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Merci, Henri. Bonjour à toutes et à tous.
La transformation numérique, c'est fini.
Pour ceux qui ne s'y sont pas préparés ou qui n'ont pas commencé,
c'est déjà trop tard.
Ceux qui sont pleins pieds dans le numérique
savent qu'il n'y a pas eu une révolution numérique.
Il y a des révolutions, des vagues d'innovation
qui bouleversent nos habitudes, nos organisations.
La première vague d'innovation a bien sûr été
l'apparition d'Internet, puis les smartphones,
et puis il y a eu des ruptures, les nouveaux business models,
en particulier sur l'économie de partage.
Et puis il y a les réseaux sociaux
qui bouleversent, par exemple, le fonctionnement des médias.
Et pourtant, le Huffington Post, titré dans un récent article,
les réseaux sociaux sont en train de mourir.
Une révolution chasse l'autre.
Dans nos entreprises aussi, les vagues ont été nombreuses,
apportant leur lot de bouleversements
sur nos moines de fonctionnement, sur nos métiers,
sur la culture d'entreprise, et même la façon de concevoir
nos espaces de travail, nos bureaux.
Le cloud, par exemple.
Pour avoir piloté le premier groupe de travail au CIGRF
sur le sujet, que n'est-je entendu en matière de résistance
à ce changement de paradigme?
Et pourtant, force est de constater aujourd'hui
la puissance du cloud, la croissance fulgurante
de certains acteurs, comme Amazon.
Pour le particulier, comme pour nos utilisateurs en entreprise,
c'est la fin de la gestion individuelle de ces données.
Pour les équipes informatiques, c'est, par exemple,
la délocalisation des serveurs.
Après la virtualisation, la dématérialisation.
Sans compter l'impact sur les métiers de l'informatique,
en particulier sur le métier d'architecte
ou les métiers des équipes d'exploitation.
Un autre exemple, les outils collaboratifs.
Il y a déjà plus de dix ans, Google disait,
c'est la fin de la hiérarchie.
Certains ont eu tort d'enrir.
Bien sûr, il ne s'agit plus de classer ces fichiers
dans des dossiers, des répertoires, des sous-répertoires.
Les outils collaboratifs, c'est la démultiplication
des échanges transverses.
C'est la fin du fonctionnement en silo.
C'est la capacité à collaborer plus vite et sans directive.
Et cela, ça change profondément le rôle du manager.
Aujourd'hui, une des conséquences les plus importantes, probablement,
est que toute entreprise, désormais,
a une dépendance au système informatique et aux données absolument totale.
Et je voudrais insister sur ce point,
parce que les outils collaboratifs, aujourd'hui,
nous permettent d'accélérer l'innovation,
d'accélérer les processus dans nos entreprises
et nous permettre, finalement, de mieux travailler tous ensemble.
Voilà ce qu'il y a.
Voilà ce qu'il y a changé.
Voilà ce cas était la transformation numérique,
et non pas ce qu'elle est.
Alors des vagues d'innovation, il y en aura d'autres.
Certaines technologies, plus ou moins matures,
sont déjà présentes.
Toutes porteuses de promesses, mais aussi de questionnements.
L'internet des objets, les drones, les nouveaux robots,
l'intelligence artificielle, la 5G et la blockchain.
Voilà ce qu'est le numérique aujourd'hui,
une succession de révolutions.
Mais transformation numérique signifierait que l'on sache
passer d'un état stable à un autre état stable,
que l'on sache où l'on va.
En réalité, le numérique, c'est savoir constamment s'adapter.
Et en entreprise, les méthodes agile,
l'agilité dans les business processes, les business models,
l'agile at scale, voilà aujourd'hui la nécessité.
Et pour réussir le numérique,
il nous faudra savoir réagir, anticiper et construire.
Et je voudrais insister sur ces trois enjeux.
Réagir, tout d'abord.
Prenons l'exemple de la cyber-sécurité.
