Fille de protestants des Cévennes, née à la maison de santé protestante de Nîmes[3], elle grandit à Saint-Geniès-de-Malgoirès où son père Roger est pharmacien, puis fait ses études au lycée de jeunes filles (actuel collège Feuchères) de Nîmes. Sa mère, femme stricte au foyer qui désespère d’avoir un garçon pendant dix ans, l'appellera toujours Bernard[4]. Bernadette Lafont se destine à la danse et suit des cours à l'opéra de Nîmes. Elle rêve aussi de cinéma en regardant Brigitte Bardot[5]. Ses cours à l'opéra de Nîmes donnent à la midinette gironde et au caractère bien trempé une cambrure parfaite[6]. Elle décroche la première partie de son baccalauréat, à 16 ans, à Nîmes où ses parents se sont alors installés[7],[8].
En 1955, alors en vacances, elle fait la connaissance de l'acteur français montant de l'époque, Gérard Blain, dans les arènes de Nîmes où il répète la pièce Jules César[9],[10]. Elle l'épouse à l'âge de dix-huit ans[2] et le suit à Paris où elle rencontre François Truffaut, qui lui offre son premier rôle dans le court-métrage Les Mistons (1957) tourné la même année à Nîmes. Voulant faire son premier film, Truffaut qui dispose de peu de moyens financiers l'engage elle et son mari Gérard Blain, à la grande surprise de Bernadette car son mari refuse qu'elle devienne actrice[3].
Estampillée Nouvelle Vague qui critique le cinéma classique, cette bourgeoise décomplexée n'hésite pas à jouer des rôles transgressifs (plusieurs de ses rôles qui mettent en avantage son physique pulpeux lui vaudront le surnom de « vamp villageoise »).
Divorcée de Gérard Blain, elle s'unit, en 1959, au sculpteur et cinéaste hongrois Diourka Medveczky qui en fait sa muse et dont elle a trois enfants en trois ans : Élisabeth, David et Pauline[13].
Sa carrière connaît un creux (elle se retire alors cinq ans à la campagne et met au monde ses trois enfants) mais elle s'en moque, faisant de la phrase de Jean Cocteau sa devise :
« Les premières places ne m'intéressent pas spécialement ; celles que j'aime, ce sont les places à part. »
En 1969, l'actrice tourne dans Paul, unique long métrage de son mari, qui malgré d'excellentes critiques, n'a jamais été distribué et n'est paru qu'en 2012 dans le coffret « Diourka-Lafont » chez Filmedia.
La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan, en 1969 également, lui permet de renouer avec le succès. Alors que la mode est aux actrices blondes, cette brune de type méditerranéen détonne et se fait qualifier de « Bardot nègre » dans Le Monde par l'écrivain Hervé Guibert[13].
De 1990 à 1996, elle préside les Ateliers de création audiovisuelle de Sommières, une petite structure de formation, délocalisée à Saint-André-de-Valborgne la dernière année[14].
En 2005, le festival International du film Entrevues à Belfort lui consacre une rétrospective.
Ses derniers films, Paulette et Attila Marcel, sortis en 2013, reçoivent un très bon accueil du public[5]. Elle déclare à cette époque « vivre depuis plus de trente ans dans le même appartement, dans le Marais, avec son chat », alors que son compagnon, le peintre figuratif Pierre de Chevilly, vit principalement à la campagne[13]; acquéreur de l'ancienne école de garçons de la commune d'Argenton-Château[15] ; sur sa suggestion elle achète, en 2006, une petite maison dans ce lieu calme, sa « thalasso mentale », où elle offre gracieusement son concours de conteuse lors de manifestations culturelles locales en 2011 et 2013. Depuis 2004, elle séjournait ponctuellement à Argenton-les-Vallées, bourgade poitevine, avec son dernier compagnon le peintre Pierre de Chevilly, et depuis 2001 aimait participer bénévolement aux animations locales.
Partie se reposer dans sa maison familiale de Saint-André-de-Valborgne, dans le Gard, elle est victime d’un premier malaise cardiaque, le . Contrainte de séjourner au centre héliomarin du Grau-du-Roi, elle a un second malaise le . Transportée par le SAMU au CHU de Nîmes, elle y meurt le [5] à l'âge de 74 ans[16], en plein festival de Vebron dont elle est la marraine depuis ses origines en 1988[17].
Lors de ses obsèques religieuses qui ont eu lieu au temple protestant de Saint-André-de-Valborgne, le , le réalisateur Jean-Pierre Mocky déplore l'absence totale de la profession et du gouvernement[18]. Selon la coutume de ses ancêtres huguenots, elle est inhumée dans le jardin du mas familial, auprès des siens.
« Si je devais la comparer à un autre personnage, ce serait à Michel Simon dans Boudu », affirmait François Truffaut dans le portrait télévisé Profil : Bernadette Lafont de Philippe Laïk (1ère diff. 18 mai 1967). Leurs points communs : une truculence dans l'expression et une présence explosive à l'écran.
