Bonjour à toutes et à tous. L'avantage en intervenant en 4e position, c'est que beaucoup de choses ont déjà été dites.
Beaucoup de choses pertinentes et qui je pense vous ont passionné. Beaucoup de choses qui appellent réflexion et qui suscitent le débat.
Et donc tout d'abord, je voulais vous dire combien j'ai été ravi d'intervenir sur le thème « Mère et Innovation » qui est un thème qui nous tient particulièrement à cœur chez Green Cross.
Et je vais vous expliquer pourquoi est-ce que nous avons déjà fait sur le sujet. Mais je vais tout d'abord vous dire d'où on parle, c'est toujours important.
Green Cross, merci d'avoir signalé l'analogie entre la croix rouge et la croix verte, et une structure qui a été créée par Mireille Gorbachev suite à Rio 1992.
Donc Rio 1992, je ne sais pas si vous vous souvenez de ce forum. On avait 188 chefs d'État, plein de bonnes volontés, qui découvraient l'urgence d'agir contre le changement climatique.
Et à l'époque, deux personnes qui modéraient les débats. Mireille Gorbachev, qui avait été chargé de cette activité, et le commandant Jacques Yves Cousteau.
Le commandant Jacques Yves Cousteau, qui avait d'ailleurs sur la tête un bonnet rouge qui rappelait l'impérieuse nécessité de protéger l'environnement.
On voit à quel point les symboles changent vite.
En France, Green Cross aujourd'hui est présidée par Jean-Michel Cousteau, plongeur, navigateur, adepte de la Blue Society et fils d'un.
Et j'ai le plaisir de la diriger après avoir été pendant un petit peu plus de dix ans ingénieur et consultant en innovation et en développement durable pour deux grands groupes.
On a une structure d'intérêt général. On intervient à la fois dans une logique de clé-doyer au niveau régional, au niveau d'une grande agglomération au niveau national, européen et international.
Et on a toujours voulu faire comme le colibri dans la célèbre analogie de Pierre Rabis, c'est-à-dire avoir des projets concrets à petite échelle qui montrent que les actions qu'on promue par nos clé-doyer sont des actions qui sont des actions qui les possibles et faciles de réaliser.
Et on se rend compte de plus en plus que quand on intervient sur tous les sujets en particulier sur l'océan, il n'y a aucune barrière entre les entrepreneurs du territoire, les banquiers, les collectivités locales dès lors qu'on parle de projets,
dès lors qu'on parle de structurations et qu'on arrive parfois à avoir des ONG, je citerai quelques exemples qui sont liés à la nôtre, où nous sommes chef de projet où nous initions des activités multi-acteurs d'un genre nouveau.
Et juste pour préciser mon propos, donc Green Cross a été co-créateur et administrateur de l'Institut de l'économie circulaire qui a eu une approche qu'on développe en particulier sur les océans. Et nous avons eu le plaisir, quand nous avons été approchés au moment du numéro 1 de Oui Demain,
de signer le manifeste Oui Demain et de considérer que c'était en montrant que l'avenir de la transition des territoires était un avenir désirable, qu'on arriverait à aller plus vite et à le faire partager par tous.
Donc tout d'abord, je voulais attirer votre attention sur le fait que l'humanité a besoin de l'océan. Ça a été dit tout à l'heure par les intervenants précédents, en particulier par Françoise.
L'océan était à la fois notre poumon et notre regard de manger, que ce soit sur la captation carbone assurée à plus de 70% par la mer, par l'activité du plankton et du phytoplancton,
que ce soit par le fait qu'une protéine sur deux que les humains consomment viennent de la mer. Et j'y viendrai tout à l'heure. L'humain à cette particularité, c'est de jeter sans la consommer 40% de sa nourriture, y compris une protéine sur deux de la mer.
Et si on regarde en fait la Terre de loin, il faut bien imaginer que la partie la plus visible pour nous quand on parle d'eau, c'est souvent le potable, qu'elle soit en pouteille ou qu'elle soit du robinet, qui représente 1% de la surface en eau douce.
Et la surface en eau douce, elle-même, représente 1% du volume global des océans. Donc là, on voit bien quelques ordres de grandeur qui nous permettent de positionner les choses.
Et cette planète-ci, la planète océan, est une planète qui est dans une santé relativement mauvaise. Donc là, vous avez quelques images pour illustrer différentes menaces qui pèsent sur la planète.
