Une sur le traité d'alliance entre la France et l'URSS du premier numéro du Monde, le 19 décembre 1944. | |
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| Zone de diffusion | International |
| Langue | français |
| Périodicité | quotidien |
| Format | Berlinois |
| Genre | Généraliste |
| Prix au numéro | 3,00 € (numéros datés du dimanche-lundi à vendredi inclus), 4,70 € (numéro daté du samedi) |
| Diffusion | 323 565[1] ex. (2019, |
| Fondateur | Hubert Beuve-Méry |
| Date de fondation | 1944 (il y a 77 ans) |
| Éditeur | Société éditrice du Monde |
| Ville d’édition | Paris |
| Propriétaire | Groupe Le Monde : Xavier Niel et Matthieu Pigasse |
| Directeur de publication | Louis Dreyfus, Jérôme Fenoglio |
| Directeur de la rédaction | Caroline Monnot |
| Rédacteur en chef | Michel Guerrin Marie-Pierre Lannelongue (M le magazine du Monde) Philippe Le Coeur & Michaël Szadkowski (rédaction numérique) Christophe Ayad (International) Caroline Monnot & Nicolas Chapuis (France) Anne Eveno (Économie) Auréliano Tonet (Culture) |
| ISSN | 0395-2037 |
| ISSN (version électronique) | 1950-6244 |
| OCLC | 833476932 |
| Site web | lemonde.fr |
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Le Monde est un journal français fondé par Hubert Beuve-Méry en 1944. Se voulant journal « de référence »[2],[3],[4], régulièrement considéré comme tel[5],[6],[7], y compris à l'étranger[8],[9], il est le quotidien national payant le plus lu en France (2,44 millions de lecteurs en 2021)[10] et le plus diffusé (393 109 exemplaires par numéro en 2020, en augmentation de 20,75% en 2020)[11],[12]. Il a été le journal le plus diffusé à l'étranger jusque dans les années 2000, avec une diffusion journalière hors France de 40 000 exemplaires[13],[14], tombée à 26 000 exemplaires en 2012[15].
C'est l'un des derniers quotidiens français dits « du soir », qui paraît, daté du lendemain, à Paris en début d'après-midi ainsi que, un peu plus tard, dans certaines grandes villes, et est distribué ailleurs le matin suivant.
Sa ligne éditoriale est parfois présentée comme étant de centre gauche[16], bien que cette affirmation soit récusée par le journal lui-même, qui revendique un traitement non partisan[17]. Son lectorat était néanmoins composé à 63 % de lecteurs de gauche en 2014, selon un sondage réalisé par l'Ifop pour le magazine Marianne[18].
Le journal est édité par le groupe Le Monde, détenu en 2021 à 72,5 % par la holding Le Monde libre (Xavier Niel, Madison Cox, Prisa, Matthieu Pigasse et Daniel Kretinsky)[19]. Le journal bénéficie de subventions de la part de l'État français.
Le premier numéro du Monde paraît le , daté du 19 décembre sur une seule page recto verso. Il succède au journal Le Temps qui, victime de l'ordonnance du 30 septembre 1944 sur les titres ayant paru sous l'occupation de la France par l'Allemagne, a vu ses locaux réquisitionnés et son matériel saisi. Le Monde, bénéficiaire de cette confiscation, en reprend le format et la présentation, l’équipe rédactionnelle, les ouvriers et employés ainsi que les anciens locaux situés rue des Italiens, locaux où il restera 44 ans et qui lui valent le surnom de « quotidien de la rue des Italiens ». Le général de Gaulle, qui souhaitait doter la France d'un « journal de prestige » tourné vers l'étranger et qui serait « l'officieux » de la République, est un élément moteur de sa création[20]. Il charge son Ministre de l'Information Pierre-Henri Teitgen d'en trouver le directeur, choix difficile car la plupart des hommes de presse de l'époque étaient d'anciens collaborateurs ou déjà à la tête de journaux de la presse clandestine[21]. Georges Bidault, le président du Conseil national de la Résistance lui suggère le nom d'Hubert Beuve-Méry. Ce dernier hésite longtemps car il veut diriger un journal indépendant vis-à-vis des pouvoirs politiques, économiques et religieux. Le , Hubert Beuve-Méry fonde la société à responsabilité limitée Le Monde au capital de 200 000 francs répartis en 200 parts sociales, son premier comité de rédaction comprend également René Courtin, professeur de droit, et Christian Funck-Brentano, ancien chargé des questions de presse au cabinet du général de Gaulle[22]. Le quotidien, destiné comme Le Temps aux élites[Note 1], tire à 150 000 exemplaires dès 1945. Né dans l'ombre du pouvoir, Le Monde s'en émancipe progressivement grâce à Hubert Beuve-Méry qui acquiert son indépendance rédactionnelle durant la guerre froide et la guerre d'Indochine[23].
Les salariés du journal tiennent une place centrale dans la gestion du quotidien. En 1951, la Société des rédacteurs du Monde est créée, qui a pour mission de veiller à l'indépendance journalistique du titre. Elle se voit initialement attribuer un peu plus de 28 % des parts de la SARL Le Monde[24]. (ont suivi la société des employés et des cadres en 1968, et celle des lecteurs en 1985) . En 1956, Le Monde devient propriétaire de son immeuble rue des Italiens. À partir du début des années 1960 la diffusion du titre connaît une forte expansion, qui la fera tripler en 20 ans, passant de 137 433 exemplaires en 1960 à 347 783 en 1971, puis près de 500 000 à la fin des années 1970[25].
Cette indépendance financière, éditoriale, est aussi politique. Le journal est le point de jonction de plusieurs grands courants d'idées principalement liés au courant de la social-démocratie chrétienne sur le plan intérieur et un anticolonialisme modéré sur le plan extérieur.
Cela entraîne des débats. Outre la querelle avec De Gaulle, on note que Jean-Jacques Servan-Schreiber, responsable de la page de politique extérieure, quitte le journal au début des années 1950 en lui reprochant son neutralisme dans les relations Est-Ouest[26]. En 1954 est lancé le Monde diplomatique[27]. En 1955/56, le CNPF présidé par Georges Villiers pensait que Le Monde était trop orienté à gauche et décida d'aider au lancement d'un quotidien concurrent, Le Temps de Paris. L'opération était coordonnée par l'ancienne éminence grise de Pierre Laval, Jean Jardin ; dès la publication du premier numéro, en mars 1956, le directeur du Monde, Hubert Beuve-Méry, fut rassuré par la qualité jugée plutôt médiocre du journal concurrent, dont la publication s'arrêta au bout de quelques mois[28]. Le journal refuse en 1957 la publication d'un article de Jean-Paul Sartre consacré à l'usage de la torture en Algérie[29]. Sous la Ve République, le journal soutient la politique étrangère du général de Gaulle[30], tout en critiquant sa politique intérieure.
