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Mandoline
Image illustrative de l’article Mandoline
Une mandoline napolitaine.

Classification Instrument à cordes
Famille Instrument à cordes pincées
Instruments voisins Guitare, mandoline country, bandurria

La mandoline est un instrument de musique à cordes pincées originaire d'Italie. Petit luth à manche court utilisé en musique classique, folklorique ou traditionnelle, elle est surtout répandue dans les pays méditerranéens. Elle est connue, par exemple, comme l'instrument d'accompagnement privilégié de la chanson napolitaine.

Lutherie[modifier | modifier le code]

Longue de 70 à 75 cm, la mandoline comporte une caisse de résonance bombée en lamellé-collé, une table d'harmonie avec une grande ouïe centrale ovale, ainsi qu'un manche court, étroit et muni de frettes, se terminant par un chevillier qui sert à accrocher les cordes.

On distingue deux grands types de mandolines :

Mandoline Gibson de 1921, modèle A4.
1920 Gibson F-4 mandoline
1917 Gibson H-2 mandole
1924 Gibson K-4 mandoloncelle
1929 Gibson mando-basse

À partir du XVIIIe siècle, les mandolines forment une famille d'instruments comportant, de l'aigu vers le grave :

Ces quatre instruments forment un "quatuor de mandolines". Notons qu'il a même existé des mandolines sopranino (à la quarte supérieure de la soprano).

L'instrument ténor, qui semble être apparu vers la fin du XXe siècle, est accordé une octave au-dessous de la mandoline (sol, ré la, mi) et généralement nommé, en toute logique, octave mandolin, par les anglophones, mais aussi parfois octave mandola, ce qui prête à confusion ! Mandoloncelle se traduit par mandocello.

Par ailleurs, d'autres types, plus régionaux, de mandoline se sont développés :

Dès le début du XXe siècle, il existe une très grande variété de mandolines (de type « napolitaine » ou dérivées de celles-ci), comme le souligne très justement Graham McDonald[2]. Depuis les années 1890, les luthiers ont en effet rivalisé d'imagination et d'inventivité :

D'autres instruments hybrides encore ont vu le jour :

Enfin, elle a été adoptée au début du XXe siècle dans la musique arabo-andalouse algérienne, pour l'interprétation de la nouba et de chaâbi algérien, sous le nom de snitra. La mandole algérienne qui en est dérivée a elle un long manche et une caisse plate.

Jeu[modifier | modifier le code]

Article connexe : Plectre.

Tenu entre le pouce et l'index (ou l'index plus le majeur), le plectre — souvent appelé « médiator  » en France, ou « pic » au Québec et en Amérique francophone — est l'objet avec lequel on pince les cordes de la mandoline en staccato (notes détachées) ou en tremolos pour produire une sonorité continue ou des passages legato, jeu utilisé surtout à partir de la fin du XIXe siècle. Le plectre a été fabriqué dans différentes matières au cours des siècles : os, plume, ivoire, écaille… Sa forme évolue avec la matière utilisée pour les cordes ainsi que les modifications de la forme de l'instrument :

Le répertoire[modifier | modifier le code]

Joueuse de mandoline. Peinture de Julie Wilhelmine Hagen-Schwarz (1851)

La mandoline est très vite devenue un instrument populaire car sa facilité de jeu l'emportait sur le luth, de même que son coût.

Les premiers exemples connus de pièces musicales pour mandoline remontent aux environs de 1700 ; disposés en tablature (et non comme une partition), écrits pour la mandoline milanaise, ils sont dus à Francesco Contini (Sonate al mandolino solo) et Filippo Sauli (un manuscrit entier, conservé dans une bibliothèque tchèque). D'après Richard Campbell, Fétis prétendit par ailleurs qu'un certain Johann Strohbach aurait composé des concertos pour mandoline avant 1700.

Ensuite, bon nombre de compositeurs — surtout des Italiens — composèrent des pièces pour mandoline dans le courant du XVIIIe siècle.

