Bonjour et bienvenue dans ce nouveau numéro, paroles d'experts consacrés aujourd'hui
aux protections financières innovantes. On connaissait les protections financières traditionnelles
dont les mérites ont largement été vantées par les acteurs historiques. Sachez qu'il
existe également des alternatives à la protection financière plus innovante. Parmi
ces nouveaux entrants, certains tirent leur épingle du jus en proposant des dispositifs
plus collaboratifs. Imaginez un système de protection solidaire créé par des groupes
de personnes partageant des centres d'intérêt communs et permettant à celles et ceux qui
le souhaitent de s'auto-assurer et s'autogérer. Et bien ce type de plateforme existe pour
nous en parler, deux experts, Bertrand Favre et Christophe Neves, respectivement co-fondateurs
de Hackman. Merci d'avoir accepté notre invitation. Première question, quels sont
aujourd'hui les solutions que vous avez identifiées sur le marché?
C'est un secteur qui est assez récent. On va dire qu'en 2010, c'était la première
société en Allemagne d'ailleurs, qui s'appelle Franchurance. Et en 2017, on ressense une vingtaine
d'acteurs dans le monde. L'assurance collaborative au sens où on en parle aujourd'hui, c'est
finalement un peu ce qui s'est déjà passé dans le monde de la banque et de la finance
avec le crowdfunding il y a quelques années. Vous suivez de très près les études économiques
et comportementales. Qu'est-ce qui leur ressort de ces études?
Alors, l'économie comportementale est une discipline scientifique dont la reconnaissance
augmente. Richard Taylor vient d'obtenir le prix de l'économie 15 ans après Daniel
Kadman. C'est une discipline qui étudie le comportement réel des individus. Un petit
peu par opposition à l'économie traditionnelle qui imagine aux mots économicus omniscient
hyper rationnel, donc qui va prendre ses choix, qui va prendre des décisions en envisageant
toutes les issues possibles. En réalité, nos comportements comportent de nombreux
biais et c'est l'objet de l'économie comportementale. Dans le domaine de la protection financière
et de l'assurance laborative, même de la assurance en général, l'économie comportementale
peut apporter de nombreuses choses à la fois sur la décision d'achat d'une protection
ou de l'assurance, sur la prévention et enfin sur l'honnêteté, prévention de la
fraude qui peut y avoir. Pour détailler un petit peu plus ces éléments, ces économistes
sont notamment constatés que les décisions qui sont prises lorsque il y a peu de rétroaction
qui concerne le futur et notamment les situations négatives, il y a de nombreux biais dans
les décisions qui interviennent. C'est d'ailleurs pour ça qu'Yatman a noé un
partenariat avec un laboratoire d'économie pour accueillir un doctorant sur le sujet
de la gestion des risques au sein de communauté.
Est-ce que vous considérez aujourd'hui que la maturité du marché identique à tous
points de vue est quelle que soit les acteurs?
L'assurance collaborative c'est quand même un secteur jeune qui est finalement aujourd'hui
sort de sa gestation. On a dit que le premier acteur est né en 2010 en Allemagne, aujourd'hui
on est en 2017 donc ça reste une activité qui est très marginale par rapport à ce
qu'on peut observer dans l'assurance traditionnelle. Une chose est sûre c'est que c'est un secteur
qui va être accompagné par le fait qu'aujourd'hui on se ressente sur le besoin du client
et c'est ça vraiment une des valeurs ajoutées fondamentales de l'assurance collaborative.
Alors quel est-il aujourd'hui précisément le besoin du client?
Alors aujourd'hui on va dire que les clients sont dans une recherche déjà d'un produit
qui soit bien adapté à leurs besoins donc c'est vraiment une conception sur mesure
du besoin et d'efficacité c'est-à-dire que ce que je mets va vraiment servir à rembourser
mes sinistres et une efficacité dans le temps également puisque on a envie que le processus
de siniste finalement prenne peu de temps pour être remboursé rapidement. Donc il y
a vraiment cette logique là, un dernier élément en tout cas qui nous concerne nous c'est
les notions de cashback c'est-à-dire que finalement plus il y a des cercles vertueux
qui se mettent en place plus finalement je vais récupérer de l'argent de ma cotisation
en sainte période de couverture.
S'agissant de la protection financière est-il qu'il y a quand même des zones de vigilance
ou des secteurs à fuir?