Hubert Beuve-Méry, le fondateur du titre, prend sa retraite en 1969[31] Dans les années 1970, il s'oriente clairement vers un soutien à l'Union de la gauche[32] et dénonce les scandales financiers qui éclatent sous la présidence de Giscard d'Estaing (affaire des diamants[33], etc.) L'hostilité forte des journalistes du quotidien vis-à-vis de Valéry Giscard d'Estaing est étudiée en 2014, dans une enquête intitulée Le jour où… « Le Monde » choisit de torpiller Giscard[34]. Raphaëlle Bacqué y revient sur l'affaire des diamants telle qu'elle fut vécue à l'intérieur du Monde et évoque l'aspect très politique de son exploitation. Son enquête mentionne notamment l'hostilité générale des journalistes de la rédaction à Giscard d'Estaing et leurs proximités avec l'opposition. Elle indique aussi les débats internes entre ceux, tels que le chef du service politique, Raymond Barillon, qui sont circonspects et réticents à reprendre les révélations du Canard enchaîné et ceux, tels l'éditorialiste Philippe Boucher, « abhorrant le giscardisme », qui veulent pousser l'affaire en l'amalgamant notamment avec des révélations mentionnées par Minute sur un permis de construire obtenu par Raymond Barre et des informations sur le patrimoine en Afrique de cousins de Giscard. Philippe Boucher, plus tard nommé au Conseil d'État par François Mitterrand, reconnaîtra en 2014 avoir eu la dent un peu dure dans l'exploitation de cette histoire[34]. À l'époque, la ligne éditoriale, sans se revendiquer explicitement de gauche, est généralement solidaire des mouvements révolutionnaires « socialistes » (Vietnam, Portugal, allant jusqu'à titrer « Phnom Penh libérée » lors de la prise de la ville par les Khmers rouges, en [35],[36]).
En 1981, Claude Julien succède à Jacques Fauvet. Le nombre de lecteurs est à son plus haut. Le journal soutient la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle française de 1981[37]. Après la victoire du candidat socialiste, Jacques Fauvet écrit dans le numéro du : « Cette victoire c'est enfin celle du respect sur le dédain, du réalisme sur l'illusion, de la franchise sur l'artifice, bref, celle d'une certaine morale[38]. » Après l'élection, le soutien affiché du journal à François Mitterrand lui coûte de nombreux lecteurs[39].
En 1985, André Laurens qui avait succédé en 1982 à Claude Julien, est écarté de la direction à la suite de la baisse des ventes; alors qu'il titrait en moyenne 434 000 exemplaires entre 1974 et 1981, il voit sa diffusion chuter à 335 000 exemplaires en 1985, le faisant descendre en dessous de son seuil de rentabilité[40]) On reproche à Laurens son rapport au socialisme mitterrandien .
Il est alors remplacé par André Fontaine[41]. La ligne éditoriale avait pris ses distances avec le miterrandisme, affichant notamment son scepticisme sur la politique de nationalisations menée par Pierre Mauroy[37]. C'est notamment la dénonciation du scandale du Rainbow Warrior qui permet au journal de faire preuve de son indépendance et de voir ses ventes rebondir[42]. Le Monde est ensuite en première ligne dans la dénonciation des scandales de l'ère Mitterrand (Affaire des Irlandais de Vincennes[43], Carrefour du développement, etc.). Une véritable animosité oppose alors Mitterrand au journal, visant plus particulièrement le journaliste Edwy Plenel[44]. Plusieurs journalistes du Monde font ainsi l'objet d'écoutes téléphoniques clandestines de la part du pouvoir[45].
En 1985, la BNP exige que le journal vende son immeuble de la rue des Italiens[46]. Le Monde s'installe 15, rue Falguière (15e) en dans un bâtiment conçu par les architectes Pierre du Besset et Dominique Lyon, puis 21 bis rue Claude-Bernard (5e) en 1996 et enfin, en 2004, boulevard Auguste-Blanqui (13e) dans un bâtiment conçu par l'architecte Christian de Portzamparc, dont l'architecture s'inspire du siège du New York Times[47].
En 1989, en raison de la concurrence de Libération et d'un renouveau du Figaro, la diffusion a reculé de 40 000 exemplaires en dix ans[48].
En un triumvirat doit succéder à André Fontaine. Composé de Daniel Vernet (gérant-directeur), Bruno Frappat (directeur de la rédaction) et Martin Desprez (directeur-gestionnaire), il cède finalement sa place, à la suite de rivalités internes, à Bruno Frappat (toujours à la tête de la rédaction) et à Jacques Lesourne, économiste, élu directeur de la publication du Monde le qui devient le premier non-journaliste à ce poste[49].
En 1994, Le Monde troque le statut de SARL pour celui de société anonyme (SA) à directoire et conseil de surveillance. À la suite de la démission de Jacques Lesourne qui n'avait pu enrayer la chute de la diffusion du titre et du chiffre d'affaires publicitaire, Jean-Marie Colombani, rédacteur en chef, est élu directeur de la publication du journal en [48], d'abord par la société des rédacteurs puis par les actionnaires du journal. Il nomme, en , Noël-Jean Bergeroux directeur de la rédaction. En 1995, il lance une nouvelle formule du quotidien. Lors de l'élection présidentielle française de 1995 , l'hostilité de Colombani à Jacques Chirac (à la suite de la tragédie d'Ouvéa), l'anti-mitterrandisme d'Edwy Plenel[Note 2] et le mondialisme balladurien d'Alain Minc, président du conseil de surveillance de la SA Le Monde, font que leur journal est accusé par ses confrères de balladurisme[50]. Le Canard enchaîné titre, le « Le Monde balladurisé ? C'est pas une Minc affaire ». Cela jette le trouble dans son lectorat[51].
