Si vous regardez bien ce bâtiment et si vous vous promenez autour, vous verrez qu'il n'y a pas de peinture, rien n'est peint.
Tous les matériaux ont leur propre couleur, y compris la pierre très jaune qui est une pierre de la région de Metz qui s'appelle la pierre du Soleil, qui vient de la carrière de Jomon et avec laquelle toute la ville de Metz y compris la cathédrale est construite.
Cette pierre avait une sorte de douceur, de côté un peu méditerranéen, en tout cas elle permettait d'échapper à quelque chose qui soit trop strict et on avait envie juste par cette couleur de marquer cet immeuble.
Les autres matériaux, ils sont tous ce qu'ils sont, vous avez le mur du marché qui est en béton coulé en place sur un coffrage, qui est un coffrage ondulé, les gardes de corps, toute la serrurie, elle est galvanisée.
Quelque part, il n'y a pas de mensonges sur les matériaux, ils sont ce qu'ils sont et c'est important pour la sensation qu'on a quand on est dans un bâtiment, qu'il soit ce qu'il est.
Il n'y a pas besoin d'être, disons que c'est une des grandes difficultés de la construction aujourd'hui, c'est d'avoir des matériaux de qualité et de leur faire jouer leur rôle, alors que très souvent on met des couches sur les couches sur les couches, on cache la misère toujours.
Il y a un corps de métier qui fait son travail à peu près, il y en a un autre qui passe derrière et qui cache la misère avec des cornières, des enduides, des vachins, des trucs. Là, il n'y a rien de tout ça.
C'est ce qui permet, je pense aussi, au bâtiment de bien vieillir. Je peux le dire, 20 ans après.
Les origines du projet, c'est un concours d'idées qui est une procédure qui n'existe plus aujourd'hui, qui permettait en fait de répondre à une question, mais en même temps d'élargir le champ de la réponse.
Donc la question ici était qu'il fallait reconstruire un vieux marché qui était vraiment en piste aux états et qu'il fallait aménager un peu autour pour qu'on puisse venir dans ce nouveau marché.
Et la réponse qu'on a faite, nous, c'était de considérer qu'un marché, c'est un endroit qui est fermé la plupart du temps.
C'est ouvert 3 000 journées par semaine uniquement. Et quand on regardait un petit peu le contexte de la ville, le fait qu'elle n'avait pratiquement plus de fonciers disponibles,
on s'est dit qu'on était au croisement des voies principales et qu'il y avait sans doute un enjeu urbain qui dépassait ce qui était indiqué dans le programme.
C'est pour ça qu'on a proposé de refaire le marché, mais de chercher aussi à ce que ça devienne un lieu de support d'animation.
C'est pour ça qu'on avait proposé ces quelques commerces qui eux sont supposés fonctionner en permanence et donc servir de relais à l'activité foraine qui est liée au marché.
Et puis après, il y avait une idée qui était de dire aussi que quelque part, il y avait le potentiel pour renouveler la ville sur elle-même
et donc faire un bâtiment qui incite à ce renouvellement urbain puisque tout autour, il n'y avait que des petits pavillons.
Donc on va dire qu'avant la lettre, bien avant la lettre, on s'était posé la question de la densification,
du fait que c'était les voies principales, qu'on avait quand même plusieurs lignes de bus qui se croisaient ici et se croisaient au cas de bout de l'espace,
mais que donc il y avait un potentiel urbain et que par ailleurs, la ville avait mis toutes ces institutions, entre guillemets,
dans le Vieux-Bourg qui était très marqué par sa structure rurale, par ses murs, toutes choses qui étaient très belles sur le plan patrimonial
mais qui posait la problème de l'accessibilité en voiture.
Et donc du coup, quelque part nous disait, ici, ça pourrait être le support de la nouvelle centralité.
Il faut dire aussi qu'il y avait, dans le prolongement de cet aménagement, aussi, il y avait une maison des associations dans le parc des Champs-Fous
et donc était prévue aussi l'aménagement du parc des Champs-Fous.
Donc on avait répondu sur une stratégie globale, sur l'ensemble de ces dispositifs, sachant que la ville, à l'époque, elle souhaitait pas qu'il y ait une zague.
