Arrivée des filles du Roy à Québec, reçues par Jean Talon et Mgr Laval, vue par Eleanor Fortescue-Brickdale (1872-1845).

Les Filles du roi (ou « Filles du Roy », selon la graphie de l'époque) sont des jeunes femmes (environ 800[1]) envoyées en Nouvelle-France sous la tutelle du roi Louis XIV, entre 1663 et 1673, pour s'y marier, y fonder un foyer et établir une famille pour coloniser le territoire.

Origines du terme[modifier | modifier le code]

Le terme « Filles du Roy » fut employé pour la première fois seulement en 1698, dans les écrits de Marguerite Bourgeoys, sainte catholique emblématique de Montréal[2]. Entre 1663 et 1673, période d'arrivée des Filles du roi, c'est le terme « filles à marier » qui est utilisé: c'est le terme commun à toutes les vagues d'immigration de jeunes filles[2].

L’expression « Filles du Roy » sous-entend que ces immigrantes étaient les pupilles de Louis XIV et qu'à titre de protecteur, celui-ci suppléait aux devoirs de leur père naturel en veillant sur elles et en les dotant[2]. C'est en effet la Couronne française qui se charge des dépenses liées au transport et à l'établissement des Filles du roi, en plus de leur octroyer une dot de 50 livres afin qu'elles puissent se marier une fois arrivées en Nouvelle-France[2],[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Contexte: un débalancement démographique en Nouvelle-France[modifier | modifier le code]

Au XVIIe siècle, les activités commerciales de la Nouvelle-France, colonie française d’Amérique du Nord, sont encore axées sur l'exploitation du commerce des fourrures. Ce commerce se fait alors sous l'impulsion de la compagnie des Cent-Associés, aussi appelée Compagnie de la Nouvelle-France. Fondée le 6 mai 1628 par le biais d'un édit royal, cette compagnie de commerce obtient de la Couronne française le monopole de la traite des fourrures[4]. En échange, elle doit faire passer de 200 à 300 le nombre d'hommes sur le territoire dès 1628 et à 4 000 le nombre de personne des deux sexes en 15 ans[4].

Pendant les quarante ans d'existence de la compagnie des Cent-Associés, la majorité des habitants de la colonie restent toutefois des hommes: coureurs des bois, commerçants ou encore militaires. En 1665, pour ne rien arranger, la proportion d'hommes augmente encore plus avec l'arrivée du régiment de Carignan-Salières. En 1666, on dénombrait dans la colonie 719 célibataires masculins âgés de 16 à 40 ans pour seulement 45 filles célibataires dans la même tranche d'âge[5].

La Fondation de Ville-Marie en 1642 permet l'arrivée de quelques femmes dans la colonie[2] et, de 1634 à 1663, plus de 200 filles célibataires étaient venues s'établir en Nouvelle-France (les « filles à marier »)[6]. Ce n'est toutefois pas suffisant pour pallier le déséquilibre démographique[2]. Le 24 février 1663, la compagnie des Cent-Associés est dissoute à la demande du roi Louis XIV, qui reprend le contrôle de la colonie par le biais d'un Conseil souverain [7]: l'effort de peuplement de la Nouvelle-France est alors véritablement amorcé.

Recrutement[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Colbert, ministre de Louis XIV et principal artisan du recrutement des Filles du Roi.

C'est Jean-Baptiste Colbert, principal ministre d'État de Louis XIV, qui est à la tête du recrutement des Filles du roi[2]: il promet dix livres par recrue à des embaucheurs, des marchands et des armateurs[8]. Ces derniers sillonnent alors le Royaume de France à la recherche de candidates. Ils recrutent des jeunes filles dans les maisons de charité ou encore les hôpitaux généraux de Paris, La Rochelle, Rouen ou encore Dieppe[2]. Plus du tiers des Filles du roi sont issues de la Salpêtrière, un hôpital parisien dédié à soutenir les miséreuses et les exclues[9]. Les maisons de charité, financées par l'État et tenues par des religieuses, ont été créées dans l'objectif de venir en aide aux jeunes filles veuves ou orphelines (près du deux tiers des Filles du roi le sont de père, de mère ou des deux parents)[2]. Ainsi, la majorité des Filles du roi sont issues de milieux modestes, voire pauvres[2].

Le clergé français contribue également de façon soutenue à l'effort de recrutement[2]. Les curés sont au cœur du processus, à l'image du curé de la paroisse Saint-Sulpice, Monsieur de Bretonvilliers, qui recrute 46 des 327 Filles du roi issues de Paris[2]. Bien que Louis-XIV désire une Nouvelle-France catholique, certaines jeunes femmes recrutées sont protestantes[2]. Si leur foi est découverte, ces dernières doivent se convertir en arrivant en Amérique du Nord si elles veulent se marier (à l'image de Marthe Quitel en 1665 et Catherine Basset en 1667)[2].

