Étienne MouliniéÉtienne Molinier

Naissance
Lauran, Drapeau du royaume de France Royaume de France
Décès Entre le et le
Activité principale Compositeur
Éditeurs Pierre I Ballard et Robert III Ballard

Étienne Moulinié[1] est un compositeur français de l'époque baroque né le à Lauran (devenu Laure-Minervois), à proximité de Carcassonne, et mort entre février et novembre 1676.

Figure importante de la musique baroque française d'avant Jean-Baptiste Lully, contemporain de compositeurs comme Pierre Guédron, Antoine Boësset, Guillaume Bouzignac, Henry Du Mont ou bien encore Pierre Robert, il s'est essentiellement consacré à la musique profane dans les formes de son temps : airs de cour, airs à boire et airs de ballet.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur de Narbonne.

Étienne Moulinié est le fils cadet d'une famille de cinq enfants dont le père, Jacques Molinier, artisan cordonnier du Languedoc, avait prospéré par l'acquisition de terres et de troupeaux. Soucieux d'assurer une situation honorable à son cadet, il parvient à le faire entrer, vers l'âge de six ans et avec son frère aîné Antoine, dans la maîtrise de la cathédrale de Narbonne (alors l'une des plus importantes du Midi de la France).

Pour Étienne Moulinié comme pour les autres enfants de chœur, ce recrutement est le début d'une formation de dix à douze ans (jusqu'à l'âge de 18 à 20 ans) pendant laquelle ils étudient, de manière approfondie, le chant, la solmisation, le solfège aussi bien que la pratique d'instruments et la composition musicale. Là comme dans les autres écoles maîtrisiennes du royaume (et d'Europe occidentale), Moulinié étudia aussi la lecture et l'écriture, l'arithmétique et les humanités (y compris le latin). Les jeunes chantres recevaient naturellement une formation religieuse.

Débuts de carrière[modifier | modifier le code]

À l'âge de 21 ans, Antoine Moulinier (1595-1655) est appelé à se joindre à la suite de l'évêque de Carcassonne, Christophe de Lestang, qui part en mission à Paris. Moins d'un an plus tard, il devient l'un des sept chantres de la musique de la Chambre du roi Louis XIII. Ses dons de chanteur et de danseur, tout autant que son enthousiasme et sa joie de vivre lui permettent de jouir bientôt d'une certaine célébrité à la cour, et de partager l'intimité du souverain en qualité de valet de chambre. Cette situation confortable lui permet, vers 1621, d'introduire rapidement son frère Étienne dans le milieu de la cour. Aussi, six ans plus tard, Étienne Moulinié est nommé à la charge importante de maître de la musique de Monsieur, Gaston d'Orléans, frère du roi.

Dans les années 1630 Jacques Molinier déménage à Paris et obtient, grâce aux relations de ses fils, une charge de tailleur et de valet de chambre de Gaston d'Orléans. Le , Antoine Moulinier, probablement éméché, meurt en tombant par la trappe de sa cave. Cet événement fut certainement marquant pour Étienne, très proche de son frère, qui dans les années suivantes fera régulièrement chanter des messes à sa mémoire. L'inventaire des biens réalisé après le décès d'Antoine est révélateur de la réussite des deux frères.

À la cour de Gaston d'Orléans[modifier | modifier le code]

Gaston d'Orléans, frère du roi Louis XIII.

Étienne Moulinié fréquente les personnages qui servent à la cour et les grands maîtres de musique de l'époque : Antoine Boësset, Eustache Du Caurroy, Pierre Guédron, mais aussi le jeune Jean-Baptiste Lully. Certains rapprochements peuvent également faire penser qu'Étienne Moulinié a collaboré avec la troupe de Molière. À la cour, il participe à de nombreux concerts et ballets, et prend en charge l'éducation musicale des pages de la Chapelle du roi (les garçons chantant dans le chœur). Malgré les troubles de la Fronde, la vie artistique parisienne est foisonnante ; elle lui donne l’occasion d’écrire et de faire publier quelques eux cents airs de cour.

