Olivier Messiaen qualifie ce concerto ainsi : « Il se place au tout premier rang des 22 concertos pour piano ; c'est sûrement le plus parfait de tous, si non le plus beau ! »[2]. Ce que ne contredisent pas Girdlestone lorsqu'il la considère comme « l'une des créations les plus personnelles du musicien »[3] ou Jean-Victor Hocquard qui écrit : « Sur le double plan de l'écriture et de l'invention mélodique, c'est un pur chef d'œuvre »[4].
Le premier mouvement, de forme sonate, est de structure assez rythmée, rapide, en tonalité de la majeur. L'orchestre introduit dès le début les thèmes du soliste, qui les reprend ensuite, dans le même ordre.
Le second thème, en mi, ressemble à un sujet de fugue, que Mozart semble traiter comme une synthèse des langages de Bach et de Haydn[5]. Une cadence suivie d'une coda conclut le premier mouvement, mais Mozart fait réentendre avant la cadence « la belle et noble mélodie » du second thème[5].
Le second mouvement, dans la tonalité de fa-dièse mineur — unique dans l'œuvre de Mozart[5] —, constitue le cœur de l'œuvre[6]. La première partie expose une mélodie simple à laquelle sa couleur sombre et son rythme lent confèrent un caractère mélancolique. Une seconde mélodie, plus soutenue et rapide, mais dans la même tonalité, ajoute un caractère particulièrement dramatique à l'œuvre. Henri Ghéon écrit que « la beauté de ce chant ne souffre pas de discussion : bien desséché qui n'en serait ému aux larmes »[7].
Le troisième mouvement est composé de nombreuses mélodies rapides avec de fréquents changements de tonalité, qui apportent à l'œuvre un caractère brillant. « L'un des morceaux les plus entraînant et les plus contagieux qui aient jamais jailli de Mozart, débordant d'une énergie et d'une vie non méconnaissable, et pas seulement agité […]. C'est le finale le plus réussi et le plus puissant de toute la série » des concertos pour piano « nous ne pouvons lui égaler que celui du concerto en fa, K. 459 »[8].
Dans son livre sur Mozart, Bernhard Paumgartner donne cette brève description du Concerto no 23[9] : « avec le merveilleux adagio en fa dièse mineur et l'ennuyeux finale ».
Le 2e mouvement a été abondamment utilisé comme musique de film (ex : L'Incompris réalisé par Luigi Comencini ou Le nouveau monde de Terrence Malick). Il est également présent dans l'acte III du ballet Le Parc d'Angelin Preljocaj, dans la scène de l'Abandon. Air France a également utilisé ce morceau pour leur publicité appelé "L'envol".
Lors des 23e Victoires de la musique classique 2016 (diffusées le , sur France 3), le 2e mouvement de ce concerto fut interprété par le pianiste Adam Laloum. Frédéric Lodéon parle de ce 23e concerto en ces termes : « ...Un des passages les plus touchants, c'est le 23e concerto. Alors les deux mouvements extrêmes sont vivants, joyeux, lumineux, c'est le Mozart qui veut avoir du succès qui donne des académies, c'est-à-dire des concerts, on achète des billets sur souscription. Et puis brusquement, il y a comme une sorte de confession, il y a quelque chose : Mozart met son âme à nu dans cet adagio il montre sa solitude. Finalement, il a souvent été très seul et même à la fin de sa vie complètement perdu : il demandait de l'argent à ses frères francs-maçons dans des lettres déchirantes, son épouse était partie à Baden... Enfin bref, et puis il reprend dans le final évidemment la joie de vivre. Mais ce moment de confession est absolument unique et c'est vraiment l'esprit mozartien qui s'exprime au plus haut niveau là. »
Alfred Einstein (trad. de l'allemand par Jacques Delalande, préf. Pierre-Antoine Huré, nouvelle édition revue par le traducteur), Mozart, l'homme et l'œuvre [« Mozart, sein Charakter, sein Werk »], Paris, Gallimard, coll. « Tel » (no 175), (1re éd. 1953 (en)), 628 p. (ISBN2-07-072194-9, OCLC750855357, notice BnF noFRBNF35410856), p. 394–395.
François-René Tranchefort, Guide de la musique de piano et de clavecin, Paris, Fayard, coll. « Les indispensables de la musique », (1re éd. 1987), 869 p. (ISBN2-213-01639-9), p. 546.
(en) Simon P. Keefe, Mozart’s Viennese Instrumental Music : A study of Stylistic Re-invention, Woodbrige, Boydell Press, , 217 p. (ISBN978-1-84383-319-2, OCLC938333822, lire en ligne), p. 55–64.