Et voilà, je m'appelle Jean-François Savard. Je suis le président d'une petite société qui s'appelle Atterme, qui existe depuis 26 ans.
Et à travers la question qui est un peu provocatrice, je vais essayer de vous faire partager ce pourquoi on s'est intéressé au matériau graphène.
Et puis je vous parlerai de notre stratégie d'innovation.
Je vais passer assez vite sur la présentation de notre société.
Nous faisons partie d'un petit groupe et la société Atterme, qui est au centre, représente 7,3 millions d'euros.
50% à l'export et 35 employés.
Nous avons deux filiales, une filiale en Chine, une filiale en Inde. Ces filiales sont essentiellement là pour servir les marchés locaux.
Comme vous savez, c'est là où il faut être et donc on y est.
Donc voilà, je passe vite là-dessus.
Nous avons deux secteurs d'activité. En fait, notre point commun, c'est notre connaissance pratique de la thermique.
Une activité dans laquelle je ne retrouverai pas trop, ce sont les activités de thermoplongeur.
On fabrique des résistances qui sont électriques, qui sont comme des chauffots.
Les résistances de chauffots ou les résistances de machine à café.
Sauf que nous, on les trempe dans l'aluminium liquide.
On utilise des matériaux comme les céramiques, des choses qui sont utilisées un peu à la limite de leur résistance.
Et puis, nous fabriquons des refroidisseurs pour l'électronique de puissance, de l'électronique embarquée, tout ce qui concerne le packaging électronique.
Nos compétences dans le système de refroidissement, quand on refroidit, on refroidit avec de l'eau, de temps en temps.
Et nous, notre spécialité, c'est de refroidir avec des dispositifs qui sont des dispositifs difasiques.
Donc, on utilise des caleudus qui soient rénurés et fritées et des boucles difasiques qui peuvent servir notamment dans l'aéronautique.
Je passe sur la partie chaude. Notre activité nous fait que nous sommes capables de partir de l'élaboration d'un cahier des charges quand le client ne sait pas le faire.
On s'est dimensionnés, on a des outils de dimensionnement, on sait faire des prototypes, on sait faire des presséries et on sait faire de la série.
Et également, Dieu merci. En fait, notre activité, ça consiste essentiellement à co-concevoir une solution de refroidissement avec nos clients.
Donc, on a un bureau d'études. Je passe assez vite. Toutes les compétences d'un bureau d'études de PME sont réunies.
Et notre compétence à nous, c'est qu'on sait corréler les calculs et le dimensionnement numérique avec notre expérience, soit des pièces de série, soit des prototypes que l'on réalise pour nos clients.
Je passe rapidement. On est une PME, mais on fabrique, Dieu merci, donc on fabrique 17 000 refroidisseurs par an, 100 000 tubes caloducs et 3500 plaques à eau.
Je passe les marchés dans lesquels nous sommes. Notre premier marché, c'est le médical, puisque on refroidit des composants électroniques.
Notre deuxième marché, il n'est pas sur la photo, mais on travaille pour le militaire, mais ça représente environ 10 % de notre activité.
On travaille beaucoup pour le ferroviaire, puisque le ferroviaire, comme vous le savez, il y a beaucoup de composants électroniques de puissance dans une locomotive.
Et nous, on s'intéresse à les refroidir, et puis on travaille pour l'industrie, comme nous sommes pas loin de Grenoble, on travaille avec Schneider Electric.
Malheureusement, les produits sont tous fabriqués en Inde, c'est pour ça qu'on est partis avec l'usine.
Je passe les termes au plongeur et je vais rentrer un peu dans le vif du sujet, notamment, je vous passe là où on livre.
Ce planisphère montre deux choses. D'abord, on est toujours très heureux de le montrer, mais derrière, en fait, se cache un marché complètement atomisé,
puisque nous avons 40 clients répartis dans le monde entier, et puis la difficulté aussi, c'est qu'à chaque client, sa solution,
donc clairement, nous n'avons aucun produit catalogue et toutes les activités sont dédiées.
On ne peut pas sortir un produit sur étagère à part une boîte technologique qu'on peut développer,
mais sinon, tous nos produits sont dédiés aux besoins d'un client donné.
Alors, pourquoi une PME comme nous innovent? C'est ce qui fait qu'on va rester en vie, en tout cas pendant un certain temps.
