Orphée et Eurydice[1] (titre original en italienOrfeo ed Euridice) est le trentième et plus célèbre opéra de Christoph Willibald Gluck. Il s'agit d'une azione teatrale per musica, ou, selon les indications de la version française, d'une tragédie opéra (drame héroïque)[4] en trois actes.
Il raconte le mythe grec d'Orphée et Eurydice.
Il en existe au moins quatre versions différentes[5] :
la version originale viennoise, en italien, où le rôle-titre masculin est confié à un contraltocastrat ;
la version de Parme, encore en italien, réorganisée en un seul acte (une sorte d’acte de ballet à la française), où le rôle-titre est transposé par Gluck lui-même pour le soprano castrat, Vito Giuseppe Millico(it)[6] ;
la version de Paris, en français, modifiée et élargie par Gluck lui-même, où le rôle-titre est chanté par une haute-contre ;
Hector Berlioz dut procéder à un remaniement[8] pour permettre à la mezzo-soprano Pauline Viardot de chanter Orphée. La première eut lieu le au Théâtre-Lyrique, à Paris. À partir de la version de Berlioz et pendant plus d'un siècle, beaucoup d’autres versions de moins en moins fidèles aux volontés du compositeur ont été créées par la suite et chantées, très souvent en italien, par d’innombrables contraltos et mezzo-sopranos, ce qui a par ailleurs contribué à maintenir ce chef-d'œuvre constamment au répertoire.
Ces dernières décennies, on a assisté au retour à l'une des deux versions originales principales, le plus souvent la version de Vienne. La version de Berlioz conserve ses défenseurs. Guère d'intérêt n'a été montré pour la version de Parme peut-être par crainte d'une trop grande homogénéité de timbre (il n'y a que des sopranos dans la distribution). Il existe aussi des versions transposées pour baryton, qui ont été interprétées entre autres par Dietrich Fischer-Dieskau et Hermann Prey. On doit également à la directrice musicale et organiste Nariné Simonian une transposition pour orgue, flûte et harpe de la version 1774, dont la première mondiale a été donnée à Paris le .
Après une ouverture enlevée et joyeuse, le rideau se lève à l'acte I sur une scène de déploration. Orphée et le chœur se lamentent près du tombeau d'Eurydice. Orphée, resté seul, prend la résolution de mettre fin à ses jours lorsqu'il apprend de l'Amour qu'il pourra récupérer Eurydice s'il parvient à convaincre l'Enfer, à la seule et unique condition qu'il ne regarde pas son épouse lors du trajet de retour à travers les enfers.
À l'acte II, un très impressionnant chœur infernal tente de barrer la route à Orphée mais, par son chant, ce dernier parvient à émouvoir les esprits qui lui cèdent le passage. Un ciel serein succède aux sombres bords du Cocyte, prétexte dans la version parisienne à un ravissant ballet des Ombres heureuses. Eurydice paraît et retrouve Orphée.
À l'acte III, les deux époux remontent vers la terre mais Eurydice s'inquiète de l'indifférence d'Orphée qui ne peut la regarder, ni expliquer la raison de son attitude. À l'écoute de ses reproches, il ne peut s'empêcher de se retourner et elle expire dans ses bras. Orphée se lamente dans le célèbre Che farò senza Euridice (dans la version française : J'ai perdu mon Euridice). L'Amour surgit pour l'empêcher de se suicider et lui rend Eurydice, l'œuvre s'achevant dans la version parisienne par un long ballet.
Enregistrement EMI de 1966, Orchestre du Gewandhaus et Rundfunkchor de Leipzig, dirigés par Václav Neumann, avec Grace Bumbry (mezzo-soprano, Orfeo), Anneliese Rothenberger (soprano, Euridice) et Ruth-Margret Pütz (soprano, Amore): premier enregistrement de l'édition critique établie par Anna Amalia Abert et Ludwig Fischer (1963).
Enregistrement Vangard Classics de 1966, Orchestre Wiener Staatsoper Dirigés par Charles Mackerras, avec Maureen Forrester (mezzo-soprano, Orpheo), Térésa-Stich- Randall (soprano Euridice), Hanny Steffek (soprano Amore)
Enregistrement Accent de 1981, La Petite Bande de Louvain et Collegium Vocale Gent, dirigés par Sigiswald Kuijken, avec René Jacobs (contre-ténor, Orfeo), Marjanne Kwecksilber (soprano, Euridice) et Magdalena Falewicz (soprano, Amore) : premier enregistrement sur « instruments originaux ».
Enregistrement Philips de 1956, l'Orchestre des Concerts Lamoureux dirigé par Hans Rosbaud avec Léopold Simoneau (ténor, Orphée), Suzanne Danco (soprano, Eurydice), Pierrette Alarie (soprano, l'Amour). Bien que cette version complète soit incomplète (il manque l'ariette) et qu'il faille compter avec plusieurs transpositions, il s'agit d'un très bon témoignage de ce que l'école de chant produisait après-guerre.
Enregistrement Decca de 2010, Coro y Orquesta Titular del Teatro Real de Madrid dirigés par Jesús López Cobos, avec Juan Diego Flórez (ténor, Orphée), Ainhoa Garmendia (soprano, Eurydice) et Alessandra Marianelli (soprano, l'Amour).
En italien : EMI, 1951, l'Orchestre de l'opéra néerlandais dirigé par Charles Bruck, avec Kathleen Ferrier (contralto, Orfeo), Greet Koeman (soprano, Euridice) et Nel Duval (soprano, Amore) : version historique qui vaut pour le chant de Kathleen Ferrier à son sommet.
En italien : RCA, 1965, l'orchestre I virtuosi et le Chœur Polyphonique de Rome, dirigés par Renato Fasano, avec Shirley Verrett (mezzo-soprano, Orfeo), Anna Moffo (soprano, Euridice) et Judith Raskin (soprano, Amore) : premier enregistrement stéréophonique, cette édition a été considérée comme la meilleure de celles qui ne suivent pas une version originale de Gluck (ni celle de Berlioz non plus)[12].
↑ abc et dL'orthographe originale du titre de la version française de 1774 est « Orphée et Euridice », où le second nom n'observe pas l'orthographe moderne correcte, « Eurydice » (cfr. Partition imprimée, consultable sur le site Gallica de la BnF).
↑ a et bDans l’édition parisienne de 1774 Gluck ajuta un nouvel air au deuxième acte, chanté par une ombre hereuse (soprano); en fait, à partir de la même première, cet air a été chanté très souvent par Eurydice ou, de toute façon, par la chanteuse jouant le rôle d'Eurydice.
↑Entrée : Orphée et Euridyce, en Bertrand Dermoncourt (Éd.), L'univers de l'opéra : œuvres, scènes, compositeurs, interprètes, Paris, Laffont, 2012, (ISBN978-2-221-11546-6).
↑Source : (en) Patricia Howard (éd.), C.W. von Gluck: Orfeo, Cambridge/New York/Melbourne, Cambridge University Press, 1981 (édition consultée: collection Cambridge Opera Handbooks, paperback, 2010, (ISBN0-521-29664-1))
↑Notamment : réorganisation de l’action en quatre actes, suppression du trio et des danses à la fin du dernier acte, remplacés par le chœur « Le Dieu de Paphos », tiré d’un autre opéra de Gluck, Écho et Narcisse.
↑Le nom de Mlle Moreau (probablement Marie Moreau-Sainti) est rapporté directement par Berlioz: À travers chants, Études musicales, adorations, boutades et critiques, Parigi, Michel Lévy Frères, 1862, p. 116 (accessible gratuitement en ligne en books.google).