Alors, maintenant, le retournement temporel, c'est aussi intéressant en médecine.
Et en médecine, vous savez que quand on fait de l'imagerie ultra sonore,
on utilise justement ce qu'on appelle des réseaux de transducteurs piezoélectriques,
qui sont exactement comme un miroir à retournement temporel,
sauf qu'ils ne sont pas utilisés en mode retournement temporel
quand on fait de l'imagerie échographique.
On vous met une sonde sur le ventre avec un petit gel,
et puis on va focaliser des ultrasons dans le ventre du patient,
et on va écouter les échos.
Et puis on va envoyer un faisceau à un endroit,
on va écouter les échos, puis on va envoyer le faisceau à côté, à côté, à côté,
et puis on va former une image, ça c'est l'image échographique.
Quand vous faites ça, vous faites en gros 50 images par seconde, ce qui est pas mal.
Les gens font un faisceau, un deuxième faisceau, un troisième faisceau,
un quatrième faisceau, ça fait 50 images par seconde,
et vous voyez le bébé qui bouge, et vous voyez le cœur qui bat,
et vous êtes très contents.
Nous, on était physicien, et donc on connaissait bien les principes de l'écographie,
j'avais travaillé là-dessus,
et on s'est dit, à partir d'un miroir à retournement temporel
qui a plein de mémoire électronique et plein de transducteurs,
on va inventer une autre façon de faire des images,
qui va être beaucoup plus rapide.
Au lieu d'envoyer des faisceaux focalisés, ligne par ligne,
pour faire une image, on va faire une image en un tir,
et on va envoyer juste une onde plane, bref, dans le corps humain,
et on va écouter tous les échos.
Et on va tout mettre dans des mémoires électroniques.
Et une fois qu'on a tout mis dans les mémoires électroniques,
on a l'écho, mais l'écho c'est pas l'image.
Et comment passer de l'écho à l'image?
Il faut faire un retournement temporel.
Alors on va faire non pas un miroir à un retournement temporel
qui va renvoyer tout dans le milieu lui-même,
mais comme on connaît la vitesse des ultrasons dans le corps humain,
c'est 1500 mètres par seconde,
on va faire un processeur à retournement temporel.
Et on va mettre au point un système qui capte tous les échos,
renverse la chronologie, et après simule la propagation dans l'ordinateur.
Et quand on a fait ça, on a fait ça en 2000.
Et en 2000, les cartes, les processeurs étaient pas très rapides.
Et donc on a fait une belle machine,
qui permettait d'acquérir une image en un tir,
et au lieu d'avoir 50 images par seconde,
il y avait 10 000 images par seconde.
Mais les 10 000 images par seconde, on les stockait,
et il fallait rentrer au laboratoire pour dépouiller le film,
faire le retournement temporel, et voir vraiment les 10 000 images.
Par contre, on allait à l'hôpital, on mettait ça sur un patient,
on faisait 10 000 images par seconde, et on regardait ce qui se passait.
Et puis on a fait ça,
et on s'est demandé est-ce que c'est intéressant de faire 10 000 images par seconde du corps humain.
On s'est rendu compte que oui, parce que quand on filme 10 000 fois par seconde l'intérêt du corps humain,
on voit que ce propage dans le corps humain,
des ondes que les gens n'avaient jamais vus avant,
qui sont des ondes mécaniques, qu'on appelle des ondes de six aiments.
Et c'est des ondes qui se baladent à quelques mètres par seconde dans le corps humain.
Et si vous filmez 10 000 fois par seconde un patient,
vous voyez, millimètre par millimètre,
le front de l'onde de six aiments qui avance dans le corps humain.
Et si on fait ça, on fait une image très nouvelle,
qui est l'image des propriétés sismiques du corps humain.
Si on fait 10 000 images par seconde,
on peut aussi faire du doppler et mesurer les flux sanguins très faibles.
Et donc on s'est amusé à faire ça.
Et alors, les fameuses ondes de six aiments dont je parlais,
c'est des ondes qui sont comme ça,
qui scisaillent les tissus.
Et ces ondes, si on est capable de les filmer dans le corps humain,
et si on connaît la vitesse de ces ondes,
qui est de quelques mètres par seconde,
ça donne la dureté du corps humain.
Ces ondes, si on peut suivre ces ondes dans le corps humain,
on peut savoir exactement ce que ressent un médecin
quand il fait de la palpation, c'est-à-dire quand il pince un sein
pour sentir si c'est dur ou mou.
Et donc on a utilisé notre appareil
pour filmer l'intérieur du corps humain 10 000 fois par seconde
pour observer les ondes de six aiments.
Alors au début, on n'avait pas le miroir à hautement temporel.
Au début, au labo, on avait juste compris
que les ondes de six aiments étaient très utiles
pour mesurer la dureté du corps humain.
