Pierre Guédron
Biographie
Naissance
Décès
Vers Voir et modifier les données sur Wikidata
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Compositeur, chantre, luthisteVoir et modifier les données sur Wikidata
Parentèle
Autres informations
Mouvement

Pierre Guédron est un compositeur, chantre et luthiste français, né en 1565 au plus tard dans le Dunois (probablement à Châteaudun) et mort à Paris peu avant .

Biographie[modifier | modifier le code]

La carrière de Pierre Guédron est rapide et continue : commençant comme simple chantre, il la termine moins de trente ans après comme surintendant de la musique de Chambre du roi (l'emploi le plus élevé possible, avec celui de sous-maître de la Chapelle du roi), tout en publiant un nombre d’airs considérable.

D’une chapelle...[modifier | modifier le code]

« ...Fut assisté des chantres musiciens de la chapelle d’illustre prince monseigneur le cardinal de Guyse, qui chantèrent en l’église et au puy. Savoir, est... de Me Pierre Guedron, du pays de Beausse[Note 1], qui pour lors estant en la mutation de sa voix, ce nonobstant chantoit la hautecontre fort bien... ». Cette mention, extraite des registres du puy d’Évreux pour l’année 1583, est la première qu’on possède sur Guédron[1]. Elle permet d’estimer sa naissance (au plus tôt en 1565), sachant qu'il mue en 1583.

Après l’assassinat de Louis II de Lorraine, cardinal de Guise, le , Guédron passe à la Chapelle du roi, vers 1589 ou 1590.

... à la Chambre du roi[modifier | modifier le code]

Il apparaît dans le personnel de la Chambre du roi un peu avant la réorganisation de la musique effectuée par Henri IV.

En 1599 au plus tard, il est maître des enfants de la Chambre du roi, charge partagée par semestre avec Claude Balifre[2]. Cette dernière charge est donnée en 1613 à Antoine Boësset, son gendre, dans son contrat de mariage, étant alors évaluée à 9 000 livres tournois[3].

En 1601, peu après la mort de Claude Le Jeune, il succède à ce dernier comme compositeur de la Chambre du roi[4]. Cette charge apparaît aussi au titre de son livre d'airs de 1602.

Il est aussi avant valet de chambre du roi[Note 2]. Le titre de son livre d'airs de 1608 le cite comme "Maître & compositeur" de la musique de la Chambre ; mais comme le remarque Michel Le Moël[5] ce nom de "maître" se réfère en fait à sa charge de maître des enfants.

En 1610, il va chercher à la cathédrale Saint-Gatien de Tours un enfant de chœur que le roi désire adjoindre à sa chambre[6].

Entre janvier et , Guédron accepte la proposition de Claude Balifre de reprendre la totalité de la charge des enfants de la musique de la Chambre et de nourrir l’enfant que Balifre a sous ses ordres, pour 300 livres par an[7]. Il est aussi à ce moment nommé Intendant de la musique de la Chambre[8].

Le , il achète à Henri de Bonnières écuyer, seigneur de Gratian, sa charge de surintendant de la musique de la Chambre du roi, contre une rente annuelle de 187 livres et 10 sous[9]. Le principal de cette rente est racheté à Claude Balifre, procureur d'Henri de Bonnières, par la veuve de Guédron le pour 3.000 lt[10].

Cette charge est revendue ensuite par moitié et en survivance le à Michel Fabry (maître de la musique de la reine) pour 12.000 lt[11]. Par le même acte du , Guédron obtient la moitié de la charge de Fabry. Mais Guédron se démet de cette demi-charge le , au moment de la liquidation politique des Concini[12]. Après la mort de Guédron, Fabry transmet 6 000 livres à la veuve de Guédron le pour récupérer l’autre moitié de la charge de surintendant de la musique de la Chambre du roi, conformément à leur accord de 1613[Note 3].

Famille[modifier | modifier le code]

Sa descendance complète a récemment été publiée[13] ; elle recense treize enfants dont huit sont morts jeunes, en suite de son mariage avec Gillette Dugué [Duguay, Du Guay] (probablement de la famille de Jean Dugué, organiste du roi). Ses quatre premiers enfants sont baptisés à Châteaudun (Jacques vers 1593, Jehanne le , Marguerite le , Catherine le ). Les autres sont baptisés à Paris[14] : Marie le , Daniel le [15], Michel le [Note 4], Madeleine le , Pierre le [Note 5], Léonor le (à Châteaudun), Françoise le [Note 6], Catherine II le , enfin Marie II le [Note 7]). De toute cette descendance, seul Jacques aura (momentanément) une carrière musicale : chantre de la musique du roi en 1607. Guédron est aussi parrain de quelques enfants entre 1605 et 1611 et témoin à quelques mariages[16].