Nous avons des problèmes d'acidification des océans qui touchent à la fois les caractéristiques physico-chimiques des océans et également les caractéristiques biologiques et notamment qui font évoluer ou migrer certaines espèces.
Nous avons également des problèmes liés à la présence de macrodéchets. Ces macrodéchets sont présents en mer. On sait qu'on a des continents de plastique aujourd'hui dans le Pacifique, dans l'Atlantique, que nous avons les déchets de Fukushima également qui se promènent dans le Pacifique.
Les déchets qu'aujourd'hui l'on constate et l'on recueille en mer sont des déchets qui proviennent à plus de 90% de la Terre. Donc là, on voit bien qu'il doit y avoir une solution pour résoudre le problème des macrodéchets en mer en les traitant à la source.
Mais nous avons aussi des déchets qui relèvent d'autres échelles qu'on a beaucoup moins le loisir d'appréhender. Il s'agit des micro-polluants et des perturbateurs endocriniens. C'est notamment le cas en Europe où on constate en zone littorale une population de plus en plus âgée,
donc ayant des traitements médicamentaux lourds de plus en plus réguliers, sans que les normes sur la qualité de l'eau et notamment le contexte normatif français ou européen n'aient prévues cette situation.
Et donc ces perturbateurs endocriniens se retrouvent certes à apporter des services aux humains quand ils sont consommés, mais ensuite, quand on est sur de petits bassins comme Peuvelette, Le Gove du Morbillon ou La Méditerranée,
de changer le sexe des sardines, des macros ou d'un certain nombre d'autres poissons à certaines périodes de l'année, quand la densité en polluant est trop importante.
Et d'ailleurs, certains d'entre vous l'ont peut-être constaté, mais Green Cross et le Blacksmith Institute ont l'habitude de faire un top 10 annuel qu'on aimerait ne pas faire des endroits le plus pollués dans le monde.
Et parmi ces endroits les plus pollués, il se trouve que sept du top 10 sont des zones littorales et que sept autres sont en Afrique.
Et parmi ceux qui sont des zones littorales et en Afrique, on constate une situation tout à fait préoccupante sur le golf de Guinée, qui est liée à la fois à des problèmes de surpêche et de pollution issues d'activités pétrolières,
dont pour la plupart d'ailleurs les acteurs qui sont à l'origine ont aujourd'hui pris des mesures de dépollution et au Ghana, sur lequel on est plutôt sur des déchets qui sont liés à des activités médicamenteuses,
à des activités chimiques et à des activités industrielles.
Maintenant parmi les autres menaces, on va retrouver également la question de la surpêche et de la malpêche, ce qui était présenté tout à l'heure par Françoise,
vis-à-vis d'un gisement d'espèces que l'on connaît finalement très très mal.
Il y a longtemps que les humains, quand ils s'attaquent aux animaux terrestres, ont cessé de manger le lion, l'éléphant ou le jaguar. Pourtant, c'est vraisemblablement des animaux qui sont très très bons.
Simplement dans l'hérarchie des espèces, ils sont à tel niveau que l'humanité ne peut pas se permettre de les consommer en masse. Et pourtant, quand on regarde en fait ce qu'on va manger comme poisson, on est souvent très haut dans l'hérarchie des espèces.
Et c'est une demande qui est une demande du consommateur. Un mode de réponse partielle, et je reviendrai tout à l'heure, est de migrer considérablement d'une pêche qui est une pêche de chasse vers une pêche qui serait une pêche de culture
ou vers des modes d'aquaculture plurispécifiques qui représentent effectivement entre un tiers et la moitié des protéines que nous consommons. C'est une réponse possible. Une deuxième réponse est de réduire notre besoin en termes d'impact sur la chaîne alimentaire
et donc de manger les poissons plus petits, plus diversifiés. Ça veut dire tout un travail pour retrouver le goût. Mais en attendant, ce qu'on doit trouver et ce qu'on doit résoudre aussi sur les problèmes de surpêche et de malpêche, c'est qu'il y a un stock fossile.
Je dis fossile pour faire l'analogie avec les ressources fossiles par rapport aux ressources renouvelables qui se trouvent en grande profondeur et qui aujourd'hui a été attaqué avec des poissons qu'on connaît d'ailleurs extrêmement mal, comme par exemple le grenadier,
qui étaient des poissons avec des durées de vie relativement longues. On parle de 30 à 170 ans et qu'on a finalement décimé avant d'apprendre à les connaître.
