Guillaume Boni [Bony] est un compositeur français, né à Saint-Flour (Cantal), actif à Toulouse dans les années 1565-1585 et mort après 1598.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est né à Saint-Flour en Auvergne, où des Boni sont signalés aux XVe et XVIe siècles, sans que le musicien y ait jamais été clairement identifié. Eugénie Droz[1] fait l’hypothèse qu’il aurait pu étudier à Toulouse au collège auvergnat de Saint-Nicolas de Pellegry ; en tout cas les pièces liminaires qui ornent ses éditions, tant de sa main que d’autres, témoignent qu’il a reçu une éducation solide et su développer des amitiés humanistes.

La préface latine des motets imprimés en 1573 révèle que Boni a été impliqué dans les processions et les réceptions ayant marqué l’entrée et le séjour à Toulouse de Charles IX et de Catherine de Médicis, du au . Il fait entendre au roi des motets de sa composition, une pièce à neuf voix et des sonnets de Pierre de Ronsard, toutes pièces que le jeune roi fait immédiatement copier tant elles lui plaisent. Boni était alors attaché à la cathédrale Saint-Étienne de Toulouse[2], du temps où le cardinal Georges d’Armagnac était archevêque de Toulouse[3].

En 1596, un Te Deum fut donné à la cathédrale Saint-Etienne pour le retour de la ville de Toulouse sous l’autorité de Henri IV, suivi d’un motet à quatorze voix chanté à l’église des Augustins. Kate van Orden[4] a fait l’hypothèse que ce motet a pu être le Quaesumus omnipotens Deus de Boni, publié en 1582, parce que celui-ci était à l’époque le motet publié en France avec le plus de voix[5], et parce qu’il est dédié au roi Henri (originellement, Henri III).

Boni apparaît encore vers 1598-1599 pour avoir révisé un graduel romain imprimé à Bordeaux par Simon Millanges (d'où l'on peut supposer qu'il était toujours en poste dans l'église), après quoi l'on perd sa trace.

La carrière de Boni n'est pas précisément retracée ; il a certainement connu ou côtoyé Antoine de Bertrand, un compositeur d'origine auvergnate et établi à Toulouse comme lui, qui a aussi travaillé sur les poèmes de Ronsard. La dernière trace qu'on a de lui consiste en un sonnet de sa main, qui figure dans la réédition de 1594 de ses Sonetz de Ronsard.

Réception[modifier | modifier le code]

Le nombre important de rééditions de ses Sonetz atteste d'une célébrité certaine, malgré le faible nombre de sources manuscrites qui reprennent sa musique. Boni est encore cité comme un musicien digne d’éloges, aux côtés de Guillaume Costeley, dans la Galliade, poème de Guy Le Fèvre de La Boderie publié en 1578 et, la même année, dans les Nouvelles œuvres... de Jean-Édouard Du Monin, aux côtés de Claude Le Jeune, Roland de Lassus, Antoine de Bertrand et autres.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Liturgies[modifier | modifier le code]

Sur la place de ce graduel dans l'édition liturgique post-tridentine, voir Karp 2005, passim. Voir dans Karp 2008 une comparaison de la révision de Boni avec d'autres sources du temps.

Musique sacrée[modifier | modifier le code]

Page de titre des motets de Guillaume Boni (Paris : Le Roy et Ballard, 1573).
Recueil de 24 motets de 5 à 7 voix, dédié au roi Charles IX, avec une pièce néo-latine de Jean Dorat et une autre du courtier Hurault de Cheverny [Hurealdus]. Les motets sont ordonnés par ordre modal, usant à l’occasion de passages homophoniques qui contrastent avec le style imitatif, tandis que leurs textes suivent les thèmes de la pénitence, du carême et de la rédemption[6]. Recueil édité par Jeanice Brooks (Tours : Centre de Musique Ancienne, 2000). Trois des motets sont réimprimés dans le Theatrum musicum Orlandi de Lassus aliorumque praestantissimorum musicorum selectissimas cantiones sacras, quatuor, quinque et plurium vocum. Liber primus [-secundus] (Genève : Jean Le Royer, 1580).
Ce recueil contient 19 psaumes latins de la Vulgate divisés en deux parties et mis en musique à 6 voix, ainsi qu’une prière latine au roi à 12 voix. Il est dédié au roi Henri III, avec un poème néo-latin de Jean Dorat. Le style des psaumes est généralement plus simple et syllabique que celui des motets de 1573 ; il y a deux psaumes pour chacun des 8 modes ecclésiastiques, plus deux en mode de la et deux en mode de ré. Sur les pièces liminaires de Dorat, voir Petey-Girard 2007 p. 109.

Un motet de Boni provenant d'un des deux livres précédents se trouve dans le "manuscrit Willmott-Braikenridge" de 1591 (une partie séparée à Oxford BL : MS Tenbury 1486, un autre en mains privées), ce qui montre que sa musique a dépassé les frontières. Sur ce manuscrit, voir Blezzard 1995.

