Je démarque, bonjour, et que tu peux te présenter en quelques mots.
Marc Mangeneau, natif des Vouches, militant, socialiste, progressiste, anticolonialiste.
Voilà, ton engagement, tu as eu une vie, une longue vie d'engagement politique,
notamment qui a commencé par l'émobilisation autour de la guerre d'Algérie.
Et tu es intervenu en Algérie par la suite.
Oui.
Alors on va aborder d'abord la première période, celle de la guerre d'Algérie.
Alors comment s'est présenté pour toi la question de la guerre d'Algérie?
Tu étais né en…
1937.
1937.
Et donc en 1957, tu avais 20 ans.
Oui, et en 1954, 17.
Alors, quelle a été ta première rencontre avec ces événements?
C'est un peu compliqué parce qu'il y a des rencontres d'avant, notamment au moment de la libération,
où on a eu des contacts quand on était réfugiés, sinistrés, avec des régiments de tabord et de tir ailleurs algériens.
Et mon père étant ouvrier a beaucoup travaillé avec des algériens, des Indochinois comme on le disait à l'époque.
Mon premier contact date de là et c'était des rapports extrêmement chaleureux avec ces personnes.
C'était des hommes.
Et j'étais embarqué un petit peu là-dedans dans les pétitions contre la guerre de Chine en 1953.
Et le 2 novembre 1954, dès que j'entends les informations, je prends position.
Je suis déjà pour la dépendance.
Ça me voudra d'ailleurs une mise en quarantaine dans le lycée où j'étais.
Tu faisais des études à quel lycée?
Alors j'étais au lycée technique, au lycée, pardon, moderne de Nancy.
Et tu faisais des études?
Technique commerciale, comptable, etc.
La période qui est la période lycée, tu parles de pétitions.
C'était des pétitions qui étaient à l'initiative de quelles organisations?
Deux mouvements de la paix.
En 1953, pour la guerre de Chine, c'était le mouvement de la paix et le parti communiste.
Je ne étais pas du tout militant du parti communiste.
Et l'Algérie, ça a été à peu près la même position?
Non, là, ça a commencé avec la question sociale.
D'abord, presque simultanément, à cause des événements du 1er novembre 1954, avec la question coloniale.
Et en fait, il y avait des camarades que je connaissais de vue
et qui vendaient le journal Monde Ouvrier, de mouvement de libération du peuple, et qui vendaient que mon père achetait.
Et donc, j'avais ce journal à disposition.
Et comme je lisais tout à l'époque, je lisais aussi ce journal.
Je lisais ce qui me tombait sous la main.
Il n'y avait pas de livre ni de journaux à la maison à part ça.
Tu vas dire où est MLP en 1955?
Principalement sur la question sociale et sur la question algérienne.
D'ailleurs, là, le titre, Pour une politique de décolonisation,
c'est un document édité par le MLP au 4e trimestre 1956.
Et je participe donc, pour aller très vite, à ma première campagne électorale, comme militant de base.
C'était une liste pour un nouveau front copulaire.
Dans le niveau où j'avais Robert Chamberon et Maurice Poirot.
1957, tu es appelé?
Je suis appelé.
Et alors?
Je suis appelé. Nous avions tenu plusieurs réunions auparavant.
Bon, MLP, puis après, à l'UGS pour savoir, j'avais dit que de façon, moi, je refuserais de faire cette guerre.
Mais que je n'avais pas pris de décision quand on a la forme à adopter.
Déserté, passé en Allemagne ou en Suisse, sans soumettre, accepter la prison reconductible tous les deux ans, etc.
Bon, la question était politique, mais nous avions préparé tout cela.
On va se produire le 13 mai 1958, qui va évidemment changer la donne.
Et là, la suite d'une petite imprudence,
un caractère sympathique, si je puis dire, je serais arrêté.
Ils vont me dire, mais on avait une discussion à propos de l'Algérie et tout ça.
Vous avez écouté, de façon, c'est une guerre coloniale, c'est inadmissible.
Il faut opter pour la dépendance de l'Algérie.
J'ai dit ça à mes chefs hiérarchiques immédiats dans la Cazern.
Ils m'ont dit, moi, de toute façon, tu dois partir au mois de juillet.
Je dis, mais je ne partirais pas.
Et ça se passait, ça le 20 mai 1958.
Donc je suis immédiatement arrêté, isolé.
Le soir même, dans ma cellule, on tient une réunion politique.
