Un soir de janvier 2011, mon ami Nicolas m'a conduit dans une petite rue du Marais,
au cœur de ce qui fut le Plaitzel, cet ancien quartier populaire qui a accueilli des dizaines
de milliers de Juifs à Schenaz, fuyant les persécutions et les pogromes.
Là j'ai découvert le train de vie, tout à la fois restaurant, cabaret et café littéraire,
entièrement dédié à la culture Yiddish.
Nous avons passé la nuit à manger, à chanter et à boire de la vodka.
Le train de vie est tenu par Claude Berger. Il m'a immédiatement fait penser à mon père,
né comme lui à Paris, dans les années 30, de Paris en juif à Schenaz.
Mais lui il parle, beaucoup, fort, tout le temps, et il raconte et il se raconte.
Alors je filme les histoires, j'enregistre les chansons, je goûte au Latkes et à la Cap-Farcy.
Claude devient un ami, une sorte de guide, pour m'aider à découvrir un monde que je croyais mort à jamais.
Je suis né dans ce quartier à deux pas d'ici, rue de Fourcy.
C'était un quartier extrêmement populaire, maintenant c'est un quartier épuisé, très beau beau et...
Mais quand j'étais gamin, en bas de cet immeuble, il y avait des magasins et des inscriptions en Yiddish.
C'était une culture vivante quand j'étais enfant, le Yiddish, je l'entendais parler tous les jours.
Ma grand-mère m'a interdit de continuer à dire les quelques phrases que je pouvais formuler
quand il y a eu des persécutions, dès 1940, donc j'avais quatre ans, je chantais un peu en Yiddish.
Donc c'était une langue assassinée, on a assassiné les locuteurs.
Sur les six millions de juifs qui ont péré, il y en avait au moins quatre millions qui pouvaient parler Yiddish.
Je vous explique, c'est un restaurant de spécialité Yiddish, Europe juste, Europe centrale. Il y a les principales spécialités de cette cuisine.
Vous avez les soupes, bouillon Kneidler. Le Kneidler c'est des bouts de farine de pain à zim.
Le pain à zim, c'est le pain qu'on mange à la paque et un pain sans levain.
Bouillon Crepler, ça c'est déjà plus élaboré puisque ce sont des raviolis fait maison.
On ne trouve ça qu'ici à Paris, je ne crois pas qu'il y a un autre endroit où vous pouvez manger ça.
Vous avez le foache, en Yiddish Gactel Aiber, ça veut dire foache.
Avec des oeufs, des oignons, c'est très très bon, c'est du faute de la Rie.
Je crois que c'est le seul restaurant de Europe où la carte est écrite en Yiddish.
Et les dessins, c'est moi qui les ai faits.
Les juifs qui sont sortis de cette expérience, pour beaucoup, avaient vivé une forme de lassitude.
Ils intériorisaient leur propre mort culturelle.
Je me suis dit, je vais faire l'effort de briser le traumatisme.
Je suis venu m'installer dans un quartier, l'ancien quartier juif où j'avais porté l'étoile gamin.
J'ai ouvert ce restaurant pour faire vivre cette culture Yiddish qu'on a voulu tuer.
Je l'ai tenu une fois trois ans et une fois quatre ans.
On sait où on ne sait pas ce qu'est le Yiddish.
En fait, une langue essentiellement populaire parlait par les juifs de Russie, d'Autriche-Hongrie, de Pologne, d'Allemagne.
Puis transporté par vague, je veux dire, après chaque pogrom, chaque mouvement antisémite,
en Amérique, en Angleterre, en Hollande, en France, surtout entre 1870 et la dernière guerre mondiale.
Donc, une langue géographiquement instable pour chasser, souvent condamnée et interdite,
mais toujours renaissante parce qu'elle est le lien essentiel de la dispersion.
Le Yiddish est la langue que mon père entendait enfant.
Je n'ai pas envie de l'apprendre et pourtant je pourrais dire qu'il fait partie de moi.
J'ai souvent recherché sa présence dans les livres d'Isaac Bachevi-Singer ou de Philippe Roth, dans les photos de Roman Wichniak.
J'ai consacré un mémoire sur l'histoire du quartier juif du Marais pendant la Seconde Guerre mondiale.