Ce que l'on constate c'est que fondament l'assurance collaborative justement va
remettre au coeur la relation client dans la logique de protection. Donc c'est plus
par rapport à cet élément là que l'assurance collaborative va intervenir c'est-à-dire
que la relation client dans le secteur de l'assurance n'est pas encore au niveau
des autres secteurs marchands et l'assurance collaborative contribue justement à remettre
le client beaucoup plus au centre sur ces sujets.
Comment vous voyez aujourd'hui le marché de la protection financière demain?
On va se retrouver probablement dans des situations où soit l'assurer effectivement
aura un besoin qui sera choisi, je vais déclencher une couverture autour de ce moment ou alors
ce sera de l'assurance automatique liée à un usage. C'est finalement dans le premier
cas j'ai un appareil photo, je souhaite trouver un produit de protection financière pour
cet appareil photo que je vais trouver par mon club photo. L'autre cas c'est finalement
je rentre dans une voiture, je la conduis, je suis assuré automatiquement. Voilà un
peu le prisme qu'on identifie nous sur l'évolution du secteur.
Vous êtes justement les deux confondateurs d'une entreprise qui s'appelle Yakman,
quelle est sa spécificité finalement sur le marché aujourd'hui?
Alors Yakman est un fournisseur de solutions d'auto-assurance infinitaire et collaborative
qui permet à des groupes de construire leur protection sur mesure, de s'auto-assurer
et de s'auto-gérer sous un schéma innovant de solidarité financière et collaborative.
Alors ces groupes ça peut être des amis, des familles, des passionnés, des associations,
des clients d'entreprise dès lors qu'il y a un centre d'intérêt commun entre eux.
Un des gros avantages c'est qu'en termes de protection sur mesure vous pouvez en quelques clics,
ça prend une quinzaine de minutes, construire sur la plateforme de Yakman la protection qui
répond aux besoins de votre communauté. Grâce à notre plateforme, justement on peut couvrir
un bien à un moment que l'on aime dans un domaine qui est mal couvert et ceci peut se faire
en quelques clics.
Alors collaboratif très bien mais concrètement ça fonctionne comment? En fait sur la plateforme
on va dire un créateur de groupe ou l'animateur d'une communauté, que ce soit une communauté
de passionnés, de clients, clients d'une entreprise ou adhérents d'une association,
on va pouvoir créer un produit de protection sur mesure qui va destiner à sa communauté
et les gens vont y souscrire en ligne et les montants versés vont directement être
déversés dans le Pocoma qui sert à gérer les sinistres. C'est ce qu'on appelle finalement
l'auto-assurance. Ensuite on entre dans la période de couverture, donc période de couverture
pendant laquelle finalement l'adhérent, le groupe est complètement imperméable, l'adhérent
va pouvoir faire sa déclaration de sinistre en ligne, on est vraiment dans une logique
complètement digitalisée et c'est un jurid de trois personnes qui va être tiré aléatoirement
au sein de la communauté qui va faire office de jurid pour valider le sinistre. En 72 heures
vous avez un résultat sur votre sinistre et vous êtes remboursé, c'est ce qu'on appelle
vraiment l'autogestion. Et puis en fin de période de couverture, le cercle vertu ayant
été enclenché, on a une logique où finalement tous les fonds qui sont résiduels dans le
commun sont partagés entre les adhérents et c'est ce qu'on appelle la redistribution
des fonds en fin de période de couverture.
– Admettons, je veux faire partie d'un groupe créateur, quelles sont les spécificités
à savoir?
– Alors si vous voulez être créateur de groupe, vous pouvez donc créer la protection
qui va concerner votre communauté et donc ainsi répondre à plusieurs besoins de votre
communauté. Premier élément c'est justement de renforcer la confiance dans un univers
risqué, c'est-à-dire que au sein de votre communauté vous avez ressenti un besoin parce
qu'il y a un matériel coûteux, parce qu'il y a un moment qui compte pour les gens dans
la communauté et vous souhaitez adresser ce besoin en offrant un niveau de protection
avant le moment.
Deuxième objectif, enfin qui rejoint un petit peu le premier, c'est un peu dans une logique
de philisation, différenciation, c'est-à-dire que par rapport aux autres associations,
par rapport aux autres entreprises, vous apportez un service innovant et différentiant au membre
de votre communauté. Et puis troisième élément c'est la possibilité d'avoir des revenus
complémentaires puisque le créateur de groupe peut toucher une commission, ce qui n'est
pas exclu justement de la différenciation et philisation de sa communauté puisque même
des petites associations, on peut ainsi générer quelques centaines d'euros de commissions
pour financer des activités au sein de celle-ci.