Le contrat de mariage de sa fille Jeanne avec Antoine Boësset date du [17] ; il prévoit une dot de 6 000 livres tournois pour le futur époux (à savoir le don de la charge de maître des enfants de la Chambre du roi, évaluée à 9 000 livres, et 3 000 livres remboursés par Boësset).

Guédron est mort peu avant le  : à cette date Michel Fabry achète à sa veuve pour 6 000 livres la demi-charge de surintendant de la musique du roi conformément à l’accord entre Guédron et Fabry de . Son dernier livre d’airs, paru en 1620, est posthume.

Il semble demeurer à Châteaudun jusque vers 1599 (c’est là en tout cas que naissent ses enfants, même s’il travaille essentiellement à Paris) ; en 1604-1613 il habite rue au cloître-Saint-Honoré à Paris. Le , il loue avec son gendre Antoine Boësset un corps d’hôtel rue de l'Arbre-Sec, à un certain Nicolas Charbonnel[18]. Un acte du [19] le dit résidant à Châteaudun. Un acte de 1627[20] le dit écuyer sieur de Saint-Aubin (La Chapelle-du-Noyer, Eure-et-Loir) et d'Harville (Civry, Eure-et-Loir). Ses descendants sont anoblis et portent un blason « d’azur à trois fallots d’or allumés de gueules ».

Œuvres[modifier | modifier le code]

L’œuvre de Guédron est exclusivement profane et vocal. Ses premiers airs se rattachent encore à la tradition des airs de la fin du XVIe siècle, écrits parfois dans la mouvance de la musique mesurée ou dans celle des vaudevilles, où la voix supérieure est privilégiée. Son style évolue ensuite à partir du livre de 1612, vers des airs plus libres, décrivant des passions plus nobles et dotés de réelles qualités mélodramatiques, qu’il emploie naturellement dans les ballets de cour auxquels il contribue. Dans ce style "de cour", le nombre de voix est variable au sein de la même pièce ; les contrastes dynamiques s’accentuent ; ses mélodies sont agréables et expressives. Ses derniers airs sont pour lui l’occasion de plus travailler sur la correspondance entre le mot et son accent musical, ce qui fera partie des préoccupations de ses continuateurs.

Beaucoup des airs polyphoniques de Guédron sont aussi publiés dans une version pour voix et luth, certains aussi pour voix seule. Les récits, écrits pour voix seule, sont publiés seulement pour voix et luth ; cette forme spécifique du ballet de cour lui a donné l’occasion de s’approcher du style déclamatoire de la monodie italienne.

Guédron est également poète, auteurs de vers qu’il met parfois lui-même en musique. Son emploi dans les ballets de cour le met naturellement en contact avec les poètes de cour, capables d’écrire rapidement des pièces de circonstance.

L’œuvre complet est publié dans : Pierre Guédron, les airs de cour, éd. Georgie Durosoir. Versailles, Éditions du CMBV, 2009. Les airs y sont publiés sous toutes leurs formes (polyphonie, voix et luth).

Airs polyphoniques[modifier | modifier le code]

Cinquième livre d'airs de cour de P. Guédron, Paris, 1620. Paris BNF.

Guédron publie 6 livres d’airs de cour polyphoniques (un premier livre non numéroté et les livres 1 à 5, le dernier posthume), qui totalisent environ 200 airs. Une part d’entre eux a été écrite pour les principaux ballets de cour montés à Paris dans les deux premières décennies du XVIIe siècle : Ballet sur la Naissance de Monseigneur le duc de Vendosme (1598), Ballet des Bacchantes (1608), Ballet du maître à danser (1609), Ballet de Monseigneur le duc de Vendosme (Ballet d’Alcine) (1610), Ballet de Madame où sont représentés les météores (1613), Ballet des Argonautes (1614), Ballet de Madame (du Triomphe de Minerve) (1615), Ballet de Monsieur le Prince de Condé (1615), Ballet du Roy ou Ballet de la Délivrance de Renaud (1617), Ballet des Princes (1618), Ballet de la Reyne représentant la Beauté et ses nymphes (1618), Ballet du Roy sur L’Adventure de Tancrède en la forest enchantée (1619).