J'ai collectionné les disques de musique klezmer avec ses mélodies douloureusement joyeuses,
qui racontent l'avis des Staitels, les villages juifs de Pologne, de Russie ou d'Ukraine.
Mais en multipliant les questionnements sur la mémoire, l'identité, l'exil, l'absence,
j'ai aussi eu le sentiment que je m'éloignais du cœur de la question que je me posais.
Encouragé par ma rencontre avec Claude, je décide de poursuivre sur le chemin de la découverte,
et il me mène assez naturellement à la maison de la culture Yiddish.
C'est la principale bibliothèque Yiddish d'Europe.
C'est aussi le lieu de rendez-vous incontournable de toutes celles et tous ceux qui veulent découvrir,
comprendre et apprendre le Yiddish.
Peut-être ils recherchent-ils les mêmes choses que moi?
Les deux grandes familles, c'est les gens qui viennent par nostalgie et ceux qui viennent pour une autre raison.
Ceux qui viennent par nostalgie, c'est...
Ben voilà, ma mère vient de mourir, c'était la seule personne avec qui,
soit je parlais tous les jours Yiddish, soit qui me disaient des choses en Yiddish,
et maintenant je viens parce que je n'ai plus personne avec qui parler.
Donc c'est vraiment l'idée de se retrouver dans un lieu avec des personnes qui partagent la même chose.
Et puis l'autre catégorie de personnes qui sont plus mixtes,
il y a des juifs ou des non-juifs, il y a souvent des gens qui s'intéressent aux langues d'une façon générale,
qui arrivent, qui connaissent déjà 4, 5, 6 langues,
donc qui apprennent le Yiddish en un an et demi et qui, au bout d'un an et demi, parlent couramment.
Des gens souvent d'un niveau intellectuel assez impressionnant,
mais très souvent, qui soient juifs ou non-juifs,
on a la sensation que c'est des gens qui se sentient un petit peu en exil dans le milieu dans lequel ils évoluaient.
Au début où j'ai commencé à l'apprendre, c'était vraiment très sentimentale identitaire.
C'était l'image de mon grand-père assassiné, qui est comme une étoile dans le ciel que j'allais chercher.
Et puis j'ai eu la chance d'avoir deux enseignants extraordinaires,
qui sont Rachel Ertel et Itchropny Borsky, et je me suis vraiment passionné.
Et l'honneur Bizensky, que j'avais entendu chanter au train de vie, joue aussi régulièrement à la maison de la culture Yiddish.
Nous avons le même âge, ou presque, mais elle, elle parle le Yiddish,
le chante, l'étudie, le respire presque.
Je parle Yiddish parce que c'est la lampe de ma famille et que j'ai choisi de l'apprendre.
Il y avait malgré tout une rupture dans la continuité de la transmission de cette langue,
et que j'avais ressenté moi le besoin de la parler.
Moi, ma mère, c'est sa langue maternelle.
Donc je sentais que ça aurait dû naturellement être ma langue en fait,
c'est que j'en avais besoin.
Moi, je ne vois pas du tout Yiddish comme une langue morte aujourd'hui.
Il est évident qu'elle a été en partie assassinée quand même,
puis elle a été réprimée et par Staline et par l'état d'Israël naissant.
Aujourd'hui, elle est quand même parlée ou étudiée par suffisamment de monde
pour ne pas être tellement en danger, je crois.
Les gens disent que le Yiddish est une langue morte.
Le Yiddish n'est pas du tout une langue morte.
Le Yiddish est une langue qui a une évolution extrêmement rapide
dans le milieu juif orthodoxe puisque c'est des milieux dans lesquels
on a beaucoup d'enfants et dans des générations très rapprochées
puisque les femmes se mettent à procrer à l'âge de 18 ans
et à l'âge de 30 ans, elles nous ont déjà en moyenne 8 ou 10 enfants.
Donc, les ethno-linguistes considèrent que le Yiddish est une des langues
à l'heure actuelle qui a le développement en termes de nombre,
un des plus importants au monde de ce fait-là.
Il y a des gens que ça dérange beaucoup à des points de vie idéologique
en disant oui mais ce n'est pas la langue de Shola Malerrem,
des grands écrivains, etc.
C'est une langue.
Une langue, elle existe par ceux qui la parlent et ceux qui la transmettent.
