Musique industrielle, c'est un peu un état d'esprit, tu fais quelque chose et puis après tu fais complètement l'inverse.
La base de l'industrie, c'est un peu punk en fait.
C'est qu'on se limite par la thèse et l'antithèse, mais je pense qu'au début des années 80, c'était la pré-punk à Londres où j'ai vécu une dizaine d'années.
C'est parti sur l'induce, que je m'appelle l'induce. En fait, c'était plein de gens qui expérimentaient sous plein de formes différentes et donc ça partait dans tous les sens.
Fin 70, depuis 80, tout simplement Swabian Whistle, Noy Barton, SPK, gros fan d'ESPK.
On peut pas dire que entre Cabaret Voltaire, Swabian Whistle et Test Departement, il y a quelque chose de cohérent en fait.
C'est juste des gens qui sont créatifs, qui cherchent, qui délirent. Il y a ce côté en fait, il faut faire, il faut dire un truc, il y a une rage.
Il y a des projets qui ont une touche un petit peu industrielle qui sont connues du grand public. On va dire qu'on vendait pas mal de disques.
On peut citer Ain't So When Don't Know You Bottom, on peut citer Nainish Nays, on peut citer dans les extrêmes Mersbo.
Pour moi, la musique industrielle, c'est plus par exemple la Balanzen, c'est à dire qu'ils se sont saturés volontairement écrasés sur la bande passante.
Il y a Sinaxcape, Sonner, Dive pour moi, Clinique, qui ont directement énormément influencé même le mainstream.
C'est des noms que peut-être des gens ne connaissent pas, mais qui ont eu énormément d'influence dans la musique en règle générale.
Les trois projets, enfin vraiment au-dessus de la montagne, vraiment qui dominent le truc, pour moi ce serait Dune Dote.
Dune Dote, voilà. C'est un truc que j'avais kiffé de suite, j'avais eu ça à petit stretch.
Pour moi, les trois projets, Guerre Group, Ganglop, tout l'Indus, pour moi ce serait Ministry, Skinny Puppy et Nainish Nays.
L'idée c'est de plonger les gens dans une atmosphère, d'évoquer un maximum d'images possibles avec le son.
Il y a une amplitude d'émotion qui peut aller d'ambiance très très simple, très minimale, à des choses beaucoup plus percussives, beaucoup plus agressives.
D'où peut-être l'étiquette industrielle, parce qu'il y a parfois des moments peut-être un peu durs, un peu violents, avec des sons plutôt agressifs.
C'est un état d'esprit aussi au-delà de la musique.
Ce n'est pas que l'image d'un Daibuten qui va taper sur des bidons, qui va faire du bruit avec.
Au-delà du bruit, c'est vraiment un état d'esprit, je pense.
Pour quelqu'un qui ne connaît pas cette musique, je vais juste écouter.
Souvent ça va claquer métallique, agressif, ensuite je le catégorifie comme ça, plus répétitif, mécanique.
Je pense que c'est ça. C'est le fait que ça soit très répétitif, très mécanique, comme une machine, en fait, comme une machine qui tournerait.
Tout le temps, c'est très mélodique, ce que tu fais en plus.
Après, il y a des dérivés effectivement, mais le fond du truc, c'est comme une machine qui se lançait comme ça et qui n'était pas tourné.
L'underground, c'est toujours ça, c'est-à-dire c'est un foyer bouillonnant et les artistes peut-être plus connus piochent dedans parce que de toute façon, ça foisonne d'idées.
Peut-être on peut citer aussi Ramstein, c'est des gens qui ont un peu pioché aussi dans toute cette scène-là.
Comme nous, on a cette capacité à être aussi plus curieux et être aussi bien touché par des plasticiens, des gens qui font, tu vois, de la performance, tout ça.
Il y a une pourosité, donc on n'est pas juste des musiciens en fait, moi j'aime pas ce mot.
Je pense qu'on est des gens de l'art vivant et on a des références aussi clairement dans l'art plastique.
Il n'y a pas que juste de la musique, je pense que dans l'industrie, il y a ça aussi.