Après une première recapitalisaion de 295 millions de francs en 1995, Le Monde se lance sur Internet en 1996 : Lemonde.fr propose des dossiers en ligne, la Une en version graphique à partir de 13 h, l’intégralité du journal avant 17 h, l’actualité en liaison avec l’AFP et des rubriques sur la Bourse, les livres, le multimédia et le sport. Deux ans plus tard, le journal complet en ligne coûte cinq francs (l'équivalent de 0,76 euro) alors que le journal imprimé coûte 7,50 francs (1,15 euro)[52]. Certains articles du supplément imprimé hebdomadaire Télévision-Radio-Multimédia sont disponibles gratuitement en ligne Multimédia, rebaptisée ensuite « Nouvelles technologies ».
Jean-Marie Colombani, réélu en 2000 engage la construction d'un groupe de presse, le Groupe Le Monde. Après avoir tenté en vain de racheter L'Express à Vivendi Universal Publishing (ex-Havas) en 1997[53], il prend le contrôle du groupe Les Journaux du Midi (anciennement Midi Libre SA) en 1999 et acquiert 30 % des « Publications de la vie catholique » en 2003 (notamment La Vie, Courrier international et Télérama dont il revend le patrimoine immobilier[54]). En 2002 et en 2003, plus de 60 millions d'euros sont émis en obligations remboursables en actions (ORA), ce qui alourdit l'endettement à long terme déjà élevé[55],[56],[57].
En 2003, une série d'ouvrages et de travaux critiquent la neutralité du journal et dénonce les trois dirigeants du Monde, Jean-Marie Colombani, Edwy Plenel et Alain Minc. Dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales, le sociologue de l'école bourdieusienne Patrick Champagne analyse l'évolution du quotidien et l'influence de Jean-Marie Colombani dans l'article « Le médiateur entre deux mondes ». Ces critiques deviennent accusations dans l'essai La Face cachée du « Monde ». En , ce livre de Pierre Péan et Philippe Cohen affirme, entre autres, que l'équipe dirigeante a pris le parti de s'orienter vers une logique de rentabilité et de vente faisant fi des règles déontologiques[58]. Ils reprochent par exemple le salaire mensuel du directeur de la rédaction du Monde (26 000 euros par mois) en dépit d'une perte estimée à vingt-cinq millions d'euros pour l'exercice 2003 au niveau du groupe (périmètre de CA de 460 millions d'euros, année d'acquisition du groupe La Vie catholique par Le Monde). La ligne éditoriale originelle aurait été altérée afin de répondre aux objectifs de pouvoir des rédacteurs et d'un petit groupe affilié, avec des collusions dans des cercles économiques. Le non-respect de la raison d'État est également au cœur de la critique avec certains parti-pris éditoriaux[59]. Lors de l'élection de 2002 ils affirment que le journal a mené une campagne active pour Lionel Jospin[60]. Une plainte du groupe pour diffamation[61],[62]médiatisée, est finalement résolu e par la médiation de Guy Canivet, premier président de la Cour de cassation, en , évitant le procès[63],[64].
Alain Rollat, journaliste au Monde de 1977 à 2001, se livre, quant à lui, à une sévère auto-critique des errements survenus dans la gestion de l'entreprise sous la direction de Jean-Marie Colombani, principal responsable, à ses yeux, de l'emprise croissante des « puissances d'argent » sur le « quotidien de référence ». La publication de son témoignage est délibérément occultée par ses anciens compagnons[65]. Daniel Schneidermann, employé du Monde, critique dans son ouvrage Le Cauchemar médiatique la réaction de la direction du quotidien, en estimant que celui-ci ne répondait pas aux arguments du livre La Face cachée du « Monde ». Les dirigeants du Monde le licencient en pour « cause réelle et sérieuse » : selon eux, un passage du livre de Daniel Schneidermann était « attentatoire à l’entreprise pour laquelle il travaille ». Le journaliste a poursuivi le quotidien aux prud'hommes de Paris, qui lui ont donné gain de cause en [66] confirmé en appel en mars 2007[67]. Une autre enquête sur le génocide du Rwanda[68] provoque, selon Éric Fottorino, le malaise des journalistes du Monde, le journal ayant « entériné la vision fausse et facile d'un double génocide qui dédouanait la diplomatie française, gauche et droite confondues »[69]. Le , Edwy Plenel démissionne de la direction de la rédaction[70],[71],[72], puis quitte le journal en septembre 2005[73],[74].
Devant cette crise, Le Monde accepte l'augmentation de capital du groupe Lagardère et publie une nouvelle formule, préparée par Éric Fottorino et son groupe de réflexion « Vivaldi »[75], le . D'après lui, ce profond changement de l'architecture du quotidien[76],[77] permet une remontée durable de la satisfaction des lecteurs, au-dessus de 80 %[75]. Le groupe Le Monde revend les Éditions Desclée de Brouwer à l'éditeur suisse Parole et Silence spécialisé dans la spiritualité chrétienne.
Jean-Michel Dumay voit son mandat de président de la société des rédacteurs renouvelé en 2006, mais Pierre Jeantet remplace Jean-Paul Louveau comme directeur général et, avec Bruno Patino, entre dans un directoire aux côtés d’Éric Fottorino.
Les tensions liées au rôle du groupe Lagardère s'agravent. En septembre 2005, après 24 ans de partenariat avec l'émission de RTL Le Grand Jury[78], le journal est remplacé par Le Figaro, en raison de l'augmentation de capital de Lagardère propriétaire de la station concurrente de radio Europe 1[79] . En octobre, la société des rédacteurs du Monde s'oppose à la création d'un « pôle sud » de la presse quotidienne régionale réunissant les actifs du Monde (Midi libre, L'Indépendant, Centre Presse) et ceux du groupe Hachette-Filipacchi de Lagardère (La Provence, Nice-Matin, Corse-Matin et Var-Matin) à travers une holding commune. Enfin, Laurent Mauduit qui était devenu éditorialiste, après s'être prononcé publiquement contre l'entrée au capital du journal du groupe Lagardère, quitte le journal en , dénonçant la censure de l'un de ses articles à propos des Caisses d'épargne[80].
Le , le directeur du Monde Jean-Marie Colombani appelle à voter Ségolène Royal dans les colonnes du journal[81].
