Bonjour, je m'appelle Moïse, puis j'ai pas été arrêté au G20 de Toronto en juin 2010,
mais j'aurais pu l'être. Comme plus de 1000 personnes, dans beaucoup de Québécois,
on aurait pu m'incarcerer et me garder en prison pendant plusieurs jours dans un centre
de détention temporaire. On aurait pu me relâcher sans donner l'explication, me garder
en prison quelques mois, m'imposer un agat domicile pendant un an ou me poursuivre en
justice pour complot ou conspiration. Ce n'est pas mon cas. Il s'est arrivé à
bain du monde et ça répète le vôtre. Est-ce que ça vous arrive, vous, d'avoir des idées
politiques, de remettre en cause le système, participer à une manifestation? La majorité des
gens qui ont été arrêtés ont été relâchés depuis, puis ont pris le fil de leur vie. Il y a
aussi une minorité qui sont encore aux prises avec le système de justice, puis tout ça parce
qu'ils ont critiqué l'ordre établi et qu'ils se sont organisés en mouvement de contestation.
Ces gens-là, c'est des étudiants, des passants, des militants, des organisateurs communautaires,
des journalistes indépendants, des gens qui étaient là pour remettre en question la tenue du
G20, mais aussi simplement par hasard, au bon endroit, mais au mauvais moment.
C'est les plus grandes arrestations de masse de l'histoire canadienne. Ce n'est pas rien.
Juste en nombre, c'est beaucoup plus que la crise d'octobre de 70 au Québec. Mais c'est pas
ça qui m'intéresse. Ce n'est pas les chiffres, la quantité de coûts qui ont été frappés,
les vitrines cassées, les dollars dépensés. Ce que je veux documenter, c'est l'expérience humaine
des gens qui ont été arrêtés. Pourquoi ils étaient là? Qu'est-ce qui leur est arrivé? Qu'est-ce
qui s'est passé depuis? Comment est-ce qu'ils donnent du sens sur toute cette expérience-là? Ce que je
veux documenter, c'est leurs histoires. L'histoire qui sont choquantes, révoltantes, tristes,
c'est des histoires importantes. Les histoires de peur, de répression, d'infiltration policière,
de paranoïa, d'isolement, mais aussi des histoires de solidarité, d'espoir, de lutte.
Pour faire ça, j'ai besoin de temps. Le temps que vous me racontiez votre histoire si vous
même vous avez été arrêtés. Le temps pour appuyer et diffuser mon projet si ça boutit
à coeur. Le temps de m'offrir vos services si vous avez des ressources ou talents à partager.
Le temps pour moi de me consacrer à la réalisation d'un documentaire sans trop m'en faire pour mes
fins de mois. Et le temps de créer une oeuvre forte et édigeante sans me retenir à cause
d'une institution fileuse ou d'un barrière de fond qui s'auto-censure.
