chose qui permet de faire venir à
soi tout ce qu'on veut. Là, avec Internet, avec la bondéisation de manière générale,
tous les flux de la bondéisation, on a une capacité à faire venir à soi énormément de choses. Les
groupes, depuis le changement de contexte, effectivement, début des années 90, la mondialisation,
caractéristiques majeures, c'est que les groupes armés sont devenus beaucoup plus puissants
qu'avant. Ils ont bénéficié à fond de tous les flux d'amondialisation et, en premier lieu,
des flux d'armes légères, des nouvelles technologies aussi de l'information, etc. On a des
groupes armés qui sont devenus beaucoup plus puissants et ils bénéficient aussi de la
démocratie au passage, du nombre. Ils sont beaucoup plus puissants qu'avant. Quand on fait le total au
21e siècle, combien les États-Unis, superpuissance inégalée en termes militaires, combien l'OTAN,
combien les coalitions, l'armée israélienne, combien toutes ces forces considérables ont-elles
détruit de groupes armés dans le Grand Moyen-Orient, on va dire, aller depuis le S-Bolat, jusqu'au
réseau Akhani en Afghanistan, passant par l'armée du Mali ou autre, bien zéro. Aucun groupe armé
n'a été détruit en l'espace de 15 ans par les plus grandes puissances militaires du monde,
ce qui montre bien une certaine capacité et certaines résistances. Seul exemple d'ailleurs,
c'est l'État islamique en 2008 qui a été quasiment étouffé et presque détruit à l'époque,
c'est le seul exemple, mais essentiellement du fait du retournement d'alliance. Plus encore,
c'est-à-dire qu'on trouve une situation où on peut créer même des mini-groupes armés à l'intérieur
même de nos territoires, par exemple les frères Quachy, il y a la photo, ces gens-là, ils ont été
capables de s'auto-former, de se doter grâce à leur réseau criminel et à leur lien avec l'économie
souterraine, ils sont capables de s'armer beaucoup plus facilement que d'avoir fait des groupes
terroristes dans les années 70, à l'action directe par exemple, qui avaient beaucoup de mal pour ça,
et donc ils ont été capables en quelques mois de constituer un mini-groupe de combat à eux seuls,
à l'intérieur des territoires français et avec des capacités qui dépassent ou qui équivalent à
peu près celle d'un groupe de combats d'infanterie français des années 70, 80 quoi. Donc on se retrouve
dans cette situation où on efface une démocratisation du combat d'infanterie, d'une certaine façon,
à une multiplication, à une capacité d'auto-formation, d'auto-création de cellules tactiques,
nombreuses, surprenantes et qui peuvent arriver de partout. Et puis on a évoqué le cas des imprimants
3D qui ne vont faire qu'accentuer encore certainement ce problème. Au bilan, je termine là-dessus,
en conclusion, au risque d'être très décevant, je ne sais pas à quoi ressemblera le soldat du
futur. Il y aura certainement des percées technologiques, j'espère, pour l'instant essentiellement en
termes d'électronique, on l'a vu, peut-être aussi dans les matériaux de protection ou les
armes, peut-être qu'on parviendra enfin à briser un peu ce plafond en termes de combats d'infanterie
qui fait qu'en réalité depuis la fin de la seconde guerre mondiale, on n'a pas beaucoup évolué dans ce
domaine pour l'instant. Pour l'instant, une section d'infanterie allemande de 1944, une section de
parachutiste de 1944 équipé de tous les meilleurs modèles allemandes de l'époque, elle tiendrait
tête encore très facilement à n'importe quelle section, n'importe quelle armée aujourd'hui,
très probablement. Donc on n'a pas encore franchi, on n'a pas atteint dans ce type de combat la
supériorité, les évolutions extraordinaires qu'on a pu connaître dans le combat aérien par exemple ou
même dans le combat naval. Donc là peut-être effectivement que ça va nous permettre de crever un
peu ce plafond, mais c'est même pas complètement sûr. Ce dont je suis sûr en tout cas, c'est que
il y aura en réalité des soldats des futurs, il y aura beaucoup de types très différents de ce qu'on
voit aujourd'hui avec certainement pendant longtemps beaucoup plus d'hommes en jeans armés de Kalashnikov
que de Robocop. Si on fait le portrait type en 2040-2050, prend tous les soldats, tous les combattants
du monde et on en fait le porté moyen, on aura probablement cette photo en 2040, encore en 2040
ou en 2050 de ce reste que par le poids du nombre. Ce qui aura dans les têtes, en réalité la capacité
à prendre des risques, la compétences, la détermination, le nombre aussi, tout cela sera encore
certainement plus important que les équipements qui portent et en tout cas ça sera certainement bien
plus changeant. Je vous remercie.
