Bonsoir à tout le monde. Je suis Jean-Marc Schaffner, donc je suis artisan métallier,
ferronnier, à Dubikheim, près de Strasbourg. Dans le titre, le logo, vous voyez déjà une
petite particularité. La maison a été fondée en 1812, donc on a fait nos 200 ans l'année
dernière et depuis 200 ans, la maison est reprise de père en fils et j'ai donné la
direction de l'entreprise en septembre dernier à mes deux frises qui continuent la menture.
Voilà le premier atelier qui est à Echaud, à côté de Strasbourg, où mon grand-père,
avec son frère et puis mon arrière grand-mère, voyait qu'ils étaient ferronniers, fourgerons,
mais ils étaient aussi maréchaufferants. Encore une fois, une photo de l'atelier pendant
la période d'été allemande, on le voit pas bien, mais la pancarte au-dessus, il me
regarde écrite en allemand. Mon père et mon grand-père, et devant l'atelier. Et
là, la première photo où moi j'apparaît, j'avais 18 ans, j'étais bien sûr plus
jeune, j'avais quelques années de moins et quelques kilos aussi. Voilà. Et c'est
l'époque, j'ai repris l'entreprise familiale à l'âge de 23 ans, je suis revenu après
mon tour de France puisque je suis compagnon, donc j'ai voyagé. Et à l'époque, mon
père, il avait deux ouvriers et un apprenti avec un atelier de 220 mètres carrés. Entre
temps, on a déménagé. Aujourd'hui, nous sommes 40 collaborateurs dans un atelier,
un showroom qui font 3500 mètres carrés. Voilà un peu l'évolution. Mais finalement,
quand on réfléchit bien, ça fait qu'un ouvrier tous les ans que j'ai rajouté, c'est pas
une évolution fulgurante, on se voit. Aujourd'hui, on est passé à 3000 mètres carrés, à
Dupikheim, voilà, le hall d'entrée. Là, vous avez trois générations réunies, mes deux
fils qui viennent de reprendre, mon père et moi-même. Pour arriver à ça, on a, bien
sûr, c'est de l'innovation en permanence, je dirais, puisque le sujet de ce soir c'est
de l'innovation. L'innovation, ça a été d'abord des machines que j'ai achetées,
des machines d'abord traditionnelles, après un command numérique. Après, on a développé
l'escalier, l'escalier dans le bâtiment, l'escalier design et on a dû investir, enfin
on s'est lancé dans la rédaction, dans le logiciel qui nous est propre, pour développer
les escaliers. C'est-à-dire que là où, hier, ils ont passé 12 heures pour dessiner
un escalier pour un particulier, aujourd'hui, en partant d'une vue de dessus, on arrive
à développer l'escalier complet et passer des commandes chez le menuisier pour les marques,
chez les... C'est-à-dire la découpe laser, en deux heures l'escalier, il est dessiné.
Donc ça, c'est d'innovation aussi. Le logiciel, bien sûr, il présente l'escalier en 3D,
c'est-à-dire que le client le rêve, parce que finalement, quand on fait des escaliers
contemporains, on répand souvent à un désir très fort d'un client et on réalise son rêve.
