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Les familles, ici, étaient toutes logées par les forges.
Puisque, même après, ils ont racheté les cités,
quand ils ont fermé.
Jusqu'ils voulaient racheter sa cité.
Puis, il y en a qui voulaient s'en aller,
mais ils étaient retenus par le logement,
comme c'était le logement de l'usine.
Si tu quittais l'usine, il fallait quitter le logement.
Les appartements, il y avait trois pièces.
Une cuisine aurait choussé, une chambre au premier étage,
et une petite chambre au deuxième étage sur le toit,
qui donnait sur le toit.
Pourquoi on avait fait ça?
C'était pour éviter que les gens qui travaillaient de nuit
soient piétinés par les gens qui travaillaient de jour.
Il y avait une maison qu'on appelait la Cour des Miracles.
Parce que c'était un peu une Cour des Miracles.
Il y avait des Italiens, il y avait des Polonais,
il y avait des Français, il y avait un peu de tout le monde.
Dans les cités ouvrières, en été, quand ils faisaient beau,
il n'y avait pas de circulation automobile comme maintenant.
Donc, on sortait les chaises dans la rue,
ont besoin même d'étables pour que les hommes puissent jouer aux cartes,
les femmes tricotées et les gosses couraient partout.
Moi, j'avais un voisin qui sortait son accordéon,
ça enchantait un peu le quartier.
On s'en retrouvait aussi, tous, dans le doux,
pendant la belle saison, pendant l'esbélier ou barrage.
C'était convivial, très convivial.
Depuis la naissance, on était déjà ensemble dans les écoles.
C'était une école privée, c'était payé par le patron.
C'était confessionnel.
C'est-à-dire qu'on arrivait le matin, on faisait la prière.
Ensuite, on se mettait à travailler.
À 11h, avant de partir, 11h30, on refait la prière.
On revenait à 1h30, on faisait la prière.
Et on faisait la prière le soir avant de s'en aller.
On allait à la sportive ensemble, faire la gym.
C'était la park-wash qui organisait ça.
Autrement, il y avait l'harmonie d'idée fausse, là, c'était l'usine.
Et puis, on allait au cinéma, là.
Parce que le curé, il avait son cinéma.
L'ancien foyer, dans la rue de Champagne.
Il existe toujours, mais il n'y a plus de cinéma.
Le patron, c'était...
Je sais pas si il allait à la messe le matin à 5h,
et puis à 10h, le soir.
Non, mais le...
La question église, les patrons des Fos, c'était tout ça.
C'est une église construite en six mois armée.
Il n'y en a pas des masses de ce modèle?
C'était peut-être des lignes qui étaient foutues du four martin.
Ils ont vu la pour récupérer.
Dans le quartier des Fos, j'avais tout ce qu'il fallait.
En particulier, il y avait une coopérative,
l'inferternelle, où celui,
chaque ouvrier, chaque ménage qui voulait se servir,
a acheté une action.
Il avait son carnet, il marquait, et on payait en fin de mois.
Quand il avait de l'argent.
La paix, il nous la donnait à l'hôtel d'Etilleuil,
c'était le bureau de paix, comme on l'appelait ça.
On était à l'extérieur de l'usine.
C'est le gars qui travaillait, il allait chercher sa paix.
La façade, sa femme n'allait pas...
Elle allait, des fois, à la sortie, pour lui dire « oh, amène la finance ».
Il savait que s'il allait au bistrot en face,
la moitié, il partait...
Au bistrot, oui.
Parce que le jour de paix, il y en avait quand même
qui était pas mal allumé.
Il y avait beaucoup de café.
Alors, les cafés, c'était assez... assez cru,
parce que les gars, quand ils sont en tête d'usine de soir,
ils avaient mangé de la poussière, ils allaient boire un coup
pour faire descendre tout ça, quoi.
C'était une famille, n'est-ce pas?
C'était une usine à part, et puis à quartier, n'est-ce pas?
À part, une famille.
On était les bêtes noires du quartier,
les bêtes noires d'eau d'un coup,
c'est des fauches qu'on fait vivre d'un coup.