Le , la société des rédacteurs du Monde refuse d'accorder un troisième mandat à Jean-Marie Colombani à la tête du directoire du groupe, avec 48,5 % des suffrages en faveur de la reconduction et 46,7 % contre (mais 60 % des voix étaient nécessaires selon les règles internes du journal). Le , Pierre Jeantet (recruté un an plus tôt comme directeur général) lui succède au poste de président du directoire du groupe Le Monde, avec Bruno Patino comme vice-président, tandis qu'Éric Fottorino (précédemment directeur de la rédaction) lui succède au poste de directeur du journal (les fonctions de président du groupe et de directeur du journal étant désormais dissociées). Mais, le , à la suite de désaccords en matière financière entre la direction et la Société des rédacteurs du Monde, le président du directoire Pierre Jeantet, le vice-président Bruno Patino et le directeur du journal Éric Fottorino démissionnent en bloc[82]. Ce dernier revient sur sa décision le [83] et devient président du directoire le [84]. Cela provoque la démission de Jean-Michel Dumay, qui claque la porte de la société des rédacteurs du Monde (SRM) en dénonçant un « marchandage indigne»[85].
Le même mois, le journal est condamné par un tribunal de Barcelone, à 300 000 euros de dommages-intérêts pour avoir publié un article jugé diffamatoire évoquant les pratiques du dopage au FC Barcelone[86].
Le groupe, qui reste endetté, se réorganise ; fin 2008, il cède la librairie religieuse La Procure pour trois à quatre millions d'euros. En , il met en vente la société éditrice des Cahiers du cinéma, les Éditions de l'Étoile, achetée en , par le groupe d'édition d'art Phaidon en devient propriétaire et vend sa branche jeunesse, composée de Fleurus presse et de Junior hebdo, à Héros et Patrimoine, une société détenue par Financière de loisirs et par le fonds d'investissement américain Open Gate Capital.
En , Éric Fottorino reproche sa « vantardise et sa frénésie » à Nicolas Sarkozy dans un éditorial, ce qui provoque une crise avec les actionnaires. Le milliardaire Vincent Bolloré, ami du chef de l’État, annonce qu’il cesse de faire imprimer son quotidien gratuit Direct Matin sur les rotatives du Monde. Le Journal du dimanche, qui appartient au milliardaire Arnaud Lagardère, autre ami de Nicolas Sarkozy, fait savoir qu’il change d’imprimerie. Enfin, Les Échos, propriété du milliardaire Bernard Arnault, lui aussi ami personnel du président, dénonce le contrat souscrit avec l’imprimerie dont Le Monde est propriétaire. Pour Éric Fottorino, « le pouvoir tentait de nous asphyxier par la voie industrielle ». Dans la même période, une enquête du Monde signale le rôle central de la banque BNP Paribas dans le capitalisme de connivence français, citant plusieurs fois son PDG, Michel Pébereau. Cet épisode entraîne le refus de BNP Paribas, pourtant banque historique du Monde, d'aider le quotidien en grave difficulté. Pour Éric Fottorino, « sans doute n’était-il pas opportun, au moment où nous discutions notre avenir, d’irriter celui qui tenait une partie de la solution entre ses mains. (...) Déplaire nous condamnait-il à dépérir ? Il était de toute façon trop tard pour faire marche arrière[87]. » Le journal doit être repris.
En , cinq repreneurs sont présentés[88] : Le Nouvel Observateur, El País, le groupe de presse qui édite L'Espresso (Italie), le groupe de presse Ringier (Suisse) ainsi qu'un trio formé par Pierre Bergé (entrepreneur, propriétaire du magazine Têtu), Matthieu Pigasse (homme d'affaires, propriétaire et président du magazine Les Inrockuptibles) et Xavier Niel (fondateur de Free). Cette candidature provoque une rencontre entre le président de la République Nicolas Sarkozy et Éric Fottorino le : le chef de l'État met en garde en déclarant que si l'option du trio Bergé-Pigasse-Niel était choisie, l'État renoncerait à verser vingt millions d'euros pour participer au sauvetage de l'imprimerie du journal[89],[90]. Face à l'autre offre sérieuse, formée par le groupe Nouvel Observateur et Orange[91], fin juin, c'est l'offre du trio Bergé-Pigasse-Niel qui est plébiscitée par les salariés actionnaires[92]. Orange et Le Nouvel Observateur décident de se retirer[93] et le choix est validé par le vote du conseil de surveillance (11 voix pour et 9 abstentions) le [94]. Le , le rachat du journal par le trio est entériné[95],[96]. Le groupe Le Monde est alors contrôlé par la société Le Monde libre qui possède 64 % du capital, cette société étant détenue par les trois hommes d'affaires ainsi que par le groupe de presse espagnol Prisa[97].
Les circonstances de la vente du journal ont été dénoncées par un article du Monde diplomatique, Comment « Le Monde » fut vendu, en juin 2011[98].
Le , Le Monde annonce qu'il porte plainte contre X pour « violation du secret des sources » après que les services secrets français (DCRI) ont été mis à contribution par l'exécutif pour identifier la source d'un journaliste de la rédaction. Bernard Squarcini, directeur de la direction centrale du renseignement intérieur, le reconnaît dans un entretien au Nouvel Observateur : il a ordonné un « éclairage DCRI » sur des fuites provenant du ministère de la Justice au sujet de l'affaire Woerth-Bettencourt, une enquête qui peut être considérée comme une atteinte au secret des sources, protégées par la loi, et donc à la liberté de la presse.
Le , Éric Fottorino est révoqué de la présidence du directoire du groupe Le Monde et de sa fonction de directeur de la publication, pour divergences de point de vue avec les actionnaires. Il est remplacé par Louis Dreyfus à la présidence du directoire[99],[100] et par Érik Izraelewicz, le , comme directeur des rédactions du groupe. Ce choix est ratifié le par les journalistes avec 74 % des voix[101],[102] mais il meurt, le , à l'âge de 58 ans, victime d'une crise cardiaque au siège même du Monde[103]. Après un intérim d'Alain Frachon[104], c'est Natalie Nougayrède, qui est proposée le à ce poste par les trois principaux actionnaires du groupe et qui devient la directrice du Monde après un vote positif de la Société des Rédacteurs du journal[105] pour six ans. Son tandem avec Louis Dreyfus reçoit pour misssion de « placer la révolution numérique au cœur de leurs mandats »[106]
Cela provoque rapidement une crise avec la rédaction. En , un mouvement de contestation est déclenché dans le journal par l'annonce d’un plan de mobilité prévoyant le passage vers la version numérique d’une cinquantaine de postes et la suppression d'un certain nombre de rubriques (Logement et exclusion, Économie sociale et solidaire, Banlieue...)[107],[108]. Le , sept membres de la rédaction en chef du Monde — François Bougon, Vincent Fagot, Julien Laroche-Joubert, Damien Leloup, Cécile Prieur, Françoise Tovo et Nabil Wakim — démissionnent et dénoncent « des dysfonctionnements majeurs, ainsi qu'une absence de confiance et de communication avec la direction de la rédaction »[109],[110]. Trois jours plus tard, Vincent Giret et Michel Guerrin, les deux adjoints de la directrice du Monde, démissionnent mis en cause par une partie de la rédaction qui demandait leur départ[111]. En l'absence de soutien des actionnaires[112], Natalie Nougayrède jette l'éponge et démissionne de son poste[113],[114]. Dans un texte envoyé à l’AFP[115], elle explique n’avoir « plus les moyens d’assurer en toute plénitude et sérénité » ses fonctions.