Jouisseur autant que conspirateur invétéré, Gaston d'Orléans est régulièrement amené à s'éloigner de Paris. Étienne ne l'accompagne pas toujours dans ses exils, volontaires ou forcés, mais sait mettre à profit la liberté que lui confère l'éloignement de son maître. Il fait ainsi publier, de 1624 à 1637, pas moins de sept volumes d'airs de cour, qui rencontreront un succès réel. La publication d'un tel nombre de recueils par un même compositeur est exceptionnelle pour l'époque, et traduit bien la popularité dont il pouvait alors jouir. Sa renommée dépasse alors les cercles de la cour. À la mort de son maître, il organise et dirige la partie musicale du service funèbre. Il en est de même un an plus tard, pour l'anniversaire du décès (le "bout-de-l'an"), cérémonie à propos de laquelle le poète Jean Loret écrira :

Le renommé sieur Moulinié,
Assisté de maint chantre habile
Tant du Louvre que de la ville
Firent, avec leurs rares chants,
Des concerts si beaux, si touchants
Qu'on ouït jamais rien de tel.

Il semble que Moulinié soit resté au service de la maison d'Orléans jusqu'en 1663, soit trois années après la mort de son maître.

Retour en Languedoc[modifier | modifier le code]

Assemblée des États de Languedoc.

Les États de Languedoc étaient une assemblée disposant de larges pouvoirs ; ils se réunissaient périodiquement dans l'une des principales villes de la province. Les sessions, qui se tenaient pendant deux à trois mois par an en moyenne, étaient l'occasion de réjouissances importantes (voir grandioses, selon les circonstances) et d'offices religieux quotidiens. La musique y tenait une place essentielle.

Au début de l'année 1666, la tenue des États à Béziers est concomitante avec deux services funèbres importants : le premier pour la Reine Mère, le second pour Armand de Bourbon-Conti. La musique, dirigée par Étienne Moulinié, fait une très forte impression sur l'assemblée. Quelques mois plus tard, il est officiellement nommé intendant et maître de la musique des États du Languedoc. Cet emploi lui est confié à vie : "par la seule considération qu'ils ont eu de son mérite personnel et la réputation qu'il s'est acquise à la cour pour un des meilleurs maîtres de musique du royaume". Durant cette période, Étienne Moulinié participe également à diverses cérémonies : inaugurations, messes, services funèbres de personnalités, célébrations de victoires, etc.

En 1675, Étienne Moulinié a 76 ans. Son âge lui procure de plus en plus d'incommodités. Les États lui proposent de nommer un successeur afin, s'il venait à mourir, de prévenir les sollicitations de personnes non qualifiées mais soutenues par des personnages de marque. En , Moulinié dirige un Te Deum clôturant la session des États. C'est la dernière cérémonie de sa carrière musicale. Il meurt quelques mois plus tard, à une date et dans des circonstances non élucidées (peut-être au cours d'un voyage).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Si Moulinié emploie un contrepoint savant (superposition de lignes mélodiques distinctes), directement hérité de la musique polyphonique des époques qui l'ont précédé, la primauté est cependant le plus souvent accordée au Dessus (la voix la plus haute), qui développe une ligne mélodique ornementée et figurant le texte de façon très expressive. La conception harmonique de ses airs est très rigoureuse, stable, affirmée et claire. Ainsi, les éventuelles modulations (changement ponctuel de tonalité) ne remettent jamais en cause le ton principal. La musique de Moulinié échappe cependant à l'uniformité et fait preuve d'une grande expressivité par la diversité rythmique et mélodique, ainsi que par les contrastes de timbres et d'effectifs.

Le travail d’Étienne Moulinié a été influencé par la musique d'autres pays, et notamment par les musiques de danse d'Espagne et d'Italie. Ses airs de cour témoignent également de certaines inflexions mélodiques d'origine languedocienne. Étienne Moulinié est par ailleurs un des premiers compositeurs à employer, en France, la technique de la basse continue. Il est aussi un des premiers à réaliser des doubles ornés (répétition d'une même mélodie, mais plus richement ornée). Autre trait de modernité : son écriture harmonique consacre la prédominance du majeur et du mineur sur les modes anciens.

La réussite d'Étienne Moulinié tient autant à son talent qu'à son penchant marqué pour la mode. Les airs italiens et espagnols qui émaillent son Troisième livre d'airs de cour sont à ce titre révélateurs. De fait, l'essentiel de son œuvre est une musique de circonstances, composée sur commande selon les besoins et les goûts de ses mécènes. En contrepartie, la situation sociale avantageuse que ce travail lui procure lui permet de faire imprimer sans trop de difficultés sa musique et de la faire jouer par les meilleurs interprètes.

Musique religieuse[modifier | modifier le code]

Page de titre des Meslanges d'Étienne Moulinié, 1658.
Ces pièces sont mises en partition dans un des volumes de la collection Philidor à Paris BNF (Mus.) : RES F-769, qui permet donc de compléter la partie manquante. Ces pièces (Meslanges et motet Flores apparuerunt) ont été éditées par Jean Duron (Versailles, Editions du CMBV, 1996).