Les premières méthodes datent respectivement de 1765 (Méthode raisonnée pour passer du violon à la mandoline de Gabriele Leone), 1768 (Méthode pour apprendre à jouer de la mandoline sans maître de Pierre ou Pietro Denis), 1770 (Giovanni Fouchetti, qui publia à Paris sa Méthode pour apprendre facilement à jouer de la mandoline à 4 et à 6 cordes) et 1772 (Michel Corrette) pour la France, et 1805 (Anweisung, die Mandoline von selbst zu erlernen, publiée à Leipzig par Bortolazzi) pour l'Allemagne ; deux autres méthodes, en anglais et en français, furent publiées avant 1805. Si ces méthodes ont été rédigées, à deux exceptions, par des Italiens, aucune méthode de mandoline n'a été retrouvée en Italie avant le début du XIXe siècle.

Le répertoire instrumental original — sans tenir compte des nombreuses transcriptions et autres arrangements — pour mandoline ne se distingue ni en quantité ni en qualité, car il ne contient aucune réelle grande œuvre due à un compositeur de tout premier plan.

En effet, à part 6 pages intéressantes, à savoir les deux incontournables concertos de Vivaldi (pour une mandoline, cordes & basse continue en ut majeur, RV 425 ; pour 2 mandolines, cordes & basse continue, en sol majeur, RV 532) et 4 petites pièces de Beethoven datant de 1796 (Sonatine WoO 43a ; Adagio ma non troppo WoO 43b ; Sonatine WoO 44a ; Andante con Variazioni WoO 44b), la mandoline a été quasi ignorée de tous les grands compositeurs.

La mandoline est cependant présente dans un oratorio de Haendel en 1748.

La mandoline a également fait son apparition à l'opéra dès le début du XVIIIe siècle, dans La conquista delle Spagne di Scipione Africano il giovane (1707) de Bononcini, puis dans plusieurs autres œuvres lyriques (de Naumann, Arne, Grétry, Mozart…). La sérénade de Don Juan avec accompagnement de mandoline dans l’opéra Don Juan de Mozart est une page célèbre[10].

La mandoline fut introduite dans l’orchestre symphonique au début du XXe siècle par Mahler (7e et 8e Symphonies), Schoenberg (Variations op. 31), Stravinsky (Agon), Prokofiev (Roméo et Juliette), Webern (Pièces op. 10), etc.

Il a ensuite fallu attendre la fin du XIXe siècle pour que l’opéra s’intéresse à nouveau à la mandoline, grâce à Verdi (Otello, 1887), Pfitzner (Palestrina, 1912-15), Henze (König Hirsch, 1956), etc. Des compositeurs comme Schoenberg, Goffredo Petrassi, Manoury et Bruno Giner ont aussi utilisé la mandoline en musique de chambre.

Le chef d'orchestre Vittorio Monti composa à la même époque sa célèbre Csardas pour mandoline ou violon.

Pierre Boulez a également intégré la mandoline dans ses compositions, notamment « Improvisation 3 » de 1960 pour soprano, mandoline et célesta[11], Eclat[12], Don[13].

Par ailleurs, une littérature très abondante de pièces pour mandoline et ensembles à plectres, duos, Estudiantina formation en quatuor composé de 2 mandolines, d'une mandole et d'une guitare, jusqu'au grand orchestre, a fleuri au cours de l’âge d’or de la mandoline de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle[14]. Ces pièces de style romantique, néoclassique, adaptations de folklore européen, de chansons à la mode, la plupart d’exécution assez facile, étaient très populaires. De très nombreux arrangements d’œuvres classiques étaient également proposés aux amateurs. Les compositions de Mario Maciocchi ou celles plus tardives de Sylvain Dagosto sont représentatives de cette musique récréative.

L’accord identique des 2 instruments permet d’interpréter à la mandoline la plupart des compositions pour violon, ainsi la célèbre chaconne de la Partita no 2 BWV 1004 pour violon seul de Jean-Sébastien Bach ou la partita no 3 BWV 1006[15],[16].

La partie de violon des œuvres de Paganini avec accompagnement de guitare est également parfois jouée à la mandoline[17]

L'évolution de la pratique[modifier | modifier le code]

Esudiantina Espagnola Paris 1878
64 membres de l'Estudiantina Espagnola au Carnaval de Paris le 16 mars 1878[18].
Spanish Students at Carnival or Mardi Gras 1878
La foule parisienne entourant l'Estudiantina Espanola jouant des airs espagnols dans le Jardin des Tuileries pendant le Mardi Gras 6 mars 1878. La foule était évaluée à 56,000 près du Café Riche[19].