Nous contrôlions encore la Cazern, à l'époque, les militaires de base.
Et on a discuté pour savoir ce qu'ils convenaient de faire.
Si mes camarades étaient dans la cellule, ça voulait dire que je voulais sortir.
On a beaucoup discuté.
Parmi les hypothèses qui ont été émises,
c'est de dire, il y aura nécessairement la visite dégradée, la visite des médecins.
Il faudrait que tu puisses te faire réformer.
J'ai donc décidé, à ce moment-là, de faire quelque chose sans le dire à personne.
Je me suis interdit de dormir et je ne mangeais plus beaucoup.
Je ne me faisais que boire de l'eau.
Et quand le médecin est passé quatre jours après,
j'étais en excellente état. Il m'a fait immédiatement hospitaliser.
C'est comme ça que tu as obtenu l'exemple réservé?
Parce que j'ai continué cette grève de la fin qui n'était pas officielle.
Personne n'était au courant.
Aucun membre de ma famille, aucun de mes amis, aucun de mes camarades politiques.
Car c'est important.
Le plus difficile, c'était que personne ne soit au courant.
Et le plus difficile à tenir.
C'est encore plus difficile que de ne pas manger, de boire de l'eau, etc.
Ou pas manger trop.
Ou faire semblant de manger.
On peut y arriver.
Donc si bien qu'au bout d'un temps, les médecins constataient
que mon état ne s'améliorait pas, mon état physiologique.
Et comme j'avais tenu des propos contre la guerre,
j'étais jugé comme un petit idéaliste,
n'ayant même pas les moyens de son idéal.
Et j'ai été réformé.
Finalement, cette attitude est la ressortie de discussion au sein de la caserne?
Oui, d'un petit groupe de camarades.
À cette époque-là, en 1958, tu es militant de l'UGS.
Oui.
Quelle était la position de l'UGS par rapport à l'attitude à avoir pour les jeunes appelés?
J'étais un soutien sans faille, qui ne sera pas tout à fait exactement le même avec le PSU.
Et l'idée s'était d'entourer, d'apporter un soutien politique.
J'allais dire un certain soutien fraternel.
C'était important.
Et également, de mettre à disposition le corps des avocats de l'époque.
Pierre Steed, Yves Deschaisel, Yves Jouffa, etc.
Donc la défense était prête.
Donc après cette période, tu retournes à l'habit civil?
Oui.
Quel travail vas-tu faire?
Alors là, je vais devenir comptable.
C'est facile dans un cabinet d'expertise comptable pour cinq ans.
Et tu vas continuer à militer à l'UGS?
A l'UGS puis au PSU.
Des souvenirs de la création du PSU?
Souvenirs enthousiasmants.
C'était une défervescence assez incroyable.
La découverte de militants de la UCFIO, qui était vraiment des gens très bien sur le plan personnel.
Très engagés.
Probablement, je ne le savais pas à l'époque, mais des gens de la tendance pivotiste, des choses comme ça.
Et puis, comme des discussions un peu sans fin,
pour savoir s'il fallait soutenir la demande d'adhésion de Mitterrand et de Madness France.
Donc on s'est opposé à l'adhésion de Mitterrand et de la vie favorable à l'adhésion de Madness France.
On a des raisons faciles à imaginer aujourd'hui.
Donc tu vas continuer ton militantisme, comme secrétaire du collectif départemental débauche pour la peur d'Algérie?
Oui.
C'est le bureau du PSU.
C'est dans ce cadre-là que tu distribues un tract au soldat en 1960?
Voilà. Je crois que c'était le 27 novembre.
C'était un tract du PSU qui demandait aux soldats d'ésobéir si on leur demandait de participer à un push.
Or, il y avait eu la semaine des barricades du début 1960.
Ce février-mars 1960, si les souvenirs sont bons, qui avait été maté, finalement, difficilement par les troupes officielles qui avaient été relevées.
Le premier régiment de parachutiste avait été relevé parce qu'il était...
Vous ne savez pas trop si il a tourné du côté les insurgés.
C'est à la Gaillard, d'Orthys, enfin, les futurs OAS.
Donc c'est Jouot qui va mener la répression.
Lequel Jouot va être dans le push est généreux quelques mois plus tard, l'année suivante.
Et la Gaillard ou Orthys, j'ai pu lequel des deux, avait déclaré au cours d'un entretien à la presse que, de toutes les façons,
si la question n'était pas réglée en faveur de l'Algérie française, on n'en resterait pas là.
