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suisse |
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Archives littéraires suisses (CH-000015-0: ALS-Réal) |
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Grisélidis Réal, née le à Lausanne[1] et morte le à Genève, est une écrivaine, artiste peintre et prostituée suisse.
Née dans une famille d'enseignants[2], Grisélidis Réal rejoint son père à Alexandrie à l'âge de 6 ans et passe son enfance en Égypte et en Grèce où son père meurt alors qu'elle a 9 ans. Revenue à Lausanne avec sa mère, Grisélidis en reçoit une éducation très rigide contre laquelle elle se révolte.
Elle entreprend des études à l'école des arts décoratifs de Zurich et est diplômée en 1949. Mariée à 20 ans, elle a un premier fils en 1952, puis se sépare de son mari, et a une fille en 1955 avec un autre homme. Elle a un second fils en 1956 dans une tentative de recoller son mariage qui finira néanmoins par un divorce. Elle vit alors avec César Gattegno, dont elle a un fils en 1959.
Elle tente d'abord de gagner sa vie comme artiste peintre. Partie à Munich avec un américain schizophrène et deux de ses enfants, confrontée à la violence de son amant et à son cruel manque de ressources, elle décide, en 1961 de se prostituer[3]. Un métier qui lui permet de nourrir ses enfants, qu'elle pratique d'abord comme un moyen de survie, puis comme une militante, jusqu'en 1995.
Elle est emprisonnée en Allemagne pour avoir vendu de la marijuana à des soldats américains, puis rapatriée en Suisse où elle continue de se prostituer quelque temps. Elle commence à écrire en prison, et à peindre. Elle tente de quitter la prostitution, grâce à une bourse, pour se consacrer à l'écriture de son autobiographie, Le noir est une couleur[4], et à sa peinture.
Au cours des années 1970, Grisélidis Réal devient une activiste, une des meneuses de la « Révolution des prostituées » à Paris : 500 femmes prostituées occupent la chapelle Saint-Bernard-de-Montparnasse, en juin 1975, et réclament la reconnaissance de leurs droits. Rejetant l'argument selon lequel une femme ne se prostitue que si elle y est obligée par le souteneur, elle déclare que la prostitution peut aussi être un choix, une décision[5]. Elle tient à ce que sur ses documents officiels figurent non seulement écrivain mais aussi « péripatéticienne » qu'elle considère comme une deuxième profession. Elle apparaît, filmée chez elle en 1975 ou 1976, à la fin du documentaire Prostitution de Jean-François Davy.
Grisélidis amène sa « Révolution » à Genève en 1977 et reprend la prostitution, activité abandonnée sept ans auparavant. Elle est une des fondatrices en 1982 de l'association de défense des prostituées Aspasie. Elle a étendu son combat en participant à des conférences internationales, en venant parler de ce qu'elle considère comme son métier dans des universités, en donnant de nombreuses interviews et en animant des réunions publiques. Dans son petit appartement des Pâquis, elle crée un centre international de documentation sur la prostitution.
Parallèlement à ce combat politique, Grisélidis Réal a toujours revendiqué un rôle social de la prostitution qu'elle considère comme une activité qui soulage les misères humaines et qui a sa grandeur. En 1977, elle écrit que « la prostitution est un acte révolutionnaire »[6]. Elle a développé une vision positive de ce qu'elle a appelé en (dans la préface de Carnet de bal d'une courtisane), « un Art, un Humanisme et une Science ». Dans le même temps, elle reconnaît la difficulté du métier et dénonce toute exploitation[7].
Grisélidis Réal publie ses premiers textes dans la revue Écriture. Elle fait de son expérience de prostituée la matière de ses livres : ce sont là des témoignages et des plaidoyers pour la reconnaissance d'un statut, et en même temps des poèmes libérateurs. Le récit Le noir est une couleur (1974) frappe par le mélange singulier des tons : violence lyrique, scatologique, hyperréalisme et onirisme ; s'y opposent deux mondes, celui de l'ordre et celui de la spontanéité, le monde des petits bourgeois et le monde des Tsiganes. C'est dans le même registre qu'elle publie en 1992 La Passe imaginaire, « fruit d'une correspondance entretenue de l'été 1980 à l'hiver 1991 avec Jean-Luc Hennig »[8].
En phase terminale d'un cancer, elle est euthanasiée le mardi , dans un centre de soins palliatifs de Genève, et est enterrée au cimetière du Petit-Saconnex. En mettant de l'ordre dans ses affaires, ses enfants découvrent des manuscrits dont l'un est publié en : Suis-je encore vivante ? Journal de prison ; il s'agit en fait de sa première œuvre, écrite lors de sa détention en Allemagne.
Le , sa dépouille est transférée au cimetière des Rois à Genève, malgré la polémique soulevée[9],[10]. L'épitaphe « écrivain, peintre, prostituée » est gravée sur sa tombe conformément à sa volonté, affirmée publiquement : « Si vraiment les gens veulent conserver une tombe ou je ne sais quoi, […] il faut que ça serve à quelque chose. Que ça provoque encore un petit peu de scandale, et que les gens viennent baiser, forniquer, vraiment, là qu’ils se sentent libres de transgresser tous les tabous en disant : "Vraiment, cette bonne femme, elle mérite qu’on arrose sa tombe de foutre"[7],[11]. » Les projets de stèle commandés par sa famille sont refusés par deux fois par le Conseil administratif de la ville de Genève au motif qu'ils évoqueraient de manière trop explicite un sexe féminin[12].
Son fonds d'archives artistiques est conservé aux Archives littéraires suisses à Berne et son fonds d'archives militantes[13] au Centre Grisélidis Réal - Documentation international sur la prostitution à Genève dans le quartier des Pâquis où elles sont désormais ouvertes au public[14].