En dehors de l’Italie et de l’Espagne où l’instrument est resté présent depuis son apparition, la pratique de la mandoline a connu de très fortes fluctuations.

Après l'engouement de la fin du XVIIIe siècle attesté par la publication de méthodes, par la sérénade de l‘opéra Don Juan de Mozart, par les pièces composées par le jeune Beethoven, la pratique de la mandoline déclina jusqu'à une quasi-disparition en dehors de l'Italie au milieu du XIXe siècle ce que constate Berlioz dans son traité d'instrumentation[20].

Après cette éclipse, la mandoline connut son âge d'or à partir de 1880.

La renaissance fait suite au succès d'ensembles de mandolinistes étudiants espagnols à l’exposition universelle de Paris de 1878 d’où le nom d’Estudiantina fréquemment donné en France aux ensembles à plectre[21].

L'estudiantina espagnola défila en costumes historiques au Carnaval de Paris du 2 au 15 mars. Cet ensemble comprenant également des flûtistes, de guitaristes et des violonistes était accompagné de tambourins. Il donna des concerts nocturnes auxquels auraient assisté 10 000 spectateurs et même 56 000 spectateurs d'après un inspecteur de police chargé d'assurer la sécurité[21].

Pierrot à la mandoline
Honoré Daumier, vers 1873
Musée Oskar Reinhart, Winterthour

De 1880 aux années 1920 la mandoline jouée seule, en formation réduite (duos mandoline et guitare, quatuor de 2 mandolines, 1 mandole et guitare) ou en ensemble orchestral fut extrêmement populaire en Europe, en Amérique et au Japon[22]

Après cet âge d’or, sa pratique a rapidement décliné à cause de la concurrence du jazz et, en France, de la vogue de l'accordéon entre les années 1930 et les années 1950.

Cette baisse n’a pas entraîné une disparition aussi complète que celle du milieu du XIXe siècle mais son image était, dans la France des années 1950 et encore dans les décennies suivantes, celle d’un instrument désuet et déprécié, notamment évoquée par la chanson la mandoline de Bourvil. En Allemagne, par contre, la mandoline a continué à être fabriquée dans les années 1960 et 1970, principalement par les firmes Höfner et Framus.

À partir du milieu du XXe siècle, la mandoline est utilisée dans d’autres styles musicaux : bluegrass (Bill Monroe, Ricky Skaggs, Chris Thile, etc.), jazz (David Grisman), rock, musique celtique.

Sa pratique en formation classique d’orchestre à plectre est restée très vivace en Allemagne et au Japon.

Les mandolinistes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste de mandolinistes.

Festival international de Lunel[modifier | modifier le code]

De 2004 à 2014, la ville de Lunel, près de Montpellier, a accueilli un festival annuel de mandolines. Il témoigne du renouveau de cet instrument alors qu'« à la fin du XXe siècle, la mandoline n'était en Europe que l'instrument de quelques obstinés isolés… petit instrument fragile et désuet, qui n'avait pu faire face aux grands chambardements culturels de l'époque contemporaine »[23]. Le 9e festival (31 octobre-3 novembre 2012) a été ouvert également à quelques instruments apparentés (bouzouki, domra, guitare portugaise, saz, tiple.)

La dixième année du festival a été célébrée avec la présence de musiciens renommés. Le parrain pour cette décennie du festival était John Paul Jones, cofondateur avec Jimmy Page du groupe de rock Led Zeppelin (1968-1980), compositeur, arrangeur, bassiste et claviériste du groupe mythique anglais. Ce multi-instrumentiste joue également de la mandoline à trois manches. Hamilton de Holanda, mandoliniste (bandolim) brésilien (jazz, choro) participait aussi à cette dixième manifestation avec le chanteur français Féloche et le mandoliniste israélien Avi Avital.