La sécurité est au coeur de nos métiers.
La menace n'est pas nouvelle, mais l'échelle est nouvelle.
Chacun a en tête les dernières attaques virales,
WannaCry, NotPetyA, ou alors les compromissions d'ampleur.
Sony, Target, TV5, mais plus récemment, HL Madison ou Equifax.
Dans ces deux derniers exemples, on voit bien que l'effet peut être désormais
dévastateur, à la fois sur le particulier et sur l'entreprise.
En France, lors des dernières attaques,
de grandes entreprises ont été amenées pour l'une à fermer ses usines,
pour l'autre à faire fonctionner son centre de distribution
avec du papier crayon pendant des jours.
À l'étranger, des hôpitaux entiers ont été fortement perturbés.
La menace n'est pas nouvelle,
mais ce qui a changé, c'est que désormais, ces effets sont publics.
Car les médias ont généré et amplifié
cette prise de conscience dans l'opinion.
Et désormais, la sécurité est une priorité pour le particulier,
pour les entreprises, leurs dirigeants, leurs administrateurs même,
et également pour nos gouvernements, nos dirigeants.
Dans l'entreprise, il faut savoir réagir vite, réagir aux attaques,
de manière à déployer rapidement et massivement
des protections, des correctifs, des patches.
Lors de la crise WannaCry, les échanges entre entreprises du CIGREF
ont été nombreux et intenses, de manière à mieux comprendre,
à mieux s'informer, à mieux se défendre, et aussi à mieux communiquer.
Car désormais, la réponse est non seulement individuelle, mais collective.
L'option forteresse qui consistait hier à contrôler les entrées sorties
n'est plus possible.
Avec l'ensemble de nos systèmes interconnectés,
il est désormais nécessaire d'apporter ensemble une réponse
pour mieux se défendre ou minimiser les risques.
Y compris quand le mal est déjà dans l'entreprise.
Et pour cela, nous devons mieux prévoir
anticiper, en particulier la gestion de crise.
Léonard de Vinci disait, ne pas prévoir, c'est déjà gémir.
Anticiper, c'est prévoir les usages dans le long terme.
C'est offrir une stabilité des systèmes et des coûts.
Et dans ce domaine, le lien avec nos grands éditeurs de logiciels
est absolument crucial.
Malheureusement, cette situation est aujourd'hui plus difficile.
Le passage dans le cloud est inéluctable pour bon nombre de solutions.
Et nous sommes prêts à passer d'un modèle de licence
à un modèle de souscription ou d'abonnement.
Nous sommes prêts à convertir des CAPEX en OPEX.
Nous sommes prêts à cela, nous faisons cela tous les jours.
Mais nous ne sommes pas prêts à ce que, à cette occasion,
nous abandonnions toute visibilité sur le contenu des services,
sur leur évolution, voire même leur tarification.
Il n'est par exemple pas acceptable
que certaines clauses contractuelles
fassent référence à des URL ou des pages web
qui peuvent évoluer au bon vouloir du fournisseur.
Quel particulier accepterait
de prendre un abonnement pour la saison au théâtre
sans connaître précisément le programme, les prix,
voire même ce qui lui en coûterait
pour prendre un abonnement la saison suivante
et quitter cet abonnement?
Cette situation n'est pas acceptable.
Nous avons dans l'entreprise besoin de visibilité
sur le contenu, sur les prix, sur les modèles commerciaux.
Et nous ne pouvons plus accepter des conditions
générales de vente évolutives ou des métriques
et des systèmes de comptage de licence impossible à tenir
parce que trop complexe.
Et nous ne voulons plus d'une méthode d'un autre âge
qui consistait à troquer un résultat d'audite
contre un nouvel achat.
Et nous ne voulons plus que l'on contrôle nos billets
sous prétexte que nous n'avons rien acheté à l'entracte.
Il ne s'agit pas de caprices,
mais de véritables griefs partagés par nos membres.
