Le baptême ou baptême d'eau est un rite ou un sacrement symbolisant la nouvelle vie du croyant chrétien. Il est partagé par la quasi-totalité des Églises chrétiennes, étant donné son importance dans les textes bibliques. L'eau symbolise à la fois la mort par immersion des baptisés dans leur ancienne vie caractérisée par le péché, et leur nouvelle naissance dans une vie nouvelle et éternelle . C'est le fait d'entrer dans la dimension de Dieu.
Pour le catholicisme et l'orthodoxie, le baptême est le sacrement de la foi en Jésus-Christ par lequel le chrétien est sauvé, purifié du péché, en devenant enfant de Dieu. Pour le protestantisme traditionnel, le baptême est seulement un signe (l'humanité entière est infectée par le péché originel que seul le sang de Jésus-Christ peut laver)[1]. Tout en souscrivant à cette compréhension, le christianisme évangélique réserve le baptême aux adultes, car il doit suivre la conversion et la nouvelle naissance, alors que le protestantisme traditionnel pratique en général le pédobaptisme, considérant que c'est le signe d'une main tendue de Dieu vers l'Homme et non l'inverse[2]. Certaines églises protestantes pratiquent en outre le baptême par immersion, ce qui peut se pratiquer dans un point d'eau extérieur ou dans un bassin aménagé dans un bâtiment d'église.
Dans certains pays, dont l'Espagne, la France et le Royaume-Uni, la naissance d'un enfant est parfois célébrée en dehors de toute référence religieuse et tout cadre légal par un baptême civil ou « baptême républicain ».
Le substantif masculin français « baptême » est un emprunt[3],[4], par l'intermédiaire[3],[4] du latin ecclésiastique baptisma[4],[5], au grec[3] βάπτισμα[4],[6], dérivé de βαπτίζειν[6] baptizein, fréquentatif du verbe βάπτειν baptein (« plonger dans un liquide », « immerger »).
Dans le judaïsme, le mikvé est un bain rituel utilisé pour l'ablution nécessaire aux rites de pureté. L'immersion totale du corps dans l'eau du mikvé fait partie du processus de conversion au judaïsme. On y voit généralement l'ancêtre du baptême chrétien. Dans l'esprit de la Torah et dans les rites d'immersion juifs demandés à Moïse par YHWH, l'immersion représente l'engloutissement dans l'eau d'un corps qui a été touché par l'impur[7].
Ce rituel s'appuie sur une symbolique que Carl Gustav Jung et d'autres psychanalystes rapprochent de la vie intra-utérine, l'immersion évoquant tout à la fois la purification, la mort et la (re-)naissance[8].
Dans L'Ancien Testament, plusieurs passages montrent que l'eau avait une valeur symbolique et rituelle dans la culture hébraïque :
Les quatre évangiles font allusion à trois types de baptêmes :
Pour tout chrétien, la référence est le baptême de Jésus par Jean le Baptiste dans le Jourdain, décrit dans l'évangile selon Matthieu : Jésus arrivant de Galilée paraît sur les bords du Jourdain, et vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean veut l'en empêcher et dit : « C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi et c'est toi qui viens à moi ! », mais Jésus lui répond : « Pour le moment, laisse-moi faire ; c'est de cette façon que nous devons accomplir ce qui est juste ». Alors Jean le laisse faire. « Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie" »[14]. Le rite du baptême a provoqué la disparition de la circoncision rituelle, sans totalement faire disparaître cette notion, alors spiritualisée[15].
Pour l'Église primitive, le baptême est toujours le sacrement de la foi qui suit la conversion. Selon Tertullien[16], « On ne naît pas chrétien, on le devient », affirmait-il dans son Apologie du christianisme, chapitre 18. Les travaux de Joachim Jeremias qui réunissent des preuves positives de la présence du baptême de nourrissons dans les quatre premiers siècles, permettent de nuancer ce point de vue[17] : si le baptême demeure toujours le sacrement de la foi et de la conversion au Christ, l'Église ne refuse pas le baptême des enfants de parents convertis ou croyants depuis leur jeune âge. Alors que la pratique du pédobaptisme devient de plus en plus courante, le baptême d'adultes convertis continue à être célébré au Moyen Âge[18].