Moi, je pense que le Yiddish va être amené à occuper une place
de plus en plus importante comme langue de culture
et une langue de culture peut occuper une classe très importante,
l'hébreu comme langue de culture a occupé une grande place
et ne serait sans doute pas rené au 20e siècle
s'il n'avait pas continué à occuper cette place.
Le latin a occupé une place considérable
pendant deux millénaires sans être une langue transmise au sein de la famille.
Après ce qui va devenir, je ne sais pas, on verra bien.
Comme beaucoup de juifs hachequenaise,
mon père et ses parents habitaient à quelques rues
de l'actuelle maison de la culture Yiddish.
Boulevard Magenta, près de la place de la République
du Canal Saint-Martin.
L'écrivain Henri Raximoff, lui aussi d'origine polonaise,
vit toujours dans le quartier.
Il y écrit des récits sur l'exil, la Pologne, la mémoire et l'oubli.
Ce qui a existé, vous me direz chaque génération dit de mon temps, c'était autrement,
c'est pas ça.
C'est que moi, j'ai encore connu, même si c'était après la guerre,
dans le quartier de Belleville, on entendait, et même à République,
on entendait parler l'Yiddish dans les cafés, ou dans l'autobus,
ou dans la rue évidemment, et compris dans les imobles chez soi,
il y avait des voisins qui se parlaient en Yiddish.
Ça, c'est fini.
C'est définitivement terminé.
Parce que même les jeunes gens qui apprennent le Yiddish,
ils ne se parlent pas entre eux en Yiddish,
ou alors, bon, quand ils sont à la maison de la culture Yiddish,
je ne dis pas de mal de la maison de la culture Yiddish.
J'ai un finiment de respect pour tous ces professeurs et ces bibliothécaires.
Mais voilà, c'est autre chose.
Nous ne parlons pas, nous ne référons pas exactement à la même chose.
Le Yiddish est comme pour moi, comme une poche intérieure,
à laquelle je n'ai pas accès, ou je ne veux pas avoir accès,
qui est inatténiable, je ne peux pas y toucher.
Voilà, je ne peux pas y toucher dans tous les sens du mot.
C'est comme quelque chose qui vient de votre grand-parents.
On n'y touche pas.
C'est comme ça.
Des écrivains sont allés en Pologne, en Ukraine,
retrouver tous les membres de leur famille.
Mais moi, je ne veux pas faire ça.
Parce que même si je retrouvais tous les membres de ma famille,
et alors, qu'est-ce que ça change de la perte?
Qu'est-ce que ça change de cet oncle qui avait 20 ans,
qui est mort à Maïdanek, que je n'ai pas connu,
que je ne connaitrais jamais, dont on ne m'a rien dit?
Et pour qui tous les témoins possibles sont morts aujourd'hui?
En 2016.
Qu'est-ce qu'on fait avec ça?
Qu'est-ce que je peux transmettre de cela à ma fille, par exemple?
Est-ce qu'elle en a quelque chose à faire?
Parce que ce n'est pas elle, elle n'est pas concernée directement.
Il y a un engouement pour le midi,
parce que c'est une sorte de mode.
Tant mieux.
Pour moi, c'est un signifiant, je veux dire.
Bon, voilà, c'est une mode.
Peut-être que ça va durer, peut-être que ça va s'accroître,
peut-être que ça va devenir un phénomène,
mais j'en crois pas une seconde,
mais so what?
Quelle rapport avec la vie juive d'Amogères?
Il n'y a pas de continuité, il y a eu un trou au milieu,
il y a eu un trou qu'on ne peut pas combler.
Je reviens à ce qui constitue l'essentiel de ce que j'écris,
c'est-à-dire, c'est incomblable.
J'ai cru combler cet incomblable,
avec le train de vieille et avec Claude,
mais ça n'a pas duré longtemps.
J'ai rapidement appris que Claude cherchait des repreneurs
pour son restaurant.
Trop de frais, trop de fatigue,
pas assez de soutien.
Finalement, un jeune couple reprend le bail.
Il promet à Claude, au moment de la vente,
de garder quelques plaies idées chez la carte
et de programmer des soirées de musique clésmère.