Et nous avons voulu aussi greffe collecter l'ensemble de ces remarques,
appeler les fournisseurs au dialogue,
et parfois nous avons été amenés à dénoncer cette situation.
Nous avons eu et nous aurons des réunions avec Oracle,
avec SAP, avec Microsoft, avec IBM
et tous les autres que nous invitons à venir
répondre à nos préoccupations.
Et ce que nous attendons, c'est de pouvoir travailler plus sereinement
avec de véritables partenaires,
de manière non seulement à mieux prévoir,
mais aussi innover.
Les éditeurs aussi doivent se réinventer.
Et ce que nous attendons, c'est de pouvoir régler ces difficultés
et enfin nous concentrer sur l'innovation,
mais aussi la construction de ce monde numérique.
Nous savons à peu près réagir.
Nous apprenons à anticiper, mais il nous faut voir plus loin.
Il nous faut penser le temps long.
Et construire, ce sera agir ensemble
pour bâtir notre futur numérique.
C'était le sens de nos 7 priorités
que nous avons exposées lors de la campagne présidentielle,
parmi lesquelles la cyber-sécurité,
la coopération avec les startups et les PME innovantes,
ou bien encore l'action dans les territoires.
Et cela implique nécessairement
de pouvoir travailler étroitement avec les pouvoirs publics,
de manière à ce que le numérique soit un outil d'inclusion
et d'efficacité, et pas une injonction réglementaire ou technique.
C'est aussi pour cette raison
que nous avons rencontré le secrétaire d'État
auprès du premier ministre chargé du numérique,
M. Mounir Majoubi, qui nous fera l'honneur d'être présent tout à l'heure.
Et avec lui, nous avons pu aborder les 7 priorités,
mais aussi la relation avec les fournisseurs.
Et avec lui, je l'espère, nous continuerons à travailler ensemble
et agir dans le bon tempo pour ensemble réussir le numérique.
En conclusion, le but du CIGREF
est de voir plus loin pour mieux réagir.
Mais nous avons un rôle plus important en tant que DSI.
Nous sommes porteurs d'une responsabilité,
non seulement sur la rapidité de mise en oeuvre des technologies,
sur l'efficacité des solutions,
mais aussi sur les dangers et les travers inhérents.
Nous devons parfois même être les garde-fous du numérique.
Par exemple,
si le droit à la déconnexion est aujourd'hui reconnu,
il était auparavant de la responsabilité du DSI
d'en identifier le besoin,
de même le télétravail.
Quel en est l'effet sur le fonctionnement des équipes,
sur le salarié lui-même ou même sur notre modèle de société?
Quel est l'effet sur le long terme de l'utilisation de données privées
ou l'utilisation de simples données de navigation?
Bien sûr, certains disent depuis longtemps qu'il n'y a pas de vie privée
et que cela n'existe pas.
Est-ce vraiment cela que nous voulons?
Nos entreprises et donc nous-mêmes portons cette responsabilité
et nous devons penser les conséquences de nos actions.
Car par nos choix, nos décisions, nos produits, parfois même,
que l'on soit praticien du numérique
ou intégrateur de système ou concepteur de système,
nous tous ici portons cette responsabilité
à la fois opérationnelle et éthique.
Et nous pouvons agir ensemble.
Nous sommes même là pour cela.
Nous ne devons ni subir ni être complices.
Et c'est pour cette raison que ce soir, je vous invite à réfléchir
à comment ensemble nous pourrons porter cette responsabilité.
Et si nous avons créé aussi greffe ce cercle
intitulé philosophie et numérique,
c'est parce qu'il nous faut d'abord savoir analyser
et tâcher de comprendre.
C'est pour cette raison aussi
que nous nous rapprochons des pouvoirs publics, du monde académique
et des dirigeants.
Car ensemble, nous pourrons mieux réagir, prévoir, construire.
La transformation numérique, c'est fini.
Nous sommes désormais dans la construction collective
de cette société numérique.
Je vous remercie.