Le baptême est la participation, pour chaque orthodoxe, à la mort et à la résurrection du Christ. C'est pourquoi il est nécessaire à la participation du renouvellement de l'homme dans le Christ. Ce renouvellement, c'est la mort du « vieil homme », du vieil Adam, de l'homme de la Chute, pour « revêtir le Christ », présenté par Paul comme le nouvel Adam. Le baptême est donc véritablement une renaissance[19].
Le baptême est l'un des sept sacrements de l'Église catholique, le premier des trois sacrements de l'initiation chrétienne, avant la première communion et la confirmation[20].
Ce sacrement représente le moment où les croyants sont délivrés de leurs péchés et deviennent des enfants de Dieu[21],[22]. La marque imprégnée par Dieu au moment du baptême est ineffaçable[23]. Les catholiques renouvellent leur baptême chaque année à Pâques[23]. En cas de nécessité urgente, toute personne peut pratiquer le baptême d'une autre personne[23].
Pour les enfants et les adultes, le baptême est précédé du catéchuménat, période pendant laquelle le futur baptisé découvre la foi chrétienne. Lors de la cérémonie, avant d'être baptisé, le catéchumène fait la promesse solennelle de rejeter Satan avant de professer sa foi et son engagement envers Jésus-Christ[22].
Pour les nouveau-nés, les parents suivent le « catéchuménat postbaptismal » qui les aide à comprendre le sens de ce sacrement. Ils doivent s'engager à éduquer l'enfant dans la foi[24]. Ce sont généralement les parents, et en tout cas les parrain et marraine, qui font la profession de foi en son nom[22].
Durant la cérémonie, de l'eau est versée par effusion sur la tête de la personne. Le baptême par immersion (quand la personne entre totalement dans l'eau) est également pratiqué au sein de l'Église catholique, particulièrement par les Églises catholiques orientales.
L'ondoiement est une cérémonie simplifiée en cas de risque imminent de décès et qui se limite à verser de l’eau sur la tête de la personne en prononçant les paroles sacramentelles : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Cela correspond à la croyance ancienne que le baptême opère le salut et que les enfants morts sans baptême seraient réprouvés[25].
L'Église catholique reconnaît que le salut est possible pour les non-baptisés, position qui a été affirmée notamment par la constitution Lumen Gentium[Note 1] du concile Vatican II, par la déclaration Dominus Iesus et par le document sur L’Espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême[26].
Le baptême est l'un des deux sacrements protestants, l'autre étant la Sainte-Cène. Les Églises protestantes définissent un sacrement comme un signe qui manifeste matériellement (rend présent) le Christ, don de Dieu aux humains, tel que lui-même l'a institué dans le Nouveau Testament, au travers d'une présence spirituelle de Jésus.
Les Églises protestantes multitudinistes pratiquent un baptême dit de confessants : c’est la grâce divine offerte à tous qui est mise en avant, d’où le baptême des enfants (pédobaptisme), très dominant dans ces églises (bien que le baptême reste possible à tout âge). Dans les traditions luthérienne et réformée, le baptême peut se faire soit par effusion (en versant de l’eau sur la tête du croyant), soit par aspersion (quelques gouttes d’eau versées sur la tête du baptisé de manière symbolique), soit, beaucoup plus rarement, par immersion[27].
Les premiers réformateurs conservent la pratique catholique traditionnelle du pédobaptisme et les Églises protestantes traditionnelles restent favorables à la pratique du baptême pour les bébés ; il n'est cependant plus systématique, n'étant pas considéré comme opératoire dans l'économie du salut mais comme « le signe visible d’une grâce invisible »[27].
Néanmoins, la pratique du baptême est la cause d'une discussion doctrinale importante entre les Églises issues de la Réforme protestante au XVIe siècle. Le mouvement anabaptiste récuse le baptême des enfants dont il affirme qu'il n'apparaît pas dans les Écritures et ne peut être administré à des enfants incapables de comprendre le sens de ce sacrement alors que Jean Calvin, qui consacre un chapitre entier de l'Institution de la religion chrétienne à cette question, estime que « le baptême succède à la circoncision » des temps bibliques en tant que signe d'appartenance au peuple de Dieu et de promesse de salut, issu de l'Alliance entre Dieu et les hommes[1],[2].
La remise en question du baptême des enfants (ou pédobaptisme) restera une réflexion constante des Églises protestantes en Europe[1]. On a assisté dans les années 1950, puis dans les années 1970, à la croissance d'un mouvement en faveur du report du baptême à un âge de pleine conscience.
