Abel
Caïn tuant Abel, réalisé par Daniele Crespi (1618-1620).
Caïn tuant Abel, réalisé par Daniele Crespi (1618-1620).
Caractéristiques
Fonction principale Berger
Fonction secondaire Premier humain à mourir selon la Bible
Famille
Père Adam
Mère Ève
Fratrie Caïn
Seth

Abel (hébreu : הֶבֶל, arabe : هابيل) est un personnage de la Genèse (premier livre de la Bible), et du Coran (qui ne le cite pas nommément). Il est le deuxième fils d'Adam et Ève. Son frère aîné, Caïn, le tue par envie (différent de la jalousie) car Dieu a préféré l'offrande de son cadet à la sienne.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

L'étymologie du nom d'Abel est incertaine. Elle peut être issue de hébreu : הֶבֶל Hèvèl signifiant souffle, vapeur, vanité, l'auteur biblique construisant ce prénom pour symboliser l'existence précaire d'Abel. Selon des exégètes comme Eberhard Schrader, elle peut également avoir une relation avec l'akkadien aplu ou ablu, « fils » et serait une construction littéraire de l'auteur biblique pour mettre en parallèle ce prénom avec celui d'Adam (« humanité ») et d'Hénoch (« homme »)[1].

Abel dans la Bible[modifier | modifier le code]

Julius Schnorr von Carolsfeld, Caïn et Abel (1860)
Caïn menant Abel à la mort par James Tissot (1836-1902)

Caïn, l'aîné, cultive la terre et Abel garde le troupeau. Le premier offre à Dieu des fruits de la terre, le second des premiers-nés de son troupeau de moutons et leur graisse. Dieu regarde avec faveur Abel et son offrande, mais non pas celle de Caïn.

Envieux, Caïn tue son frère en se jetant par terre sur lui alors qu'ils se trouvent aux champs (Genèse 4:3-8[2]) ; c'est le premier meurtre inscrit dans la Bible. Abel est également le premier humain à mourir.

D'après la Genèse (5:3), comme Seth est sans doute né peu après la mort d'Abel, alors qu'Adam avait cent trente ans, Abel pouvait avoir près de cent ans quand il mourut.

Occurrences du nom « Abel » dans l'Ancien Testament[modifier | modifier le code]

Dans le Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Le Corps d'Abel découvert par Adam et Ève, William Blake, c. 1825

Les Pères de l'Église font le lien entre l'Ancien et le Nouveau Testament, voyant dans la mort d'Abel une préfiguration de celle du Christ et un prototype des persécutions des chrétiens[1].

Exégèse biblique[modifier | modifier le code]

Le récit du livre de la Genèse a longtemps été interprété comme à un renvoi aux conflits récurrents qui existeraient depuis le Néolithique entre les agriculteurs sédentaires (représentés par Caïn) et les éleveurs-bergers nomades (représentés par Abel). Dans Genèse 4:4, l'arbitraire divin[3] marque une préférence pour les seconds[4]. Alors que Dieu semble valoriser l'agriculture lorsqu'il place Adam dans le jardin d’Éden pour le cultiver (Genèse 2:15), après la chute de l'homme il maudit le sol en Genèse 3:17, l'agriculture apparaissant comme la conséquence du péché originel. L'interprétation exégétique actuelle semble plutôt vouloir intégrer ce récit qui relate l'expérience de l'inégalité sans explication (la Bible ne donne en effet aucune raison à la préférence de Dieu) dans un ensemble littéraire plus vaste qui élabore un mythe cherchant à expliquer l'origine de la violence[5].

Abel dans le Coran[modifier | modifier le code]

Le Coran[6] raconte l'histoire des fils d'Adam mais ne donne pas leur nom. En revanche, la tradition musulmane leur donne des noms Hâbîl pour Abel et Qâbîl pour Caïn[7],[8].

Le récit coranique est analogue à celui biblique. Il est juste caractérisé par sa concision. Ainsi, le Coran ne précise pas l'offrande de quel frère fut acceptée ni la nature de celle-ci. Les traditions postérieures compléteront le récit et fourniront plus de détails[8].

Une tradition rapporte qu'Adam et Eve avaient à chaque naissance, des jumeaux : un garçon et une fille. Adam interdit le mariage des jumeaux et permit au frère d'épouser sa sœur non jumelle. Or les deux premiers fils d'Adam (Caïn et Abel) avaient une de leurs deux sœurs qui était plus belle que l'autre, ils voulurent tous deux l'épouser. Alors Adam leur conseilla de faire une offrande à Dieu pour se départager. Caïn, voyant son offrande refusée, aurait alors tué son frère[8].

Plusieurs points du récit coranique permettent de reconnaître des analogies avec des écrits juifs post-bibliques.[8]

Ce récit possède dans l'islam chiite une dimension allégorique en lien avec la descendance de Mahomet[8].


Dans les arts[modifier | modifier le code]

Le caractère elliptique du récit génésiaque sur Caïn et Abel fournit un vivier de thèmes dans lequel ont puisé les artistes[9].

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Ouvrages et poèmes directement inspirés de Caïn[modifier | modifier le code]

L'interprétation augustinienne faisant de Caïn et Abel les emblèmes du mal et du bien prédomine dans la littérature jusqu'au XVIIIe siècle. Ce modèle caïnique se complexifie à partir du XVIe siècle avec des auteurs comme d'Aubigné, Scève, ou Shakespeare qui s'intéressent au Caïn civilisateur. « Mais c'est avec Byron qu'éclatera, en 1821, le scandale d'un Caïn innocenté. Révolte d'un côté (Byron, Baudelaire, Nerval, Leconte de Lisle), réhabilitation de l'autre (Coleridge, Blake, Hugo, Bloy) échoueront à s'imposer : prévaut en réalité une lecture sociologique (Balzac, Dickens, Hardy), politique (Hugo, Rossetti, Wilde), qui prépare le XXe siècle (Hesse, Unamuno, Conrad, Shaw, Steinbeck, Butor, Tournier, Emmanuel, Camus) »[10].

Autres ouvrages[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Article « Abel » d'André Paul, dans Dictionnaire du Judaïsme, Encyclopaedia Universalis, 2014, p. 11
  2. « AELF — Livre de la Genèse — chapitre 4 », sur aelf.org (consulté le 27 août 2018)
  3. Cet arbitraire est plusieurs fois attesté dans la Bible. Cf Ex 33,19 dans la Bible Segond, Exode 33:19 dans la Bible du Rabbinat.
  4. Christian Grappe, Alfred Marx, Sacrifices scandaleux ? Sacrifices humains, martyre et mort du Christ, Labor et Fides, , p. 18-20
  5. Thomas Römer, Dieu obscur: cruauté, sexe et violence dans l'Ancien Testament, Labor et Fides, , p. 97
  6. Le Coran, La table servie, V; 27-31
  7. arabe : hābīl, هابيل, Hâbîl, Abel; qābīl, قابيل, Qâbîl, Caïn
  8. a b c d et e Bar-Asher M., "Abel et Caïen", Dictionnaire du Coran, 2007, p.7 et suiv.
  9. Véronique Léonard-Roques, Caïn, figure de la modernité, Champion, , p. 9
  10. Cécile Hussherr, L'ange et la bête. Caïn et Abel dans la littérature, Cerf, , p. 226
  11. a et b Dante, œuvres complètes, trad. André Pézard, Gallimard, 1965
  12. Divine Comédie, Enfer, V, 107 et XXXII, 16-69

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

De nombreuses histoires et mythes sur les fratries représentent des frères "ennemis" ou opposés :

Liens externes[modifier | modifier le code]