La première chose, nous innovons pour nous démarquer de nos concurrents et éventuellement d'offrir des produits ou des services nouveaux.
Donc ça, c'est pour nos clients existants.
Également, nous avons la volonté d'atteindre de nouveaux marchés, des marchés dans lesquels on n'est pas, et puis la troisième chose, c'est que notre société,
c'est une société de marché niche avec des produits technologiques, et donc notre course consiste à acquérir le plus de connaissances possibles
qui nous permettent de nous démarquer de nos concurrents.
Alors les outils, ça va vous paraître un peu bizarre, mais pour innover, il faut qu'on écoute nos clients.
Écouter nos clients, ce n'est pas les entendre, c'est les écouter de manière très active.
Alors par exemple, comment fait-on pour écouter 40 clients? On ne peut pas faire appel à des pannelles, pour la grande consommation, il y a des pannelles.
On envoie des gens à interroger les gens dans la rue, des spécialistes à interroger les gens dans la rue, on fait des sondages, etc.
Nous, on ne peut pas faire ça.
Alors on écoute, et donc on pose des questions à nos clients, alors nos clients c'est Thales, Salstom, Schneider Electric et d'autres.
Donc on leur pose des questions, parfois des questions qui sont un peu idiotes, mais la question idiote permet d'avoir des réponses,
pas forcément idiotes justement, où on pose des questions sans enjeux, ça nous permet d'avoir de l'information.
Et quand on a deux informations provenant de deux clients différents et qui disent la même chose, pour nous ça devient une vraie information.
Et puis dans un grand groupe, vous avez souvent plusieurs spécialistes, et des fois les spécialistes ne s'entendent pas entre eux.
Et quand on a une réponse identique venant de deux spécialistes qui ne s'entendent pas, pour nous aussi c'est une information.
On fait du partenariat avec des organisations académiques, alors on fait partie d'un GDR, on fait partie d'organisations qui ont trait au refroidissement de l'électronique.
On fait partie de la Société Française de Thermique, qui est une vieille organisation.
On participe à des projets collaboratifs et enfin on se sert nous-mêmes, on fait nous-mêmes de la dissémination.
Voilà quelques projets collaboratifs auxquels on a participé, on a participé à un projet type rapide qui est financé par la DGA, les nouveaux impôts.
On est intégré dans un projet européen qui s'appelle TOICA, qui est un gros projet piloté par Airbus.
Et nous sommes dans le projet Graphene Flagship, où nous sommes un très petit contributeur, et puis également on fait de l'étude que l'on fait payer à nos clients.
Et à ce titre on est agréé, crédit et pour recherche, pour trois ans.
Pour vous faire comprendre pourquoi on s'intéresse au Graphene, c'est parce que notre spécialité ce sont les caloducs. Je vais vite passer, mais le système caloducs, c'est vous avez un tube qui est rempli sous vide avec un fluide caloporteur.
Et par une succession d'évaporation et de condensation, on peut transporter la chaleur et on peut transporter à peu près 100 fois l'équivalent de la chaleur qu'on transporterait avec un barreau de cuivre, si c'était pas un caloduc.
Donc on a une structure capillaire à l'intérieur qui peut être rénurée, comme c'est le cas, ou qui peut être frité. Donc on vient friter en général un matériau qui se frite bien et dans lequel on va mettre ce fluide caloporteur.
Donc on obtient des puissances. Dans les cas du crénuré, on s'en sert pour l'électronique de puissance, donc on arrive à faire des choses relativement puissantes, je vais vous montrer ça tout à l'heure.
Et puis avec des caloducs frités, on est dans l'électronique embarquée, dans l'avionique, dans le militaire, et là où on doit extraire une toute petite partie de la chaleur lorsque les moyens traditionnels comme les ventilateurs, des armoires électriques ne suffisent plus.
Donc voilà pour un exemple de système, donc c'est un système de convertisseur oscillaire qu'on fait, qu'on met sous un train et avec la vitesse du train, il y a l'évacuation de la chaleur, donc on arrive à évacuer entre 2000 et 6000 watts.
Et puis on fait des démonstrateurs pour l'avionique et on arrive à évacuer ponctuellement, donc avec des relativement faibles densités de puissance, jusqu'à 100 watts. Ça c'est pour une poignée d'armoires électriques par exemple.
Voilà le système tel qu'il est. Et puis on a d'autres systèmes comme des boucles diffasiques et on s'approche tranquillement du graphène où les lignes vapeurs et les lignes liquides sont différentes et là on peut transporter de la chaleur sur une plus grande puissance.