Le , un nouvel organigramme est mis en place[116] : Gilles van Kote est promu membre du directoire et directeur du Monde par intérim par le trio Bergé-Niel-Pigasse dans l'attente d'un vote de la Société des rédacteurs du Monde (SRM) tandis que Jérôme Fenoglio devient directeur des rédactions.
Le , Le Monde lance une nouvelle formule voulue « plus claire et plus aérée », selon son directeur général Louis Dreyfus[117].
Le , à la suite de la démission de Gilles van Kote due au refus de la Société des rédacteurs du Monde de soutenir sa candidature définitive[118] et à l'issue d'un deuxième vote de celle-ci[119], Jérôme Fenoglio accède au poste de directeur du quotidien tandis que Luc Bronner le remplace en tant que directeur des rédactions[120].
Les Décodeurs, rubrique du site web du journal Le Monde, est créée le [121] et le , les journalistes de la rubrique créent un moteur de recherche baptisé Décodex (cf. la section Critiques ci-dessous).
À la suite du décès de Pierre Bergé en , Xavier Niel et Matthieu Pigasse rachètent chacun la moitié de ses parts dans Le Monde libre, holding qui détient 72,5 % du Groupe Le Monde[122]. Le , Matthieu Pigasse vend 49 % de ses parts de la société Le Nouveau Monde au milliardaire tchèque Daniel Křetínský, déjà propriétaire du groupe de médias Czech Media Invest, de l'hebdomadaire Marianne[123] et d’une partie du pôle magazine du groupe Lagardère (Elle, Télé 7 jours, Ici Paris, France Dimanche... )[124], suscitant la méfiance du« Pôle d’indépendance » du journal qui qualifie l'opération jugée « brutale »[125] et générant des tensions avec Xavier Niel[126].
En , la Fondation Bill-et-Melinda-Gates octroie à la société de presse 2 126 790 $ sur trois ans pour Le Monde Afrique[127],[128], afin de soutenir « sa couverture du développement et de la santé globale en Afrique, informer et engager son public par un journalisme de haute qualité[127] ». La Fondation était déjà « partenaire » du Monde Afrique[129], l’accompagnant depuis sa création en 2015[130], et avait auparavant octroyé des subventions dans ce cadre[131].
En juillet de la même année, Matthieu Pigasse et Daniel Kretinsky négocient le rachat des parts du groupe espagnol Prisa qui détient 20 % dans le groupe Le Monde, suscitant de nouvelles tensions avec Xavier Niel[124] et il est question que Daniel Kretinsky prenne le contrôle de la holding Le Nouveau Monde[126]. Ces évolutions dans l'actionariat suscitent l'inquiétude de la rédaction qui appelle à préserver « l’indépendance éditoriale »[126] dans une tribune collective[132]. Les deux actionnaires de référence, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, acceptent la signature du droit d'agrément demandé par les rédactions du journal[133] et la négociation entre Le Nouveau Monde et Prisa n'aboutit finalement pas[134].
Début 2020, l'ensemble des services du groupe Le Monde s'installe dans un bâtiment dessiné par le cabinet d'architectes norvégien Snøhetta. Le nouveau siège est situé avenue Pierre-Mendès-France, dans le quartier Paris Rive Gauche (13e), en surplomb des voies de la gare d'Austerlitz[135].
En juillet 2020, le groupe annonce avoir dégagé en 2019 un bénéfice net à 2,6 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 302,7 millions d'euros, avec « l’essor très marqué du portefeuille d’abonnés numériques du Monde »[136]. C'est la troisième année d'affilée que le groupe affiche un bilan positif[137]. En revanche, la première moitié de l'année 2020, marquée par la pandémie de Covid-19, devrait impacter le chiffre d'affaires de 18 millions d'euros du groupe, avec une chute de 50 % des revenus publicitaires[138]. En avril 2021, Le Monde annonce la création d'un fonds de dotation qui doit pérenniser « l'indépendance capitalistique du groupe »[139].
Le , Le Monde a fait un gros titre de première page « Marine Le Pen arrive en tête parmi les jeunes de 18-24 ans », basé sur une étude de l'institut CSA, réalisée du 12 au , soit trois semaines plus tôt. Dans ce sondage, « le sous-échantillon des jeunes 18-24 ans comportait moins de 200 personnes », ce que Le Monde n'a pas signalé à ses lecteurs, selon la Commission des sondages[142], qui s'en est émue.
D'autres instituts donnaient des résultats différents sur les intentions de vote des jeunes. Pour tous les autres sondages de la présidentielle 2012[143], Le Monde avait pour partenaire Ipsos, dont le sondage en date du ne montrait pas encore de progression de Marine Le Pen, qui obtenait 15 % des voix des sondés[144] sur l'ensemble de la population contre 16 % deux semaines auparavant. Marine Le Pen a finalement recueilli au 1er tour 18 % des voix des 18 à 24 ans[145], soit presque la même proportion d'électeurs que dans l'ensemble de la population (17,90 %).
Les Décodeurs, rubrique du site Web du journal Le Monde, créée le [121], se fixe pour objectif de vérifier les informations données sur des thématiques variées, dans les médias et sur les sites internet.
Le , Les Décodeurs créent Décodex, un moteur de recherche accessible depuis leur site internet ou depuis une extension au navigateur internet et présenté comme « un outil de vérification de l'information à destination des enseignants (et des autres) ». L'initiative est critiquée dans la presse. Les journalistes Vincent Glad, Élisabeth Lévy et Daniel Schneidermann dénoncent la prétention qu'aurait le quotidien de jouer un rôle d'arbitre « impartial et transparent »[146] et le fait de s'instituer « juge et partie »[147],[148].
