On m'a née dans un couvent, ici, à Hodorgen, Sacré-Cœur, et là j'étais la plus petite,
donc je restais toujours ma mère, j'avais pas mes parents, et j'étais avec les religieuses
avec les autres enfants, que des jeunes filles à l'époque, c'était une école mais j'étais trop
petite pour aller dans les classes, donc j'étais toujours avec une religieuse, c'était l'une ou
l'autre, et elle me faisait toujours, ma mère était couturière comme je vous ai dit, ça je me
rappelle, et dans le dortoir, elle m'habillait avec toutes les robes, elle s'amusait, enfin
maintenant je dis s'amusait, elle me mettait les robes que ma maman m'avait faite, sa maman m'a
dit, elle m'avait fait une robe dans toutes les couleurs qui existent, et alors, et je marchais
comme ça dans le dortoir, ça je me rappelle, et il y a eu la fête de Saint-Nicolas, et Saint-Nicolas
était là avec Zoartepirt, et je savais pas que c'était Zoartepirt, et Saint-Nicolas, ça je me
rappelle, il avait un grand livre, et alors il est arrivé à mon nom, parce que j'avais changé le nom,
m'a donné un autre nom pendant la guerre, je m'appelais Monique Goffart, et alors il a dit mon nom,
et il a dit, si tu ne manges pas, tire en enfer, j'étais terrorisée, et la religieuse est venue,
une religieuse est venue me chercher, et elle m'a montré où était l'enfer, et quand j'ai voulu
retourner, il y a peut-être 20 ans, 25 ans, quand j'ai su que ça s'appelait Sacré-Cœur, je suis
rentrée dans ce végété, et elle m'a dit, enfin, la religieuse qui était là, maintenant,
j'ai dit qui j'étais, et que j'avais été cachée là pendant la guerre, et elle m'a dit, oui,
on a caché beaucoup d'enfants juifs dans ce couvent, et on a même reçu la médaille des justes,
alors je dis, mais je voudrais savoir où c'était l'enfer, on m'a montré l'enfer, et elle
dit, non, il n'y a pas d'enfer ici, je dis, c'était un trou noir, et alors je nous rappelle un
trou noir, et puis en sortant, j'ai dit, c'est ça, et c'était le trou de l'ascenseur, mais c'était
un grand ascenseur, enfin pour moi c'était énorme, et c'était vrai un trou noir, elle en était
suffoqué, qu'on m'avait dit que c'était l'enfer, on m'a conduit dans un autre couvent, enfin un autre
interna, de sœur française, après j'ai su, c'est des sœurs qui ont des cornettes comme ça,
très grandes, comme ça, mais on fait, on n'y a plus ça, et ça c'était au couvent, à Chimé,
et là je suis restée jusqu'à la fin de la guerre, mais les religieux étaient très gentils, et je recevais
comme ça des cartes, je ne sais pas, j'ai eu deux, trois cartes, mais après j'ai appris que c'était
elle qui écrivait, elle me disait papa et maman, enfin je sais pas tout quoi, ta petite sœur, et voilà.
Quand on mangeait pas à midi, on recevait le même plat le soir, on recevait le lendemain matin, on recevait
la midi, donc ma mère a dit à madame Poussel, elle a dit madame je vais m'occuper, elle va manger,
ma mère a tout mangé forcément, et elle a été grondée par cette dame. Oui, je me rappelle
de mon père, il est venu me voir, ça je me rappelle, et comme de toute façon je mangeais pas,
je mangeais pas, cette dame avait un petit oiseau, et il a ouvert la cage pour que l'oiseau vole,
et comme ça je faisais, et il me mettait dans la bouche, bon l'oiseau s'est envolé, ça a été
une catastrophe pour la dame, mais bon, voilà. Comme j'étais toujours avec une religieuse,
on l'a appelé, et alors on a été dans une, c'était une verrière qui appartenait au,
c'est comme ça, une verrandame, voilà, et il y avait, c'était un gestapisme, ça je suis après,
c'était un allemand, et il a dit, vous avez un enfant juif chez vous qui s'appelle Bertudès,
et la religieuse m'a serré la main, mais je m'appelais Monique Goffert, la sans doute
où tu perds, mais elle m'a serré la main, et moi je me rappelle que j'ai vu, il y avait un petit
poisson rouge dans un bocal, je regardais le poisson, et elle a dit on n'a pas d'enfant
juif ici, ni d'une petite fille qui a ce nom-là, et il est parti. Exactement ce qu'elle a dit,
mais elle fait, ça devait être ça, il est parti, et moi je suis retournée avec elle. Après la guerre,
donc j'ai été chez ma tante, et puis un beau jour, il y a un monsieur, un ami de mes parents
qui est arrivé, il a dit le nom de ma mère, et il a dit, on a nommé Guénia à la radio,
elle revient avec la croix rouge, et après j'avais un cousin, et il s'était fâché sur moi,
il m'avait donné une claque, mais on habitait rue de Belgrade, tu connais, dans le bas de forêt,
et deux rues de Belgrade, et alors j'étais sur le palier, je pleurais, et puis il y a deux dames
qui sont montées, ben je suis toujours fourrie, quand même, à comme ça, deux dames qui sont montées,
et la première a dit, tu t'appelles Bertie, et je pleurais, je disais oui, et elle a dit,
tu dis bonjour à ta maman, et elle s'est penchée, et elle a montré une dame, et moi j'ai dit bonjour,
ma mère, et il a dit bonjour à ta maman, et elle a dit bonjour, ma mère, et il a dit bonjour à ta maman,