Ça, c'est un escalier un petit peu particulier, qu'on est en train de terminer. C'est un
escalier à la bibliothèque universitaire de Strasbourg. L'escalier desserre 4 niveaux,
il pèse 23 tonnes. C'est une alliance entre le métal, le verre, le bois, avec des effets
de lumière. Ce que vous voyez, la sculpture au milieu, c'est des filins en inox, dont
les plus longs font 17 mètres de long, qui sont accrochés dans une coupole et qui servent,
qui ont un but décoratif, mais aussi un but de tenir partiellement les efforts et les
charges de l'escalier. Quand on voit que ce monument pèse 23 tonnes, il a été rentré
par une porte qui faisait 3 mètres par 2,5 mètres de haut et qu'on n'avait aucun
autre accès. Vous pouvez vous imaginer la technologie qu'il a failli utiliser pour le
monter sur place et pour le lever. Le genre de défis qu'on pense fixe, c'est Nicolas
Michelin qui a dessiné cet escalier, qui l'a projeté. Mais entre le projet de l'architecte
et la réalisation, il y a beaucoup de travail. On a un petit showroom où on présente des
escaliers plutôt pour les particuliers. Là, l'organisation de l'entreprise, on est
40 comme je vous ai dit. J'ai démarré à deux en bleu de travail, donc j'ai connu un
peu toute l'innovation qu'il a fallu pour arriver à une organisation comme celle-là
aujourd'hui et qui est certainement loin d'être parfaite. Ce que je peux dire, c'est que
pour arriver à une organisation comme ça, on est obligé aussi d'innover dans l'organisation
avec des consultants en mettant en place une démarche qualité en s'organisant autrement
parce qu'on est quand même passé dans un stade très artisanal. Je dirais pas un stade
industriel, mais un stade où il a fallu s'organiser. Donc ça, c'est de l'innovation
aussi. Aujourd'hui, on a un peu les qualifications qu'on a. Calibat, c'est la qualification
de bâtiment. On est entreprise du patrimoine vivant. On est une entreprise où il y a
pas mal de compagnons qui travaillent. Il y a aujourd'hui deux meilleurs ouvriers de
France qui sont dans l'entreprise. Et on base un peu notre effectif sur une formation
très importante qui se fait au sein de l'entreprise. La répartition de nos marchés. On fait un
peu de marchés publics, mais l'essentiel, c'est des marchés privés. Et dans le moyen
et autre gamme, dans tout ce qui est, je ne vous ai même pas dit ce qu'on fait, on
est métallier, donc on fait tout ce qui est métallique dans le bâtiment. Quand je
dis métallique, c'est un peu des secteurs d'activité. La métalerie, c'est un métier
à facettes multiples. La ferronnerie d'art, contemporaine et ancienne, même jusqu'à
restauration de monuments historiques, la structure métallique, la menusure métallique,
les escaliers pour les particuliers, les escaliers monumentaux, les ouvrages de cérorerie
courante ou métallerie fine et décorative. En ferronnerie d'art, on a encore une forge
parce qu'il y en a qui se disent ferronneries aujourd'hui qui travaillent à froid. On est
des ferronneries qui travaillent encore à chaud avec des méthodes anciennes et contemporaines
parce qu'on a aussi des fours à gaz. En fait, la restauration monumentale historique,
ça, c'est un travail qu'on a fait sur trois, les grilles de l'Hôtel Dieu, avec une petite
innovation aussi. C'est un chantier qui devait se faire en un an. Il n'y a aucun atelier
de ferronnerie en France qui arrive à faire un chantier comme ça en un an. Donc on
s'est associé à quatre entreprises de compagnons ferronniers et on a réalisé ce chantier en
un an. Des chantiers sur Strasbourg et sur Saverne, toujours de la restauration monumentale
historique. Là, c'est des escaliers et des gardes-cors qu'on réalise avec un partenaire
aux États-Unis. On travaille régulièrement aux États-Unis, surtout en escaliers et en
rampes. On travaille pour des boutiques de luxe. Ici, c'est un escalier qui est habillé
de marbre, de carar avec une rampe forgée en végétal pour Tiffany à Prague. Là,
c'est quelque chose de totalement différent. C'est une structure métallique. C'est un
centre socioculturel qui a été dessiné par Sylvain Dibuisson à Amélie, près d'Orléans.
Avec une petite particularité, on n'est pas charpentier du tout, mais il a voulu que
cette structure soit en acier autopatinable type Cortaine et cet acier n'existe qu'en
feuilles. Donc il n'existe pas des profilés marchands qui poutrent elles pour faire ça.
Il n'y a aucun charpentier de France qui a voulu se lancer sur ce chantier parce que
le logiciel ne le permettait pas. Il ne pouvait pas le faire. S'il y en a un qui s'est dans
s'il était 40% moins cher que nous, il a abordé le chantier au bout de 6 mois et deux
ans après, nous, on a repris derrière et on a monté la structure. Ce genre de bâtiment,
on ne voit pas tout, mais il est tordu dans tous les sens. Là, on n'a pas, bien sûr,
nous seuls la technologie et on travaille en collaboration avec des bureaux d'études
qui savent modéliser ce type de structure. Donc nous, on connaît la technique, ils connaissent
le dessin et puis après, il faut aussi le poser. Là aussi, c'est une entreprise de
compagnons qui est spécialisée dans la pose de ce type de doubrage qui en a fait la
pose, le montage. Là, c'est un peu du mobilier qu'on fait, du mobilier urbain, des pilones
d'ascenseur pour la gare de Strasbourg. Il n'y a rien d'exceptionnel parce que c'est
une crèche qu'on a réalisée l'année dernière, non il y a deux ans, pour la ville de Paris.