Certains, comme Jacques Sapir, estiment que le Décodex mis en place est une « liste maccarthyste », qu'ils comparent à l’Index librorum prohibitorum[149],[150], « la liste établie par l’Église des ouvrages que les catholiques n'avaient pas le droit de lire »[151].
Bien que la direction du journal s'en défende[152], la neutralité du traitement accordé aux candidats de l'élection présidentielle par Le Monde est mise en cause par plusieurs journaux et associations, dont Acrimed, qui dénoncent un parti-pris non assumé du journal en faveur d'Emmanuel Macron[153],[154].
Le , Le Monde, mais aussi les Inrockuptibles et Libération, prennent la décision de boycotter la soirée électorale de Marine Le Pen pour protester contre le fait qu'une dizaine de médias y aient été refusés[155].
En 1999, la rédaction du journal « fait le choix de l'intervention » au Kosovo, comme l'admettra Edwy Plenel. Les journalistes Pierre Rimbert et Serge Halimi lui reprochent d'avoir contribué à désinformer l'opinion en relayant complaisamment les accusations des gouvernements occidentaux contre la Serbie. Ainsi, le journal consacra plusieurs unes au Plan Fer-à-cheval (un prétendu projet de nettoyage ethnique de la Serbie) qui était en réalité une invention du gouvernement allemand destinée à justifier l'entrée en guerre de l'Otan[156].
Selon les archives de Vassili Mitrokhine agent du KGB, Le Monde (nom de code du KGB VESTNIK, « messager ») était le principal relais du KGB pour répandre la désinformation antiaméricaine et pro-soviétique dans les médias français. Les archives ont identifié deux journalistes du journal Le Monde et plusieurs collaborateurs qui ont été utilisés dans le cadre des opérations[157].
Michel Legris publie en 1976 Le « Monde » tel qu'il est. D'après cet ancien journaliste du Monde (1956-1972), témoin direct de l'évolution du « quotidien de référence », le journal, derrière son apparente objectivité, applique de multiples procédés de désinformation au service d'une ligne éditoriale gauchisante. Celle-ci est portée notamment par de jeunes journalistes militants recrutés après 1968. Le journal vise non seulement à favoriser l'élection d'une majorité socialiste autour de François Mitterrand, mais aussi à promouvoir les convictions de l'intelligentsia de gauche ou d'extrême-gauche. Citations et analystes de textes à l'appui, Michel Legris montre aussi comment Le Monde a minimisé et excusé les exactions des Khmers rouges au Cambodge[158]. Comment il a reproduit sans aucune distance critique la propagande maoïste présentant la Chine populaire comme un paradis socialiste (p. 165-167), Guy Debord écrivant qu'il s'agissait du « journal le plus franchement maoïste paraissant hors de Chine ». Ainsi, en 1971, le journaliste Alain Bouc critique vigoureusement dans Le Monde le livre Les Habits neufs du président Mao de Simon Leys, qui révélait la nature du régime chinois[159]. Ou pris systématiquement le parti de l'extrême-gauche révolutionnaire contre les démocrates socialistes lors des troubles qui ont suivi la « révolution des Œillets » au Portugal[160]. Il énumère les cas où Le Monde omet ou retarde des informations gênantes pour sa ligne éditoriale, voire diffuse de fausses nouvelles, parfois diffamantes[161]. Si Le Monde subit alors une érosion de son lectorat, qui n'y retrouve plus les valeurs fondatrices du journal, Michel Legris paiera cher sa critique contre le pouvoir de ce grand média : il ne trouvera pas de travail dans la presse française pendant neuf ans.
En , Érik Izraelewicz, alors rédacteur en chef du Monde où il était responsable du traitement de l'économie, publie un article dans la revue Sciences humaines. Il y explique comment l'actualité sociale, qui primait alors au Monde, a été progressivement fondue avec l'actualité économique dont la place était grandissante ; puis comment l'actualité des entreprises a progressivement dominé la rubrique économique et sociale[162]. Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, dans son essai politique Le Grand Bond en arrière (2004, réédité en 2006 et 2012), ajoute ironiquement : « Ensuite, on crée un supplément affaires [Le Monde des affaires]. Enfin, ce sera régulièrement Le Monde Argent ».
L'association de critique des médias Acrimed, reproche notamment au Monde de participer à la quasi unanimité des médias français en faveur de l'austérité européenne[163], de ne pas parler de certains livres critiques vis-à-vis du journalisme français, et ce malgré leur succès[164] ; ou encore l'utilisation de son image de marque pour la vente de produits n'ayant rien à voir avec le journalisme[165].
Le Monde est sévèrement critiqué pour sa couverture de l'affaire Alègre notamment en propageant des rumeurs contre Dominique Baudis, alors président du Conseil supérieur de l'audiovisuel et ancien maire de Toulouse[166],[167].
En , irrité par le contenu d'un article du Monde consacré à François Mitterrand signé par l'historien François Cusset, l'actionnaire Pierre Bergé dira « regretter » d'avoir investi dans le quotidien[168]. Il avance ainsi : « Je considère que contrairement… à ce qu’ils prétendent, les journalistes du Monde ne sont pas libres mais prisonniers de leurs idéologies, de leurs règlements de compte, et de leur mauvaise foi[169]. »
En , le mensuel Le Monde diplomatique publie un article du journaliste Pierre Rimbert critiquant la disparition progressive de l'indépendance rédactionnelle au Monde. L'article rapporte notamment une déclaration du milliardaire et propriétaire du Monde Xavier Niel : « Quand les journalistes m’emmerdent je prends une participation dans leur canard et après ils me foutent la paix[170]. »
En , Le Monde diplomatique rapporte les propos d'Eric Fottorino, ancien directeur du Monde : « Le Monde a rejoint la cohorte de ces titres renommés dont le sort est désormais lié au capital et au bon vouloir des capitaines d’industrie ou de finance. » Serge Halimi, directeur du Monde diplomatique, ajoute ironiquement qu'« avocat de la « mondialisation heureuse », Le Monde en est devenu la proie »[87].
Dans Un Monde à part (2013), Jean-Marie Colombani critique également l'évolution du quotidien du fait de ses nouveaux actionnaires, celui-ci n'étant plus selon lui, un « journal de journalistes », mais étant « engagé à gauche du simple fait de son actionnariat » (Pierre Bergé, Xavier Niel, Matthieu Pigasse). En raison de ce même actionnariat, l'ancien directeur du journal affirme que celui-ci « n'est plus indépendant du pouvoir économique »[171].