Donc il fallait inciter, enfin, on avait, nous, c'était l'analyse qu'on avait faite, c'était d'inciter à du renouvellement urbain,
sans obliger la ville à créer ce qu'elle ne souhaitait pas créer, une zague qui aurait permis de mieux maîtriser l'urbanisation.
Il y avait pour moi une vraie difficulté qui consiste en fait à construire un immeuble sur un sol public, cet espace,
cette place qu'on a entièrement réaménagée parce qu'au départ, la place était au niveau de la route départementale
et donc c'est nous qui l'avons surélevée lorsqu'on l'a aménagée pour que ça devienne une place piétonne,
protéger des risques des voitures et donc un grand dispositif d'espace public.
Donc je me répète un peu, mais nous, notre idée, c'était de fabriquer un centre,
une forme de centralité, une polarité, il ne sait pas comment l'appeler,
nouvelle pour chez Mazara qui n'avait pas beaucoup de lieu de référence.
Donc c'était l'idée de faire un lieu de référence et de faire en sorte que le sol reste vraiment public.
Donc c'est pour ça qu'on avait prévu toujours ces passages pour qu'on puisse passer à travers.
Le marché, même lui, ces portes qui sont transparentes pour qu'on puisse voir à travers,
l'idée était de pouvoir garantir cette porosité.
Et donc à l'appui de ça, on n'a jamais imaginé un programme de nature privative comme pourrait l'être du logement.
On a toujours essayé de penser cet immeuble comme un équipement public ou collectif plutôt,
même si c'est du bureau, même si c'est privé, les bureaux, même si les commerces sont privés.
Ce qu'on a cherché, c'était plutôt que ce soit un pôle de service, on pourrait dire aujourd'hui,
au sein de la ville et bien placé.
Il y avait une idée qu'on a essayé de développer, qui apparemment marche moyennement bien,
qui était de dire, le boulot n'est pas forcément en dehors de là où j'habite.
Et donc l'idée c'était de se dire, c'est un pôle de service qui pourrait être là,
qui est sur une route qui est très fréquentée, donc entre l'autoroute et Orly,
donc un endroit qui nous semblait bien placé pour trouver du bureau,
mais le mettre dans une situation de mixité avec de l'habitat.
Je crois qu'aujourd'hui on commence à reparler de ça, à réinciter des pratiques comme ça.
C'est vrai que le fait que le site ne soit pas desservé par une station de métro, par exemple,
ou par un hangar, c'est un peu handicap, mais moi je pense qu'on va y revenir quand même.
Parce que l'idée c'est évidemment qu'il y a un quartier d'habitat qui soit construit autour de cet emplacement.
Il y avait le seul potentiel foncier que la ville pouvait utiliser, potentiellement c'était celui-là,
même s'il s'est fait au vrai d'initiatives privées, c'était quand même bien salué.
J'ai eu beaucoup d'échange avec Gérard Funès, quand on a construit cet immeuble,
parce qu'évidemment il a provoqué des tolés,
puisqu'il était en rupture d'échelle complète avec son environnement à l'époque.
Donc la question sur le plan politique, c'était effectivement pour le maire d'assumer,
vis-à-vis de la population, ce changement d'échelle qui était tensionne de notre part,
pour les raisons que j'ai expliquées tout à l'heure,
que nous semblait qu'il y avait un potentiel foncier qui était totalement sous-exploité par rapport à la situation.
Le jour où je suis venue annoncer à Gérard Funès qu'on avait donc ce prix,
le prix d'architecture, le prix de la première œuvre,
il m'a dit bon, d'accord, c'est bien, je vais savoir quoi dire pour le monsieur qui vient de sortir de mon bureau
et qui me menace de mettre une bombe sur cette horreur.
Donc les débats étaient vifs, les réactions étaient très vives,
donc j'en ai beaucoup entendu parler au moment de la construction
et par contre j'ai pas eu du tout le retour ensuite.
C'est assez frustrant pour un architecte de s'investir, on va dire à la folie,
parce que pour réaliser quelque chose, il faut un investissement considérable
et personne ne vous dit jamais merci,
personne ne vous dit jamais c'est moche ou c'est vachement bien.
Ça part dans un espace sidéral et donc nous voilà, c'est comme un navire qui prend de la mer
mais on n'a aucune idée de où il va.
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