Et il annoncait carrément la possibilité d'un coup d'État.
D'où s'est appel?
D'où s'est appel?
Qui va te valoir qui va être à l'origine d'une arrestation.
Voilà.
D'un procès.
Avec mon camarade Raymond de Rio, en réalité, nous étions plus nombreux que ça.
Mais bien entendu, on a fait en sorte qu'il n'y ait aucun autre des camarades qui participent à la distribution,
depuis cette inquiétude.
Tu te trouves à culper?
Oui.
À quel titre?
Démoralisation de l'armée et je ne plus quoi.
Et finalement?
Et finalement, donc on a passé quatre jours en prison.
C'est pas très long, mais dans des conditions qui permettent de voir ce que c'est à l'époque,
l'univers carcéral, parce que nous étions avec les droits communs.
Et nous étions avec les droits communs à la demande des avocats pour que ça aille plus vite.
Parce que la prison politique était à Remiremont, à 30 km.
Et donc nos camarades ont insisté pour que nous restions là tout près du bureau de juge d'instruction
et pour qu'elle arrivait des avocats sur facilité.
Là, donc, le juge d'instruction décidera d'une mise en liberté provisoire.
Et finalement, un non lieu.
Un non lieu, il est 10 mois plus tard.
En 1961.
Alors, des chaiselles, l'avocat qui va faire le...
déposer des conclusions va dire qu'il n'y a rien dans ce tract,
qu'il soit anti-français contre l'armée ou quoi que ce soit,
ou qu'en plus, les événements ont donné raison ou quelque chose comme ça.
Je vais changer de métier en 1963.
Oui.
Je suis appelé à l'aspection des jeunes essais sport pour devenir gros assistants culturels.
Et ça me servira de tremplin pour devenir permanent dans l'élique de l'enseignement,
comme responsable d'information économique,
de tout ce qui était animateur culturel, directeur de maison de jeunes,
directeur de maison de la culture, etc.
1962, c'est la fin de la guerre d'Algeroi.
C'est également pour toi un moment où tu vas changer de métier.
Donc tu es animateur à l'élique de l'enseignement de 1964 à 1971.
Oui.
Et 1971, c'est le moment où tu vas retrouver un lieu à l'Algérie.
Voilà.
Dans quelles conditions et pourquoi?
Là, c'est un peu le hasard.
C'est qu'il cherchait une personne ayant l'expérience dans la formation originale,
enfin, pas classique, pas académique,
de mener à bien la mise à plat, la reorganisation des programmes
et des méthodes de travail et des étudiants et des enseignants
à la sétude des techniques de la planification.
Bon, moi, j'ai cherché des gens parce que je connaissais bien le milieu.
C'est une demande qui m'a été faite par un camarade du PSU, d'ailleurs,
qui était à l'époque à l'INSEE.
Et puis moi, j'ai trouvé que c'était beaucoup de moi.
Votre mot, je suis candidat.
Ils ne vont pas faire ça.
Parce que c'était le délatern de l'institut et considéré comme un peu foldin.
Donc tu parles comme coopérant?
Oui.
Ça correspondait pour toi à un engagement politique,
un engagement à la fois politique et professionnel?
C'est un engagement professionnel, bien sûr, politique.
J'avais peut-être des comptes à régler avec ma conscience.
Comment écrire un certain philosophe?
En même temps, est-ce qu'à ce moment-là,
il y a encore la croyance, un associalisme algérien?
Ah non, non. Cette croyance n'existe plus en Algérie,
sauf certains cadrés ou EFLN, peut-être,
et peut-être aussi chez certains membres du Parti communiste
qui s'appelle Dorénavant, le Parti d'avant-garde socialiste, PAX.
Pour ma part, je n'avais plus aucune illusion.
Je connaissais un peu les systèmes d'autogestion.
J'avais visité les choses avant 1967.
L'expérience algérienne m'intéressait pour ce qu'elle était,
quelles que soient ses impasses, et aussi parce que l'Algérie
était, se boumdienne, en quelque sorte un leader du tiers monde
pour une troisième voie qui n'était ni l'alignement sauvier,
sur l'est, ni l'alignement, sur l'ouest.
C'est comme intéressant, on va aller voir à l'intérieur,
puis de voir comment un pays complètement nouveau
se débrouiller pour former des cadres
dans le domaine de l'économie en particulier.