C'est un peu, et à l'intérieur de l'évaporateur, enfin c'est là où se passe en fait le système de pompe, en fait ça marche uniquement par pompage capillaire.
Donc qu'est-ce qu'on obtient comme performance sur une boucle diffasique? Actuellement on obtient une centaine de watts et quand on la pousse un petit peu, notamment dans les phases d'accélération jusqu'à 6G, on obtient à peu près 50 watts d'évacuation.
Donc ça, c'est des produits qui intéressent fortement l'avionique, à la fois les avions d'armes et à la fois les avions civils.
Alors pourquoi le graphène? Dans ma présentation, c'est assez succinct.
Nous on est intéressé par ce produit parce qu'il est plus de 10 fois meilleur que le cuivre, notamment dans sa conduction thermique.
Et pourquoi on est une des seules sociétés françaises à s'intéresser à cette application, une PME en tout cas?
C'est parce qu'on a des partenaires académiques qui ont eu des idées et donc on a trouvé que les idées étaient bonnes et donc on a suivi et c'est pour ça qu'on est intégré dans ce partenariat et de ce projet européen de graphène flagship.
Alors l'idée, c'est que dans un évaporateur, il y a un pouru métallique qui est ici représenté et cet évaporateur, c'est en fait notre pompe.
Et l'idée de notre partenaire académique, c'est que l'effet capillaire pourrait être augmenté par un revêtement d'un film en graphène qui nous permettrait, alors la force capillaire est augmentée, il imagine que les puissances développées seraient beaucoup plus importantes.
Alors voilà ce qu'on peut obtenir. Actuellement avec un pouru, on obtient à peu près 80 watts de dissipation et avec un revêtement graphène, alors c'est de la théorie puisque on n'a pas commencé encore à faire les essais dessus.
On pourrait obtenir jusqu'à 150 watts d'évacuation, ce qui résoudrait pas mal de problèmes notamment dans l'avionique où les composants étant de plus en plus puissants, les moyens traditionnels comme les ventilateurs etc.
Ne suffisent plus. Alors on souffle, on souffle effectivement, ça évacue un peu, mais le spot de chaleur est toujours là et il faut lui aussi l'évacuer et le ventilateur ne suffit pas, soufflé ne suffit pas.
Alors les résultats attendus sont bien sûr une augmentation des performances thermiques en tout cas en ce qui nous concerne.
Également, comme je vous disais au début, notre stratégie d'innovation c'est d'acquérir de la connaissance, donc on va en acquérir certainement et également on pense que notre oriété sera accrue puisque on travaille avec des partenaires académiques, mais on va se servir de notre travail et de leur travail pour faire notre propre dissémination.
Et on espère bien que ça va marcher, on n'en sait rien si ça va marcher, mais en tout cas on pense vraiment que être dans un tel programme peut nous apporter énormément de choses positives.
Alors c'est un programme de longue haleine comme vous l'avez souligné, pour l'instant on n'a encore pas vu un morceau de graphènes personnellement, j'en ai pas vu, mais c'est sûr qu'on va en voir prochainement.
En dehors de questions techniques, il restera à résoudre, alors peut-être dans dix à vingt ans, les approvisionnements, l'industrialisation, le prix, ce sont des choses qui intéressent l'industrielle.
C'est pas la partie la moins simple, ça peut être une difficulté parfois, où les solutions techniques ne sont pas retenues au final parce qu'il y a plein d'autres problèmes qui se posent.
Voilà, j'en ai terminé. En dehors du graphène, nous on a cette religion de l'innovation, c'est ce qui nous permet d'exister.
Innover, c'est accepter de parcourir un long chemin, j'ai vu qu'il y avait encore pour trente ans de travail, donc c'est bon, on aura encore de quoi faire. Pour une PME également, l'innovation c'est bien, mais c'est bien à condition qu'on ait un utilisateur final.
Notamment, on essaie le plus possible de faire partager notre goût de l'innovation à nos clients. Par exemple, il y a des projets collaboratifs qu'on a fait avec des clients finaux comme Thales, par exemple, dans le domaine de l'électronique.
Pour nous, et plus généralement pour les PME françaises, mais pas seulement françaises, l'innovation devrait devenir un état d'esprit si on veut continuer à vivre. Merci et vous!