C'est clairement un exemple de ce type de démarche. Il y a la poésie. La poésie c'est important.
Il y a vraiment la danse, les délires du post-dadaïsme, des actionnistes viennois, le fluxus, tout ça.
Les industriels, les gens de notre sensibilité, théoriquement, ils doivent avoir cette culture-là.
Tarkovsky, tu vois, des Signeas, comme ça.
Ce n'est pas juste, on fait du son, et puis on envoie du son, non.
Je pense que dans l'industrie, ce qui est riche, c'est ça, c'est qu'il y a une vraie ouverture.
Il y a plein d'expressions, plein de contre-courants qui ne prennent pas nécessairement une forme auditive.
Moi, il faut juste un petit peu de curiosité, je pense, et puis arriver à pousser des portes.
Vous dites à moi, voilà, allez-je juste voir, parce que c'est vrai que c'est un peu indescriptible.
C'est vrai que quand on prend un gomme ce soir, un Sonic Réa et un Metami, il existe.
C'est tellement différent, mais ça reste un peu dans la même veine.
C'est-à-dire qu'il y a des sons qui se ressemblent, il y a des ambiances qui se ressemblent.
Mais comme je disais, il faut le voir pour comprendre.
J'ai créé le label Audio Troma il y a à peu près 15 ans, puisqu'on a fêté les 15 ans cette année.
Puis on le fête dans différentes villes, c'est parti un petit peu de ça, de l'envie de faire quelque chose assez intense.
C'est de produire aussi des artistes qui ont un petit peu du mal à se produire,
bien souvent pour se produire à l'étranger.
Et l'idée avec Audio Troma, c'est de ramener un petit peu en France et puis de valoriser un peu ces genres,
valoriser cette scène et puis les défendre et promouvoir tout simplement cette culture qui est extrêmement intéressante
parce qu'il y a des artistes qui ont énormément le talent à l'intérieur.
Et puis ça donne aussi de la force d'être dans un collectif parce qu'on se donne des plans,
on essaie un petit peu d'échanger un peu des tuyaux, que ce soit dans les réseaux ou tout simplement techniquement.
Mon premier producteur, c'était Robert Ranton, la moitié de The Normand, avec Daniel Miller, donc à Montémute.
Il faisait des trucs avec des MS-20, des MS-10, ils faisaient n'importe quoi.
Mais il me racontait quand ils partaient en tournée The Normand, c'était sur des plateaux avec des groupes punk.
C'était le seul groupe avec deux MS-20 sur scène, ils se faisaient l'aminer.
C'est-à-dire qu'il y avait eux, il y avait Suicide aux États-Unis, les seuls qui n'avaient pas de guitare et tout ça.
Et les mecs ils se prenaient des bouteilles de bière tout le temps.
Parce que déjà c'était énorme d'arriver deux mecs avec deux machines et faire ça et envoyer autant de sons que les autres avec les guitare.
Donc il y avait vraiment un activisme, il fallait dire des choses et c'était dans les tripes et pour ça tout était bon.
C'est ça que je trouvais excellent, il n'y avait pas de format.
C'est un petit peu comme quand tu t'aimes CRS ou Blues ou Jazz, tu ne vas pas vraiment faire la différence parce que tu vois ça va être un petit peu le même style de truc et tout machin.
C'est des grilles qui vont changer mais les grilles ça ne te parle pas au départ.
Et en écoutant, dès que tu écoutes M Blues ou un morceau de Jazz, la différence est énorme.
Et je trouve que tu vois avec la Tech ou avec l'Indus, c'est un petit peu ce rapport là, c'est les mêmes armes mais elles ne sont pas utilisées pareil.
Il y a cette quête de quelque chose de vraiment énergétique, organique où la machine y participe mais ça ne suffit pas.
Il faut quand même que l'humain donne son poux, son sang pour que ça emmène vers un dialogue et vers un partage.
Il y a besoin d'humains je pense aujourd'hui.
Ce n'est pas anodin d'être sur une scène, il faut s'impliquer complètement, il n'y a pas de calcul.
Cet acte de présence, il est fort et il faut le défendre.
Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org