Quelqu'un va plus tard, il lâche à leur tour l'affaire
et le local accueille désormais une fabrique de cupcakes
pour l'égouement du maré, fin de l'histoire.
Alors je me retourne vers les livres,
au moins ceux de Rachel Ertel,
grande traductrice de texte Yiddish,
et dont le père Moyshe, un Waldman comme mon père,
a été un grand poète avant la guerre.
Elle qualifie ma génération d'héritier des mots perdus.
C'est effectivement un peu comme cela que je me sens.
Je lui demande de me dire quelques mots en Yiddish.
Alors la traduction française, en tout cas la bième,
aujourd'hui par millions se comptent nos têtes mortes,
la réalité profanée meurt tous deux,
dorment des communautés entières, nourrissent
femmes, jeunes, vieux,
même des piliers dérochés les 36 justes puissants
dorment d'un éternel sommeil mort.
Qui te rêvera, qui se souviendra,
qui te redira, qui te cherchera,
qui par impôt de nostalgie te quittera
pour revenir, la nuit est éternelle
pour un peuple mort.
Si elle est terre effacée,
la lumière s'éteint dans ta pauvre demeure,
la dernière flamèche de notre dernière heure vacille,
Dieu juif, bientôt tu n'es plus.
C'est beau hein, un peu triste.
Moi j'étais professeure de littérature américaine
et de Yiddish.
Je sortais de mon cours de littérature américaine
comme on sort d'un cours fatigué,
enfin entière.
Quand je faisais mon cours de Yiddish,
eh bien c'était tout autre chose.
J'étais à la fois la grand-mère absente,
la mère qui n'a pas parlé le Yiddish,
tous les 10, en somme je sortais pour eux
tous les disparus de leur vie.
La langue absente, qui reste inconnue,
reste comme une béance.
J'utilise l'interne de Georges Perrec,
qui était comme vous,
c'est-à-dire qu'il ne connaissait pas la langue
et qui disait, je ne sais pas le Yiddish,
mais il est en moi comme une béance.
Alors que évidemment c'est un écrivrain français,
on est peu plus français.
Et véritablement cette absence,
c'est une béance dans laquelle on cherche,
comme vous le faites d'ailleurs,
on cherche à saisir ce qui manque.
Cette langue est votre héritage en quelque sorte
et votre héritage vous n'avez pas reçu.
Et donc il y a cette espèce de nostalgie
de quelque chose d'inconnu,
ce qui est très étrange,
mais en fait c'est inconnu
et c'est en même temps source de nostalgie
parce qu'elle vous revient de droit cette langue
et pourtant vous ne pouvez pas y accéder.
C'est vrai, cet héritage je ne l'ai pas reçu.
Alors je décide d'aller le chercher
auprès de mon oncle, Charles,
qui a toujours été plus bavard que mon père.
Je lui demande de me parler de mon grand-père,
Israël Waldman.
J'ai compris mon père complètement,
quelques mois avant sa mort.
C'était terrible.
J'ai amené mon père à ma remise de diplôme.
Puis après cette remise de diplôme,
on a été Upstate New York,
on a été dans un village très traditionnaliste,
en juif encore,
où il y avait beaucoup de racides
qui étaient encore...
quelque chose d'assez atypique
par rapport à l'environnement américain,
mais quelques décennies après,
j'ai oublié le nom de cette ville, peu à porte.
Et quand papa est arrivé dans cette ville,
il s'est mis à pleurer.
Il m'a dit c'est comme le Staten.
C'était la première fois,
ou depuis qu'il avait quitté la polémique
il y avait 4 ans,
il avait l'impression d'être...
je ne sais pas si c'est retourné chez lui,
enfin c'est peut-être une mauvaise formulation,
mais...
et il m'a parlé beaucoup de choses.
Et j'ai compris qu'en fait,
ce monsieur avait perdu dans la Shoah ses parents,
tous ses frères et sœurs,
beaucoup de neveux,
avec un seul de ses frères qui est revenu
en France après la Shoah.
C'est-à-dire que ça a été un anéantissement
total de sa vie.
Comment on peut parler de ça?
Et j'ai compris que ça ne l'avait jamais quitté
un milliard de secondes de toute sa vie.