Donc ça, c'était, c'est-à-dire, même passionnel.
Dans les années 70, il y a un nombre assez important
de militants PSU en Algérie.
Est-ce que tu avais des rapports avec eux?
Est-ce que vous aviez des consignes?
Est-ce qu'il y avait des discussions au sein du parti?
En tous les cas, jusqu'en 1970-71, c'est sûr.
Après, c'est un peu plus délicat.
J'avais dit au parti que je vais partir en Algérie.
Donc, ça n'a ému visiblement personne.
Sur Plage, j'ai pris des contacts
avec plutôt un groupe qui va se former,
avec l'ensemble des camarades,
dont certains avaient été, ou étaient au PSU.
Et c'est en fait un groupe sédétime.
Un groupe sédétime qui va être actif
à partir de l'an, bon, de 1972.
Il y a eu le milieu de l'année 72,
jusqu'en 1978-19,
presque jusqu'au moment de m'en demander pas.
Alors, quand tu dis que le sédétime,
le groupe en Algérie,
du sédétime, du sédétime actif,
ça veut dire quoi? Qu'est-ce qu'il faisait?
Ça veut dire qu'on essayait d'initier
quelques réunions ou quelques manifestations
avec, déclarés bien entendu, pas plan destin.
Et puis, dans notre côté,
le même groupe était un groupe de réflexions
non déclarés, non connus des autorités
pour produire de la documentation
que nous faisions parvenir en France.
Pour produire des réflexions aussi.
Et d'ailleurs, de là, sortira un livre
qui sera publié par les éditions Maspero
en 1980, je crois.
Vos correspondants en France à ce moment-là,
c'est qui? Quelles sont... Le sédétime.
Le sédétime, oui.
Le sédétime qui, à ce moment-là,
a pris à peu ces distances par rapport au PSU,
qui a compris son autonomie. Oui, oui.
Il avait été président dans la première période
par Manuel Bridget, ensuite par Auguste Maciat.
Et donc, moi, j'avais de très bons rapports avec eux
depuis avant mon départ, parce que c'était au PSU.
Je connaissais Bridget depuis très longtemps.
Auguste Maciat, depuis un petit peu moins longtemps,
depuis la fin des années 60 seulement.
Voilà, donc il n'y a pas eu de soucis au contraire.
On a mené dans une activité
entre guillemets anti-impérialistes.
On disait pas tiers-mandistes à l'époque.
On n'aimait pas beaucoup les tiers-mandistes
depuis l'Algérie.
Et puis, il y avait une autre raison.
Nous avions d'autres activités,
à la fois de correspondants et d'agents de liaison,
avec les mouvements de libération installés en Algérie.
Algérie était, c'était une des raisons,
c'est un des raisons de ma présence pendant un bon temps,
était une plaque tournant pour tous les mouvements de libération,
notamment l'Amérique du Sud et surtout l'Afrique,
et du Portugal.
Puisque l'opposition au Portugal,
jusqu'en 1974, émettait depuis Oran.
Donc nous avions des contacts avec tous ces groupes,
donc l'Afrique du Sud, le Froliba, du Mozambique, etc.
C'était...
Tu évoques Manuel Ubrillier.
Manuel Ubrillier a été responsable international du PSU.
Est-ce que c'était un interlocuteur
avec lequel tu as eu particulièrement l'occasion de travailler?
Oui, on avait de très bons contacts.
Nous étions souvent sur la même ligne, notamment sur les questions internationales.
Une question qu'il connaissait très bien.
En plus, il avait été, entre guillemets,
un de mes formateurs quand je suis arrivé à Paris,
sur toute une série de questions sociales, économiques, politiques,
un cadre du centre d'études socialistes.
Il n'avait pas d'intervention particulière en Algérie?
Oui, il est venu une ou deux fois,
il fait venir une ou deux fois comme consultant.
Donc tu vas rester en Algérie jusqu'en fin 1979?
Voilà.
Pendant cette période, tu parles d'une année
qui tourne autour des questions d'arabilisation.
C'est quels années ça?
L'arabilisation commencera en 1976 officiellement.
Ça va être une affaire très compliquée,
y compris dans la cité où j'étais,
parce qu'il n'y a pratiquement aucun étudiant
quand je suis arrivé en 1972, on va dire 3% des étudiants peut-être,
même moins que ça.