Bien que la question soit encore matière à débat, les sources disponibles semblent indiquer que les Filles du roi ont volontairement quitté la France[2]. Issues de classes modestes à une époque où la sécurité sociale n'existe pas, elles peuvent bénéficier du financement de l'État, notamment pour se marier et éventuellement obtenir une terre[2]. Les Filles du roi quittent donc vers la Nouvelle-France dans l'espoir d'accéder à de meilleures conditions socioéconomiques[2].

Le voyage vers l'Amérique[modifier | modifier le code]

Les premiers contingents de Filles du roi sont transportés dans les vaisseaux du roi de France (c'est la Compagnie française des Indes occidentales qui s'en charge à partir de 1665)[10]. On assigne à chaque contingent des femmes « bien recommandées », chargées de maintenir une discipline rigoureuse et de s'assurer que la pénible traversée de trois mois vers la Nouvelle-France se déroule bien[8].

Arrivée des Filles du Roi en Nouvelle-France[modifier | modifier le code]

C'est le 22 septembre 1663 qu'arrivent les premières Filles du roi dans le port de Québec. La ville compte alors 800 habitants et elles sont accueillies par le Conseil souverain, le curé Henri de Bernières et Marie Madeleine de La Peltrie, une amie de Marguerite Bourgeoys[2]. Celles qui s'établissent à Montréal sont accueillies par Marguerite Bourgeoys elle-même[2].

Les Filles du roi ne choisissent pas nécessairement leurs prétendants mais les sources indiquent que 15% des premiers contrats de mariages sont annulés, ce qui laisse penser qu'elles avaient la possibilité de refuser un mari[11]. Pour favoriser les unions, des dots royales sont octroyées entre 1667 et 1673[11]. Bien que les Filles du roi reçoivent toutes l'aide de la Couronne d'une manière ou d'une autre (transport, terres, etc.), seule la moitié reçoit une dot royale. Sur les 606 contrats de mariage signés par des Filles du roi, 250 en font une mention claire[11].

L’arrivée des filles du roi en 1667, vue par l'illustrateur Charles William Jefferys.

Les dots conventionnelles étaient généralement constituées de meubles, d’articles de ménage, d’argent, de terres ou d’autres biens reçus en héritage. S’ajoutait parfois à ces éléments qui ont été identifiés au contrat de mariage, la perspective d’un héritage à venir. Généralement, quel que fût leur sexe, tous les enfants d’un couple ont droit à une part égale de l’héritage familial. Même la plus pauvre des filles pouvait compter sur des biens qui, s’ils ne lui appartenaient pas au moment de l’engagement, pouvaient venir plus tard, un jour, enrichir le patrimoine de la famille qu'elle s’apprêtait à fonder. Si elles n’éprouvaient généralement pas de difficulté à se trouver un mari, quelques-unes en rencontraient dans l’adaptation à la vie quotidienne en Nouvelle-France. Selon Marie de l'Incarnation, cela s'explique par le fait qu'elles sont issues de milieux citadins, peu adaptées au travail de la terre.

En moyenne, les Filles du roi se marient en un peu moins de cinq mois[11]. Elles cherchent alors des hommes ayant une maison ou une terre. Les colons, quant à eux, choisissent les femmes les mieux portantes pour le travail de la ferme. On les présente alors les uns aux autres lors de soirées organisées. Arrive ensuite l’étape du notaire, puis celle du mariage à l’église.

Ainsi, entre 1663 et 1673, plus de 770 jeunes femmes parties de France débarquent à Québec, envoyées par Louis XIV pour contribuer au peuplement de la Nouvelle-France. Durant cette période, 4500 naissances sont attribuables aux Filles du roi, faisant tripler la population de la Nouvelle-France et rétablissant l'équilibre démographique [12].

Composition[modifier | modifier le code]

Origines socio-économiques[modifier | modifier le code]

De nombreux mythes quant à l'identité des Filles du roi ont subsisté à travers les époques. Les plus persistants concernent les mœurs de ces protégées du roi de France :

« L'une d'elles [fausseté historique] concerne la qualité morale des immigrants, surtout de sexe féminin, qui se sont établis en Nouvelle-France de 1634 à 1673. [...] Cette déformation d'un facteur primordial de l'histoire du Canada repose uniquement sur une calomnie colportée en France par des rimailleurs et des publicistes mal informés, puis reprise et amplifiée par des voyageurs et des fonctionnaires qui séjournèrent dans la Nouvelle-France, sans en connaître les mœurs ni avoir été témoins de l'immigration dont ils parlent. Elle avilit les origines du peuple canadien-français, en les décrivant bien différentes de ce qu'elles ont été en réalité »[13].

En effet, dans l'imaginaire collectif, des rumeurs persistantes sous-entendent que les Filles du roi étaient des prostituées. Selon l'historienne Danielle Pinsonneault, ces mythes prennent racine dans un dédain de la bourgeoisie française de l'époque pour les classes inférieures et des stéréotypes vis-à-vis de l'Amérique[2]. Pinsonneault estime que les historiens ont balayé ces mythes en relevant la « fécondité incroyable » des Filles du roi[2]. Cette prolifique fertilité aurait été impossible si elles avaient été atteintes de maladies vénériennes, courantes chez le « filles publiques » de l'époque[2].