Musique spirituelle[modifier | modifier le code]

Page de titre des Quatrains de Pibrac mis en musique par Guillaume Boni (Paris : Le Roy et Ballard, 1582).
Ce recueil est dédié à François d’Anjou, frère du roi Henri III, peu après son entrée victorieuse à Anvers (). Il contient 126 des fameux quatrains moraux publiés par Guy Du Faur de Pibrac à partir de 1574, structuré en 21 groupes de 6 quatrains à 4, 4, 3, 3, 5 et 5 voix (à l’exception du dernier groupe qui propose 6 quatrains à 6 voix). La préface d’Adrian Le Roy précise qu’ils sont regroupés en “dix douzaines et six de reste” arrangés selon l’ordre des modes. Ils sont écrits dans un style très homophonique qui en favorise la compréhension. Sur l'œuvre, voir Colin 2006. Recueil édité par Marie-Alexis Colin (Tours : Centre de musique ancienne, 2000).
Cette édition ne contient aucune musique originale ; il s’agit seulement des contrafacta des Sonetz de P. de Ronsard publiés dès 1576, auxquels le pasteur genevois Simon Goulart a adapté des textes spirituels de sa main. Parue deux ans seulement après l’original, cette édition donne un indice de l’important succès des Sonetz.

Musique profane[modifier | modifier le code]

Avec ses pièces composées sur les poèmes de Ronsard, Boni s’inscrit dans une mouvance également illustrée par Pierre Cléreau (1566), Philippe de Monte (1575), Antoine de Bertrand (1576), Jean de Castro (1577) et Jean de Maletty (1578) notamment.

Il s’agit de la dernière édition musicale recensée chez Nicolas Du Chemin. Étant assez fautive, elle est rééditée la même année[7] chez Le Roy et Ballard :
Cette édition est réimprimée cinq fois en 1579, 1584, 1593, 1608 et 1624, cf. RISM B 3475 à 3479, Lesure 1955 n° 229, manque, 305, Guillo 2003 n° 1608-B et 1624-D.
Cette édition est réimprimée trois fois en 1579, 1584 et 1607, cf. RISM B 3481 à 3483, Lesure 1955 n° 197, manque, et Guillo 2003 n° 1607-A. À partir de 1594, l’édition comprend un sonnet liminaire de Boni, publié dans Droz 1936 p. 278, où s’il s’excuse de publier un ouvrage « que j’ay tracé durant mes tendres ans », alors qu’il sait bien « qu’il y a en ce temps / Plusieurs espris ayant l’art et l’usage / Pour mieux escrire à qui cest advantage / Est réservé comme les plus sçavans », allusion transparente à la musique mesurée alors mise à la mode par l’Académie de musique et de poésie de Jean-Antoine de Baïf et Claude Le Jeune.
Comme dans ses motets, Boni y use d’alternances libres entre imitation et homophonie, au service d’une musique toujours attentive à la bonne compréhension du texte. Les sonnets qu’il met en musique sont surtout ceux qui ne l’ont pas déjà été par d’autres musiciens et, quand ce n’est pas le cas, font montre d’une complète liberté par rapport aux modèles antérieurs. Deux pièces sont transcrites en tablature de luth dans le Manuscrit Thysius (en) (voir Smout 2009) :
  • f. 198v-199r : "Las je ne veux a 4. Guillaume Boni"
  • f. 203v-204r : "Que dis tu, que fais tu pensive tourterelle. a .4. J. Boni"

L’ensemble a été édité par Frank Dobbins : Sonetz de Pierre de Ronsard mis en musique à quatre parties par Guillaume Boni (Paris : Éditions Salabert, 1987).

Discographie[modifier | modifier le code]

Anecdote[modifier | modifier le code]

Il a donné son nom aux Chœurs Guillaume-Bony, dirigés de 1972 à 1992 par Jean Teixeira, organiste de la ville de Saint-Flour (Cantal), et à l'Ensemble Vocal Guillaume Boni[8], créé et dirigé depuis 2010 par Etienne Roullet, à Nantes.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Droz 1936 p. 271.
  2. Il a dû être nommé maître des enfants entre 1568 et 1576, d’après Brooks 1998 p. 21 mais n’apparaît pas dans les registres capitulaires concernés (Toulouse ADHG : 4 G 8, 1556-1568). Ce poste de maître des enfants est rappelé dans le sonnet que Boni adresse à Antoine de Bertrand dans le premier livre de ses Sonetz de Pierre de Ronsard, édition de 1578.
  3. Georges d'Armagnac, ancien évêque de Rodez, abbé de Saint-Géraud d’Aurillac, ambassadeur de France à Venise en 1536 et à Rome en 1539, lieutenant-général du roi Henri II à Toulouse (1552), était un mécène actif qui avait protégé nombre d’artistes en France et en Italie (entre autres le musicien Jean Yssandon). Sur lui et son action, voir Lemaître 2006 et Desachy 2009.
  4. Van Orden 2005 p. 150-156. Sa source est : Discours veritable des ceremonies, feux de joye, solemnitez, et autres resjouissances publicques, faictes en la ville de Tolose, sur sa réduction à l’obeyssance du tres-chrestien Henry quatriesme roy de France & de Navarre. – Lyon : Thibauld Ancelin, 1596, p. 13-17.
  5. Avec, toutefois, le Laudate Dominu omnes gentes à 12 voix de Roland de Lassus, publié en 1573, mais écrit sur un texte de psaume sans rapport avec le roi.
  6. Analyse des textes dans Brooks 1998 p. 25-28. Une telle structure cyclique se retrouve d’autres recueils de l’époque, comme par exemple le premier livre des ‘’Amours de Ronsard’’ d’Antoine de Bertrand.
  7. C’est la parution du second livre chez Le Roy et Ballard qui laisse présumer que l’édition Du Chemin a précédé l’édition Ballard.
  8. (en) « Ensemble Vocal Guillaume Boni », sur boni.org (consulté le 4 octobre 2020).

Références[modifier | modifier le code]

Sur Boni et le contexte[modifier | modifier le code]

Sur des œuvres particulières[modifier | modifier le code]

Partitions[modifier | modifier le code]