Enfin, il y avait quelques unités
qu'on prenait l'arabe ou le parlait.
Les dialectales, oui, l'arabe dialectale,
l'arabe local, oui, bon, le français, oui,
le berber pour beaucoup d'entre eux, oui,
mais l'arabe n'était pas parlé par les étudiants.
Ils avaient tous fait leurs études en français,
qui ont un véritable problème pour ne prendre que cet exemple-là.
Et plus, l'Algérie va accélérer l'arabilisation en 1976
de manière un peu folle, voilà.
Alors qu'il ne disposait pas d'enseignants algériens
pour éduquer et faire la formation en arabe
et mener toute l'instruction primaire, secondaire,
supérieur en arabe. Il a donc fallu faire appel
à des collaborateurs venant d'étrangers.
Évidemment, les Égyptiens, les Syriens,
les Libanais se sont rapidement débarrassés
des enseignants arabisants, arabophones,
de qualité du point de vue de la langue
dont il ne voulait plus et qui était souvent très proche.
Ça va expliquer une partie de la suite
très proche de ce qu'on appelait à l'époque les frères musulmans.
Ça va être une des raisons de l'indoctrinement et de la révolte.
Les autres raisons sont plus profondes,
mais bon, ça va compter beaucoup.
Ça s'est fait dans n'importe quelle condition.
Il y aura d'ailleurs très rapidement un retour en arrière.
Par exemple, toutes les rues ont été débattisées.
Toutes les anciennes de magasins ont été débattisées.
Tous les guichets de la poste ont été débattisées.
Mais comme plus personne ne...
Il y avait des embouteillages partout, les accidents partout.
Personne ne parvenait à lire les noms arabes,
des villes ou des directions
ou même le magasin, vous voyez bien,
avec l'adventure, c'est sa bouette.
Au guichet de la poste, n'en parlons pas.
Donc ils sont revenus en arrière.
Ils ont fait du bilinguispe quelques semaines
ou deux, trois mois après parce que personne ne s'en sortait.
1978, c'est la mort de Boumédienne.
C'est la mort de Boumédienne, on a les conditions que tout le monde sait,
qui était annoncé depuis un sacré bout de temps.
Et qui a été lente parce que
il n'y avait pas de décision facile à prendre pour cette succession.
Donc le Conseil de la Révolution et l'armée,
compris la décision qui semblait s'imposer à leurs yeux,
de prendre le plus ancien,
d'un grade de plus élevé de l'armée algérienne,
Chadi.
C'était Chadi.
C'était la solution.
C'était la solution pour eux.
Il a paru tout de suite,
comme n'ayant pas l'envergure,
moins d'envergure que Boumédienne,
mais mes agents, tout le temps, la chèvrel chou.
Bon.
Et finalement, qui va quitter l'Algérie?
Je vais quitter l'Algérie dans des conditions un peu difficiles
puisque mon départ ne sera pas tout à fait volontaire.
Il va s'organiser six mois avant le départ que j'avais sconté en juin 80.
Parce que justement, déjà,
les forces dites obscures de l'islamisme dit radical
étaient à l'œuvre, y compris dans mon institut.
Et pour contrer cela,
les enseignants ou les cadres du Parti communiste
qui avaient pris pied dans l'institut
ne supportaient pas la manière d'autogestion
qu'on avait mise en place dans cet institut
et qui avaient été très productifs, très efficaces
pour la formation des gens
et pour créer une sorte d'état d'esprit intéressant.
Et donc ils ont décidé de revenir à la hiérarchie
avec professeur, maître assistant, je sais plus quoi.
Et donc de supprimer aussi l'aspect collaboratif
que nous avions mis en place dans les équipes d'enseignements,
des équipes pluridisciplinaires
pour faire en sorte que l'enseignement soit le plus efficace possible
et le plus approprié par les enseignants
et par les étudiants qui participaient aussi à cela.
Bon, cette expérience-là qui avait été très intéressante,
alors les gens du Parti communiste,
dont la plupart avaient eu une formation en Allemagne de l'Est
ou des choses comme ça, étaient d'une sectarisme
que vous connaissez, que tout le monde connaît.
Mais en même temps, c'était les seuls soutiens au régime
par rapport à l'islamisme montant.
Des situations extrêmement ambigues, extrêmement dures
et en même temps à clair dans l'apparition.
De l'extérieur, ça ne se voyait pas le temps plus
que c'était toujours le blackout en matière d'information,
les créations d'organismes indépendants
dans le domaine sadical ou autre étaient toujours interdites.