Parmi elles, quelques « beaux partis » étaient destinés aux officiers du régiment de Carignan-Salières ou aux célibataires d’origine bourgeoise ou noble. C’était des « demoiselles ». Leur nombre, puisqu'on souhaitait surtout l’apport de femmes robustes et aptes au travail, était mesuré. Au total, moins d’une cinquantaine de Filles du roi appartenaient à cette élite. Entre leur arrivée à Québec et leur mariage, les Filles du roi étaient placées sous la protection de religieuses, de veuves ou de familles. Elles y étaient logées et nourries[réf. nécessaire].

La plupart des Filles du roi étaient des célibataires d’origine modeste, mais on dénombre quelques filles de haut rang, parfois de la petite noblesse. Bon nombre étaient issues de familles terriennes, plusieurs étaient orphelines. Parmi elles se sont glissées quelques veuves dont certaines avaient déjà donné naissance à un enfant[réf. nécessaire].

Origines ethniques[modifier | modifier le code]

La moyenne d'âge des Fille du roi est de 24 ans[2]. La plupart d'entre elles viennent de l'Île-de-France, des alentours de Paris ou des provinces de l'ouest de la France (Aunis, Saintonge, Poitou et Touraine)[2]. Bien que la plus grande partie du groupe soit d’origine française, on y trouve également quelques femmes issues d’autres peuples. Certaines sont originaires d'Allemagne (Marie Vanzègue, 1673), de l'Angleterre (Catherine de Lalore, 1671), de Belgique (Marie-Anne Bamont, 1673) du Portugal (Espérance Du Rosaire, 1668) ou encore de la Suisse (Barbe Duchesne, 1671)[2].

Provinces et lieux d'origine des Filles du roi[14]
Province et lieu d'origine Nombre
Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois 96
Anjou, Touraine, Berry 17
Île-de-France, Orléanais, Beauce 322
Brie, Champagne 49
Maine, Perche 7
Normandie 120
Picardie, Artois 27
Bretagne 13
Province diverses 38
Lieux d'origine inconnus 82
Pays étrangers 3
Total 774

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yves Landry, « Les filles du roi et les soldats du régiment de Carignan-Salières », Cap-aux-Diamants : la revue d'histoire du Québec, no 34,‎ , p. 24 (ISSN 0829-7983 et 1923-0923, lire en ligne, consulté le 18 mars 2020)
  2. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x et y Danielle Pinsonneault, « Les Filles du Roy (1663-1673) - La Fondation Lionel-Groulx », sur www.fondationlionelgroulx.org (consulté le 17 mars 2020)
  3. « Arrivée des Filles du roi en Nouvelle-France - Répertoire du patrimoine culturel du Québec », sur www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca (consulté le 18 mars 2020)
  4. a et b Silvio Dumas, Les Filles du Roi en Nouvelle-France: Étude historique avec répertoire biographique, Québec, Société historique de Québec, , p. 9
  5. Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, vol. 1, « Des origines à 1791 », 2013, p. 160.
  6. Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, vol. 1, « Des origines à 1791 », 2013, pp. 160-161.
  7. Silvio Dumas, p. 27.
  8. a et b Silvio Dumas, p. 33.
  9. Yves Landry, « Les filles du roi et les soldats du régiment de Carignan-Salières », Cap-aux-Diamants : la revue d'histoire du Québec, no 34,‎ , p. 25 (ISSN 0829-7983 et 1923-0923, lire en ligne, consulté le 18 mars 2020)
  10. Silvio Dumas, p. 36.
  11. a b c et d Marie-Ève Gingras, « Les filles du roi : mythes, réalités et représentations », Cap-aux-Diamants : la revue d'histoire du Québec, no 114,‎ , p. 21 (ISSN 0829-7983 et 1923-0923, lire en ligne, consulté le 19 mars 2020)
  12. Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, vol. 1, « Des origines à 1791 », 2013, p. 165.
  13. Silvio Dumas, p. 3.
  14. Silvio Dumas, 1972, p. 126.
  15. cfqlmc.org.
  16. Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, « Programme des activités du 350e anniversaire du départ de France et de l’arrivée en Nouvelle-France des Filles du Roy » (consulté le 4 mai 2013).
  17. Maison Saint-Gabriel, « Maison Saint-Gabriel - Les filles du Roy 1663-2013 – 350e anniversaire » (consulté le 3 mai 2013)
  18. Ville de Montréal, « Commémoration du 350e anniversaire de l'arrivée des Filles du Roy : le Sud-Ouest convie la population à participer en grand nombre aux festivités de la Maison Saint-Gabriel » (consulté le 3 mai 2013).
  19. « A la recherche des Filles du Roy », sur Village Croix de Pierre - Rouen, (consulté le 28 juillet 2020)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles, chapitres[modifier | modifier le code]

Mémoires, thèses[modifier | modifier le code]

Audiovisuel[modifier | modifier le code]

Roman[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive de romans et de romans historiques qui portent sur le thème des Filles du roi.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]