Je m'appelle Julien Allard. Je suis scénariste, réalisateur de court-métrage et de moyen-métrage.
Je fais plutôt des films libres, indépendants, un peu comme dans la tradition anglo-saxon.
J'ai toujours voulu faire des films qui étaient proches des films, peut-être américains et anglais.
Donc ça, je ne suis pas totalement français. J'ai commencé par faire mes premiers films à New York.
J'avais envie de partir, je n'avais pas envie de rester dans le carcan français.
Alors je suis parti faire une trilogie comme ça en anglais à New York.
C'est là où j'ai fait mes premières armes. J'ai un peu appris le métier là-bas.
J'avais jamais vraiment fait de cinéma avant. J'ai écrit les scénarios et je suis parti un peu à l'aventure.
Moi, mon univers, j'ai une infection pour les personnages décalés.
Mon univers, c'est toujours traité d'outsiders, de gens qui sont un peu à la marge, qui sont un peu hors réalité.
Je fais toujours un portrait pour moi le cinéma, c'est faire le portrait de quelqu'un.
C'est le suivi dans son évolution, c'est le suivi dans son parcours.
C'est pas comme à la télé où on suit des histoires pour moi. Le cinéma, c'est vraiment le portrait de quelqu'un.
Et dans mes films, il y a toujours un petit côté vintage, un petit côté décalé.
C'est ce style indépendant de moi que j'affectionne.
Mais il m'en cocage feu! Putain, les femmes, ce que vous pouvez être castratrices, vous ne pouvez pas vous empêcher.
Je définirai l'avant-garde comme une liberté totale d'échapper aux étiquettes, ne pas y penser.
Je vais faire la chose spontanément d'être en avance, mais sans avoir planifié quelque chose.
C'est aussi être électron libre, c'est pas être récupéré, c'est garder son indépendance,
c'est rester en avance, tu vois, quoi qu'il arrive. Je crois que c'est vraiment ça de moi qui m'intéresse.
C'est moderne, super. Et vous avez quoi d'autre?
Donc aujourd'hui, je voulais vous présenter à Artus de la Villéon, un ami artiste contemporain,
un peu touchatou, qui fait de la performance, aussi de la peinture, des installations.
Il est choisi parce que pour moi, il est représentant d'une certaine avant-garde.
Voilà, ce que j'aime déjà chez lui, c'est son concept d'arpostume, où il fait passer la vie,
l'expérience personnelle, le moment présent avant même la reconnaissance artistique.
Il est, en mon avis, un fédérateur d'énergie, de groupe.
Et c'est aussi ça, voilà, l'idée de la avant-garde, c'est-à-dire de créer dans des lieux un rassemblement d'énergie.
Ça pouvait être des gens artistes ou pas artistes, il n'y avait pas d'étiquette.
Ça, c'est toujours ce que j'ai apprécié chez toi.
Tu vois, t'es fini de me toucher parce qu'il y a quelque chose de très humain,
tu vois, de gens qui sont...
Enfin voilà, enfin, la vie, quoi.
J'ai habité pendant 15 ans dans une chambre de 15 mètres carrés,
qui est ici dans le marais et qui est à moi, en fait.
Et au bout de deux ans, j'ai dit que tout ce qui est entré dans la chambre n'allait plus en sortir,
ce qui fait qu'à un moment, la chambre est devenue complètement surchargée,
entièrement surchargée d'objets.
Et j'ai démonté la chambre, je l'ai montré dans une galerie d'art,
parce que de toute façon, elle était devenue invivable, dans un cul blanc.
Et après ce moment-là, la chambre, je l'ai stockée dans des cartons.
Et j'essaye aujourd'hui de vendre la chambre dans ces murs mêmes,
un peu sur l'idée que, quand je visite Versailles,
moi, je n'en ai rien à foutre du boli et de Versailles,
j'aimerais visiter l'appartement de quelqu'un normal et y en vécu à l'époque de l'Ouest.
C'est ce que j'ai fait à Versailles, et avec tout son bordel.
Je récupère beaucoup d'oeuvres qui sont un peu laissées à l'abandon,
qui sont à moitié détruites, et j'applique sur ces images des phrases
que je détourne, en fait, qui viennent de plein de sources différentes.
J'ai des carnets dans lesquels je note toutes ces phrases
que j'entends un peu n'importe quoi que j'applique comme ça.
Donc les mots, c'est vraiment quelque chose qui me dirige,
c'était peut-être dû à mon influence du graphite quand j'étais très jeune.
C'est un peu compliqué de dire que je suis d'avant-garde,
mais en tout cas, ce que je peux dire, c'est que souvent, les gens me disent,
ce que tu fais nous émeut, nous touche et c'est très humain,
et bizarrement, j'ai l'impression que le fait d'humaniser les choses aujourd'hui
peut être considéré comme une avant-garde,
parce que les gens sont tellement obsédés par le profit,
par l'argent, par le succès, par la gloire
que tout d'un coup, essayer de faire entrer dans des marques,
ou tout d'un coup refuser le système des musées, des galeries
pour dire, moi, j'ai envie de mettre de l'humanité dans ce que je fais.
Si ça, ça peut être considéré par des gens comme une avant-garde,
moi, je suis d'accord avec ça.
Pour le manifeste de la posture, on dit des choses comme,
il ne faut pas faire pour être, mais il faut être pour être.
Quand tu es quelque chose, quand tu l'es vraiment,
les choses elles sortent naturellement et c'est ça qui est important.
Après avant-garde, c'est assez des cases et des cases, c'est terrible.
On s'en fout des cases.
