Ce qui est intéressant, c'est que les femmes avaient plus de pouvoir à l'époque.
Aujourd'hui, quand je montre à mes étudiants une scrouble comédie des années 30,
ils me disent, oh, elles sont tellement méchantes.
Quand ils voient ce qu'elles balancent aux hommes,
la répartie dont elles font preuve, ils disent tous, quels garces.
Les barrières sociales, c'est un classique absolu.
Dans les grandes comédies romantiques des années 30,
on a le journaliste qui tombe amoureux de la fille riche.
Comment tout ça va marcher?
L'alchimie qu'il y a dans ces moments amour haine entre un homme et une femme
vient du fait que quelque chose d'important est en jeu.
Que ce soit dans un film noir ou dans une scrouble comédie,
l'enjeu est énorme parce que le mariage est pour l'éternité.
Et c'est ça qui est terrifiant.
Et c'est pour ça qu'il y a une telle hostilité entre l'homme et la femme,
cette terreur d'être enchaînée et de devenir dépendant.
Cette peur est omniprésente.
Dans les scroubles comédies ou dans les comédies romantiques,
cette hostilité du début se transforme au fur et à mesure
et il finisse par accepter cet engagement pour le meilleur.
Comme le sexe était interdit par la censure,
un homme et une femme ne pouvaient pas être unis à l'écran.
Il fallait donc trouver des prétextes
pour les tenir éloignés l'un de l'autre jusqu'à la fin du film,
que ce soit dans une scrouble comédie ou une comédie romantique.
Un des problèmes que la comédie romantique a rencontré au cours de son histoire
c'est quand la sexualité à l'écran a cessé d'être interdite
et tout le monde s'est mis à faire l'amour dans les films.
Les obstacles n'étaient plus aussi simples à mettre en place pour les scénaristes.
Aujourd'hui, une des raisons pour lesquelles les chick flics sont aussi superficielles
c'est qu'il n'y a plus de sous-entendu.
Autrefois, on avait une intrigue conventionnelle
sous laquelle se glissaient des choses dont on n'avait pas le droit de parler.
Il y avait plusieurs strates, c'était beaucoup plus riche.
Maintenant, il n'y a plus d'obstacles, plus de carcans sociaux, plus d'enjeux.
On a besoin de conventions contre lesquelles réagir.
Si tout est possible, s'il n'y a plus aucun tabou
une personne n'est considérée comme pervers, ou elle le challenge.
Dans Ariane, c'est un choc quand on voit pour la première fois Gary Cooper qui est si vieux
face à Audrey Byrne si jeune et si pure.
Ça en devient presque dérangeant, mais Billy Wilder réussit à faire passer ça.
C'est aussi parce qu'Audrey Byrne purifie tout.
Il y a quelque chose en elle de tellement ingénieux et de tellement charmant
qu'elle a saigné des situations qui pourraient être sordides.
