Née en 1973 d'une mère française et d'un père libanais, Chloé Delaume passe une partie de son enfance à Beyrouth, où la guerre civile initiée en 1975 finit par détruire sa maison. En 1983 se déroule à Paris un drame qui hantera toute son œuvre : alors qu'elle n'a que dix ans, son père tue sa mère devant ses yeux puis se suicide[2].
Elle va ensuite vivre chez ses grands-parents puis chez son oncle et sa tante. Voulant devenir professeure comme sa mère, elle s'inscrit à la faculté de Nanterre en Lettres modernes jusqu’à la maîtrise[3] et entame un mémoire inachevé sur La Pataphysique chez Boris Vian[4].
Déçue par le système universitaire, elle quitte la faculté et se met à écrire en se prostituant dans des bars à hôtesses[5].
Entre 1999 et 2002, elle fait partie du noyau dur[6] de la revue littéraireEvidenZ[7] fondée par Mehdi Belhaj Kacem (son mari jusqu'en 2002). Elle publie trois textes dans la revue, pour la première fois sous le nom de Chloé Delaume. Le prénom « Chloé » a été emprunté à l'héroïne du roman L'Écume des jours de Boris Vian et le patronyme « Delaume » provient de l'ouvrage d'Antonin Artaud, L'Arve et l'Aume[8] :
« il y a mort de l'identité civile parce que je ne l'ai pas choisie. Un beau matin je me suis dit “ça suffit, ma vie ne me convient pas, qui je suis ne me convient pas, je vais être autre” et j'ai pris cette décision[9]. »
Elle quitte la revue après le deuxième et dernier numéro.
Elle collabore ensuite un temps sous son vrai nom à la revue littéraire Le Matricule des anges.
En 2001, elle obtient le prix Décembre pour son deuxième roman, Le Cri du sablier[11].
De septembre à décembre 2001, elle est résidente au CipM[12].
Entre janvier 2005 et juin 2007, elle gère le forum de l'émission Arrêt sur images, présenté par Daniel Schneidermann sur France 5[13] et rend compte des critiques et remarques qui y sont écrites une fois par mois sur le plateau de l'émission. Chloé Delaume est alors surnommée « la forumancière ».
En 2008, elle participe à la création de la revue de littérature contemporaine Tina[14], aux éditions è®e.
En 2010, elle lance la manifestation « À vous de lire » dont elle est la marraine avec Frédéric Mitterrand[15].
Fin 2010, Chloé Delaume devient directrice d'une collection intitulée « Extraction[16] » aux éditions Joca Seria. Elle souhaite alors éditer principalement de la littérature expérimentale, au travers d'« une collection dédiée à la recherche littéraire, dans ses articulations les plus diverses et radicales. »[17].
Chloé Delaume est la nièce de Georges Ibrahim Abdallah, incarcéré en France depuis 1984 et condamné en 1986 à la réclusion à perpétuité pour des actes terroristes[20].
Chloé Delaume a écrit plusieurs romans dans lesquels elle travaille la forme dans une recherche poétique originale. Son œuvre est avant tout expérimentale[24].
L'autofiction, la technologie et le numérique[25], le « bio-pouvoir », le jeu et les enjeux de la littérature sont des thématiques récurrentes dans son œuvre[26].
Elle définit elle-même son entreprise littéraire comme une « politique de révolution du Je » dont la volonté interne serait de « refuser les fables qui saturent le réel, les fictions collectives, familiales, culturelles, religieuses, institutionnelles, sociales, économiques, politiques et médiatiques. » (La Règle du Je)
Outre son œuvre littéraire, elle compose, en compagnie de Julien Locquet, des textes qu'elle interprète sur les albums du groupe Dorine Muraille. Cette collaboration donne également naissance à des performances multimédia[28].
Elle participe aussi à l'écriture de pièces radiophoniques pour France Culture, par exemple Transhumances en 2006.
Son choc littéraire, le moment où, dit-elle, elle est « entrée en littérature », a été la lecture de L'Écume des jours de Boris Vian. Elle a écrit un essai sur l'apport de Boris Vian sur son œuvre, Les juins ont tous la même peau, titre emprunté au roman de Vian Les morts ont tous la même peau.
Le Cri du sablier, paru chez Farrago, lui vaut le prix Décembre en 2001. Il peut être considéré comme le deuxième volet d'une trilogie autofictive entamée avec Les Mouflettes d'Atropos et clôturée par La Vanité des somnambules.
En 2004, dans Certainement pas, elle s'inspire du jeu de Cluedo comme tissu narratif. En 2007, elle publie un livre-jeu, La nuit je suis Buffy Summers, se fondant sur l'univers de la série télé Buffy contre les vampires.
La même année, à la suite d'une commande des éditions Naïve, elle consacre un bref roman[29] au groupe de rock français Indochine, dont elle est fan ; en 2009, à l'occasion de la sortie du nouvel album de ce groupe, elle signe les paroles d'une de leurs chansons, Les aubes sont mortes.
Dans ma maison sous terre, publié en 2009, pousse l'aspect perfomatif de son œuvre à son paroxysme : le roman se fait arme et n'a d'autre prétention que de provoquer la mort de la grand-mère de Chloé Delaume[30],[31].
En 2012, elle publie Une femme avec personne dedans (Seuil).
En 2013, elle publie, avec Daniel SchneidermannOù le sang nous appelle (Seuil), roman consacré à Georges Ibrahim Abdallah qui est à la fois son oncle et le chef présumé des Fractions armées révolutionnaires libanaises, condamné à perpétuité au cours d'un procès tenu en France en 1987 où il est accusé de l'assassinat de diplomates israélien et américains, procès en son temps couvert par Schneidermann, alors journaliste au Monde[32].
En 2015, elle expérimente l'écriture numérique et publie, avec l’illustrateur Franck Dion, Alienare, un livre hybride entre texte, film et musique, et déclare à Rue89 : « avec l’hybridité, on peut soudain toucher à quelque chose qui est une forme d’art total[33]. »
2011 : Veuillez laisser ce corps dans l'état où vous l'avez trouvé en entrant, d'après Les Mouflettes d'Atropos, Le Cri du sablier et La Vanité des somnambules, Compagnie Lever du Jour, Théâtre du Grand Rond, Toulouse[37]
↑« Hors des carcans traditionnels, des codes, des cadres et des chapelles, cet espace a pour seul objectif de donner la parole aux expérimentateurs. Découvrir de jeunes auteurs. Permettre à d’autres, plus confirmés, de publier des travaux plus singuliers ou transdisciplinaires qu’à leur accoutumée. » Présentation de la collection sur le site des éditions Joca Seria.
↑Chloé Delaume, villamedici.it, consulté le 3 août 2012.
↑Chez Normaland, arretsurimages.net, consulté le 12 février 2020.
Marc Décimo, « De quelques histoires de famille à la naissance de Chloé Delaume : trauma et usage singulier de la langue », Relations familiales dans les littératures françaises et francophone du XXe et XXIe siècles, L'Harmattan, 2008, voir sur Google Livres (consulté le 21 juillet 2011)
Sylvie Ducas, « Fiction auctoriale, postures et impostures médiatiques : le cas de Chloé Delaume, "personnage de fiction" », Le Temps des médias, no 14, printemps 2010
Michèle Gaudreau, « Violence et identité dans Les Mouflettes d'Atropos et Le Cri du sablier de Chloé Delaume », Cahiers de l'IREF, no 2
« Le soi est une fiction : Chloé Delaume s'entretient avec Barbara Havercroft », Revue critique de fixxion française contemporaine, no 4, (ISSN2033-7019, lire en ligne)