Alors des arguments très durs ont été utilisés par certaines ONG avec un fondement scientifique tout à fait avéré pour une grande partie d'entre eux pour contrer cette pêche prédatrice.
Personnellement, il y a un argument que j'aime beaucoup utiliser qui est 100% économique. C'est que si on regarde l'efficacité énergétique d'une pêche en grande profondeur, donc il faut imaginer un bateau qui va tracter
un filet qui lui-même pêche entre 800 et 1000 mètres, chérie énormément d'eau, à une inertie considérable. On est en train de mettre 20 000 tonnes de fuel dans le bateau
pour espérer pécher 20 000 tonnes de poissons, dont un tiers était jusqu'à présent rejeté à la mer tout de suite. Une directive européenne vient de mettre fin à cette pratique.
Reste encore à trouver les filières et les gisements pour avoir l'activité portuaire et la valorisation à terre de ce stock qui va être amené à terre.
Un deuxième tiers va être gaspillé ou servir de coproduits pour de la valorisation énergétique ou dans le meilleur des cas pour de la valorisation animale.
Et un troisième tiers va être mangé. Donc si je résume, j'ai mis 20 tonnes de gazole dans un bateau pour arriver à remonter entre 6 et 7 tonnes de poissons que j'espère valoriser entre 1,20 et 1,50€ le kilo.
Vous demandez à total de faire de la protéine de synthèse à partir dans un rapport comme celui-ci et d'utiliser 3 litres de gazole pour faire 1 litre de protéine insimilable par l'homme.
Je pense qu'on le fait avec un rapport énergétique qui sera meilleur et avec un rapport économique qui sera meilleur. Donc le fait de corréler et de revenir au fondamentau finalement de l'écologie,
économie qui ont quand même la même racine grecque qui a la gestion de la maison est souvent un argumentaire qui nous permet d'avoir une grande rationalité et de mettre d'accord les entrepreneurs, les investisseurs et les environnementalistes.
Maintenant je vais repositionner une deuxième perspective qui est assez intéressante par rapport au débat, c'est que la gouvernance des océans a d'abord été une question de commerce et une question de rapport de force militaire.
On a trouvé des éléments de gouvernance antique que j'ai prévu de vous épargner pour la présentation d'aujourd'hui sur la gestion de la Méditerranée.
Mais les premiers éléments de gouvernance de l'histoire récente ont été issus du traité de Montegobe dans les années 70 et ont été structurés autour de la liberté de circulation,
d'une nécessaire urbanisation des rapports militaires mondiaux et avec les débuts de ce qu'il était nécessaire de faire pour la préservation du milieu.
Et ça avait d'ailleurs été fait à ce moment-là en réaction à des premières volontés effrénées d'aller explorer l'article, explorer l'antartique et explorer les grandes profondeurs sur les premiers mouvements de recherche des nodules polymétalliques.
Deuxième mouvement et deuxième tempo qui est très important dans la gouvernance internationale, Rio 2012.
Il y a peu de choses qui ont été crantées à ce deuxième forum environnemental 20 ans après Rio. Il y en a pourtant une qui était essentielle et qui nous semble intéressante de souligner,
c'est de demander une feuille de route internationale pour une gouvernance sereine des océans qui soit examinée en ouverture de l'Assemblée générale des Nations Unies le 16 septembre de cette année.
Ça sera fait par une conférence présidentielle à l'invitation de Ban Ki-moon et sur lequel des mesures concrètes doivent être proposées à la 21e conférence des partis qui aura lieu à Paris en décembre 2015.
Suite à ces mouvements, nous nous sommes dit, entre acteurs d'horizon très très différent, mais avec une grande proportion d'ONG françaises et internationales avançant tout ensemble, qu'il fallait avoir un texte ambitieux et fédérateur.
C'est comme ça que les acteurs de la Blue Society, on a cité nos ICA, TARA, Expedition, Siormiteur, et j'en oublie probablement, se sont tous réunis avec le Conseil économique et social avec Nicolas Hulot, le 11 avril 2013,
à l'invitation de Catherine Chabot pour lancer un appel pour la haute mer et notamment accélérer le processus qui conduira à une gouvernance améliorée des océans et en particulier à la création d'air marine protégée.