Il y a alors un versement pour les futurs hypothétiques adhérents qui nous regardent,
quelles sont les spécificités à connaître?
Donc on est dans une solution qui est transparente, dans la mesure où vous savez à l'avance
quelle sera la compensation financière que vous allez toucher en fin de sinistre, c'est
rapide et efficace parce que la plateforme est digitale et l'autogestion permet d'être
efficace d'un point de vue temporel et financier. Et puis le dernier point c'est que finalement
on ne paye plus à fond perdu, dans la mesure où en fin de vie du groupe on redistribue
les fonds qui sont résiduels dans la cagnotte entre les différents membres du groupe.
Et alors le cadre juridique de l'assurance collaboratif est quand même assez flou et
est-ce que vous n'avez pas peur que ça tourne en votre défaveur sur le long terme?
Pour nous il s'agit plutôt d'une opportunité. Tout d'abord il faut savoir qu'il y a pas
mal d'éléments qui protègent le client, les fonds qui nous sont confiés sont hébergés
au sein d'un établissement de paiement agréé par le régulateur et donc on se retrouve
protégé de ce fait. Ensuite on voit vraiment l'évolution du cadre juridique un peu à
la façon de ce qui s'est passé sur le croit de fondime en dons, en prêts ou en fonds
propres, c'est-à-dire avec une construction progressive du cadre juridique à travers
le développement de l'assurance collaboratif.
Comment vous êtes percée aujourd'hui par les assureurs historiques, complémentaires
ou concurrents?
Clairement on se précisionne comme complémentaires d'ailleurs, on présente notre solution
comme un fournisseur de solutions à destination de groupes affinitaires donc les assureurs
sont clairement dans notre cible. Alors on a des discussions avec les assureurs sur
la partie sécurisation du pot commun mais par ailleurs sur des opportunités plus commerciales
on est les gens en discussion avec de nombreuses institutions financières parmi lesquelles
des assureurs et des mituelles qui s'intéressent à notre solution pour l'appliquer à leurs
propres clients.
Et souvent via quatre prismes, il y a quatre pistes de collaboration qui sont envisagés,
une approche de type bac à sable. Finalement je vais pouvoir créer une offre sur mesure
sur la plateforme en quelques minutes, on identifie nous en moyenne 15 minutes pour
créer un produit que je vais adresser à une cible que je veux tester.
Une logique de découvrir des nouveaux univers que je ne couvre pas dans mon métier traditionnel
je me lance dans le matériel sportif, dans les instruments de musique, j'ai une solution
qui est parfaitement adaptée pour tester ces univers.
Une logique qui est plus produit moins cher, on va dire logique économique de type produit
de repli ou second chance, finalement l'assurance traditionnelle est trop cher, perçu comme
trop cher par le client, j'ai un produit de repli moins onéreux effectivement qui
va permettre de garder le lien avec ce client.
Et puis la dernière application c'est finalement disposer d'une solution que je peux mettre
à disposition de mes propres clients ou distributeurs si j'ai des clients à association, va même
entrepris donc pour leurs salariés, pour leurs adhérents, qui vont utiliser la solution
pour créer des groupes et avoir des protections sur mesure pour leur communauté.
– Ça semble bien parti, quelles sont vos projets et perspectives pour l'avenir?
– En termes de développement commercial, on a un accueil très favorable, on a aujourd'hui
une quinzaine de grands comptes actifs qui sont intéressés par le développement de notre
solution et on vise une collecte de 80 millions d'euros à horizon 5 ans sur la France.
On pense également à un développement européen puisque notre solution est facilement transposable
dans les autres pays de l'Union européenne.
Enfin, l'international est également présent déjà dès maintenant, de façon un petit
peu connexe puisqu'on a été sollicité par un assureur important en Afrique qui
voit nos solutions comme une première marche entre les systèmes de gestion informel des
risques qui existent dans certains villages et leurs solutions traditionnelles d'assurance.
– Merci Alain et à l'autre pour vos interventions respectives, merci à vous de nous avoir suivis.
On se retrouve bientôt pour un prochain numéro de paroles d'experts.
