Ne vous inquiétez pas, nous avons l'habitude.
Vous avez fait bon choix.
Vous avez fait bon choix.
Vous avez fait bon choix.
Vous avez fait bon choix.
Vous avez fait bon choix.
Je n'ai jamais su parler et encore moins écrire.
Mais le temps passe et le moment approche où je ne pourrais plus le faire.
Alors voilà, j'ai décidé de le faire aujourd'hui, de te dire ce que je n'ai jamais réussi ou plutôt pas voulu te dire.
C'est vrai que t'as jamais su parler.
Chaque fois que tu me disais quelque chose, j'avais l'impression que tu récités ton texte.
Tu avais six ans, tu aimais la montagne, les bois derrière chez nous, marcher, jouer dans ta cabane, lancer des pierres dans les torrentes, courir dans les sentiers.
Avec ta maman, nous trouvions que tout cela était bien pour toi.
Ces années passées à profiter de cette vie te laisserait des souvenirs inoubliables, te donneraient le goût de la simplicité du naturel.
Cela semblait évident devant l'épanouissement que te procurait cette vie aux grands terres.
Et puis un jour, nous sommes partis pour la ville. En fait, tu n'as pas compris pourquoi et tu nous en as voulu.
Combien de fois nous avons entendu dire si j'aurais su, je m'aurai caché, je serais resté dans la cabane.
Et le si j'aurais su s'est transformé en si j'avais su.
Chaque fois que raisonner ton si j'avais su, nous entendions le si nous avions su en écour.
Oui, si nous avions pu savoir, mais on ne sait jamais ce qui va se passer à l'avance.
Et il faut appréhender les événements tels qu'ils surviennent et vivre avec, vivre avec.
C'est bien pour cela que tu n'as jamais su la raison de notre départ, pour que justement tu puisses vivre sans cet avec.
Je vais partir comme ta maman il y a quelques années. Je pourrais ne rien dire et garder le secret avec moi.
Et respecter ainsi la décision que nous avions prise avec ta maman.
Mais un secret ne s'enfuit jamais. Quel que soit son poids, il finit toujours par remonter à la surface.
Il y a toujours un témoin humain, un papier qui finit par surgir.
Après tout, le propre d'un secret, c'est sa révélation qui menace à tout moment, un jour ou l'autre, cette menace arrive forcément à exécution.
Je préfère que tu l'apprennes par moi, pour ne pas ajouter de l'amertume à la découverte.
Alors voilà, un jour d'automne, tu es parti comme d'habitude dans la forêt.
Le temps commençait à se gâter, ta maman est parti te chercher, moi j'étais absent.
Tu n'étais pas dans ta cabane, ni près du torrent. Elle a pris le sentier, il grimpait de plus en plus drus comme tu dois peut-être t'en souvenir.
La neige commençait à tomber, rendant le chemin de plus en plus dangereux.
La fatigue et la peur n'arrangeaient pas les choses, mais ta maman a continué de te chercher, toujours plus haut.
Je suis rentré à la maison et je t'ai retrouvé seul dans le salon, un peu inquiète.
Tu avais fait une bêtise, tu avais perdu ton bonnet et tu t'étais caché comme le font souvent les gamins dans ces cas-là.
Tu l'avais bien entendu t'appeler, mais tu n'avais pas osé répondre.
La peur de se faire gronder, de passer la volonté, de rassurer.
Tu l'as vu partir loin sur le sentier, il faisait mauvais, mais elle reviendrait forcément rapidement.
Alors, tu es rentré à la maison pour l'attendre.
C'est moi qui suis arrivé le premier. Quand je t'ai demandé où était maman,
tu m'as juste dit qu'elle était partie te chercher dans le sentier, mais qu'elle n'était pas encore rentrée.
Une maman est invincible pour une petite fille de six ans.
Une simple glissade et son invasibilité a failli disparaître en quelques mètres de delivery.
Elle est arrivée à la maison peu de temps après, survivre et se retrouver.
Dans des instants pareils, on oublie tout, de l'angoisse de te perdre, de se perdre soi-même.
Mais il y a quand même quelque chose que nous avons perdu.
Ta maman attendait ton petit frère qui lui ne viendrait jamais, ni d'autre d'ailleurs.
La chute avait quand même été fatale sur ce point.
Ça, tu ne l'as jamais su.
Nous avons décidé qu'il ne fallait pas que tu portes ce fardeau.
Nous ne voulions pas que tu puisses te sentir responsable de sa mort.
Tu n'y étais pour rien. C'était juste la vie.
Mais à six ans, il peut s'en passer des choses dans la tête d'une petite fille.
Et pas seulement d'une petite fille, il s'en passait des choses dans notre tête.
Nous avions besoin de partir ailleurs, d'oublier.
Avec le temps, ce n'ont dit à créer une sorte de distance entre nous.
Et nous aurions dû te le dire plutôt afin de briser ce malaise.
Lorsque tu étais assez grande pour l'entendre,
tu étais une adolescente qui considérait ses parents comme de vieux cons.
Comment te le dire à ce moment-là?
Tu étais déjà ailleurs dans la tête.
Et ensuite, quand tu es parti, on ne se voyait presque plus.
Juste dans des circonstances comme Noël, les anniversaires,
avec des formules convenues, ça va, ça va bien.
Il n'y avait définitivement plus de place pour le vécu.
C'est pourquoi j'ai enregistré ce message.
Aussi, quand tu en seras là, c'est que tu as enfin trouvé le temps de m'écouter.
Papa, vas-y, je reçus.