Donc ça peut être un des moteurs d'une innovation sociétale assez structureux.
Il y a un deuxième moteur qu'on voit beaucoup moins venir et qui peut apparaître comme très technologique, c'est la convergence des politiques climates et des politiques du littoral.
Je vais citer une initiative qui va vous sembler extrêmement techno. Et c'est vrai. Il y a une directive européenne sur les émissions souffrées des navires qui va arriver en application à début 2015 et qui réduit considérablement le taux de souffr et les émissions de souffr possibles.
Ça veut dire d'une manière tout à fait technique et opérationnelle que les vieux moteurs qui ont été utilisés pour propulser un certain nombre de rouliers, un certain nombre de cargo qui constitue l'essentiel à la fois de la flotte de transport de passagers et de la flotte de commerce aujourd'hui,
vont devoir être fortement actualisés. Qu'est-ce qui va être possible de faire?
Les investisseurs se sont posés la question et en fait le métier d'armateur et un métier qui est extrêmement intense et mobilisateur en capitaux et un métier sur lequel on résonne dans le temps long à échelle de 10 à 30 ans.
Ils se sont dit si on reconstruit à l'identique les navires d'aujourd'hui avec une propulsion de demain, on va avoir tout autant de problèmes sur l'intermodalité.
On ne va pas avancer sur les circulations douces. On ne va pas être capable de voir arriver de nouvelles technologies comme les navires de commerce à cerf volant, les ailes rigides dont on a vu dans la plaisance tout le potentiel et qui sont en train aujourd'hui de trouver de nouveaux débouchés dans les flottes commerciales.
On ne va pas avancer et donc autour de ce qui était au départ un projet extrêmement techno de dire on réduit les émissions de souffres sur les navires, on va avoir dans les deux à cinq prochaines années une perspective d'évolution de la flotte qui est extrêmement importante.
Aujourd'hui, nous travaillons sur des projets, notamment sur les îles du ponant dont on pourra parler dans les prochaines semaines et dans les prochains mois pour avoir des dispositifs qui soient complètement optimisés pour faire des liaisons donc entre les îles Breton et la côte.
Avec des plateformes logistiques en amont qui font du réassemblage multimodal donc qui sont capables d'éliminer tout ce qui est sur emballage et sur d'échets avant que ça n'arrive sur l'île.
Une optimisation pour qu'on arrive en train ou avec des dispositifs type voiture de location, des bus etc. directement sur un bateau qui se trouvera être propulsé par du gaz qui sera peut-être du biogas produit à proximité, peut-être issu de la fermentation des algues avec un navire qui lui même pourra alimenter en gaz les îles et d'une certaine manière pallier à l'absence d'autonomie énergétique des îles.
Et des travaux d'autonomie énergétique qui seront effectués et en zone littorale et sur les îles. On avait une demande et une évolution de législation hyper-techno et là on se rend compte que le champ des possibles est au final beaucoup plus large.
Sauf qu'on va se mettre à rencontrer un souci, c'est que tout à l'heure on parlait effectivement de murs chinois et de verticalisation très fortes. Quand on est sur des projets comme ceci, on est sur des projets qui portent l'intérêt général, qui portent une forte ambition territoriale mais où chaque acteur si l'avance tout seul ne pourra pas développer le projet dans sa continuité, dans son potentiel, qui reviendrait.
Donc d'autres pistes d'évolution qui peuvent être intéressantes. Il y en a un qu'on porte que personnellement j'adore. Les filets de pêche, peu de gens le savent mais quand ils étaient usagés très souvent, étaient laissés en mer par les pêcheurs sur la route du retour et c'était beaucoup plus facile d'installer le nouveau filet.
On n'étant plus embêté par l'ancien une fois qu'on était rentré au port. Sauf que le filet devenait comme ceci un piège à poisson de toutes espèces et amamifères marins et reste au fond des mers dans le meilleur des cas pour 100 ou 200 ans, dans le pire des cas pour 1000 ou 2000 ans.
On pouvait se poser la question de dire comment faire, il faut réglementer, c'est absolument terrible. Il y a une deuxième approche qui consistait à dire est-ce que ce filet ne serait pas valorisable.
On se rend compte qu'une grande majorité des filets qui sont utilisés pour la pêche côtière et la pêche de proximité donc là où le problème d'impact sur la biodiversité est le plus important sont des filets qui sont en nylon.