Et donc au début, on a fait cette première boîte
qui n'utilisait pas le retour de mentin pour elle,
mais qui s'appelle Ecocense,
qui utilisait juste un transducteur piezoélectrique,
mais pas 256 comme pour faire une image.
Et donc on avait d'abord au labo démontré
que la dureté du corps humain, c'était un paramètre utile
qu'on pouvait le mesurer,
que c'était bien pour mesurer sur le foie par exemple,
la dureté du foie.
Mais c'était pas une image.
Et on a créé une première boîte Ecocense.
Puis après, on s'est dit,
il y a le fibroscan qui est bien,
mais qui donne une dureté globale du corps humain,
est-ce qu'on ne peut pas filmer
sur beaucoup de pixels la dureté du corps humain
et donc avoir une image de la dureté partout
au lieu d'avoir juste une valeur globale.
Et là, notre appareil,
on l'a fabriqué au labo,
à partir d'un miroir à hautement temporel.
Et comme je vous disais, on allait le tester
à l'Institut Curie, mais il fallait
d'une heure pour dépouiller tous les films
et observer les ondes de cisaillement dans le corps humain.
Et là, on a créé une nouvelle boîte
qui était SuperSonicImagine,
où on a ramené plein de Français des États-Unis,
qui étaient tous dans les grandes boîtes américaines,
Philips et Simmins,
et en particulier Jacques Souquet,
le patron de la recherche et de développement de Philips
médical aux États-Unis,
il est venu créer SuperSonicImagine.
Et là, on a créé
notre électronique du labo,
c'était une énorme machin
qu'on amenait à l'hôpital, on testait.
Puis eux, quand la boîte a été créée,
ils ont repris notre principe,
mais en 2008,
il y avait les processeurs ultra rapides
qui s'appellent les GPU,
que vous utilisez dans les cartes vidéo,
et ils ont mis 8 processeurs
de jeux vidéo dans cette boîte.
Et d'un coup, tout le retournement temporel
se faisait à la vitesse du son,
c'est-à-dire qu'il faut à mesure que les échos arrivent,
l'image est reconstruite.
On n'a pas besoin d'attendre une numére
pour voir l'image et pour le médecin,
et ils ont fait cet appareil
qui s'appelle Explorer,
qui a un très beau succès,
et en gros, il y a 600 explorers
qui ont été vendus dans le monde
depuis finalement janvier 2009,
c'est là qu'on a commencé à le vendre,
et c'est une belle boîte qui est avec son provence
et qui a levé beaucoup d'argent.
Il y a eu 72 millions d'euros
d'investisseurs qui sont revenus,
et il y a 12 ingénieurs français
qui sont revenus d'Amérique,
qui étaient la plupart des étudiants
qui étaient tous partis aux États-Unis
parce qu'il n'y avait rien à faire en France,
et qui sont revenus pour monter SuperSonic.
Donc on a quand même fait un joli truc,
et SuperSonic est en train de grossir.
Vous entendrez parler dans les jours
qui viennent de nouvelles choses
sur SuperSonic, et c'est un assez beau succès.
Alors, juste une chose.
Quand vous regardez une image d'écographie normale
d'un endroit
d'un fantôme de tissu
qui simule un cancer du sein,
ici vous avez ce qui s'appelle un tissu mou,
et là vous avez à l'intérieur
une inclusion dure.
Si vous regardez l'image écographique,
les ultras sont seuls ne semblent pas
le module d'élasticité. L'image ne voit rien.
Mais si vous filmez les ondes de cisaillement
qui circulent dans le corps humain,
mais vous n'allez pas voir le film, parce que rien ne marche,
vous avez vu un film qui dure 20 000 secondes,
où vous avez vu une onde se déformer
là où il y a un endroit dur,
et vous aurez vu qu'à partir de ce film
on crée une image
de la dureté du corps humain.
C'est-à-dire que c'est ce qui apporte
cet appareil.
Il voit la dureté des objets
et il vous fait des cartes de la dureté.
Et c'est très intéressant d'avoir une carte de dureté,
parce que si vous mettez un écograph sur
trois patientes
qui ont des images d'écographie
qui montent qu'elles ont trois tumeurs au sein,
vous ne savez pas si les tumeurs sont bénignes
ou malignes, mais si vous avez en même temps
la carte de dureté quantitatif
qui vous donne exactement la dureté,
vous pouvez dire beaucoup de choses
sur la tumeur.
C'est très intéressant pour diagnostiquer
les cancers du sein. Il y a eu énormément d'études
dans le monde qui montrent que le principe
de l'écographie supersonique
permet d'améliorer la spécificité
du diagnostic du cancer du sein
de façon très significative,
c'est pour ça qu'il est beaucoup vendu
en diagnostic du cancer du sein.