Au moment de la Réforme, l'émergence du mouvement anabaptiste puis des baptistes qui s'en inspireront va générer un débat considérable entre les représentants de la Réforme magistérielle (Calvin, Zwingli), pédobaptistes, et ceux de la Réforme radicale (Hubmaier, Menno Simons), crédobaptistes. En 1609, le mouvement baptiste initié par l'Anglais John Smyth appliquera cette dernière pratique dans toutes ses églises[28]. Dans les églises évangéliques, le baptême du croyant est l'un des principaux signes de distinction d'avec les autres églises protestantes[29]. En effet, pour la majorité des chrétiens évangéliques, le baptême du croyant, par immersion dans l'eau, survient après la nouvelle naissance[30]. Pour les nouveaux nés, il y a une cérémonie appelée présentation d'enfant [31].
Pour le mouvement évangélique (notamment les baptistes, pentecôtistes et mennonites), héritier de la Réforme radicale du XVIe siècle, le baptême est un choix personnel qui ne peut donc concerner que des croyants adultes (anabaptisme)[1]. Les évangéliques fondent ce choix sur leur lecture de la Bible et estiment que le baptême redevient ainsi ce qu'il était dans l'Église primitive[32]. Ils insistent sur le baptême du Saint-Esprit qui accompagne la nouvelle naissance manifestée par le baptême dans l'eau, et se désignent souvent eux-mêmes comme des born again (« nés de nouveau »). Le baptême par immersion est donc le symbole d'une transformation intérieure et n'est pas une condition nécessaire au salut.
À la suite des pentecôtistes, le Renouveau charismatique a mis à l'honneur une expérience d'effusion de l'Esprit Saint, appelée « baptême dans l'Esprit » et fondée sur le récit de la Pentecôte dans le Nouveau Testament.
La plupart des Églises chrétiennes reconnaissent la validité du baptême des autres Églises[33].
Toutefois, la question de l'universalité du baptême s'est posée dès les débuts de l'histoire de l'Église. Au IIIe siècle, Cyprien de Carthage , se prononce pour le re-baptême, tandis qu'Augustin d'Hippone plaide pour la reconnaissance de la validité des baptêmes administrés par les autres églises chrétiennes. Trois types d'accueil sont développés par l'Église catholique en fonction de la différence de dogmes et de la qualité des relations avec les autres Églises : le re-baptême, l'onction de saint chrême, ou l'abjuration suivie d'une profession de foi[34].
En 1982, le Conseil œcuménique des Églises a publié en accord avec des théologiens catholiques un document intitulé Baptême, Eucharistie, Ministère. Ce texte fait le point sur l'accord toujours plus grand - et les différences qui subsistent - dans des domaines fondamentaux de la foi et de la vie des Églises. Il consacre en sept pages un accord complet des Églises sur la question du baptême[35]. En 2010 est signé le texte « Un seul baptême, vers une reconnaissance mutuelle » par la commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises[36],[37].
On distingue différentes traditions:
La forme du baptême diffère selon les Églises :
Une pratique venue d'Allemagne consiste à se faire « débaptiser », par exemple pour échapper à l'impôt ecclésiastique. En France, les motivations relèvent plutôt d'une mise en conformité avec des convictions personnelles. La question est ouverte de savoir si le « débaptême » est possible. Sur la forme, il est possible de se faire rayer des registres paroissiaux. Sur le fond, le chrétien a toujours la liberté de renoncer à son baptême. Mais d’un point de vue théologique, les avis divergent sur la possibilité de revenir en arrière sur une grâce reçue de Dieu : dans cette optique où les dons de Dieu sont définitifs (« Dieu ne reprend jamais ce qu’il a donné »), le baptisé ne peut pas être « débaptisé », il renonce simplement à vivre selon son baptême.
La démarche de débaptisation (apostasie) est surtout utilisée par les athées militants soucieux de ne plus compter parmi les statistiques de l'Église catholique, celle-ci évaluant le nombre de ses membres dans le monde en fonction du nombre de baptisés.
En parallèle, les parents qui souhaitent célébrer la venue au monde d'un enfant sans lui associer aucune connotation religieuse peuvent, dans certains pays, avoir recours à un baptême civil.