Le festival a d’autre part invité de nombreux mandolinistes renommés tels que Mike Marshall, Chris Thile ou Carlo Aonzo.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Mémoire universitaire non publié :

Thèse universitaire inédite :

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Davide Rebuffa, « The mandolino in the 17th and 18th centuries: organology, stringing and tunings, repertoire, luthiers, surviving instruments and iconographical sources », Lute News, n° 123,‎ , p. 17 (lire en ligne)
  2. (en) Graham McDonald, The Mandolin. A History, Canberra, , 424 p. (ISBN 978-0-980476279), p. VII
  3. Hambly, Scott, Mandolins in the United States since 1880: An industrial and sociocultural History of Form, thèse de doctorat, University de Pennsylvanie, 1977, fig. 21, p. 227.
  4. Une mandoline de ce type (luthier anonyme, Naples, deuxième moitié du XIXe siècle) est exposée à Rome, au Museo Nazionale degli Strumenti Musicali.
  5. Brevet américain 44,838.
  6. Brevet américain 1,365,839 accordé à T.J. McHugh et L.A. Williams le 18 janvier 1921.
  7. Brevet américain n° 27,560 accordé en 1897.
  8. (en) Graham McDonald, The Mandolin. A History, Canberra, , p. 296.
  9. Gr. McDonald, op. cit., p. 270.
  10. https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Berlioz_-_Trait%C3%A9_d%E2%80%99instrumentation_et_d%E2%80%99orchestration.djvu/95
  11. http://www.ensemble2e2m.com/fr/page-18/search/boulez?id_compo=15
  12. http://brahms.ircam.fr/works/work/6968/
  13. http://brahms.ircam.fr/works/work/6966
  14. « Une histoire marseillaise ! », sur Zibeline, (consulté le ).
  15. « J.S.Bach Chaconne BWV1004 on Mandolin, played by Takaaki Shibata » [vidéo], sur YouTube (consulté le ).
  16. « Prelude from Partita No.3 BWV1006 - J.S. Bach - Mandolin » [vidéo], sur YouTube (consulté le ).
  17. « Sonata Concertata - Paganini - Mandolin and Guitar - 3 Movements » [vidéo], sur YouTube (consulté le ).
  18. (en) Félix O. Martín Sárraga, « Crónica del viaje de la Estudiantina Española al Carnaval de París de 1878 según la prensa de la época. », academia.edu, vol. 2,‎ , p. 7, 11, 44 (lire en ligne, consulté le ) :

    « (p.7) El de la estudiantina española, compuesta por 64 personas y que está en París, es muy bello y gusta mucho... (p.11) A las nueve los 64 jóvenes que forman la estudiantina llegaron a nuestra casa atravesando con gran dificultad por enmedio del público reunido delante de nuestro hotel... (p.44) La estudiantina se compone de 64 jóvenes que, según las noticias más fidedignas, y desnudas [de] algún tanto de la exageración francesa que los ha ennoblecido con antiguos titulos, por lo menos de hidalguía, proceden en gran parte del Conservatorio y de la Facultad de Medicina, que fue siempre la que dió más estudiantes a su Tuna. [Translation]:(p.7) L’estudiantina se compose de 64 jeunes musiciens qui viennent en grande partie du Conservatoire et de l'école de médecine, qui a toujours été celui qui a donné plus d'étudiants à leur groupe.T »

  19. (en) Félix O. Martín Sárraga, « Crónica del viaje de la Estudiantina Española al Carnaval de París de 1878 según la prensa de la época. », academia.edu, vol. 2,‎ , p. 15–16 (lire en ligne, consulté le ) :

    « A las tres el café Riche era el centro de una aglomeración de gentes de que nada puede dar idea puesto que el inspector de policía especialmente encargado de proteger a la estudiantina la ha evaluado en su parte oficial en 56.000 personas.] »

  20. https://fr.wikisource.org/wiki/Page%3ABerlioz_-_Trait%C3%A9_d%E2%80%99instrumentation_et_d%E2%80%99orchestration.djvu/96
  21. a et b (en) Félix O. Martín Sárraga, « Crónica del viaje de la Estudiantina Española al Carnaval de París de 1878 según la prensa de la época. », academia.edu, vol. 2,‎ , p. 7, 8, 14, 16, 39, 44, 46, 47 (lire en ligne, consulté le )
  22. bross, « SOCIETE DES MANDOLINISTES DE YUTZ », sur canalblog.com, Le blog du comité UAICF Est, (consulté le ).
  23. Selon Olivier Chabrol, directeur artistique du Festival international de Lunel, cité par Alexis Ferenczi, Le HuffPos, 1er novembre 2012, https://www.huffingtonpost.fr/2012/10/31/festival-international-mandolines-lunel-instrument_n_2050789.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]