Et quand on connaît aujourd'hui les cours de valorisation du nylon, on se rend compte qu'il est assez facile d'installer un bac sur les ports et de faire une formation aux pêcheurs, y compris en les rémunérant pour qu'ils remettent leurs filets dans ce bac, donc avec un système qui pourrait s'apparenter à une consigne.
Et qu'ensuite on a trouvé un industriel qui est tout à fait prêt à utiliser les filets pour en faire de la moquette. C'est un projet qui initialement a été conçu, pensé et mis en œuvre aux Philippines.
Aujourd'hui on est en train de se rendre compte qu'on est capable de l'implanter en Bretagne Nord et en Bretagne Sud et la semaine prochaine je vais regarder les conditions de son implantation à Marseille.
Autre sujet, et je vous rassure je ne vais pas vous imposer toute la liste, c'est la complémentarité entre ce qui peut être écrit et ce que je détaille.
Nous avons contribué au dialogue depuis l'initiation du projet éolien offshore en Bête-Saint-Brieux jusqu'au débat public.
Ou initialement nous avons eu une volonté gouvernementale forte d'implanter des éoliennes en mer, une hostilité des pêcheurs et une hostilité du territoire qui ne voyait pas pourquoi ce projet ici et maintenant.
Il y a tout un travail en fait de sous-marin qui a été fait très en amont pour regarder les potentialités du territoire autour de ceci.
On s'est rendu compte qu'il y avait un gisement considérable d'efficacité énergétique que ce soit dans l'habitat ou auprès des entreprises à proximité.
Qu'un certain nombre d'entreprises du territoire pouvaient être fournisseurs de premier, de second ou de troisième rang par rapport au projet éolien offshore.
On s'est rendu compte également qu'il existait sur Terre des possibilités de stockage d'énergie, voire de méthanation, c'est-à-dire de transformer l'électricité excellentère au moment où il n'y a pas de marché pour la valoriser en gaz, gaz que l'on peut transporter par des pipelines, par des camions ou par autre chose.
On voit que quand on fait quelque chose comme ceci, peut-être qu'on a un peu moins besoin du gaz de schis dans notre mix énergétique, voire plus du tout si par ailleurs on résonne coût complet et qu'on regarde le compromis bénéfice-risque.
Et donc en structurant la filière, on est arrivé à un débat public où, en clôture du débat public, les pêcheurs se sont prononcés unanimement pour le projet, les collectivités locales et territoriales également.
Et les pêcheurs y ont même vu une opportunité de passer d'une logique de pêcheurs-chasseurs-cueilleurs à une logique de pêcheurs-cultivateurs puisqu'on peut délimiter une zone entre quatre aéoliennes en faire une concession et indexer des redevances de concession sur la reconquête de biodiversité au sein de la zone.
Et qu'en plus, l'argument sonnant et trébuchant que tout le monde a entendu, c'est qu'une coquille Saint-Jacques qui est pêchée avec une drague, comme ça se fait actuellement, se vend trois euros le kilo parce qu'elle est en sablée.
Une coquille Saint-Jacques qui est pêchée par un plongeur pêcheur qui a la seule manière d'intervenir entre quatre pylones se vend entre quatre et quatre euros cinquante le kilo parce qu'elle est de bien meilleure qualité gustative et qu'elle n'est pas assemblée.
Donc là, on voit aussi qu'on a trouvé un modèle économique vertueux à caler sur un projet qui est un projet de reconquête de biodiversité, un projet de territoire qui crée de l'emploi.
Donc je pourrais vous citer encore une myriade d'autres exemples, mais le temps passe et il est intéressant de préserver du temps pour les autres intervenants et pour les questions.
Donc je vais juste aborder quelques exemples avant de parler de nos retours d'expérience.
La question de l'élevage et de la coaculture a été posée.
On se rend compte, et pour nous, ça n'est pas une surprise, que les modèles linéaires classiques qui consistaient à élever de la manière la plus intense possible des saumons dans un fjord ou autres sont en train d'attendre à Choum.
Ils sont en train d'atteindre une limite écologique et économique.
La limite écologique, c'est par rapport au territoire qui ne peut plus absorber tous les déchets issus de l'élevage du saumon et toutes les externalités issus également des transports d'intrants.