Œuvre tardive, les Meslanges de sujets chrestiens, peuvent être considérés comme une sorte de testament musical. Moulinié y démontre le mieux ses talents de compositeur. Tout au long des 36 pièces du recueil, il fait preuve d'une étonnante modernité, par une maîtrise harmonique certaine, un renouvellement mélodique constant, un contrepoint dense mais clair, mais également par l'emploi raisonné de dissonances alors particulièrement novatrices[2].

Musique profane[modifier | modifier le code]

Page du titre du 2d livre d'airs au luth d'Étienne Moulinié, 1625.
Air "Ciel, à qui ma plainte j'adresse" du 4e livre d'airs au luth de Moulinié, 1633.
Air de cour "Je.suis.ravi.de.mon.Uranie", Étienne Moulinié

Les nombreux airs de cour de Moulinié sont parus sous deux formes : une forme polyphonique à 4 ou 5 parties, et une forme pour voix et luth.

Airs pour voix et luth[modifier | modifier le code]

Dédicace à Henry II de Montmorency. Contient 27 pièces, dont 3 pièces spirituelles à la fin.
Dédicace au roi Louis XIII. Contient 12 pièces, dont les deux dernières sont extraites du Ballet du monde renversé de 1624.
Dédicace à « Uranie ». Contient 39 pièces dont un tiers d’airs français, italiens ou espagnols pour la guitarre, et à la fin 8 airs à boire au luth.
Dédicace à Antoine Moulinié son frère. Contient 24 pièces, dont 4 airs à boire à la fin.
Dédicace à Anne-Marie-Louise d'Orléans. Contient 23 pièces, les premières extraites du Ballet de Mademoiselle, des quatre monarchies chrétiennes de 1635.

Airs polyphoniques[modifier | modifier le code]

Dédicace au roi Louis XIII. Contient 19 airs, dont un air espagnol à la fin.
Dédicace à Gaston d’Orléans. Contient 18 airs, dont 2 airs à boire à la fin.
Dédicace au cardinal de Richelieu. Contient 15 airs.
Dédicace à Monsieur de Toulouse, conseiller du roi, contrôleur général des gabelles de Normandie. Contient 15 airs dont 5 extraits du Ballet du mariage de Pierre de Provence et de la belle Maguelonne, 1638, et 3 fantaisies à 4 parties pour les violes.

Quelques airs de Moulinié sont disséminés dans les manuscrits contemporains, qui sont détaillés dans l'édition critique. Notamment, neuf d’entre eux sont réutilisés dans les recueils d’airs calligraphiques de Balderic van Horicke, élaborés à Bruxelles dans la période 1630-1643. De plus, sa musique a été réutilisée dans plusieurs recueils d'airs spirituels, entre 1629 et 1659. L'ensemble des airs de Moulinié a été édité par Annie Coeurdevey (Versailles, Editions du CMBV, 2011, collection Monumentales) ; les deux formes de chaque air y sont présentées en superposition.

Musique instrumentale[modifier | modifier le code]

L'œuvre instrumentale d'Étienne Moulinié se résume à trois fantaisies pour la viole, qui sont placées à la fin de son volume d'airs polyphoniques de 1639.

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur sa vie et son contexte[modifier | modifier le code]

Sur les œuvres[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Molinier" à l'origine (mais bel et bien prononcé "Moulinié" par les languedociens), il changea l'orthographe de son nom en arrivant à Paris. Son frère Antoine signait quant à lui "Moulinier".
  2. Un avertissement à ce sujet figure dans la préface du recueil : "Au reste je suis obligé de remarquer ici, touchant ma façon particulière de composer, qu'en quelques endroits j'ai affecté certains traits, et toutefois en petit nombre, qui sont assez hardis, et qui passeront peut-être pour des licences dans l'opinion de ceux qui préfèrent l'austérité de l'ancienne manière aux agréments de la nouvelle. Mais outre il faut faire la différence entre la hardiesse bien ménagée qui a des bornes, et l'audace ou la témérité aveugle qui n'en a point [...]. Moi-même je n'ai point usé de cette liberté qu'après avoir longtemps consulté l'oreille, qui m'a fait comprendre que l'usage en était absolument nécessaire, pour une plus grande perfection et pour la beauté de mon ouvrage." Plus loin, Moulinié parle d’un second volume en préparation, qui n’a jamais paru (l’imprimeur étant mort en 1660).

Liens externes[modifier | modifier le code]