J'ai créé la revue Passage en octobre 1987.
Je m'appelle Émile Malet, j'étais journaliste et je le suis, j'étais journaliste auparavant
au quotidien de Paris, j'ai également travaillé au Nouvelle Littéraire, collaboré au Monde
et à Paris Match et j'ai décidé en octobre 1987 de créer un magazine et le lancement
de ce magazine s'est fait autour de deux slogans, 5.748 années de recul sur l'actualité comme
vous voyez, on nous a montré le calendrier Hebraï parce que nous souhaitions, mes amis
et moi-même, créer une revue avec un regard livre sur l'actualité.
Qu'est-ce que ça veut dire un regard livre sur l'actualité? Ça n'était pas aussi
simple que ça, c'était prendre du recul sur l'actualité, cadrer l'actualité en
fonction de l'histoire et partir de l'histoire du peuple juif, de l'histoire dans sa composante
culturelle, historique, plus que religieuse, donc la revue n'a jamais été une revue religieuse
mais nous avons confonté, si je puis dire laïiquement, le judaïsme avec les autres
religions et avec les autres cultures pour montrer que le peuple juif avait un regard
intéressant, un regard perçant et un regard qui apportait de la signification aux événements.
Revue de référence, nous le souhaitons, revue influencé par le New Yorker, c'était aussi
notre objectif.
Qu'est-ce que ça veut dire? D'abord, le mot passage, le mot passage chacun de vous
peut le constater fait partie de ce que nous n'appellent les noms primaires, c'est-à-dire
ces mots qui ont leur propre oximord, dans le mot passage il y a le passé, l'histoire
et il y a l'action de passer le mouvement, ce qui est très intéressant c'est qu'on
retrouve cette dualité du passé comme histoire et de l'avenir comme mouvement dans le terme
hébraï, ivrie, ivrie c'est un hébreu, c'est un passeur et dans le mot ivrie il y a le
mot à pas, l'action de passer et l'histoire, ce qui est déjà passé, machère, donc c'est
extrêmement intéressant parce qu'on retrouve cette même chose par exemple dans la culture
chinoise et ça c'est très intéressant, ça veut dire que le judaïsme s'inscrit comme
un marqueur d'autres civilisations et lui-même viennent des civilisations qui l'ont précédé.
Nous avons souhaité à travers cette revue passage parler librement de l'argent, du
sexe, de la politique et nous avons souhaité donner du sens aux événements.
Alors je reviens à ce que je disais il y a un peu de temps, notre modèle était le
New Yorker, cette fameuse revue américaine qui a tant de succès aujourd'hui et beaucoup
d'influence, mais nous allons nous rencontrer avec la revue passage dès l'année 1988 qu'elle
suscité des critiques de tous les côtés, pour les juifs la revue passage n'était pas
assez juive, pour les non-juifs elle était trop juive, autrement dit la France n'est
pas l'Amérique, nous n'avons pas la même culture notamment des médias et il était
difficile de faire un copiage si on veut, mais c'était un vœu d'enfance et donc
passage va trouver progressivement sa vœu.
Le deuxième écueil auquel nous avons été confrontés c'est un écueil économique, un
journal centré sur le judaïsme, même si c'est de manière laïe, même si c'est de
manière culturelle et historique comme se voulait passage, avait un trop faible lectorat
et donc nous avons commencé par un tirage à 75 000 exemplaires, c'était un pari très
ambitieux, mais comme n'avions pas de gros moyens évidemment ce tirage n'aura cessé
de baisser pour se retrouver à un autre étage, ce que je veux dire aussi et c'est biblique
en quelque sorte comme référence, c'est qu'en même temps que j'ai créé la revue
passage en 1987, j'ai créé un espace oral qui était l'association des amis de passage,
alors un espace écrit et un espace oral, ça vous rappelle quoi, eh ben la loi écrite
et la loi orale, autrement dit la Torah est une loi écrite et le Talmud est une loi
orale et nous avons souhaité donc à passage avoir des références éthiques et faire de
l'interprétation comme ça peut être le cas avec le Talmud, alors l'association des
amis de passage ou à Dapès organise depuis 1988 des séminaires, des colloques essentiellement
autour de trois quatre têtes, d'abord autour de la politique internationale d'Europe,
le Moyen-Orient, naturellement nous avons assuré la défense d'Israël et la promotion
de la culture israélienne, mais nous avons toujours été programmables à l'existence
d'un état palestinien et nous le demeurons, nous avons traité également des problèmes
de société, notamment de sexualité, d'éducation, de drogues, de santé et troisième volet
qui est important c'est l'énergie, nous avons beaucoup travaillé sur l'énergie,
l'énergie et l'environnement, l'énergie et le climat, l'énergie nucléaire, toutes
ces choses là et c'est de la raison pour laquelle, dans le cas de l'énergie, nous
avons créé le Forum franco-allemand et également un Forum de débat avec les Britannes.
