Le boulot quotidien, ça consiste, on passe beaucoup de temps d'un ordinateur, objectivement ça c'est clair, on est en contact avec des clients souvent au téléphone, par mail, il est assez rare qu'on se déplace, on s'arrive parfois, mais c'est pas la réalité.
Alors je travaille officiellement, je suis indépendant, mais je travaille ce qu'on appelle en réseau, c'est à dire que là aussi c'est une des évolutions très actuelles, c'est que les gros studios c'est difficile à faire une agence, avoir 7-8 personnes, ça demande des contraintes financières, de production, lourds à gérer.
Je me fais de la communication institutionnelle et culturelle principalement, et puis à côté de ça, j'ai une structure associative pour laquelle je veux travailler pour des gens qui n'ont pas forcément les moyens de se payer justement les frais d'une agence, donc pour des MGC, pour les trucs de théâtre, des groupes de musique, des petites choses comme ça, qu'on intervient sur à peu près tous les plans.
Donc je dirais que je fais les deux en fait.
Il y a de moins en moins de périodes creuses.
Vous d'accord.
On peut dire qu'en 5 à 7 ans, le niveau de travail a considérablement augmenté.
Et donc au niveau de l'activité, tu as une activité pleine, vraiment tout en l'année, des périodes creuses?
Non, malheureusement il y en a plus. Il y en avait, il y en a plus quoi.
La période la plus creuse, on va dire que c'est le mois de vous, parce que les gens sont un peu partis en vacances, donc ils nous charge un petit peu la mule en juillet pour que les projets soient terminés en août, mais on n'a plus vraiment de périodes creuses, ça c'est terminé tout ça.
C'est plus effectivement le métier de freelance, c'est toujours fluctuant selon la demande, donc on va avoir des mois qui seront plus doux, plus calmes, et puis d'autres mois comme actuellement là où il y a une demande assez forte et où il faut extrêmement bien gérer son planning et être réactif sur les travaux à rendre.
Mais sur l'année, on va dire qu'on a des travaux qui sont fixes, par contre, c'est vrai que d'un moins un autre, la charge de travail est différente.
C'est vrai qu'il y a des mois où on se roule les pouces, je dirais que ça n'existe pas, parce qu'il y a toujours des choses à faire, simplement travailler pour soi, mais c'est évident que ce n'est pas tous les mois 5 000 euros qui sont dans la boîte, ça n'existe pas ça, ça peut être deux factures par sur un mois et puis qu'un sur l'autre, on va prendre à gérer ça, mais je dirais que c'est perturbant et à la fois c'est ce qui fait le charme du métier.
Et en tant que sur l'aspect création, vous travaillez avec l'équipe de la fiscale, donc c'est vous qui l'ordonnage les consignes, les directions.
Vous voyez, j'ai encore un stylo, un blog de calc et c'est vrai que les recherches, les idées, je les fais, mais pas systématiquement, ça dépend un peu de celui et des sujets où les infos fiscales partent directement, donc j'essaie un peu d'éblayer le terrain et de prendre déjà quelques orientations.
Parfois aussi, j'ai des quelques très précis, quand j'ai mis des très précis, après il faut quand même penser au temps de fonctionnement et tout ça, éviter de leur faire peur du temps, consacrer du temps à des sujets qui sont plus des sujets de conception par rapport à d'autres boulots qui sont plus techniques, donc c'est à nous après organiser un peu tout ça.
Ça dépend du travail, ça dépend du client et ça dépend de la charge de travail. Il y a des choses qu'on est en mesure chacun de réaliser, effectivement, seul, et puis il y a des choses pour lesquelles on est obligé de travailler en équipe.
Après, il y a des graphistes qui ont des dominantes, donc là, nous, au sein du Studio Roi d'Amine, l'IDI est plus orienté sur le web, moi je fais un petit peu plus de print, mais selon les mois, selon les commandes, on arrive à prendre du print chez l'un et du web chez l'autre.
Moi, je préfère ma liberté, peut-être gagner moins d'argent, mais prendre le temps de peaufiner certains travaux. Et je me suis rendu compte qu'il y a de plus en plus d'indépendants, donc maintenant, on travaille sur des thèmes en réseau.
A partir du moment où le graphiste indépendant, c'est pas une agence, nous, on ne communique pas comme une agence pour les communiquer, pour récupérer des prospects, pour récupérer des commandes.
Donc, on a un réseau, on a une force liée au fait que nos clients, on est très proches de nos clients, mais il n'y a pas la démarche commerciale typique qu'on peut retrouver dans les autres métiers ou dans les agences de publicité.
Voilà, c'est des graphistes, c'est des administrateurs et on crée comme ça un réseau de compétences différentes et on s'entraie. À mon avis, c'est une bonne méthodologie de travail et surtout une méthodologie très adaptée à ce foutu monde dans lequel on vit, qui est financièrement dur.