Il fallait toujours être membre du EFLN
pour pouvoir s'aider dans la responsabilité sadicale
ou même l'Union des écrivains,
l'Union des femmes ou ce qu'on veut.
Il fallait être membre du EFLN pour pouvoir...
Mais c'était pas en factice que le EFLN n'existait pratiquement plus.
Il n'avait plus de militants.
C'était donc uniquement un appareil.
Donc les militants et seuls militants qui soutenaient le régime
c'était le Pax.
Il y a les Éricains et les Partis communistes algériens.
Je sais qu'on a eu des balles à la dessus, des discussions
et on a eu beau leur dire qu'ils allaient le payer cher.
À ton retour en France, quelle activité professionnelle
vas-tu avoir?
Je veux devenir consultant pour les comités d'entreprise
en tant qu'étonnamiste.
Donc aider les comités d'entreprise à analyser
la situation et l'évolution de leur entreprise
dans le domaine économique, social, financier.
Et sur le plan politique, tu avais quitté le PSU en 1974?
J'avais quitté le PSU en 1974.
Enfin, je n'en avais pas repris de carte.
Pour quelle raison?
Je pense que j'étais loin.
Et puis les débats de l'époque, notamment avec le rapprochement
avec le Parti Socialiste, pardon, pour moi c'était un peu
la même chose.
Et puis les débats au sein du PSU paraissaient un peu
surpréfectatoires à l'époque.
À Ottawa raison, j'étais loin.
Je n'étais plus dans le coup.
Ça faisait 2 ans que j'étais parti, 2 ans et demi, presse.
Je suis pas sûr d'avoir bien compris à l'époque
tout ce qui s'est passé.
En tous les cas, je n'ai pas, j'ai eu l'utile d'en prendre le carte.
Je pense donc en 1975.
Donc j'ai quitté en 1974, 8 de fête.
Alors après 79?
Je suis parti, je vois.
Après 79?
Est-ce que tu as eu des rapports, finalement, avec l'Algérie,
proche ou lointain ou plus de rapports?
J'ai sûre tourné deux fois.
J'ai participé à toute une série de travaux sur l'Algérie
tant que j'avais encore l'esprit présent là-bas.
J'ai commis deux articles.
Un sur qui s'intitulait, c'est pas moi qui ai trouvé le titre,
je n'aurais pas osé mettre un titre à pareil,
paru dans la revue Autrement.
Les seigneurs Lesser et l'Autogestion, autour de la Révolution ingraire,
à partir de ce que j'avais vécu,
comme enseignant encadrant des stages de terrain dans l'agriculture en Algérie.
Le second va paraître dans la revue Thiermonde,
qui était à l'époque, je crois, dirigée par Serge Latouche,
où j'ai fait un article qui s'intitulait,
c'est un peu inattendu pour un économiste,
l'émolentendu industriel algérien,
montrer comment, pour des raisons progressistes,
on va développer l'industrie lourde.
Avec l'industrie lourde, on fera l'industrie intermédiaire
jusqu'à pouvoir être autonome pour faire de logements n'importe quoi.
Et du coup, l'agriculture pour l'essentiel avait été délaissée.
Malgré l'attitude des gens du plan,
on ne va pas réussir à sauver l'agriculture
et à faire en sorte que ça paye essentiellement rural.
Et ils ne sont pas partis de la situation réelle
pour essayer d'organiser un autre mode de développement d'Algérie.
Ils sont partis du principe qu'il fallait développer les forces productives
et d'abord l'industrie lourde.
Quel regard portes-tu aujourd'hui sur l'Algérie?
C'est difficile pour moi de dire quel regard je porte
parce que j'ai deux regards.
Un qui a caractère affectif,
pour des raisons d'évidence.
On ne vit pas dans un pays pendant huit ans
sans y être attaché à tout point de vue.
Le deuxième, c'est que la situation est extrêmement difficile à analyser.
Alors évidemment, ça a évolué depuis une dizaine d'années,
mais pour les Algériens et les Algériennes,
la question posée était de savoir comment sortir
de la prise en tenaille entre deux pouvoirs violents
l'existent avec l'armée et le gouvernement officiel
d'un pouvoir extrêmement autoritaire, extrêmement dur
et les aspirants au pouvoir,
le franc islamique de Celui, etc. et ses alliés,
qui mènent des actions violentes.