Et donc voilà,
c'est ça aussi l'histoire du vide,
l'histoire d'une douleur
qui ensuite se transforme en...
donc c'était qu'on masque
avec une certaine joie de vivre,
peut-être parfois même excessif
pour compenser l'anxiété.
Donc...
mais voilà,
ça fait dégrasse quand même
qui vive dans un environnement
un peu spécial.
Ça ne veut pas dire que des parents
n'étaient pas merveilleux,
merveilleusement attentionnés,
mais ils travaillent tellement de problèmes
même que...
que c'était difficile à gérer.
La deuxième génération est probablement celle
qui est la plus traumatisée par le génocide
parce qu'ils ont perdu tout un peuple.
Il avait la volonté
d'en finir avec ce traumatisme,
donc de passer à autre chose
et surtout ils voulaient d'une certaine manière
protéger leurs enfants
pour que ces enfants soient totalement assimilés
aux cultures au milieu desquelles ils vivaient.
Et ça je crois que ça a été un facteur très important
à mon sens, une erreur,
mais le vécu des gens
est quelque chose qu'on ne discute pas.
C'est tout à fait dommage
que ça se soit passé comme ça,
mais c'est le vécu
et le traumatisme du génocide
qui ont incité
les juifs du chiffon
à ne pas transmettre leur langue.
Et ça c'est véritablement
une perte
fondamentale
pour ceux qui viennent après,
c'est-à-dire vous et la troisième génération.
Un book, c'est une possession,
un mort qui vient
habiter le corps d'un vivant.
Nous sommes habitées par des débuts
et la langue est un des débuts
qui habite
les héritiers de cette langue.
Cet image, je pense que c'est quelque chose
qui est tout à fait significatif
pour notre époque,
parce que nous vivons avec des débuts kim.
Nous vivons avec tous les morts.
Et donc le debout
est devenu en quelque sorte
une partie de notre identité.
Et c'est pourquoi
ce qu'ont fait les frères Cohen là
est quelque chose que je trouve
tout à fait intéressant,
parce qu'il fallait d'une manière ou d'une autre
qu'ils se débarrassent, qu'ils essaient
du moins d'exorciser leur debout.
Et malheureusement,
y compris pour la troisième génération,
on n'arrive pas à exorciser le debout.
Je ne sais pas combien de générations
il faudra pour qu'on puisse exorciser le debout.
Personnellement, je ne le veux pas.
Toutes les personnes que j'ai rencontrées
et c'est chacune à leur manière d'exorciser leur debout.
Le mien, je le souviens,
c'est que c'est ça.
Il faut que j'aille le chercher loin de la Pologne.
Pas dans les livres ou dans la musique,
pas dans un restaurant ou une bibliothèque,
mais dans un appartement de la banlieue parisienne,
en donnant enfin la parole à la personne
qui est la clé de ma propre histoire.
Mon père.
Mes parents venaient de Pologne
et ils se sont rencontrés en France.
Ils parlaient pour ainsi dire tout le temps
en Yiddish.
Là, il balaie.
Là, il balaie, c'était mon nom.
Quand j'étais petit, le petit Léon.
Là, il balaie.
Quand il ne voulait pas que je comprenne,
il parlait en Pologne, tout simplement.
Malheureusement, je n'ai presque tout oublié.
Je ne connais personne en ce moment
qui pourrait me parler Yiddish.
Ça, c'est sûr.
Ça me ferait plaisir d'avoir quelqu'un
dans la maison
pour pouvoir en sens de parler.
J'aurais quelques mots,
mais franchement,
j'ai du mal.
Moi-même, j'ai du mal à essayer de parler.
Yiddish...
D'importe quoi.
Il repène.
Il repène.
Il y a...
Je suis embêté parce que à cause de mon appareil,
j'ai oublié beaucoup de...
Mais quand j'entends parler, bien sûr,
c'est différent, je veux dire.
Et ça, il y a...
Il repène.
Il y a Yiddish.
Il repène.
Il y a...
Il y a des...
Je suis anti-Jouif.
Il y a Yiddish.
Il y a..
Il y a...
Il y a Yiddish.
Il y a...
Il y a...
Il y a Yiddish.
Il y a Yiddish.
Il y a Yiddish...
Il y a Yiddish.
Peu noch hef dole vain abyssu noch
Sink in strallen, falun falun, flim un flam
...