François Truffaut a écrit : « Quand je pense à Bernadette Lafont, actrice française, je vois un symbole en mouvement, le symbole de la vitalité, donc de la vie » (Vagabondages Bernadette Lafont. Studio 43, 1984).
Coluche a écrit : « Déjà, les actrices de cinéma, j'aime bien, mais Bernadette je la préfère. Chaque fois que je vois un film avec une actrice, je me dis : “Je vais regarder le film en pensant que c'est Bernadette qui joue le rôle”, et du coup, je passe un bon moment » (Pariscope, 1981).
L'écrivain Hervé Guibert lui a rendu hommage en 1984, à l'occasion de sa rétrospective au Studio 43 (Paris) : « Un peu chinoise par le maquillage, andalouse par la coiffure, gitane blanche, Bardot nègre, garce sublime, pépée de tous les diables, fée du bagout, enquiquineuse de choc. Une “nature” décuplée : plutôt un phénomène » (Fée Bernadette en odeur de rétrospective, Le Monde, 1-2 juillet 1984).
Le théâtre municipal de Nîmes, sa ville natale, porte son nom depuis le 25 octobre 2013 à l'initiative de Jean-Paul Fournier, sénateur-maire de Nimes[19].
La 39e cérémonie des César du 28 février 2014 a honoré sa mémoire dans la rubrique « Hommage aux disparus ».
Le 30 mars 2014, dans le cadre du Festival cinéma d'Alès / Itinérances a été remis le 1er Prix Bernadette Lafont de la meilleure comédienne récompensant Agathe Schencker dans « Canada », court métrage de Sophie Thouvenin et Nicolas Leborgne, en compétition. Doté par Univam d'un montant de 1 500 euros, le prix souligne l’engagement constant de Bernadette Lafont pour le court métrage et les jeunes talents.
La bibliothèque de la communauté de communes du Bocage bressuirais à Argenton-les-Vallées[20], a été nommée Bernadette Lafont le , en présence de ses proches et de nombreux amis et admirateurs d'Argenton et d'ailleurs.
En 2004, le rosiériste Sauvageot donne le nom de Bernadette Lafont à un rosier buisson à grandes fleurs rose foncé et au parfum puissant (grand prix du Parfum à Bagatelle en 2004)[21][source insuffisante].
Du 16 au 20 avril 2012, répondant à l'invitation de Marie Losier, Bernadette Lafont était l'invitée du French Institute / Alliance française (Fiaf) de New York pour un hommage intitulé : Bernadette Lafont : Une belle fille comme elle. Au programme : rétrospective de ses films (Les Mistons, Les Bonnes Femmes, Une belle fille comme moi, La Maman et la Putain, La Fiancée du pirate, Les Petites Vacances), lecture (correspondance Truffaut) et rencontre avec le public. Source : http://www.fiaf.org/french%20film/spring2012/2012-04-films-bernadette-lafont.shtml
Catherine Deneuve, en promotion pour Elle s'en va sur France Inter dans l'émission Eclectik le dimanche , alors que la journaliste lui proposait de faire une minute de solitude, a choisi de parler de Bernadette Lafont : « Je pense que je pourrais en profiter pour faire une minute de silence, pour penser aux gens qu'on aime, aux gens qu'on a aimés. Je voudrais une minute de silence en pensant à une femme, une actrice que j'aime beaucoup, dont je ne peux pas parler à l'imparfait, qui est Bernadette Lafont, qui est partie il y a quelques semaines assez brutalement et dont on n'a pas beaucoup parlé finalement. (…) Voilà, je pense souvent à elle depuis qu'elle est partie cet été. »
Dans une lettre datée du 26 juillet 2013[22]Brigitte Bardot a écrit : « La mort de Bernadette Lafont m'a provoqué un immense choc et un profond chagrin, [elle] était un exemple de joie de vivre malgré les terribles épreuves que la vie lui a fait subir. (…) Pétillante, rigolote, avec un zeste d'insolence mais jamais vulgaire, pleine de spontanéité, de charme et d'une beauté qu'elle a gardé jusqu'au bout du chemin de sa vie ! »
La Cinémathèque française lui a rendu hommage du 13 au 15 décembre 2013 à travers des projections et rencontres durant lesquelles ont été évoquées sa mémoire et la place unique qu'elle occupe dans le patrimoine du 7e art hexagonal. La soirée de lancement le 13 au soir consista dans la projection de Zig-Zig de Laszlo Szabo en présence de Catherine Deneuve.
Officière de la Légion d'honneur Elle est faite chevalière le [24] pour ses 40 ans d'activités professionnelles, avant d'être promue officière le [25]. Ses insignes d'officier ont été remises par le Ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand[26].
(en) Roland-Francois Lack, « Sex Power : Bernadette Lafont and the Sexual Revolution in French Cinema circa 68 », dans Julian Jackson, Anna-Louise Milne et James Williams, Rethinking May 68, Basingstoke, Palgrave Macmillan, .
« Bernadette Lafont », dans Personnages connus ou méconnus du Gard et des Cévennes, t. I, Brignon, La Fenestrelle, (ISBN979-1-0928-2666-1), p. 56-60 — ouvrage édité par l'Académie cévenole.