Et la limite économique est par rapport au consommateur qui a vu se détériorer petit à petit la qualité perçue et qui aujourd'hui ne veut plus se produire et se détourne sur d'autres produits.
Et finalement, c'est un modèle qui est un petit peu le modèle similaire en mer de celui qu'on a constaté sur d'où avec les poulets et qu'on est en train de constater sur l'élevage porcain.
Et les réponses vont être relativement analogues.
C'est-à-dire qu'on est capable aujourd'hui d'avoir des modèles d'aquaculture pluris spécifiques de plusieurs espèces qu'on met en synergie.
Ça peut être du riz, des écrevis, c'est des canards. On est en train de trouver la même chose avec du plankton, des insectes et des petits poissons et que si vous êtes à Lyon et que vous avez envie de consommer des poissons de certaines espèces à Lyon,
on sera capable de faire ce modèle dans une usine.
Mais j'emploie le terme volontairement avec des guillemets parce que ce n'est pas forcément quelque chose de gris, de triste et qui pue, mais qui soit à proximité immédiate du lieu de consommation.
Et il se trouve en plus que ce modèle, quand il est bien conçu, est aussi un modèle qui est capable de capter du CO2 et donc qu'on peut mettre à proximité d'un site industriel, lui, gris et qui pue.
Dans les éléments qui me semblent également intéressants de regarder, on a un besoin très fort de travailler sur la connaissance du milieu.
En soise nous disait tout à l'heure, on connaît entre 1 à 2% des espèces et le problème, c'est que quand on est dans un terrain qui est urbanisé, qu'on sait ce qu'on connaît et ce qu'on ne connaît pas dans les grandes lignes,
on a une certaine facilité à l'analyser. Quand on connaît 1 à 2% de quelque chose, c'est très très difficile de savoir comment avancer sur les axes de recherche.
On a besoin pour ça de la recherche publique, on a aussi besoin énormément de recherche privée. Il en va de même quand on est en train de parler des enjeux santé comme les perturbateurs endocriniens.
Aujourd'hui, il y a à ma connaissance une entreprise en France qui est capable de détecter en temps réel des perturbateurs endocriniens.
On a de la chance, c'est une entreprise parisienne, elle est dans le pôle de compétitivité du Rapal et elle s'appelle Watchfrog. Elle utilise des tétards et des poissons qui se colorent en vert ou en rouge fluo quand il voit passer un perturbateur.
C'est une manière parmi d'autres. Et pourtant, on sait que les perturbateurs endocriniens sont présents dans l'eau et en particulier dans les océans et on n'en connaît pas les effets, les impacts et les doses critiques.
Donc là, on a besoin de mobiliser la recherche. Chaque projet est vraisemblablement porteur de son propre business model et peut arriver à se financer dans des situations où la recherche publique est rare.
Mais il faut trouver comment grandir les choses pour que l'intérêt général et les intérêts particuliers puissent avancer.
J'ai encore deux sujets dilemmes que je souhaitais porter à votre connaissance. Un qui concerne les macrodéchets, les océans de plastique dont on parle tous les jours.
Même une fois qu'on sera devenu vertueux à terre, qu'on aura arrêté de jeter nos mégots sur par terre pour qu'ils finissent dans la scène et ensuite dans l'océan et qu'on aura des systèmes de traitement des sordures plus propres,
il nous reste deux continents de plastique avec des macrodéchets à évacuer. Si on ne fait pas tout de suite un concours de projets pour la valorisation de ces macrodéchets
et qu'on attire l'attention d'un certain nombre de fondations pour qu'eux misent sur la recherche l'innovation et la technologie à travers ces concours de projets, on va avoir un petit peu de mal.
Il en va de même avec les déchets nucléaires issus de Fukushima, issus de la détérioration lande des sous-marins souviétiques en mer de Baruns, des stocks d'armes chimiques qui ont été en fait jetés au fond des océans dans les années 60 à 70,
dont aujourd'hui le barrage métallique est en train d'arriver et d'être complètement rouillé et de quelques autres substances sur lesquelles on va avoir besoin de mobiliser à l'échelle internationale et des fonds internationaux pour être capables de financer tout ceci
et des dispositifs techniques qui commencent à le mettre à moindre coût. Et là, je vais passer justement des défis qui sont des défis technologiques à des questions et de gouvernance qui sont plus des questions systémiques.