Avant le livre de 1602, quelques pièces de Guédron apparaissent dans des recueils parisiens de 1595, 1596 et 1597 (RISM 15951, 15966 et 159711.

Airs de cour mis au luth[modifier | modifier le code]

Le IVe livre d'airs mis en tabulature de luth par G. Bataille (1613). Paris BNF.

Beaucoup des airs pour voix et luth existent aussi en version polyphonique dans les recueils ci-dessus. La parution de ses airs dans le 7e et le 8e livre, « mis en tablature par eux-mêmes », suggère que Guédron était aussi un bon luthiste.

Airs de cour à une voix[modifier | modifier le code]

Les recueils suivants contiennent des airs de Guédron qui pour la plupart existent en version pour voix et luth ou en version polyphonique (voir ci-dessus).

Autres sources profanes[modifier | modifier le code]

On trouve encore des airs de Guédron :

D'autres figurent encore dans divers manuscrits, dont la liste figure dans les Œuvres complètes, p. 687-688, et quelques thèmes sont réutilisés dans des pièces instrumentales (Samuel Scheidt, Jan Pieterszoon Sweelinck).

Parodies spirituelles[modifier | modifier le code]

Le succès des airs de Guédron leur vaut d’être repris dans la musique spirituelle, toujours friande de mélodies déjà mémorisées. Il s'agit toujours de contrafacta :

Des airs de Guédron sont également repris dans :

Fortune critique[modifier | modifier le code]

Guédron a été très apprécié de son temps, comme chanteur autant que comme compositeur. Il est cité à plusieurs reprises par des théoriciens connus (Giovanni Battista Doni, Marin Mersenne, et jusqu’à Bertrand de Bacilly en 1661). Il également cité dans quelques correspondances de son temps.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans la Beauce, et non à Beauce près de Fougères, comme écrit par plusieurs auteurs.
  2. D’après l’acte de baptême de son fils Daniel.
  3. Même acte.
  4. Son parrain est Michel Fabry, maître de la musique de la Chapelle de la reine.
  5. La marraine est Claude, fille de Claude Balifre
  6. Le parrain est Nicolas Formé, maître de la musique de la Chapelle du roi.
  7. Le parrain est leur gendre Antoine Boësset.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bonnin 1837 p. 27.
  2. Paris AN : KK 150, f 757 (1599).
  3. Y//153 f. 402-404.
  4. Paris BNF (Mss.) : Clairambault 1216, f. 7 (1602) et Français 7835, pièce 29 (29 janvier 1604), cités d’après Handy 2008 p. 108. Voir aussi Paris AN : KK 151, f. 653.
  5. Le Moël 1954, p. 40.
  6. Le Catalogue de lettres autographes de Louis XIII (Paris, 1873), cite p. 4 un reçu de Guédron pour 200 livres en remboursement des frais engagés, cité d'après Le Moël 1954 p. 56.
  7. MC/ET/XLV/2, 72 et 13.
  8. Paris BNF (Mss.) : Cinq cents de Colbert 91, f. 62.
  9. MC/ET/XLV/2, 72 et 15/B.
  10. MC/ET/XLV/29 et 72.
  11. MC/ET/XV/23, d’après Jurgens 1974 p. 146, voir aussi Paris BNF (Mss.) : Cinq cents de Colbert 93 f. 62r, cité d'après Le Moël 1954 p. 37. En 1619, Guédron et Balifre sont bien cités pour un semestre chacun dans l'état des officiers de 1619 : Paris BNF (Mss.) : Clairambault 808 f. 117r.
  12. Cinq cents de Colbert 93 f. 110v, d'après Le Moël 1954 p. 37.
  13. Voir Léger, document sans date qui synthétise les éléments de Merlet 1886 et Brossard 1965.
  14. Et sont recensés dans Brossard 1965 p. 141.
  15. Paris BNF (Mss.) : français 12526 (fonds Beffara).
  16. Voir Jurgens 1974 et Brossard 1965).
  17. Paris AN : MC/ET/XLV/15 d’après Jurgens 1974 p. 136, insinué le 29 avril suivant dans Y//153 f. 402-404, d’après Écorcheville 1907 p. 44-45.
  18. MC/ET/XXIV/303, f. 99.
  19. MC/ET/XXIV/258.
  20. Voir Verchaly 1954 p. 384, qui ne cite pas sa source.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]