Maudite licorne, c'est en fait à double sens. Maudite, c'est une expression québécoise
pour dire vachement bien, sexy, et en fait c'est un hommage à la licorne, la dame à la licorne,
la chasse à la licorne aussi. Il y a aussi, l'autre sens, Maudite licorne, c'est un petit peu
pour qu'elle nous laisse tranquille, quand ça libère un peu cette image. J'aime imaginer les
pièces, j'aime le travail de préparation, j'aime ce qu'on y trouve aussi, quand on tisse le temps
qu'on y passe, tout ce qui se passe dans la tête quand on le fait. Tout ça m'intéresse plus,
finalement que la pièce finie. La tapisserie c'est particularité aussi, c'est un temps différent,
c'est du geste, de l'inscription du geste, mais on peut aller très loin et remarquer que
quand on tisse, quand on tisse vraiment, qu'on est dedans, on ne voit pas le temps passer déjà,
et on peut se retrouver des fois dans des genres, ça m'est arrivé quelques fois, dans des genres de
transe en fait. Un vrai lycée, il connaît ça. À ce qui me plaît, c'est la tapisserie avant tout,
c'est le tissage. C'est ça qui me tient aussi dans la profession. Je suis très contente de voir
arriver d'autres jeunes, parce que j'étais la seule en fait il y a dix ans, arrivé ici, j'avais
vingt ans, j'étais la plus jeune à réapprendre ça depuis longtemps, et là de voir des nouvelles
têtes, ça fait du bien et des niveaux de discours aussi. Je ne cherche pas à apporter du neuf,
je ne me suis pas posé cette question là. J'ai pas une vision définie de ce que va donner mon atelier,
de ce que je vais devenir. J'essaie plutôt de rester ouverte, et il est fort possible que j'apprenne
d'autres méthodes, d'autres techniques en fait. Autre chose que la tapisserie, là c'est l'envie
en ce moment, de la coupler à autre chose, de changer. Il faut que ça se transforme.
Chercher une solution précise, c'est pas bon, il faut se laisser aller en fait je crois.
J'ai décidé de plus tisser ce qui ne faisait pas plaisir aussi, et je pense que ça peut valoir
le coup aussi, il y a des gens en fait qui ont été intéressés par ça, et on regarde des autres
qui comptent quand même, qu'on écoute. Je ne connaissais pas la grise du tout, et finalement
je suis restée, j'ai voulu partir plusieurs fois et je suis restée à cause des rencontres,
c'est les gens toujours qui m'ont retenue ici. Si je quittais la région, si j'avais plus personne
à quitter ici, je quitterais un métier quand même, j'essaierais de l'emmener ailleurs,
mais il faudrait le transformer peut-être, parce qu'ici à Obuson, des choses différentes
de l'Obuson, c'est difficile, ce qu'on fait, ça n'a pas sa place, et pourtant il n'y a que ça,
il n'y a besoin que de ça, de réapprendre le temps, d'être patient, mais c'est difficile,
on ne le laisse pas le temps, il y a toujours cette histoire d'argent qui vient de casser la tête,
on peut être fiers de faire ce métier là, je pense.