Vous pouvez aussi suivre une chimiothérapie,
une patiente qui
au début a un sein
très dur dans toute la zone, et on veut
voir si le traitement
est efficace.
On ne voit pas du tout à l'image
écographique, mais par contre à l'image de
dureté, on peut dire quand le traitement a bien
fonctionné. Et c'est très
quantitatif et très utile. Vous pouvez
faire ça sur plein d'autres organes, la prostate,
le foie,
mais il y a beaucoup de choses autour de ça.
Je vais encore rater un film intéressant.
Ça, c'est pas mal.
Mais maintenant,
ce qu'on a fait ces derniers temps,
on s'est dit, est-ce qu'on peut pas mesurer
les flux sanguins
avec un appareil qui fait 10mm
par seconde, bien mieux qu'un écographe normal.
Et les flux sanguins, ça se mesure par effet de
plaire. Et là, ce que vous allez voir,
vous n'allez pas voir le film, c'est dommage,
parce que vraiment, ça, c'est impressionnant.
Si vous mettez un écographe sur le cerveau
d'un animal ou d'un homme,
et si vous regardez
quand il a une activité cérébrale,
est-ce que son flux sanguin change?
Si vous faites
de l'écographie normale, en faisant
50 images par seconde,
si vous mesurez le signal de plaire, voilà un cerveau
de rats sur lequel on a mis une sonde,
on voit rien, on voit un peu d'activité.
Mais si maintenant, vous faites un écographe
qui fait 10 000 images par seconde, et qui peut
comparer 10 000 fois par seconde
le signal de plaire, c'est-à-dire le
mouvement du sang, qui donne des échos
qui bougent, alors si vous mettez ça
sur un cerveau, vous commencez à voir
des tas de choses se passer, et vous voyez
ce qui s'appelle les colonnes
corticales du cerveau de ce rat,
vous voyez le talamus, vous voyez toutes
les zones qui s'activent, mais ce qui est intéressant
c'est que vous le voyez
plusieurs fois par seconde, et donc
ce que vous allez... ah si, ce film
marche par contre,
ça c'est pas mal de le voir,
là, on prend un rat,
on lui met sur la tête une sonde
et on lui injecte une toxine
pour créer une crise d'épilepsie
et on regarde l'activité
de son cerveau, et on voit
que son cerveau s'allume
et on le voit
cinq fois par seconde, il n'y a aucun appareil
aujourd'hui qui fait de l'imagerie fonctionnelle
cinq fois par seconde, quand vous allez
dans une IRM, il faut rester au moins
une minute pour que vous pensez
imprègne un signal IRM, et là
la résolution qu'on a, elle n'est pas
de 2 mm par 2 mm comme
dans une IRM, elle est de 100 microns par 100 microns
alors ça c'est sur le petit animal
et là, on est en train de faire une percée
sur l'imagerie fonctionnelle du cerveau
et Super Sonic Imagine
va vendre ça, et ça par exemple
regardez un petit bébé
les petits bébés ont la fontanelle
qui est encore
non fermée, donc vous pouvez mettre
une sonde sur un petit bébé
et si vous regardez sur un petit bébé
ce qui se passe, en mettant cette sonde
vous voyez d'un coup, toute la vascularisation
du cerveau, et ce que vous voyez en plus
c'est comment cette vascularisation
change quand le bébé pense
ou quand le bébé agit, et là
il y a des outils assez intéressants
qui ne sont pas encore commercialisés
mais qu'on a développé, alors
juste pour terminer, ça c'est
un passage vers la médecine
et après on est revenu en télécommunication
je vous ai expliqué le principe du
retournement temporel, en télécommunication
sous-marine
mais tout ce qui se passe en télécommunication
sous-marine c'est avec des ondes d'acoustique
mais les télécommunications
ça se fait avec des ondes
électromagnétiques, quand vous utilisez
votre smartphone, vous envoyez des ondes
électromagnétiques, et les ondes électromagnétiques
on peut leur faire vivre, leur vie passer
aussi
la seule différence c'est qu'elles ont des fréquences
plus élevées, de quelques gigahertz
et donc on s'est amusé au labo
à fabriquer
des systèmes à retournement temporel
mais pas d'ondes acoustiques mais d'ondes électromagnétiques
on a commencé à jouer avec ça
et on a démontré que
on pouvait faire
une télécommunication spéciale
ici vous envoyez un petit signal
électromagnétique, il passe dans une pièce
il rebondit partout, si quelque part
il y a une antenne qui fait du retournement
temporel, toute l'onde revient uniquement sur
ce téléphone
donc vous ne renvoyez un message qu'à ce téléphone
et après maintenant
l'antenne qui est là-bas peut envoyer
une modulation pour envoyer du Mozart
que seul ce téléphone reçoit et pas les autres téléphones
et donc au lieu d'encombrer
l'espace d'ondes électromagnétiques
vous envoyez des ondes qui ne vont que au bon téléphone