Les journalistes du quotidien n'échappent pas au reproche d'être trop politisés. Ainsi, Adam Nossiter du New York Times juge Le Monde « frénétique à l'égard de Nicolas Sarkozy et manquant de recul à l'égard du Front national »[172].
En , le site internet du quotidien annonce par erreur la mort de Bernard Tapie. L'article est rapidement retiré. Selon le quotidien, une dizaine d'articles auraient ainsi été publiés par erreur[173].
En , Le Monde et sa filiale Le Monde Interactif ont été condamnés à 1 500 euros d'amende chacun par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir diffamé le député socialiste Julien Dray[174]. La 17e chambre reproche au journaliste d'avoir utilisé des informations de TRACFIN concernant une enquête sur le député, « ce qui lui confère une apparente crédibilité », sans avoir attiré l'attention de ses lecteurs sur la circonspection qui s'imposait à ce stade de l'enquête ; et d'avoir « manqué à la prudence » en ne donnant pas la parole à M. Dray, ainsi qu'en ne rappelant pas le caractère « unilatéral et non contradictoire » de la note de TRACFIN (Julien Dray écopera d'un rappel à la loi[175]).
En , Le Monde a été condamné en dernière instance par la justice espagnole à indemniser deux clubs de football pour atteinte au droit à l'honneur. Le quotidien a dû verser 300 000 euros de dommages et intérêts au Real Madrid, et 15 000 euros au FC Barcelone, à la suite d'un article accusant des joueurs de dopage sans preuves[176]. En déboutant Le Monde de son pourvoi en cassation contre le FC Barcelone, le Tribunal suprême estimait en 2011 que « l'information publiée n'était pas véridique, le journal ayant utilisé des données inconsistantes et non contrastées, et le journaliste n'ayant pas suffisamment vérifié ses sources dans une affaire dont la gravité aurait plongé le club dans le discrédit »[177].
Le Monde a été condamné le pour diffamation, après avoir attribué à l'acteur John Malkovich un compte caché en Suisse dans une filiale de la banque HSBC[178]. Cette condamnation est confirmée le par la cour d'appel de Paris[179]. Les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont été astreints à payer chacun une amende de 1 500 euros, et le directeur de la publication à 1 000 euros d’amende. Tous trois ont été condamnés à verser solidairement au total 10 000 euros de dommages et intérêts à John Malkovich.
Le , Le Monde et son journaliste Adrien Senecat ont été condamnés par le Tribunal de grande instance de Paris pour diffamation publique envers Olivier Berruyer, fondateur et animateur du blog les-crises.fr, à 1 500 euros de dommages et intérêts. Samuel Laurent a été condamné le même jour pour un tweet diffamatoire envers Olivier Berruyer : il était alors responsable de la rubrique des Décodeurs au Monde[180].
| Année | Diffusion France payée |
Diffusion totale | ||
|---|---|---|---|---|
| 1962 | NC | 182 408 | ||
| 1963 | 188 723 | |||
| 1964 | 200 457 | |||
| 1965 | 230 012 | |||
| 1966 | 251 399 | |||
| 1967 | 294 722 | |||
| 1968 | 354 982 | |||
| 1969 | 354 623 | |||
| 1979[182] | 353 915 | NC | NC | |
| 1993[183] | 308 157 | NC | NC | |
| 1994[182],[184] | 302 203 | ▼ −1,93 % | 354 129 | |
| 1995[184] | NC | NC | 379 089 | |
| 1996[185],[186] | 325 009 | NC | 377 206 | |
| 1997[187] | 338 640 | ▲ +4,19 % | 382 944 | |
| 1998 | NC | NC | NC | |
| 1999[188] | 346 125 | NC | 390 840 | |
| 2000 | NC | NC | 392 772 | |
| 2001[182] | 358 978 | 405 983 | ||
| 2002[189] | 361 254 | 407 085 | ||
| 2003[190] | 345 231 | 389 249 | ||
| 2004[191] | 330 768 | 371 803 | ||
| 2005[192] | 320 704 | 360 610 | ||
| 2006[193] | 312 265 | 350 039 | ||
| 2007 | NC | 350 039 | ||
| 2008[194] | 300 522 | 340 131 | ||
| 2009 | 288 049 | 323 039 | ||
| 2010 | 286 348 | 319 022 | ||
| 2011 | 292 765 | 325 295 | ||
| 2012 | 318 236 | 288 113 | ||
| 2013 | 275 310 | 303 432 | ||
| 2014 | 273 111 | 298 529 | ||
| 2015 | 267 897 | 292 054 | ||
| 2016 | 269 584 | 289 555 | ||
| 2017 | 284 738 | 301 528 | ||
| 2018 | 288 435 | 302 624 | ||
| 2019 | 323 565 | ▲ +12,18 % | 336 522 | |
| 2020 | 393 109 | ▲ +21,49 % | 401 732 | |
Pour une comparaison avec la diffusion totale des autres quotidiens nationaux français, voir « Presse en France ».
D'après l'OJD, en 2003, un peu plus de la moitié des abonnés à la version Internet sont les abonnés à la version papier utilisant leur droit de consultation :
En 2007, l'audience du quotidien s'élève à 1 895 000 lecteurs (EPIQ 2006/2007-LNM) dont 56 % appartient à un foyer CSP+.
La Société des lecteurs du Monde (éditrice du journal) a publié en 2017 un chiffre d'affaires de 177 100 000 €, une perte de 775 000 € et un effectif de 650 personnes[197].
Le journal Le Monde touche des subventions de l'État. Ainsi, il a perçu 2,95 millions d’euros d’aide du fonds d'aide à la modernisation de la presse de 2003 à 2010[198] (voir Aides à la presse en France). En 2010, il est le second quotidien français qui reçoit le plus de subventions de l'État avec 17 millions d'euros d'aides directes[199]. En 2011 et 2012, il est le premier avec 16,9 et 18,6 millions d'euros[200],[201].
Le Monde présente la particularité d'être daté du lendemain de son jour de parution. C'est le seul en France, avec le quotidien Présent, à conserver cette formule en 2013. Son édition du jour est ainsi disponible vers 13 heures à Paris, Lyon et Toulouse[202] (ainsi qu'au format numérique imprimable) et le soir même dans quelques grandes villes de France[réf. nécessaire] et partout ailleurs le lendemain, y compris à l'international. Par exemple, l'édition sortant des rotatives le vendredi 1er sera datée samedi 2.
