| Réalisation | Stanley Kubrick[1] |
|---|---|
| Scénario |
Stanley Kubrick Michael Herr Gustav Hasford D'après le roman The Short-Timers de Gustav Hasford. |
| Acteurs principaux | |
| Sociétés de production | Warner Bros. Pictures |
| Pays d’origine |
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| Genre | Drame[1] et guerre[1] |
| Durée | 116 minutes[3] |
| Sortie | 1987 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution
Full Metal Jacket est un film de guerre britanno-américain produit et réalisé par Stanley Kubrick, sorti en 1987.
Le film s'inspire du roman Le Merdier (The Short Timers) de Gustav Hasford[4] et des mémoires de guerre de Michael Herr, intitulées Dispatches. Son titre fait référence à un type de balle blindée.
Le film, qui met en scène des jeunes soldats du corps des Marines à la fin des années 1960, est composé de deux parties distinctes : dans la première, on assiste à leur entraînement à Parris Island et, dans la seconde, on les voit lors de la guerre du Viêt Nam pris dans les combats urbains de l'offensive du Tết. Chacune des deux parties constitue un récit particulier aboutissant, dans les deux cas, à un dénouement dramatique. Le thème central de la première partie est celui du conditionnement psychologique, faisant écho aux techniques radicales de redressement des délinquants développées dans un des films précédents de Kubrick, Orange mécanique (1971).
Full Metal Jacket est sorti près de vingt ans après les faits relatés, durant lesquels plusieurs grands films sur la guerre du Viêt Nam étaient déjà sortis : Voyage au bout de l'enfer (1978) et Apocalypse Now (1979), ainsi que Platoon (1986), de sorte que la vision du cinéaste sur le sujet s'ajouta à un ensemble déjà traité.
En 2001, Full Metal Jacket est classé à la 95e place de l'« AFI's 100 Years...100 Thrills », un classement des 100 meilleurs thrillers du cinéma américain établi par l'American Film Institute.
Le film est centré sur le personnage de J.T. Davis, surnommé « Joker » (« Guignol » dans la version française), un jeune engagé volontaire incorporant le corps des Marines de l'US Army à la fin des années 1960, à l'époque de la guerre du Viêt Nam.
Le film décrit son parcours à l'armée dès son entrée au camp d'entraînement de Parris Island en Caroline du Sud. Les nouvelles recrues dont il fait partie sont prises en main par l’impitoyable sergent-instructeur Hartman, un individu aux méthodes viriles et directes. Pratiquant un art de l'instruction fondé sur l'injure et l'humiliation, Hartman concentre son attention sur le soldat Lawrence, un jeune homme mou et enrobé, qu'il surnomme « Gomer Pyle »[a] (« Grosse Baleine » en VF). En effet, la malheureuse recrue peine lors des exercices physiques prodigués aux soldats de son unité et semble avoir une capacité intellectuelle limitée (il confond parfois la droite de sa gauche, a du mal à faire son lit seul ou à lacer ses rangers, etc.).
Le sergent Hartman désigne ensuite Guignol pour aider son camarade, mais Lawrence continue à avoir des difficultés pour arriver au niveau requis. Il devient alors la bête noire des autres recrues, ces derniers étant punis à sa place par le sergent Hartman quand il fait des erreurs (notamment quand Lawrence est découvert avec un beignet fourré, caché dans ses affaires). Après plusieurs punitions collectives à la suite des fautes répétées de Lawrence, celui-ci reçoit une sévère correction de la part des autres recrues, y compris Guignol (bien que réticent). Dans un premier temps, la correction semble porter ses fruits : Lawrence se transforme en un soldat particulièrement discipliné et compétent et obtient finalement son brevet militaire. Mais, lors de la dernière nuit passée au camp d'entraînement, il bascule dans la folie et abat le sergent Hartman sous les yeux de Guignol, avant de se suicider avec son fusil M14.
L'action du film se déplace ensuite au Viêt Nam, en plein conflit entre l'US Army et le Viet-Cong. Au Viêt Nam, Guignol a été affecté à une unité de journalistes militaires du magazine Stars and Stripes. Lors d'une conférence de rédaction, il se heurte à son supérieur au sujet de l'intégrité journalistique du magazine. Afin de lui donner une leçon, son supérieur l'envoie en reportage sur le terrain, alors que l'offensive du Tết bat son plein. Guignol y retrouve l'un de ses camarades du camp d'entraînement, surnommé « Cowboy », aux côtés duquel il est engagé de manière directe aux combats. Lors d'une escarmouche avec un tireur d'élite, Guignol voit plusieurs de ses camarades se faire tuer, notamment Cowboy qui était passé chef de groupe. Guignol se retrouve alors confronté à ses propres limites morales, ainsi qu'à la violence brute de la guerre et à l'effet psychologique qu'elle produit sur les hommes.