Dans le cadre et dans l'influence de passage, nous avons créé en 2003 le Forum mondial
du développement durable qui s'intéresse au bien public, au bien commun et à leur
répartition équitable au énergie, santé, éducation, justice.
Il y a chez nous cette volonté également de s'intéresser au continent en difficulté
notamment à l'Afrique et à toutes les populations qui sont déclassées et aujourd'hui nous
insistons beaucoup sur le fait que le déclassement des classes moyennes entraîne du populisme
un nouveau conservatif.
Alors parmi nos collaborateurs prestigieux, avant de rendre hommage à l'ensemble de nos
collaborateurs, je voudrais dire et rendre un hommage à ceux qui nous ont quittés et
vous voyez si nous avons déjà quelques collaborateurs qui nous ont quittés, ça veut dire que la
revue a une ancienneté, 30 ans d'existence.
Alors nous ont quittés Elie Wiesel, que chacun connaît dans le prix Nobel, Jacques de Roger,
Bernard Hulman, Marc Robert, Roland Topor, Tim de Grand-Dessinateur, Claude Jean-Pilly,
Jean-Hélène Stratt.
Je leur rends un hommage et j'en collaborez très régulièrement à passage.
Mais il y a ceux qui demeurent ou ceux qui sont nouveaux, comme Charles Melmont, Roland
Portier, Chantal, Chawa, Polydia Coudrine, Sonia Cessny, Denis Charby, Sergio de La
Pergola, Jacques Miliès, Francesca Salvarezza, Jean-Jacques Moskovitz, Marielle David.
Donc là, nous avons une relève et nous avons de nouveaux collaborateurs et nous faisons
en sorte d'assumer avec eux un regard, à la fois un recul sur l'actualité, à la
fois se regarder sur l'actualité et essayer de dégager un petit peu de sens à une actualité
qui va très bien.
Dans le cadre de la revue passage, nous avons créé d'autres journaux.
Nous avons créé le journal Ville Lumière, qui est écrit par et pour les jeunes de
Banlieue, cette revue qui était mensuelle à durée quelques années.
Nous avons créé le journal Français de psychiatrie qui, comme son nom ne l'indique
pas, est une revue de psychanalyse.
Et dans ce contexte de la psychanalyse qui a été présente depuis le début de la
revue passage, nous avons créé il y a deux ans et demi le comité Freud en vue de l'instruction
de Freud à l'UNESCO et de promouvoir à la fois l'œuvre de Freud et d'essayer d'avoir
un regard prodient sur l'actualité.
Aujourd'hui, la revue passage du fait que nos moyens financiers sont faibles et du
fait que nous sommes totalement indépendants est passée à un rythme tribestriel.
Évidemment, nous rêvons, mais au sens prodient du terme, c'est-à-dire un accomplissement
de désir, que nous revenions au rythme mensuel.
Mais nous avons pris la décision également de faire une newsletter et cette newsletter
dont le numéro 1 sera en décembre, elle sera mensuelle parce que nous souhaitons nous
accrocher à l'actualité, notamment à l'actualité politique qui va être très
forte dans les années à venir, les années à venir en Europe, mais également avec les
changements, les bouleversements mondiaux en Russie, aux États-Unis et rien.
Donc maintenant, trimestriel d'un côté, newsletter de l'autre côté pour à la fois
avoir l'actualité immédiate dans la newsletter, le recul dans la revue passage, puisque nous
sommes dans l'actualité, le numéro qui est en cours actuellement traite du transhumanisme.
C'est à mon avis un très beau numéro et un numéro qui intéressera beaucoup les
publics d'où il vient, parce que nous mettons l'accent sur l'envaillissement des technologies
et du numérique aujourd'hui et l'illusion de passer de l'homo sapiens au poste sapiens.
Donc nous prenons position naturellement disons oui au progrès, mais au progrès qui se
limite à la thérapeutie et qui ne va pas vers ce qu'on appelle un homme augmenté.
Donc vous voyez, nous gardons, nous voulons rester modernes, mais en plaçant des limites
à notre modernité.
Le numéro qui va sortir dans une dizaine de jours, aura plusieurs dossiers, mais je
voudrais montrer notre intérêt pour la politique étrangère et pour l'énergie, un grand dossier
sur les réseaux électriques et gaziers en Europe, parce que l'énergie est le coeur
des économies européennes et nous avons également de nombreux articles sur le Moyen
Ouriens, notamment un article de Denis Charbis qui pointe l'absence aujourd'hui en Israël
d'un grand projet politique après la disparition du regretté Yitzhak Rabind il y a une vingtaine
d'années et récemment de Shimon Pérez et un reportage dans les territoires palestiniens
de Sonia Sessny.
Donc vous voyez, nous essayons de garder nos marotes en ciel, d'être fidèles à
la vocation et en même temps d'aller avec son temps.
Voilà si je peux résumer le temps de passage.
