On est cinq garçons et les frères aînés ont toujours fait, soit du clavecin, du piano,
professionnellement ensuite les trois derniers, on est trois derniers frères à avoir appris l'orgue.
Donc on entendait très régulièrement du piano à la maison.
Moi je suis le quatrième frère et je sais que pendant longtemps mon exemple a été le troisième
frère, celui juste au-dessus de moi et ça c'est voilà encore une fois quelque chose de très
naturel qui s'est passé entre nous une passion commune, il y a eu une influence fraternelle très
forte. On était très amis avec le titulaire de la cathédrale de où on habitait, Lusson,
qui est un jeune organiste qui nous prêtait volontiers les clés pour monter lorsqu'elle est
fermée, écouter l'orgue à trois pour faire raisonner les voûtes de cette cathédrale.
C'était quelque chose de très attirant parce que c'est très majestueux, c'est impressionnant
qu'un instrument quand on est tout petit et moi j'étais dans une ville avec une cathédrale et un
grand orgue donc c'était une espèce d'impression de dominer le monde sur cet instrument invisible
de tous puisqu'on est en haut caché.
Alors le plaisir de l'orgue et surtout la sensation du son peut être, c'est vrai très
particulière, parfois même violente je pense pour des oreilles non habituées.
C'est un engagement un peu physique avec cet instrument que j'ai toujours aimé à la fois
le côté manuel, le côté construction, le côté technique un peu compliqué à creuser.
Il y a des milliers de sons, on peut vraiment le dire, il y a beaucoup de sons qui peuvent
sortir différents d'un instrument pareil et qui peuvent être plus ou moins agressifs ou plus
ou moins doux. Il y a énormément de capacités de grave et d'aigus à la fois donc c'est ça
qui crée cette richesse sonore et cette amplitude de possibilité de matière sonore et moi c'est
vraiment ce qui m'a attiré dès le début, c'est aussi pour ça que je suis devenu chef d'orchestre,
c'est cette possibilité finalement d'orchestration à travers l'orgue, le seul instrument où on
peut jouer seul mais de beaucoup d'instruments à la fois. Quand on est à l'orgue on joue de son
corps entier, c'est à dire qu'on se donne vraiment et là jouer du pédalier, à l'étirer des
registres, faire créer son son soi-même. Il y avait quelque chose de physique total.
C'est pour ça aussi que je m'intéresse souvent à ce qu'on appelle l'ethno-musicologie donc l'étude
des musiques on va dire extra-occidentales donc d'Afrique ou d'Océanie et voilà moi ça m'a
aussi pris assez tôt de m'intéresser à la culture des autres, de Mauritius et de prendre
cette essence pour la mettre en moi et de créer mon univers petit à petit. J'ai toujours eu la
volonté de proposer au public certes les grandes oeuvres, certes ce qu'on attend de l'orgue mais
aussi des idées originales, des propositions pluridisciplinaires originales qui vont un peu,
je veux pas dire que c'est pour être à la mode, mais qui vont un peu dans le vent de notre société
contemporaine parce qu'on a l'habitude maintenant de voir le mélange des choses, on a l'habitude de
voir l'informatique qui vient au relais de l'instrument, qui vient au relais d'un spectacle du
visuel, de faire un spectacle total, ça peut être aussi une forme d'une évolution pour l'orgue.
Aujourd'hui je dirige un coeur avec un orchestre et voilà je sais pas de quoi demain sera fait mais
j'aime beaucoup les rencontres et l'inconnu donc c'est intéressant aussi de ne pas savoir ce qui
va nous arriver et d'aller toujours vers l'autre en fait.