La première chose, c'est qu'on est en train de passer d'une logique de concurrence acharnée à une logique où on voit des modèles de coopération, de solidarité et de concurrence plus ou moins choisie, plus ou moins subie se mettre en place.
Tout ceci dans une approche qui nous demande de faire des choix et notre société telle qu'elle est structurée, en fait souvent beaucoup de mal à faire des choix. On l'a vu au moment du débat national sur la transition énergétique
où en fait quand on parlait d'énergie en France depuis 1945 jusqu'à 2013, on a réservé le débat à quelques scientifiques et techniciens qui résonnaient et qui s'engagaient pour l'ensemble de la société et on a ouvert sur une nouvelle période d'investissement énergétique
le débat sur la démocratie en se disant il faut une recherche opérationnelle et ouverte sur la société qui soit capable de donner les clés pour décider collectivement et démocratiquement de ce qu'on est capable de faire.
C'est une transition intellectuelle qui n'est absolument pas facile et qui nécessite de nouveaux modes de décision.
Quand on travaille sur l'océan on est aussi en train de travailler sur quelque chose qui a à la fois un milieu physico-chimique et un milieu biologique.
Et quand on en discute avec les gens qui sont les spécialistes des océans, en fait cette approche systémique entre l'océan vivant et l'océan physico-chimique
est une approche sur laquelle les ponts ne sont pas encore construits et pourtant la société est en attente d'une réponse qui soit une réponse globale. On attend d'ailleurs à ce sujet beaucoup du prochain rapport technique du GEC qui va sortir bientôt
et qui devrait faire un premier recollage entre les deux types d'approche.
Et il y a un domaine qui cristallise ceci, c'est le domaine du littoral. On connaît tous le littoral, chacun a son propre prisme et son propre angle d'analyse sur le littoral
et c'est une zone parmi celles qui ont le plus besoin d'une gestion intégrée depuis la prospective territoriale,
depuis également les enjeux structurels de chaque filière, pêche, agriculture, industrie, tourisme, jusqu'aux enjeux d'intermodalité et de transport.
Et une logique dont perçoit cruellement l'importance aujourd'hui en Bretagne, c'est qu'on n'est jamais arrivé à construire un barrage contre le Pacifique en alignant des blocs de béton,
mais plutôt en ayant un territoire qu'on rend agile et qu'on rend résilient.
La meilleure réponse que je peux apporter à celle-ci, c'est le roseau dans la tempête. Le roseau est tout petit, il se courbe, mais au final il est toujours vivant et il n'est pas tombé.
Donc ça fait partie des sujets sur lesquels on pense qu'il y a lieu de travailler, de mettre en place des démonstrateurs de territoires,
de faire des expérimentations toujours dans le respect de trois principes essentiels qui sont confirmés par des directives européennes, le principe de prévention, le principe de précaution et le principe pollueur-payer.
Et par rapport à ceci, il y avait une approche très 20e siècle qui était une approche que j'appelle de la découverte et de la terre brûlée.
On a commencé par découvrir la planète et ça a donné lieu à la colonisation.
Ensuite on a découvert l'espace et aujourd'hui on se rend compte qu'on a des problèmes de résidus spatiaux qui sont les choses qu'on arrive le plus à voir depuis mars et qui nous rendent la vision de la terre difficile.
Quand on la regarde depuis mars, ça serait dommage de reconstituer le même modèle sur les océans.
C'est pour ça que quand on nous parle d'aller chercher les terres rares au fond des océans, alors que le urban mining, c'est-à-dire la capacité d'utiliser les terres rares
qui sont contenues dans nos poubelles et aujourd'hui de les recycler en circuit fermé avec une approche d'économie circulaire,
se base à peu près sur la même densité de produits de base et en plus une technologie qui est détenue par un groupe européen avec quand même de fortes implantations françaises,
puisqu'il s'agit du groupe Solvay et d'une technologie qui à l'époque avait été développée pour la première fois par Rodia.
Là, on se rend compte qu'on a un arbitrage à faire avec deux choix dont un est mis en avant parce qu'il est sous le spot des projecteurs
et le deuxième ne demande qu'à être révélé. J'aurais pu dire la même chose sur les modules polymétalliques et puis j'y reviendrai tout à l'heure
sur les questions des forages, articles en articles et grandes profondeurs.