il suffit que le téléphone se soit identifié
et donc on a poussé ça
et là-dessus on a
essayé de voir si on pouvait
focaliser les ondes sur des tailles plus petites
que la demi longueur d'ondes, je ne vous raconte pas l'histoire
et on a trouvé des solutions et tout ça
c'est terminé par la création
d'une boîte
time reversal communication mais ça coûte très cher
du retournement temporel électromagnétique
parce qu'il faut des composants électroniques
qui marchent dans le domaine du gigahertz
c'est des mémoires électroniques dans le domaine du gigahertz
c'est beaucoup plus cher que de faire du retournement
temporel des ondes acoustiques
et donc aujourd'hui ça reste du domaine
du cher
mais ça intéresse la sécurité et la défense
parce que c'est une façon d'envoyer des informations
qui ne vont que là-haut
oui il faut
on peut espérer que plus tard si ces composants électroniques
deviennent moins chers
à faire une télécommunication
green
c'est à dire qu'on minimise
la quantité d'énergie à envoyer
pour envoyer un signal à un bon endroit
donc on s'est amusé avec tout ça
et on continue à s'amuser avec tout ça
alors
j'arrête sur cette partie
ma conclusion
c'est que
on peut
on peut avoir
des réussites dans le système français
à partir des labos universitaires
mais il faut
une ambiance favorable
à l'innovation
ça change beaucoup maintenant
il y a beaucoup d'universités qui s'intéressent à l'innovation
il y a un vrai changement conceptuel
même les grandes écoles
comme l'école normale s'intéressent à l'innovation aujourd'hui
donc il y a
une véritable évolution
pour réussir
il faut d'une part
c'est très punchy
parce que
vous avez d'abord beaucoup d'échecs
et il faut accepter les premiers échecs
et ne pas laisser tomber
le dépôt de brevet
donc il faut se battre
maintenant
le modèle de l'ESPCI était un modèle intéressant
au départ qui nous permettait de déposer nos propres brevets
et de les défendre nous-mêmes
on a fait ça pour éco-sens
mais on s'est rendu compte qu'on n'était pas suffisamment fort
pour se défendre tout seul
pour les gens qui font les boîtes
et donc nos 3 dernières boîtes
ont été faites
avec le CNRS
et là
on a trouvé un équilibre
extrêmement intéressant
où le CNRS a compris que notre labo
était vraiment un labo innovateur
et donc aujourd'hui
quand on a une idée originale
il a assez confiance que cette idée
va peu rapporter
et donc aujourd'hui le CNRS
nous donne des temps de réponses mais extraordinaires
alors je parle de mon expérience
mais aujourd'hui
le jour où on a trouvé une bonne idée
on appelle le CNRS
qu'un jour après
on peut déposer un brevet
là dessus pour ne pas perdre de temps
parce que le problème du chercheur
c'est d'hésiter toujours entre la publication
qui fait sa renommée scientifique
et le dépôt de brevet
et le nombre de chercheurs français qui ont raté leur dépôt de brevet
parce qu'ils ont publié est énorme
aujourd'hui
en tout cas au sein de l'Institut Langevin
la relation avec le CNRS est exemplaire
ça va très vite
et donc
on a regroupé pas mal de forces
où il n'y a pas que les ondes acoustiques
maintenant dans notre institut il y a les ondes optiques aussi
les micro-ondes
et il y a pas mal de boîtes
en émergence
et on a un rapport excellent
avec le CNRS
maintenant il y a en même temps la création
les SATT
les fameuses sociétés
qui doivent nous gérer
alors on est intéressé par ça
mais
ce qui marche bien après
une certaine expérience on n'a pas envie de le casser
et aujourd'hui on part
bon les SATT
vous avez entendu parler des SATT
c'est des nouveaux organismes
qui démarrent
et malheureusement il y a beaucoup
de plâtre à essuyer quand ces nouveaux organismes
démarrent
et on espère que les SATT
vont être très efficaces on leur souhaite
la plus grande efficacité
mais pour le moment nous on trouve
qu'on a trouvé un équilibre
remarquable avec le CNRS
voilà en gros la conclusion
autre chose d'intéressant
être inventeur du public c'est
intéressant
et le choix qu'on a fait au labo
c'est de rester
des fonctionnaires
mais de profiter
de la loi sur l'innovation pour créer des boîtes
et je pense
que c'est un modèle intéressant
ça a super bien marché
à l'ESPCI parce que tout le monde nous disait
bravo, allez-y
personne ne nous crachait dessus parce qu'on faisait ça
maintenant j'espère que ça va généraliser
dans la plupart des universités
françaises
je pense que
les gens sont mûres maintenant pour y aller
et on va voir comment ça va se passer
en tout cas
je m'arrête là et je peux répondre
de la question