En 1973, en France, Yves Boisset réalise RAS, un film portant sur la guerre d'Algérie. Ce sera pour Stanley Kubrick une révélation sur les possibilités qu'offre le cinéma à porter un engagement aigu. Full Metal Jacket prend ensuite son origine dans la rencontre en 1980 entre Kubrick et Michael Herr, correspondant de guerre au Viêt Nam et auteur d'un livre de mémoires sur ce conflit, Dispatches. Le projet initial de Kubrick était de réaliser un film sur la Shoah, sujet finalement abandonné[6].
Par ailleurs, Stanley Kubrick est depuis 1982 un admirateur fervent du roman de Gustav Hasford sur cette guerre, The Short Timers (Le merdier), qu'il considère comme « un livre unique, absolument merveilleux » (« a unique, absolutely wonderful book »). En accord avec Michael Herr[6], il décide d'employer le roman comme base pour les dialogues de son film.
Kubrick commence à se documenter en 1983, visionnant de très nombreux films et documentaires, lisant des journaux vietnamiens conservés sur microfilms à la bibliothèque du Congrès des États-Unis et amassant un nombre considérable de photographies d'époque[7]. Il a entassé tellement de documentation pour son film qu'elle remplissait une cinquantaine de boîtes en cartons stockées dans son garage.
Enfin, Michael Herr, se montrant très réticent à l'idée de revisiter son expérience du Viêt Nam, Kubrick parvient à le convaincre au cours d'« un coup de téléphone qui a duré trois ans, avec quelques interruptions » (« a single phone call lasting three years, with interruptions », d'après Michael Herr[6]).
L'écriture du scénario débute en 1983. La collaboration entre Stanley Kubrick, Gustav Hasford et Michael Herr s'organise de la manière suivante : le réalisateur téléphone ses instructions aux deux auteurs (au rythme de trois ou quatre appels par semaine, longs chacun de plusieurs heures), puis ces derniers lui expédient leur travail par courrier[8]. Stanley Kubrick les rappelle ensuite pour leur faire part des modifications à apporter, et ainsi de suite.
Malgré l'importance de leur contribution, ni Gustav Hasford ni Michael Herr n'ont d'idée précise du scénario final, sans parler du film. C'est pourquoi Gustav Hasford compare l'écriture du scénario à un travail à la chaîne[8].
Selon Michael Herr, Stanley Kubrick n'a pas, à l'époque, l'intention de réaliser un film anti-guerre, mais plutôt de montrer « à quoi la guerre ressemble vraiment » (« he wanted to show what war is like »[6]).
La collaboration avec Gustav Hasford ne dépasse pas le stade du scénario. Lorsque Stanley Kubrick décide de rencontrer en personne l'auteur de The Short Timers — malgré l'avertissement de Michael Herr le décrivant comme un homme effrayant (« a scary man »)[6] — l'entrevue, dans la résidence anglaise du réalisateur, ne se passe pas très bien. Gustav Hasford est alors écarté de la production[6]. Seulement crédité pour des « dialogues additionnels », il engage plus tard[Quand ?] une procédure judiciaire pour être considéré comme l'auteur des dialogues[réf. nécessaire].
Le titre Full Metal jacket fait référence à un type de munitions standard utilisées par les armées et les polices du monde entier. Munitions dites « FMJ » (pour full metal jacket bullet), c'est-à-dire « balle entièrement chemisée métal », balle typiquement militaire[9]. Juste avant de se suicider, alors que « Joker » (« Guignol » en VF) lui demande si ce sont des vraies balles qu'il charge dans son fusil, « Pyle » (« Baleine » en VF) répond : « 7,62 mm, full metal jacket ».
L'une des curiosités du film est le personnage du sergent Hartman, l'instructeur des Marines qui prend en charge la formation des recrues dans la première partie du film. Le rôle est interprété par Ronald Lee Ermey, qui avait exercé cette fonction dans les années 1960. Kubrick a combiné les personnalités de quatre genres de drill instructors dans son personnage de Hartman.
Originellement engagé comme conseiller technique, Ronald Lee Ermey improvisa des centaines d'insultes au cours des auditions. Il donnait en effet la réplique aux acteurs devant interpréter les jeunes recrues. Après avoir visionné le film de ces auditions, Stanley Kubrick lui attribua le rôle du sergent instructeur, considérant Ronald Lee Ermey comme un véritable « génie dans ce rôle »[7].
Finalement, Ronald Lee Ermey écrivit lui-même environ 60 % des dialogues de son personnage, principalement des insultes[10].
Ronald Lee Ermey subit un grave accident de voiture en plein milieu du tournage. Il fit une sortie de route vers 1 heure du matin dans un endroit boisé et désert (Epping Forest), se cassant toutes les côtes sur un côté, et restant seul dans le froid. Heureusement conscient, il a pu faire clignoter ses phares et miraculeusement un automobiliste s'est arrêté pour lui porter secours. Il fut incapable de tourner pendant quatre mois et demi[10].