On ne sait pas s'ils en ont mené plus que le pouvoir lui-même.
En tous les cas,
du point de vue des principes, ils étaient bien à égalité du point de vue d'avion.
Donc toute l'Algérie était prise en tenaille entre ces deux violences
et personne ne savait comment se sortir de là,
comment même se positionner en dehors des discussions amicales
ou de bistros, ce qu'on veut, et encore quand c'était possible.
Ça deviendra d'ailleurs pratiquement impossible après 1988.
Aujourd'hui, quelle avenir voit-tu?
Je veux dire deux choses.
La première, c'est que l'Algérie, comme le Maraud d'ailleurs,
n'a pas été contaminée par le prétat arabe.
En ce cas, il n'y a pas eu d'expression populaire de masse.
Il y a eu des petites choses.
Ça ne compte pas.
Ça, pour moi, c'entraîne un certain nombre de questions
auxquelles je ne serai pas répondu.
Le deuxième, c'est que depuis quelques semaines,
des progrès de l'Afrique se sont adressés officiellement à lui,
parfois de presse, des gens de son gouvernement
ou qui ont été dans son gouvernement,
des gens proches de lui et du gouvernement,
pour lui demander mais où va le pays?
Sous-entendu, on commence à s'inquiéter sérieusement,
y compris dans les milieux proches de l'actuel gouvernement,
réagit par Boutefrika.
Est-ce que c'est le signe que ça peut bouger?
On peut dire.
La tendance aujourd'hui, c'est que l'armée reste
la catégorie sociale dominante, toujours.
Et après toute cette période d'engagement en France,
l'Algérie, au PSU, puis en dehors du PSU,
est-ce que tu as trouvé aujourd'hui des lieux
dans lesquels poursuivre cet engagement?
À part le CDTI, où j'étais actif de 80 au gros à 2000,
on a fait beaucoup de choses, y compris sur le Maghreb.
J'ai commencé à me rapprocher de tous les mouvements
qui tentaient de se créer avant 95,
parce qu'il y a eu la grande grève de 95.
Bon, pas beaucoup en fonctionnait.
Il y a eu la création d'attaques en 98.
La création d'affordes socoperniques en 98 également,
c'était parallèle, et c'est pas les mêmes motivations.
L'attaque, c'était surtout en gros d'avancations
pour la mise en place d'une taxe pénalisant les capitaux.
Et l'affordes socoperniques, c'était plutôt pour dire
qu'il faut mettre en place un lieu de réflexion
pour donner de nouveaux éléments,
de nouveaux arguments de vie pour une gauche de gauche.
Donc là, c'était l'objectif de l'affordes socoperniques.
C'est toujours, même si, bon, maintenant,
il y a des hauts et des bas,
et donc je suis resté actif à l'affordes socoperniques.
Je participe à la création.
Je suis toujours membre du bureau aujourd'hui.
Et puis, la fois les socoperniques
avec d'autres participés au Forum Social européen en 2002-2003,
c'est-à-dire des principaux animateurs
du Forum Social européen de 2003,
à Paris-Saint-Denis.
À cette occasion-là, beaucoup de contacts ont été pris,
des contacts à caractère politique.
Et on m'a demandé si j'accepterais de présider
des réunions, ou de participer à des réunions,
ou de présider à...
Et donc, j'ai présidé en début décembre 2003
avec Jacqueline Fress,
à l'époque députée communiste d'Anterre,
à la création d'alternatives citoyennes.
Il n'était pas un parti qui était une sorte de coalition
où on retrouve, en gros, les gens gauche de gauche
qui ne sont pas encartés, comme moi,
des gens qui étaient des gens de décidence de la Ligue commune.
Et aujourd'hui, Adertu fait-tu partie
d'une organisation politique?
Oui, j'ai adhéré au Parti de gauche,
après avoir adhéré au Front de gauche, d'abord,
parce que finalement, au moment de l'élection européenne de 2009,
j'ai hésité, je me suis dit, bon,
est-ce que ce serait pas plus utile d'avoir,
d'être dans une organisation politique,
peut-être pas quel qu'elle soit,
je ne pouvais pas entre le Parti communiste.
Les dissidents de la Ligue communiste
n'étaient pas encore bien organisés.
J'ai adhéré au Parti de gauche, j'allais dire presque par défaut.
Et tu y as toujours aujourd'hui?
J'y suis encore.
Merci.