Toujours appelé « quotidien du soir », Le Monde est aujourd'hui devenu en réalité un quotidien du midi. Le bouclage de la rédaction se fait le matin à 10 h 30, ce qui permet d'intégrer des informations tombées dans la nuit ou au petit matin, contrairement à la plupart de ses confrères qui bouclent dans la nuit.
Aujourd'hui, le quotidien se découpe de la façon suivante :
Chaque numéro du Monde propose une contre-enquête qui peut porter sur n'importe quelle rubrique du journal.
Si le découpage du journal reste la plupart du temps quasiment identique d'un jour à l'autre, rien n'empêche la rédaction de consacrer plus de pages à tel thème en raison d'une actualité importante. Par exemple, pour sa couverture du séisme de mars 2011 intervenu au Japon, la rubrique Planète a pu monopoliser une petite dizaine de pages dans certains numéros du quotidien.
Depuis 2009, Le Monde désigne une personnalité de l'année. Les récipiendaires sont le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, en 2009, et Julian Assange, en 2010.
Durant un peu plus de vingt année (2000-2021) Le Monde proposait à ses abonnées une version PDF du journal papier. Au printemps 2021, il annonce à ses abonnés que la version PDF du journal est supprimée à cause de la fraude[203].
Le Monde est présent sur Internet avec son propre nom de domaine (lemonde.fr) depuis le [204].
La quasi-totalité du contenu textuel du journal y est accessible gratuitement tous les jours, en début d'après-midi. Les articles de moins de trois jours sont également librement accessibles, mais sans la documentation iconographique et infographique du journal. D'autres sources sont aussi mises à disposition du lecteur, comme des dépêches d'agences de presse ou des billets de blog.
Pour l'accès aux archives, l'abonné au journal a un droit limité (à 25 articles d'archive par mois) et gratuit de consultation, sinon la lecture des archives est payante. On peut, depuis , s'abonner à la partie payante du site et bénéficier des dépêches d'agence (AFP, AP, Reuters), d'une base de données de résultats électoraux mise à jour depuis 1969, accéder à des contenus multimédia (près d'un million d'articles du Monde en ligne, soit l'intégralité du quotidien depuis 1987).
Par ailleurs, depuis , Le Monde.fr a lancé un nouveau service : le Journal électronique[205]. Il est ainsi possible de lire Le Monde en ligne, en bénéficiant des fonctionnalités propres au numérique : feuilletage, zoom numérique, recherche, etc. En , puis en , le portail d'accueil du site a été entièrement refondu dans sa présentation.
L'édition électronique du journal a d'abord été créée en 1994. Elle était conçue au sein du journal et était distribuée sur les réseaux électroniques grâce à un accord avec CompuServe et Edelweb, une société française spécialisée sur la sécurité en ligne. La version Web paraît le , 51 ans après le premier numéro papier, et est alimentée par une équipe de trois journalistes recrutés par Michel Colonna d'Istria[206]. Depuis 1999, le site est édité par la société Le Monde interactif, filiale majoritaire du Monde et à 34 % de Lagardère. La filiale Le Monde interactif a d’abord été présidée par Alain Giraudo, puis par Bruno Patino, à la suite de l'échec du lancement du portail Tout.lemonde.fr en 2000. Le PDG du Monde interactif a ensuit été Philippe Jannet, remplacé en 2012 par Isabelle André[207].
Depuis le début des années 2000, lemonde.fr proposait à ses abonnés de pouvoir éditer un blog sur le site. Le , le média annonce que ce service prendra fin le de la même année[208],[209]. Les billets des 400 blogs abonnées du Monde ont été conservés par la Bibliothèque nationale de France, certains blogs aussi par la Bibliothèque nationale allemande [210].
Le [211], Le Monde lance l'une des premières applications d'actualité pour smartphone iphone et tablette ipad, disponible gratuitement via l'App Store[212] récemment créé. Elle est téléchargée plus de 100 000 fois en quinze jours[213] et 500 000 fois en six mois[214].
En 2011, l'appli « Le monde : l'info en continu » est lancée sur Android[215].
En 2015, une nouvelle application freemium est disponible sur l'AppStore et Google Play : La matinale du Monde[216].
Depuis le , Le Monde ainsi que sept autres éditeurs de presse français (Paris Match, Vice, L'Équipe, Melty, Cosmopolitan, Konbini et Tastemade) diffuse tous les jours des contenus exclusifs et une expérience visuelle inédite sur Discover, l'espace réservé aux médias de l'application Snapchat[217].
Le Monde propose des suppléments[Note 3] quotidien, hebdomadaires et mensuels, ainsi que divers suppléments ponctuels.
Tous les jours :
Chaque semaine :
Chaque mois :
Le quotidien fait aussi paraître, chaque année, plus de 30 suppléments ponctuels : Le Monde des vins, Europa (en collaboration avec des titres de presse non français), sur certaines manifestations artistiques (Festival d'Avignon, Biennale de Lyon, etc.).
Anciennement :
Les articles les plus significatifs publiés dans Le Monde et ses suppléments sont aussi rassemblés et publiés sous différents formats :
Le groupe Le Monde édite depuis 2004 des collections de produits culturels. Actuellement, plusieurs collections sont en vente[221] :
Le quotidien Le Monde est à l'origine de plusieurs publications propriétés du Groupe Le Monde et dont la ligne éditoriale est indépendante de celle du quotidien, parmi lesquelles : Courrier international, Télérama, La Vie, MatinPlus, etc.
.« La Bill & Melinda Gates Foundation est l'un des partenaires du « Monde Afrique », édition africaine et numérique du Monde »
.« Le Monde Afrique c’est la partie africaine du site lemonde.fr. [...] Le lancement du Monde Afrique a été rendu possible grâce à des partenaires qui respectent les valeurs du Monde et l’indépendance éditoriale de sa rédaction. La Fondation Gates accompagne cette création depuis 2015, comme le Fonds français Muskoka. L’AFD a été partenaire les premières années (2015-2018). »
« IN THE MID-1970S Le Monde (codenamed VESTNIK — "Messenger" — by the KGB) becamed embroiled in a controversy… »
Les ouvrages sont classés par ordre chronologique.
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.