Ami de Matthew Modine, il travaille à l'origine comme videur dans un bar. Apprenant que son camarade décroche un rôle dans le film, il lui demande alors de contacter Stanley Kubrick pour que celui-ci lui propose un autre rôle.
Pour l'acteur, se glisser dans le rôle du soldat « Gomer Pyle » (« Grosse Baleine » dans la version française) fut éprouvant : il dut en effet prendre 32 kilos pour correspondre à l'image du personnage.
La première partie du film, située dans le camp d'entraînement des marines à Parris Island, fut tournée dans une base aérienne du Royaume-Uni[7], à Bassingbourn, dans le Cambridgeshire.
Pour la seconde partie, qui se déroule au Viêt Nam, Stanley Kubrick employa un terrain en cours de démolition situé à Newham, à l'est de Londres. Le terrain appartenait à la compagnie du gaz britannique et présentait une certaine ressemblance avec les photographies de la ville de Huế pendant la guerre du Viêt Nam[10]. Deux mois durant, le directeur artistique et son équipe préparèrent le terrain pour parfaire la ressemblance. Ils firent exploser certains bâtiments et en endommagèrent d'autres à l'aide d'une boule de démolition[10].
Une jungle artificielle en plastique fut fabriquée en Californie, mais Stanley Kubrick ne fut pas satisfait du résultat. On fit alors venir 200 palmiers d'Espagne et près de 100 000 arbres en plastique de Hong Kong[10] pour les scènes en extérieur.
Lors de la scène de la mort du soldat « Cowboy », on peut apercevoir en arrière-plan un énorme bâtiment qui ressemble étonnamment au célèbre monolithe extraterrestre de 2001, l'Odyssée de l'espace, un des précédents films de Stanley Kubrick. Le réalisateur parla de cette similitude comme d'un « accident extraordinaire » (« extraordinary accident »)[10].
Jugé trop critique envers les militaires, le film ne fut pas soutenu par l'armée américaine. Stanley Kubrick dut donc passer par des voies détournées pour obtenir l'équipement dont il avait besoin. Ainsi, quatre chars M41 lui furent prêtés par l'un de ses admirateurs, qui était colonel dans l'armée belge.
Les hélicoptères sont des Westland Wessex Sikorsky S-58 construits sous licence en Angleterre qui se différencient extérieurement par le "nez" modifié dû au montage d'un moteur nécessitant une prise d'air importante, furent quant à eux loués et repeints aux couleurs des Marines, tandis que les armes légères — fusils d'assaut M16, lance-grenades M79 et mitrailleuses M60 — furent achetées à un armurier privé[7].
Toutes les chansons entendues dans le film datent des années 1960, et sont donc contemporaines du conflit.
En revanche, pour les scènes de combat et d'autres moments dramatiques, Kubrick a utilisé une musique originale très inquiétante, qui a été réalisée par sa propre fille Vivian Kubrick.
Full Metal Jacket a reçu une critique majoritairement positive. Sur le site agrégateur de critiques Rotten Tomatoes, le film obtient un score de 92 % d'avis favorables, sur la base de 83 critiques collectées et une note moyenne de 8,35/10 ; le consensus du site indique : « Intense, étroitement construit et parfois sombrement comique, le Full Metal Jacket de Stanley Kubrick ne peut pas se vanter des thèmes les plus originaux, mais il est extrêmement efficace pour les communiquer »[11]. Sur Metacritic, le film obtient une note moyenne pondérée de 76 sur 100, sur la base de 19 critiques collectées ; le consensus du site indique : « Avis généralement favorables » [12].
Le film a connu un certain succès commercial, rapportant environ 46 357 000 $ au box-office en Amérique du Nord, pour un budget de production de 30 000 000 $[13]. En France, il a réalisé 2 321 742 entrées[14].
Le film n'a gagné aucune récompense importante mais reçu une nomination pour l'Oscar du meilleur scénario adapté, le BAFTA du meilleur son et celui des meilleurs effets visuels[15].
L'acteur R. Lee Ermey a reçu une nomination pour le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle[15].
De 29 à 31 minutes du film, le sergent Hartman fait l'apologie des qualités de tireur d'élite chez des Marines en prenant en référence plusieurs tireurs isolés ayant perpétré le massacre de civils américains, comme Charles Whitman, mais aussi Lee Harvey Oswald pour le président John Fitzgerald Kennedy. Le sergent termine sa propagande pro-Marines par « Voilà ce que sait faire un Marine motivé, et avant que vous ne me quittiez, mes louloutes, vous serez tous capables de faire la même chose ».
Le lien entre la formation militaire dure et les troubles psychopathologiques antisociaux se soulignent car c'est à ce même moment qu'un gros plan se concentre sur l'expression de haine que l'on peut lire sur le visage de Leonard Lawrence, comme pour mieux voir la détermination à tuer qu'il affiche au moment de cette conclusion[réf. nécessaire].