Toute la structure que vous voyez là, c'est une structure autoportante en acier avec des
faux plafonds en extérieur, avec l'arbre qui est un peu décoratif. Il a comme objectif
que les voisins, que les gens qui sont dans l'immeuble ne jettent pas des détritus
sur les enfants qui sont dans le cours. Donc on fait des menuiseries métalliques, des
verrières, des l'anciens, du nouveau. Là, c'est quelque chose de particulier. C'est
un toit ouvrant, un restaurateur qui est venu nous voir. J'aimerais profiter du soleil
parce qu'en Alsace, il y a quand même du soleil de 200 ans. Mais il y en a même
beaucoup en été. Donc quand il pleut, on ferme et quand il fait beau, on ouvre la verrière.
On a réalisé cette verrière il y a quatre ans et c'est grâce à cette verrière qui
est donc automatisée qu'on a réussi à décrocher un marché, un petit peu plus marrant encore.
On est en train de faire la verrière du Ritz. C'est une verrière sainterée qui fait
21 mètres de long et qui va être entièrement automatisée et ouvrante et qu'on est en train
de réaliser actuellement. Vous savez que le Ritz, il est en chantier et il est fermé
pour deux ans. Voilà. Des choses un peu plus décoratives. Là, c'est les escaliers, notre
gamme d'escaliers pour particulier. Alors c'est une gamme qu'on a développé pratiquement
nous, il y a bien sûr, comme l'a dit mon collègue, qui est dans le bois. On a souvent
des décorateurs qui viennent avec des idées et des architectes et après on vient notre
touche et après on a des clients qui veulent ça mais pas tout à fait ça et avec autre
chose à côté. Donc on est obligé de le suivre. Là, c'est une alliance de verre et de métal.
Le verre est de plus en plus présent dans les ouvrages de métalerie. Ça, c'est un
verre avec des incrustations de végétaux dans le verre. Ça, c'est un escalier autoportant.
Ça, ce fut aussi une innovation à un moment donné. On a cherché à modéliser un escalier
qui est dans un bon rapport qualité prix et on a inventé une console et une fixation
très originale qu'on a brevetée à un moment donné. Voilà. Escalier autoportant, escalier
helicoïdo. Là, c'est des escaliers avec, là aussi des procédés assez récents, avec
des leds intégrés dans les marches des escaliers. C'est quelque chose qui se développe, qu'on
voit de plus en plus. On réalise en des escaliers monumentaux pour des entrées de bureau, de
sièges sociaux, de grandes entreprises. On fait des ouvrages de métalerie courante aussi
et des choses spéciales. Là, je vous avais montré un ouvrage de ferronnerie pour une
boutique de luxe. Ici, c'est un ouvrage de métalerie fine à droite pour un magasin
Tiffany qui est à Francfort qu'on a posé il y a trois mois de ça, qui est entièrement
en Inox avec différents polissages. Voilà, différents projets, TNAS à Strasbourg, un
hôtel, le mandarin oriental. Là aussi, il y avait sur ce bâtiment du mandarin oriental
Faubourg-Sainte-Honoré des gris à l'ancienne qui avaient déjà ce motif-là. Et il fallait
refaire des grandes grilles comme ça, mais telles qu'elles étaient fabriquées à l'époque,
ça aurait coûté une fortune. Donc, on a développé un motif en fonderie pour arriver
à restituer exactement la même esthétique. Voilà, donc là, l'enclume de 1812, que
j'ai trouvé sur eBay, il y avait un patchouinou, mais il est posé dans le showroom et comme
symbole de cette pérennité qu'on a dans notre entreprise. Pour en arriver là, je
pense qu'au martisan, on est toujours en train d'innover, que ce soit sur le point
technique, que ce soit sur le plan de la communication. On a une époque quand on a
ciblé le haut de gamme, il fait appel à des consultants en marketing pour bien cibler
notre clientèle, pour bien développer notre communication sur Internet, que ce soit
au niveau des plaquettes qu'on distribue. Comme je vous ai dit, on a eu des consultants,
une organisation du travail aussi. Donc, tout ça, toute cette évolution, c'est possible
parce qu'on travaille en équipe, parce qu'on travaille souvent avec des partenaires qui
ne sont pas du métier et qui nous aident à progresser et à avancer. Voilà, l'entreprise
chef n'est aujourd'hui.
