Vous avez pris le chemin de Genève pour dire haut et fort, ne tuez pas pour barrer la
route à la peine de mort.
À l'heure où ce congrès se termine, sachez que je suis personnellement très émue de
me retrouver parmi vous. Vous qui n'avez de cesse de vous mobiliser chacun, chacune,
à votre manière, pour un combat qui me tient à tous tant à coeur.
La Suisse est très fière d'avoir parrainé et soutenu ce quatrième congrès mondial
contre la peine de mort. Ce rassemblement nous permet d'affirmer notre attachement
au respect de la dignité de chaque individu. Mesdames et messieurs, une exécution capitale,
c'est la main de la société qui tient un homme au-dessus du gouffre, s'ouvre et le
lâche. L'homme tombe, la peine de mort n'est ni exemplaire, ni juste, ni utile. L'injuste
reste injuste, l'horrible reste horrible. C'est Victor Hugo qui, en 1862, s'adressait
ainsi aux citoyens et citoyennes de Genève, alors que ceux-ci révisaient leurs propres
constitutions. Malgré tout son talent, le comité chargé de la question est resté
sourd à ses appels et a décidé, dans un premier temps, de maintenir la peine de mort.
Mais la lettre de Victor Hugo fut publiée, et lorsque le peuple je le vois vota, celui-ci
rejeta finalement le projet de constitution qui prévoyait la peine de mort. Et la peine
de mort n'entrape pas dans la constitution je ne pense.
150 ans plus tard, les propos de Victor Hugo restent toujours d'une actualité urgentière
comme aujourd'hui. S'interroger sur le droit qu'au-soc 3, la communauté de privé
à l'individu de sa vie reste bien la question, la première de toutes les questions, une
question qu'il faut reprendre inlassablement. Intentestablement, le mouvement abolitionniste
a partout su gagner de l'ampleur. Nous refusons toute idée d'une justice qui tue,
et les États sont, de plus en plus nombreux, à prendre le chemin de l'abolition comme
on a témoigné le président de la Mongolie. Ces dernières années on a pu voir des progrès
notables, mais ayant malgré tout l'honnêteté intellectuelle de se l'avouer, nous vivons
près d'un siècle et demi plus tard après le plaidoyer de Victor Hugo au jeune voie,
et malgré cela, il y a encore des pays qui pratiquent l'exécution capitale. L'existence
de la peine capitale implique que certains individus ne méritent plus de vivre. Nous
pouvons entendre la motivation de ceux qui le croient, nous le pouvons. Nous aussi nous
avons à coeur de défendre, de sanctionner et de protéger. Mais la terreur n'est frais
que rarement les criminels. La peine de mort ne porte pas les fruits qu'elle est censée
offrir à la société et de surcroît. Elle nous fait bafouer l'humanité et, par la
même, perdre notre propre humanité. Au nom de la dignité désaccusée de notre propre
dignité, il est plus que nécessaire, plus nécessaire que jamais, de redoubler nos efforts.
Tout comme la morale ne doit pas être une morale à géométrie variable, soumise aux
alléas de circonstance, le respect de la dignité humaine ne se sert pas à la carte.
Ce n'est pas en ajoutant de la noirceur à l'obscurité que nous créerons plus de
lumière. En appliquant la peine de mort, l'appareil judiciaire croit rendre justice,
pensionner, donner réparation. En notant la vie à un condamné, le système veut donner
l'exemple en infligeant la plus strite des peines à celui qu'elle désigne comme l'aignant
« mérité ». Mais ce n'est pas notre vision de la société, à nous tous et toutes rassemblées
ici. Ce n'est pas ainsi qu'une société s'élève dans l'humanité. Tous et toutes,
nous devons continuer à nous interroger sur l'efficacité de la réparation qui consiste
à ôter la vie. En cas de meurtre, cela rendra-t-il vie à la victime? Cela compensera-t-il la
douleur et la tristesse de la famille? La peine de mort n'apporte ni compensation,
ni réparation. Elle ne donne véritablement ni leçon, ni exemple dissuasif et ne protège
pas davantage la société. Alors, pourquoi paraît-elle encore si indispensable à Certat?
Pourquoi ce droit d'eauter la vie ainsi banalisé dans certains pays? Peut-être parce qu'elle
traduit de façon spécieuse un sentiment populaire que l'on pourrait pourtant prêter à un
État, la vengeance. Ainsi énoncé, l'acte ne perd pas de sa fermeté aveugle mais
de la superbe dans laquelle il drape la notion de justice. Au-delà de toutes ces raisons,
il est question de vie et de mort, d'humanité et de la société. Nous voyons le rassemblement
qui se termine aujourd'hui comme le coup d'envoi d'une année où nous nous engagerons de façon
encore plus déterminée dans nos contacts bilatéraux, dans les enceintes internationales
avec les ONG et la société civile pour que les droits humains soient mieux protégés
et pour que les obstacles inacceptables vers plus d'humanité continuent de tomber.
Cette année, l'Assemblée générale des Nations Unies doit se prononcer sur une troisième
résolution à plan de l'instauration d'un moratoire mondial en vue de l'abolition
de la peine de mort. En tant que État haute de ce quatrième congrès
comme la contre la peine de mort, la Suisse se veut dans les premiers rangs des pays
de tous les continents qui œuvreront pour que cette résolution réaffirme la volonté
de notre communauté, de la communauté internationale d'aboutir à une abolition universelle de
la peine de mort. Mesdames et messieurs chers congrèsistes,
je tiens à saluer le courage que vous avez montré en venant ici.
Mais regardez autour de vous, vous n'êtes pas seuls. Nombreux sont celles et ceux qui
ont rejoint ces derniers jours, nous ont rejoint ces derniers jours pour démontrer aux yeux
du monde la nécessité d'un monde où la peine de mort n'aurait plus sa place.
Et cette ensemble, fort de nos expériences, de notre diversité, de nos savoir-faire respectif,
que nous parviendrons à aboutir, que nous parviendrons à l'objectif que nous nous
sommes fixés, celui d'un monde exon de toute exécution capitale. Merci.