Donc, plutôt que payer des charges que j'aurais du mal assumé, on travaille en petites choses par rapport à ce que j'ai comme travail.
Je crois que c'est encore un des rares métiers où il y a, pour qu'il vaut se donner la peine, un espace de liberté.
C'est-à-dire que t'arrives vraiment à trouver, par exemple, même en agence, même avec beaucoup de consignes.
Il faut pousser les murs, il y arrive un moment où on te donne une direction, on le libre à toi de l'apprendre ou de ne pas l'apprendre. Tu peux l'apprendre, ton client te dit je vois ça comme ça, soit tu suis parfaitement ce qu'il te dit et tu ne sert à rien.
C'est-à-dire que c'est juste de mettre en propre ce que j'ai fait, puis après tu peux, effectivement, aller dans ce sens-là en améliorant et puis tu peux proposer après d'autres, on attend ça un petit peu que tu propose des choses.
Donc au bout d'un moment, tu pousses les murs en disant bah non, il faut apprendre à dire non, c'est-à-dire qu'un moment, quand tu te rends compte ce que tu me demandes, c'est totalement incohérent.
Tu sais que ça ne va pas forcément être une bonne chose, dire stop.
Dialogue et pédagogie, c'est une chose que j'ai appris avec le temps, c'est que tu as absolument raison, tu te retrouves souvent confronté à des gens qui n'ont pas de culture, de l'image.
Donc arriver avec quelque chose de trop violent, ça peut être perturbant, c'est à toi de savoir expliquer ton travail.
En même temps, ce n'est pas à ton client qu'il faut, c'est que quelque part, tu es au service de son entreprise ou de son métier.
Donc que ça lui plaise en termes humains, je ne suis pas certain que ce soit forcément la démarche qu'il faut...
Par contre, ça peut t'aider en le connaissant, à l'appater en disant tiens, tu sais un petit peu comment prendre et tu sais que lui se reconnaisse un petit peu dans ce que tu fais et ça, ça peut être bien.
C'est-à-dire qu'il y voit quelque chose d'un petit peu personnel.
Un des gros problèmes des graphistes actuel, d'un certain nombre de graphistes, c'est qu'ils se font plaisir, ils font une belle image sans prendre en compte le fait qu'ils vendent avant tout un produit.
C'est-à-dire qu'on est au service du produit et non pas là pour faire une oeuvre.
Si tu veux faire une oeuvre, tu fais de l'art.
Moi, j'essaye de vendre mes produits, enfin tout le moins le produit du client.
Donc, temps en temps, évidemment, j'essaye de dépasser sa demande.
Il me dit, tiens, tu me vois un truc dans le fonds beige, je veux dire, le fonds beige, il ne faut rien pas, on va mettre un fonds rose.
Mais si je lui dis, il faut mettre un fonds rose, ça ne veut pas dire grand chose, il faut l'expliquer.
Pourquoi je vais mettre un fonds rose? C'est pas gratuit si je veux mettre un fonds rose, c'est que moi, j'ai récléché au produit et je me suis dit que par rapport à la cible, le fonds rose conviendrait mieux.
Donc, je vais voir le client, je ne lui impose pas, je lui dis simplement.
Voilà, on va plutôt aller dans cette direction parce que, regardez un peu la cible, elle est jeune, elle a une culture un peu différente de la vôtre, mais comme votre produit doit s'adapter justement à cette cible, allons vers ça.
En sachant qu'après, tout ce que je te disais, c'est que le client, il va aller voir sa femme, on lui demande en ce qu'elle en pense.
Il y a toujours ce côté là où les gens, tu te rends compte qu'aussi puissant, aussi bien placé qu'ils sont, ils ont toujours, par rapport à ce que tu leur présentes, justement, la notion du beau, elle est toujours un peu hasardeuse.
Donc, ils ont toujours besoin d'un conseil, donc le PDG, il va entrer chez lui, il va montrer ça à sa femme ou à sa fille, en lui disant qu'est-ce que t'en penses, si sa femme lui dit oui, c'est gagné quoi.
Il n'y a pas de gratuité non plus. Là aussi, je crois que c'est une des grosses erreurs des graphistes débutants, ils font quelque chose parce qu'ils trouvent ça beau.
Ah t'as vu la belle typo, t'as vu le beau fond, non, le graphisme, ça correspond aussi à une culture, tu vas chercher le signe qui correspond le mieux, la typo qui correspond le mieux.
Alors moi, je fais comme tout le monde, je regarde les bouquins, je regarde les magazines, je m'intéresse à tout ce qui se passe pour essayer de le faire passer après dans mes créations.
Je ne fais pas tout à fait la même chose, c'est pas du copier-coller, c'est juste j'ai compris comment ça fonctionne et je l'adapte à ce qu'on me demande.
C'est tout un travail, c'est un métier passionnant parce que justement, tu es en perpétuel remis en question.