Et c'est ça qui est intéressant dans le retour d'expérience, c'est qu'on se rend compte que les business models,
qui seront les business models d'innovation du futur, sont vraisemblablement pas les business models auxquels on pense spontanément.
Et un point devrait attirer notre attention, c'est qu'aujourd'hui quand on regarde les investissements de Google sur les océans,
on se rend compte que vraisemblablement on est sur des ordres de grandeur.
Je n'ai pas eu le temps de faire l'exercice avant que vous soyez présentés les chiffres sur les budgets de recherche publique,
mais ça ne m'étonnerait pas que Google soit au-dessus du financement des institutions publiques par rapport à ces projets sur les océans.
Une innovation également qui est de plus en plus territoriale et à la fois décentralisée.
Le Sénégal par exemple est en train de travailler sur de nouvelles pratiques de pêche après avoir décimé ses ressources
et avoir eu des expériences malheureuses d'investissements internationaux.
On se rend compte qu'un certain nombre d'exemples pourraient nous servir, y compris en Bretagne.
La Colombie qui est une façade sur le Pacifique et une façade sur l'Atlantique
et également en train de travailler sur la coaculture et sur la gestion intégrée du littoral, c'est extrêmement intéressant pour nous.
Et c'est finalement cette ouverture tout à l'heure que je parlais de nouveaux business models.
Si on ne fait pas cette ouverture vraisemblablement, on va reconstituer les innovations d'humidité et du concorde que le monde entier nous envie.
Si on arrive à travailler sur cette évolution systémique, là on peut avoir une évolution qui soit beaucoup plus forte.
On a une urgence pour ceci.
C'est que la France a décidé pour la 21ème conférence des partis d'être exemplaire sur les enjeux haut et océan.
Aujourd'hui, il y a énormément à faire pour arriver à ce niveau de maturité.
J'étais juste avant d'arriver à une conférence au Sénat sur la transition énergétique dans le Pacifique.
Ce qui m'a beaucoup impressionné dans les débats, c'est que les trois quarts des intervenants nous parlaient d'innovations
qui étaient des innovations diversifiées, décarbonées, donc effectivement en utilisant massivement les énergies renouvelables,
déconcentrées et insister fortement sur la dimension démocratique, dans une logique où de nombreux territoires sont eux-mêmes en processus d'indépendance.
Et dans une notion de pilote, de donner à voir, de prendre collectivement à risque, d'investir sur de l'argent public et privé
et de raisonner système en se disant que le projet de littoral, le projet maritime qui est en train d'être porté,
c'est un projet qui met en valeur les îles du Pacifique, qui s'agisse de la Nouvelle-Calédonie, qui s'agisse de Tahiti,
donc que la Terre et la mer étaient absolument complémentaires.
Et en parallèle, du côté des grands projets, on voit des évolutions tout à fait significatives qui viennent des investisseurs.
Vous avez probablement entendu que Shell aujourd'hui préférait innover sur la biomasse marine, sur le plancton
et cesser d'explorer l'article parce que le compromis bénéfice risque n'est pas au point.
On a eu une deuxième alerte qui est venue d'un fonds d'investissement qui s'appelle GMO,
qui fait partie des dix fonds d'investissement les plus gros dans le monde, qui vient de publier un papier disant que
les hydrocarbures de Rochmer font partie des investissements sur lesquels le compromis bénéfice risque n'est pas satisfaisant
pour qu'ils exposent leurs structures et leurs sociétés de capital risques, en particulier dans les zones économiques exclusives,
donc on est en forage en grande profondeur.
Là, on sent des signaux de monde qui n'avaient pas l'habitude de se parler, qui se rapprochent.
Et c'est assez illustratif, je pense, des nouveaux modèles de gouvernance et d'innovation qu'on voit apparaître,
où on va avoir des clusters ad hoc qui se forment, des choses extrêmement agiles avec une dimension territoriale
et une dimension internationale, et surtout la nécessité de se réunir autour de projets communs,
de ne pas être dans le dire, mais d'arriver à être très vite dans le faire.
Il y avait un signal très fort qui nous était lancé par une gamine de 12 ans, 1992, qui s'appelle Seven Schoolists Suzuki,
qui est d'ailleurs toujours dans l'action depuis.
Vous êtes ce que vous faites, nous sommes ce que nous sommes en train de faire,
et je pense que dans le domaine maritime, c'est plus que tout quelque chose qui doit nous guider.
Merci.
